Trois vies

naufragées du convoi n°51 (6 mars 1943)

Une fille de la région parisienne, une petite-fille de Gironde et un neveu de la Côte d’Azur ont en commun un parent juif déporté de France dans le convoi n°51 du 6 mars 1943. Ils m’avaient sollicité après avoir lu un de mes articles évoquant ce transport vers les camps de Sobibor et de Majdanek et souhaitaient mon aide pour retrouver des traces en plus du peu qu’ils savaient ; des bribes de conversation relayées au sein de leurs familles, l’une sur son père, l’autre sur son grand-père, le dernier sur son oncle.

Les premiers contacts eurent lieu il y a quatre ans pour le neveu, deux ans pour la petite-fille et il y a deux mois pour cette dame de 87 ans afin de raconter à ses petits-enfants l’histoire de son papa, de sa maman et de la jeune fille qu’elle était pendant l’Occupation.

J’ai accepté bien évidemment d’apporter mon soutien à leurs démarches en travaillant sur des archives que je consultais, combinées aux travaux récemment publiés par Serge Klarsfeld sur ce convoi.

Après ce patient travail de recherches, de correspondances et d’écriture, voici trois récits, trois vies naufragées dans le convoi n°51 que j’ai tentés de raconter au mieux pour leur rendre hommage.  Trois noms qui ne sont pas que des mentions sur la liste des Morts en déportation, mais trois hommes qui ont été aimés, qui ont espéré, qui ont lutté et qui ont péri dans les feux haineux des camps de la mort nazi.

Trois noms cités lors d’une commémoration ou noms gravés sur un pavé de Mémoire, puissent Marcus Levy, Léon Rieger et Benjamin Szpiro avoir aujourd’hui leur nom en haut d’un récit de vie.

Notes aux lecteurs : pour accéder aux récits, cliquez sur le titre .

Et c’est la dernière fois que j’ai vu mon père…

 Mardochée-Marcus Levy

1901-1943


Quelques grammes d’humanité retrouvée

Léon Rieger

1922-1943

Léon Rieger, vers 1940-1942 [collection particulière]

À paraître en octobre 2021

À 20 ans

Benjamin Szpiro

1923-1943

Benjamin Szpiro vers 1940-1942 [collection particulière]
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Sobibor

En ce 16 juillet 2021, jour de commémoration de la Rafle du Vel ’d’Hiv. en France ; ma petite contribution.

A Nathan L. et ses nièces, à Pierre S., à Catherine F., à Marc S., à Isabelle R., à Annie L.



So-bi-bor. Un nom, un lieu lointain et mystérieux qui aurait pu raisonner en trois syllabes dans un conte pour enfant; mais non. Ce fut et restera une destination qui hurle la mort.

S.o.b.i.b.o.r. Sept lettres dont j’ai découvert la terrible signification pendant mon adolescence dans les années 1980. La première fois, ce nom a résonné dans les tubes cathodiques de la télé de mes parents lors de la première diffusion du film Shoah de Claude Lanzmann. La seconde, deux ans plus tard, lors d’un téléfilm britannique porté à l’écran racontant la révolte des prisonniers juifs de ce camp d’extermination : les rescapés de Sobibor (Escape from Sobibor).

Plus tard, au gré des lectures et des rares témoignages de survivants, je découvris que 4000 juifs déportés de France en mars 1943, répartis sur quatre convois (n°50, 51, 52 et 53), furent dirigés vers Sobibor.

Mais c’est surtout à partir de 2012, quand j’entreprenais mes travaux sur la déportation des juifs du Soissonnais et de leurs familles, je découvris que l’un des oncles des enfants Lewkowicz avait été déporté de Drancy le 6 mars 1943 vers Sobibor dans le convoi n°51. Je décidai d’étudier au plus près sur l’état des connaissances historiques (archives, témoignages, publications).

En 2016, avant la parution de mon livre, j’avais écrit un article puis un second évoquant ce convoi sur ce site internet. Dès leur publication, et jusqu’à très récemment, cinq descendants de déportés de ce transport m’avaient contacté pour les aider et les accompagner dans leurs recherches. Elles se poursuivent encore aujourd’hui à propos de Léon Rieger, Marcus Levy, Sylvain Francblu, Bernard-Benjamin Szpiro et d’Elie Spielvogel. Ce dernier n’atteignit jamais le camp de Sobibor. Il fut l’un des deux seuls à avoir réussi son évasion en sautant du convoi avant de franchir la frontière du Reich allemand, quelque-part en Meurthe-et-Moselle.

Les informations sur le sort des déportés des convois 50 et 51 à leur arrivée restent fragmentés du fait de la poignée des survivants après la guerre (9)[1] qui avait débarqué sur la rampe de Sobibor dont quelques dizaines – pour la plupart restés inconnus et qui périrent – furent transférés au camp de Majdanek. Ces deux convois comprenaient pourtant des hommes dans la force de l’âge mais plongèrent les proches et les historiens dans une forêt opaque pleine d’interrogations sur ce qui se passa réellement lors des arrivées à Sobibor. Du fait aussi de rares archives retrouvées, contenant parfois des erreurs toponymiques prêtant à confusion. Des camps d’extermination de l’Aktion Reinhardt à Belzec, Sobibor, Treblinka entre 1942 et 1943, dont la quasi-totalité des juifs était vouée à l’anéantissement immédiat, il n’y eut donc que quelques voix qui s’élevèrent après la Shoah (à partir des années 1960), sans parler de l’absence des preuves matérielles (les trois sites de ces camps « SS-Sonderkommandos » ont été rasés par les nazis sur lesquels ils firent pousser des forêts de pins pour dissimuler leurs crimes).


Ces deux dernières années, des avancées considérables pour la connaissance historique du camp de Sobibor ont été effectuées.

Tout d’abord, concernant les convois 50 et 51, les derniers travaux publiés par Serge Klarsfeld, à la lumière d’un corpus archivistique accumulé depuis plusieurs années sur l’organisation en France de ces transports, nous éclaire très précisément sur les rouages, les complicités de l’État français et le contexte allemand à fournir des transports pour leur « solution finale de la question juive ».

Quant à l’histoire proprement dit du camp de Sobibor, les avancées se sont faites à pas de géant ces deux dernières années avec, entre autres, la découverte de dizaines de photographies du camp au moment de son existence. Il n’en existait que deux jusqu’à cette révélation publique à Berlin en janvier 2020.

C’est cette collection appelée du nom de l’officier SS qui la détenait, Johann Niemann, ou Sobibor perpetrator collection dont les clichés originaux se trouvent désormais à l’United-States Holocaust Memorial Museum de Washington.

C’est de cette collection que je vous propose de découvrir, et parfois de commenter, en cliquant sur cette photographie ci-dessous :

United States Holocaust Memorial Museum collection, gift of Bildungswerk Stanislaw-Hantz

[1] Pour les deux autres transports qui arrivèrent à Sobibor, partis de Drancy les 23 et 25 mars 1943, aucun survivant pour le convoi n°52 et 2 pour le convoi n°53.

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Shoah, les oubliées de Soissons

ou les conséquences inattendues d’une rencontre avec des lycéens de la ville

À Marina, Claire, Andréa, Oryane, Souane, Ayoub, Lou-Anne, Chanelle, Iris, Janis, Kristalle, Zenaïde, Margot, Pauline, Charlotte, Julie, Romane, Shana Lyn, Audrey, Oriane, Kateline, Ryad, Ethan, Baptiste, Léa et Sarah. Sans ma rencontre le 11 mai 2021 avec ces professeures et élèves, je n’aurais pu sortir cinq femmes de l’oubli pour les rendre à la Mémoire collective de la ville de Soissons.

Depuis la publication de mon livre, j’ai passé quatre années de rencontres avec des jeunes dans des établissements scolaires à l’invitation de leurs professeurs pour raconter des histoires et transmettre la Mémoire de persécutés de la Shoah. Ils ont été vingt et cent, deux bons milliers d’élèves à m’écouter depuis, de villes en campagnes, lorsque je sillonne les routes de Picardie entre Amiens et Château-Thierry ou dans des académies voisines. Chaque conférence est un flux et reflux d’émotions entre des élèves attentifs aux regards qui traduisent effroi, colère, empathie, rarement l’indifférence, et moi, vivant les paroles des victimes qui me les avaient confiées, racontant des parcours individuels pour comprendre l’universel ; l’entièreté de ce crime contre l’Humanité et dénoncer le racisme et toutes formes de préjugés sur l’altérité.

Que de routes parcourues, et toujours ravi ce 11 mai 2021 de revenir dans cette chère ville de Soissons qui m’a tant donné. J’en étais à la visite de mon 46e établissement et ma 128e classe, invité par une professeure d’Histoire et une professeure documentaliste du lycée Gérard de Nerval qui se mirent en quatre pour organiser la rencontre en ces temps de pandémie.

Ce mardi-là, en pénétrant dans la salle de classe où une vingtaine d’élèves de terminale étaient silencieusement assis, je lisais sur leur visage curiosité et impatience. Je pressentais quelque chose de différent dans cette intervention lorsque je posai mon cartable sur le bureau pendant que leur professeure, madame Montero, prit la parole pour faire les présentations. Au bout de deux heures d’échange, ce ressenti fut confirmé pour trois raisons.

1.

D’abord, je rencontrais pour la première fois des élèves de terminale en spécialité Histoire[1] dont la Mémoire est inscrite dans leur programme scolaire[2],  et préparant activement leurs deux questions à présenter au Grand oral combinant leurs deux spécialités pour cette nouvelle épreuve dans le cadre de la réforme du lycée.

En préparation de notre rencontre, leur professeure avait proposé de les faire travailler depuis plusieurs semaines sur l’Histoire locale pour comprendre le global de ce que fut la Seconde guerre mondiale, la Shoah et les enjeux des manifestations Mémorielles. C’était donc une approche inédite pour moi qu’une enseignante ait préparé ses élèves à partir d’extraits de mon livre (La Shoah en Soissonnais : journal de bord d’un itinéraire de Mémoire) ou d’articles publiés sur mon site internet (Itinéraires de Mémoire sur la Shoah) et de décliner cette question en fonction de leurs deux spécialités. Quelques exemples en s’appuyant sur l’Histoire de Soissons :

Histoire et Arts plastiques :

« La blessure de la perte » ou quelle représentation plastique pour rendre compte d’une Mémoire en partant de l’histoire de la famille Lewkowicz arrêtée le 20 juillet 1942.

« Le copier-créer » à partir de documents d’archives et interroger la valeur d’un document d’archives et ce qu’il peut apporter à la création artistique en s’inspirant d’une œuvre de l’artiste Boltanski, « les archives de C.B.», en mémoire de la famille Cahen, arrêtée à Soissons le 4 janvier 1944.

« Le lieu, l’in-situ » à partir de l’histoire des copains de la rue Richebourg à Soissons (familles Biegacz et Contenté).

« Le reflet » ou une réflexion sur l’effet miroir entre l’histoire d’une élève de la classe d’origine polonaise et celle de familles juives de Pologne arrivées à Soissons dans les années 1920-1930. Ou encore un travail sur « Les paysages de la commémoration » à Soissons. 

Histoire et Sciences économiques et sociales : Les spoliations des familles juives de la ville ou encore comment l’information fut traitée et publiée sur les Juifs dans les journaux locaux autorisés de l’époque.

Histoire et Langues étrangères (espagnole) : L’évocation de l’un des trois Régiments de Marche des Volontaires Etrangers (RMVE) créés en 1939/40 et constitués d’une proportion importante de combattants républicains espagnols qui avaient fui leur pays après la victoire du franquisme pour continuer la lutte contre les fascismes et s’étaient retrouvés à combattre autour de Soissons en juin 1940 (Le 23e RMVE).

2.

Seconde raison, après mes échanges préalables avec leur professeure d’Histoire remarquablement impliquée pour accompagner ses élèves sur des sentiers innovants, j’étais donc venu, non pas pour raconter l’histoire de la persécution des Juifs de la ville, qu’ils connaissent, mais pour évoquer les coulisses de l’enquête historique. Je leur expliquais que cette recherche sur ce crime est comparable à une démarche policière ou journalistique avec la volonté de ne jamais oublier l’esprit critique vis-à-vis d’une source orale ou écrite, de contextualiser systématiquement les faits relatés ou contés. J’exprimais également ces temps forts lors des convocations du passé entre le chercheur que je suis et les témoins, de ces liens qui se tissent entre nous au fil des entretiens dans un écrin de confiance mutuelle. J’évoquais ainsi l’exigence du chercheur pour se rapprocher au mieux de la vérité en tentant de se dévêtir des oripeaux de la subjectivité.

Je leur montrais, concernant la recherche sur le sort des victimes de la Shoah, les deux viatiques sur lesquels s’appuie le chercheur pour ses premiers pas : Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France ou le Calendrier de la persécution des Juifs de France 1940-1944 de Serge Klarsfeld. Bref, les deux entrées principales avant de poursuivre ses investigations et de s’immerger dans les inventaires des archives publiques (municipales, départementales, nationales ou internationales comme les bases de données du Yad Vashem de Jérusalem ou de l’International Center on Nazi Persecution à Bad Arolsen en Allemagne, sans parler de celles du musée d’État d’Auschwitz, etc.) ou privées, qu’elles soient manuscrites ou orales.

Que de questions pertinentes et d’échanges passionnants ont été soulevés par les élèves et leurs professeures en cette fin d’après-midi ! Par exemple, ces questions concernant les représentations et les accès aux lieux de Mémoire à Soissons des victimes de la barbarie nazie. Madame Montero avait emmené ses élèves sur la place Fernand Marquigny, derrière la cathédrale, où se dresse la stèle des noms de ces victimes : militaires, résistants, Juifs. Ils s’étaient demandés pourquoi certains noms gravés avaient une autre couleur ? Y avait-il une signification ? Je leur racontais alors que j’avais fait remarquer à monsieur Lefranc, l’ancien député maire de la ville (1977-1995), à l’initiative de cette stèle commémorative en 1990, qu’il manquait douze noms et qu’ils furent ajoutés il y a quatre ou cinq ans. Ils sont simplement plus récents, des noms moins ternis par l’érosion du temps.

Autre question très pertinente soulevée : pourquoi le lieu de Mémoire de toutes les victimes de Soissons déportées dans les camps de concentration ou d’extermination est un endroit clos dans l’ancienne église Saint-Pierre, peu accessible au public et que l’on ouvre que lors de cérémonies mémorielles ? Question qu’il serait très intéressant de transmettre aux autorités de la ville.

3.

Enfin la dernière raison, qui fit la singularité de cette rencontre, fut la plus inattendue.

Au bout d’une heure d’entretien avec ces futurs bacheliers, j’avais mis sur la table ronde de notre rencontre le monumental livre du Mémorial de la déportation des Juifs de France aux 80 000 noms égrainés alphabétiquement dans presque un millier de pages. Deux élèves et leur professeure l’ouvrirent dans un geste ample qu’exige ce volume : 812 pages – 48x30cm – 7 kg.

Ils tombèrent au hasard sur la page 408. Cela aurait pu être la page 37 ou 743 ou 399 ou que sais-je encore. Mais non, ce fut la page 408. Occupé à répondre à d’autres élèves, ils m’interpellèrent :

– Monsieur, regardez, nous sommes tombées sur quelqu’un de Soissons !

Convoi n°59 [du 2 septembre 1943], LEVY SIMONE, née MARX, le 21 octobre 1900 à Soissons. 42 ans. Domiciliée 2 rue Montrosier à Neuilly-sur-Seine [Actuel département des Hauts-de-Seine].

Page 408. Klarsfeld, Serge. Le Mémorial de la déportation des Juifs de France. Éditions FFDJF (les Fils et Filles des Déportés Juifs de France), 2012, Paris.

Je jetais un œil et, intérieurement je fus tout retourné par un oubli qui me claqua l’esprit. En me montrant ce nom sous leurs doigts, ces élèves pointèrent involontairement une négligence impardonnable de ma part. Une question que je ne m’étais jamais posé pendant ces dix années de travaux de recherches sur le Soissonnais.

Pourquoi n’avais-je jamais songé à faire des recherches sur des personnes juives nées à Soissons mais n’habitant plus dans la ville au moment de l’occupation, et qui furent déportées ? N’y a-t-il pas plus Soissonnais qu’une personne née à Soissons ?

Mon travail s’était toujours concentré sur les personnes juives qui se trouvaient à Soissons en 1939 et dont plus de 90% étaient nées en terre étrangère avant d’être pris au piège et trahis par l’État français avant de partir vers les camps de la mort… A ma connaissance, jusqu’à ce jour, les deux seules personnes nées à Soissons, arrêtées dans la ville et déportées, furent les deux enfants de la famille Gochperg : Albert, 8 ans et Nelly, 3 ans.

Je remerciais en mon for intérieur ces élèves et leur professeure d’avoir réparé sans le savoir mon incurie.

Le soir de cette rencontre, fort intrigué, je me précipitais sur mes dossiers et les bases de données pour commencer à trouver des réponses à cette question jamais posée : Cinq femmes ressortirent de ces premières investigations, cinq dossiers à approfondir dans les semaines ou mois à venir :

Simone Levy, donc, née Marx.  Je dois vérifier mais il y a de forte chance qu’il y ait un lien de parenté avec Alain Marx, petit-fils d’Alphonse Scheuer arrêté à Fère-en-Tardenois et déporté en 1944, et que j’évoque longuement dans l’un de des chapitres de mon livre précité. Simone Levy a été arrêtée et déportée avec son mari Léopold Levy (56 ans) et leurs trois enfants, Nicole (17 ans), Francis (15 ans) et Michel (12 ans) dans le convoi n° 59 du 2 septembre 1943. Ils vivaient 2 rue Montrosier à Neuilly-sur-Seine. Nous découvrons leurs photographies appartenant à la collection de Serge Klarsfeld sur le site du Mémorial de la Shoah (via le moteur de recherche interne « rechercher une personne »). Ce qui implique qu’elles ont été déposées par un proche de la famille.

Denise Marx, est la sœur de Simone, née à Soissons le 12 avril 1902. Elle vivait à Avignon, rue Bonneterie, lorsqu’elle fut arrêtée. Elle semble avoir été la seule de sa famille déportée dans le convoi n°75 du 30 mai 1944. Dans les archives que je possède et collationnées depuis dix ans, je retrouve le nom de ces deux sœurs sur la déclaration de leur père, Sylvain Marx (né en 1872 à Verdun), lors du second recensement obligatoire des juifs le 2 juin 1941. Leur père, vivant à Soissons, avenue de la Gare au moment de l’occupation, a échappé aux arrestations. Simone et Denise avaient un frère, Pierre Roland, prisonnier de guerre en Allemagne et que je suppose être le père d’Alain Marx. Lors de mon entretien avec lui en décembre 2012, Alain n’avait pas mentionné le prénom de son père. Sa maman avait divorcé bien avant la guerre et il était allé vivre avec elle chez son grand-père maternelle, Alphonse Scheuer, à Fère-en-Tardenois.

Je découvre deux autres sœurs, nées à Soissons, également déportées vers Auschwitz et dont le nom de famille m’est totalement inconnu. Renée Franck, le 7/02/1906 et Jeanne Franck, le 2/11/1907. D’après les sources du Mémorial, elles furent arrêtées à Barrême, dans les Basses-Alpes (Alpes de Haute-Provence actuelles) avec trois autres Franck : Aline, née Bloch le 4/07/1896 à Seppois (Haut-Rhin), Henri né le 16/03/1872 à Joinville (Val-de-Marne actuel), et Esther née le 20/02/1907, également à Joinville. Tous internés au camp de Drancy le 24 mars 1944, ils furent déportés dans le convoi n°71 du 13 avril 1944, celui qui emmena Simone Veil (née Jacob), alors âgée de 16 ans, ainsi que 34 des 44 enfants de la Maison d’Izieu raflés par Klaus Barbie.

Le cinquième nom est celui d’Hélène Brones, née Kotler en 1913. Mais deux sources divergent quant au lieu de sa naissance : à Soissons selon le Yad Vashem, mais à Budapest (Hongrie) selon le Mémorial de la Shoah. Elle fut déportée dans le convoi n°66 du 20 janvier 1944. Elle habitait rue Beaumont à Nice.

Aucune de ces personnes citées n’a survécu à leur déportation vers Auschwitz. Puissent-elles interpeller un passant sur ce site, un lecteur de cet article afin de contribuer à ces nouvelles recherches.

En attendant, je souhaite la réussite au baccalauréat des élèves de terminale et de découvrir le fruit de leurs productions sous la conduite bienveillante, professionnelle et enthousiaste de leurs professeurs.

Notes :

[1] Spécialité Histoire, géographie, géopolitique et sciences politiques ou HGGSP. On adore les acronymes dans l’Éducation nationale, à en perdre son alphabet.

[2] Thème 3–Histoire et mémoires

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Le mystère de la petite rouquine

Suzanne Goldsztajn, une jeune fille juive échappée de la traque du 4 janvier 1944 à Soissons.

Avant-Propos :

Depuis plus de 10 ans que je travaille sur ces persécutions à Soissons pendant la Shoah, une question sur la tragédie du 15 rue Saint-Quentin m’interroge encore aujourd’hui (ou me hante comme tout chercheur sans réponse) : comment la jeune Suzanne Goldsztajn, la cousine de Maurice Wajsfelner, a-t-elle pu échapper ce jour-là aux griffes des limiers ?

L’article écrit ci-dessous est aussi un appel à témoignage auprès des descendants des familles Wajsfelner, Goldsztajn et Mendelson qui vécurent à Soissons, à Paris et en Belgique pendant la Shoah.

Lors de conférences que je donne auprès d’élèves de mon académie d’Amiens, lorsque je raconte l’histoire des Wajsfelner et évoque la cousine Suzanne, certains me posent cette incontournable question : « Comment Suzanne s’est échappée ? ». Je réponds dans un soupir d’impuissance : « Je ne sais toujours pas ! ». Seule consolation pour ces élèves et moi-même, la petite rouquine a survécu.

Maurice Wajsfelner, Chaja et Suzanne Goldsztajn à Soissons, quelques temps avant l’arrestation du 4 janvier 1944.
[Source : Dominique Natanson La Mémoire juive en Soissonnais, 1992, Association Mémoires].

Récit :

C’était un jour d’hiver, froid comme le cœur des hommes du Sipo-SD installés à Saint-Quentin dans l’Aisne. Ces policiers allemands sillonnèrent les routes de Picardie dans leurs camions à plateau ou leurs tractions-avants pour débusquer des Juifs de tout âge dans les villes et villages. Cette opération demanda également le concours de la gendarmerie ou de la police française. Dans l’après-midi du 4 janvier 1944, à Soissons, ces hommes frappèrent aux portes des domiciles suspectés d’appartenir à des Juifs ou pénétrèrent dans des classes d’écoles.

Dans le quartier de la rue Saint-Quentin à Soissons, tout le monde savait qu’au second étage de l’immeuble du n°15 vivaient un jeune garçon juif de dix ans avec sa tante Chaja et sa jeune cousine Suzanne. Il s’appelait Maurice Wajsfelner.  Depuis un an et demi et l’arrestation de ses parents et de son grand frère Charles, il n’avait plus de nouvelle depuis la dernière carte envoyée de Drancy le 28 juillet 1942 avant de partir vers une « destination inconnue ». Avec Suzanne et sa tante Chaja, une des sœurs de son papa, ils vivaient entre la crainte d’une arrestation et la confiance d’un voisinage qui aidait comme il pouvait. Mais ce mardi 4 janvier 1944, la Nuit allait recouvrir en plein jour la vie de cette famille déjà meurtrie par le long silence d’un père, d’une mère, d’un frère et l’angoisse d’une dénonciation. Comme à l’été 42, le cauchemar se répétait. Cette fois les occupants et leurs collaborateurs n’épargnèrent plus les enfants portant l’étoile ni les plus petits sans insigne, parce que Juifs.

On frappa à la porte de l’appartement. Un Soissonnais aurait indiqué l’adresse aux Feldgendarmes[1] armés jusqu’aux dents, sanglés dans leur uniforme d’hiver, zélés dans leurs traques à remplir leurs sinistres convois.

Le lendemain, le commissaire de police de Soissons informa le sous-préfet que huit juifs étaient internés à la maison d’arrêt de la ville. Fernand Levy, un monsieur de soixante-sept ans résidant à Acy ; le couple Cahen, Paul et Fernande de la rue du Collège ; madame Gochperg de l’avenue de Coucy, arrêtée avec ses deux enfants, Albert huit ans et Nelly trois ans ; et enfin Chaja Goldsztajn ainsi que son neveu Maurice Wajsfelner. Tous seront assassinés, un mois plus tard, le 6 février 1944, dans les chambres à gaz de Birkenau.

Depuis plus de 10 ans que je travaille sur ces persécutions pendant la Shoah à Soissons, une question sur la tragédie du 15 rue Saint-Quentin m’interroge encore aujourd’hui : comment la jeune Suzanne Goldsztajn, la cousine de Maurice, a pu échapper ce jour-là aux griffes des limiers ? Avait-elle connu un dénouement similaire que celui de Marie-Claude Cahen, 14 ans, alors à l’école, alertée de la traque des Allemands dans la ville et bénéficiant de la solidarité de professeurs pour la cacher ?[2] C’est probable et quelques informations recoupées semblent le confirmer.

Bien après la guerre, Suzanne légua des photographies sur les membres de sa famille qui ont péri en déportation au centre de documentation du Mémorial de la Shoah à Paris et quelques lignes de témoignages en 1999 auprès du Yad Vashem de Jérusalem. Elle s’appelait désormais Suzanne Charak et vivait au Brésil. Ces derniers éléments arrivés à ma connaissance et avec des recoupements en replongeant dans mes archives sur l’histoire des Wajsfelner me permettent aujourd’hui (février 2021) d’approcher la réponse sans avoir encore les détails. Elles corrigent ou complètent des faits pendant les heures sombres de ces années irréparables pour cette famille.

Jankiel, Bella et Charles Wajsfelner. Non datée, probablement après leur arrivée en France en 1930-1931.
[Source : Yad Vashem, collection Suzanne Charak].
Jankiel, Bella et Charles Wajsfelner. Non datée, probablement après leur arrivée en France en 1930-1931.
[Source : Yad Vashem, collection Suzanne Charak].

Revenons en 1930. Jankiel Wajsfelner, né en 1899 à Krępice, en Pologne, arrivait en France et fit venir en 1931 son épouse, Bella, née en 1900 à Grodno, et leur premier fils, Charles, alors âgé de six ans. Après un bref séjour à Saint-Quentin[3], ils s’installèrent à Crouy avec la naissance en 1933 de Maurice, puis rue Saint-Quentin à Soissons, juste avant la guerre.

Quatre sœurs de Jankiel avaient aussi quitté leur Pologne natale. Deux poussèrent leur exil jusqu’en Amérique du Sud, au Brésil. Les deux autres, sa sœur Chaja Wajsfelner, épouse d’Abraham Goldsztajn, s’établit avec son mari à Paris. Quant à la quatrième, (prénom qui m’est inconnu) Wajsfelner, épouse de Mendelson [4], posa ses bagages à Charleroi en Belgique. Ils ont une fille prénommée Rosa.

Chaja (née Wajsfelner), Abraham Goldsztajn et leur fille Suzanne, vers 1937-38
[Source : Mémorial de la Shoah, cote MXII_20986, coll. Suzanne Charak]
Chaja (née Wajsfelner), Abraham Goldsztajn et leur fille Suzanne, vers 1937-38
[Source : Mémorial de la Shoah, cote MXII_20986, coll. Suzanne Charak, reproduction interdite]


Maurice Wajsfelner et sa cousine Suzanne vers 1938-39 à Soissons.
[Source : Mémorial de la Shoah, cote MXII_20982, coll. Suzanne Charak, reproduction interdite]

Avant la guerre, les deux sœurs avec leur époux aimaient venir en vacances chez leur frère Jankiel à Crouy ou à Soissons. Rosa et Suzanne en profitaient pour s’amuser auprès de leurs cousins Charles et Maurice.

Comme son beau-frère Jankiel Wajsfelner, Abraham Goldsztajn s’était engagé dans la Légion étrangère [5] de l’armée française après la déclaration de guerre à l’Allemagne nazie en 1939. L’un et l’autre échappèrent à l’encerclement des forces allemandes en juin 1940 et furent démobilisés avant d’affronter les premières mesures antijuives des occupants et du régime de Vichy. Abraham, Chaja et leur petite Suzanne (née en 1935 ou 1936) habitaient 33, rue de Pali Kao dans le 20e arrondissement parisien. Lorsqu’Abraham fut arrêté et déporté dans le convoi n°2 du 5 juin 1942, Chaja, sans ressources, emmena sa fille se réfugier chez son frère dans l’appartement de Soissons avec l’espoir d’être davantage en sécurité dans cette petite ville de province que dans la capitale où depuis mai 1941 des milliers d’hommes juifs, apatrides ou d’origines polonaises, avaient été arrêtés par la police française. L’illusion fut de courte durée. La solution finale de la question juive en France était enclenchée à partir de la mi-juillet 1942 à Paris et dans les provinces la zone occupée.

Le jour n’était pas encore levé ce lundi 20 juillet quand deux gendarmes de Soissons se dirigèrent avec leur liste à la main au domicile des Wajsfelner. Croyant qu’on venait juste arrêter les hommes, Jankiel se précipita chez sa voisine de palier au deuxième étage de l’immeuble, madame Choquet, afin de s’enfuir par les toits. Lorsque les gendarmes pénétrèrent dans l’appartement, ils trouvèrent figés dans l’effroi Belja Wajsfelner, son fils Maurice, sa belle-sœur Chaja et sa nièce Suzanne. Charles, son fils aîné, était absent, et sa mère ne révéla pas qu’il était à Crouy chez des amis. Les deux gendarmes respectèrent stricto sensu les ordres reçus : embarquer uniquement les personnes inscrites sur leur liste. Pour le 15 rue de Saint-Quentin, il y était écrit : Jankiel, Bella et Charles Wajsfelner. Ils emmenèrent donc la maman de Maurice. Ce dernier resta, car ils ne prenaient pas encore les enfants de moins de 18 ans, avec sa tante et sa cousine qui n’étaient pas non plus sur cette maudite liste.

Charles Wajsfelner à Soissons vers 1941-1942.
[Source : collection particulière Stéphane Amélineau, reproduction interdite]

Le lendemain, Jankiel et Charles se rendirent aux gendarmes pour ne pas abandonner Bella. Ils la retrouvèrent au camp de Drancy le 22 juillet avant d’être déportés ensemble dans le convoi numéro 12 du 29 juillet 1942. La boulangère et amie, madame Salvage, dont la boutique jouxtait l’immeuble, reçut la dernière carte écrite par Charles la veille de leur départ vers « une destination inconnue » avec ce passage : « Je vous remercie encore une fois de tous ce que vous pourrez faire pour ma tante, sa fille et mon petit frère. Je salue très cordialement votre famille en attendant de vous remercier tout ça de près ». Ils ne revinrent jamais…

Ce que nous savons du sort de Jankiel et Charles, à partir des archives du musée d’État d’Auschwitz, c’est que tous les hommes de ce convoi (280) furent sélectionnés pour entrer comme Häftling dans l’enfer d’Auschwitz I Stammlager et qu’ils survécurent au moins jusqu’au 19 août 1942. Jankiel a-t-il retrouvé son beau-frère Abraham Goldsztajn, entré par le portail Arbeit macht frei le 4 juin 1942 ? Ce n’est pas impossible. Si c’est le cas, Jankiel et Charles ont dû retrouver leur proche très affaibli. Ce dernier périt dans le camp le 14 août 1942. Sur son avant-bras gauche, où son corps gisait dans le Leichenhalle du block 28, avait été tatoué le n°38515. Jankiel et Charles avaient reçu un numéro de la série des 54000.

A Soissons, Chaja s’occupa au mieux de Maurice et de Suzanne, grâce à l’aide de voisins et de la boulangère. Munis de leur « étoile », les enfants se rendaient à l’école. L’année 1943, dans la ville, n’avait vu aucune descente de la police ou de la gendarmerie pour arrêter des Juifs. Un répit tout relatif jusqu’à ce 4 janvier 1944.

Suzanne, où étais-tu quand les nazis ont pris ta maman et ton cousin ? Qui t’a sauvé ? Quelles âmes généreuses t’ont cachée jusqu’à la Libération ?

Aujourd’hui, je n’ai que ce témoignage succinct dans les archives du Mémorial : « elle échappa aux arrestations ». Ou encore ces mots prononcés par sa cousine Rosa Mendelson en 1998[6] : « Ma cousine rouquine, c’est sûr elle n’a pas été déportée et elle a été cachée mais je ne sais pas par qui. Moi je crois qu’elle a été cachée ici à Soissons, soit dans un collège, soit dans un orphelinat. Je ne sais pas comment ma mère a pu la retrouver ».

L’histoire de Rosa, de son père et de sa mère, autre sœur de Jankiel Wajsfelner, est un autre chapitre sombre de la tragédie des hommes pendant la Shoah. Seule luciole d’espoir contre l’oubli, elle survécut avec sa maman. Un long périple de la Belgique en 1940 à la Belgique en 1944, en fuite perpétuelle depuis le début de l’offensive allemande le 10 mai 1940 sur les routes de France. Celle-ci une fois occupée, ils subirent l’angoisse d’un peuple indésirable entre internements dans les camps de la honte du régime de Vichy et évasions, entre traque et cachettes, entre pièges et mains tendues. Le couple et leur fille Mendelson, arrêtés, passèrent deux années par les camps de Pithiviers dans le Loiret, d’Agde dans l’Hérault et de Rivesaltes près de Perpignan. De ce dernier camp, ils s’enfuirent une première fois avant d’être repris. D’un des neufs convois de Rivesaltes dirigés vers Drancy entre août et septembre 1942, ils purent à nouveau s’échapper mais le père fut rattrapé, exhortant sa femme et sa fille de continuer à fuir.Interné le 7 septembre à Drancy, il partit dans le convoi n°32 du 14 septembre 1942. Il s’appelait Lazyja Mendelson né le 20 février 1895 à Glasnow[7].

La mère de Rosa, n’avait qu’une idée en tête, remonter à Soissons rejoindre son frère. Après un incroyable et long périple, entre chemins et petites routes, se déplaçant de nuit, se cachant le jour dans les bois, quelques argents cousus dans la doublure de leurs vêtements, ils atteignirent enfin Soissons début 1944. Elles trouvèrent l’appartement de la rue Saint-Quentin vide, tous déportés. Elles décidèrent de revenir en Belgique et réussirent à se cacher dans des clochers à Charleroi ou chez des habitants sûrs, grâce à la protection d’un abbé.

Juste après la guerre, la mère de Rosa put retrouver et recueillir sa nièce Suzanne. En 1948 elle l’accompagna au Brésil la jeune rouquine rejoindre ses deux autres tantes. Suzanne l’orpheline vécut ensuite sa vie dans le pays aux bois de braise que Stefan Zweig définissait comme terre d’avenir.


Suzanne Goldsztajn, et Rosa Mendelson avec sa maman entre 1945 et 1948 
[Source : Mémorial de la Shoah, cote MXII_20984, coll. Suzanne Charak, reproduction interdite]

Je ne sais donc ce qu’est devenue Suzanne, espérant que la paix et le bonheur aient pu donner de la sève à sa vie après son enfance meurtrie. Ce qui est sûre, c’est qu’elle emporta outre-Atlantique la plupart des photos diffusées dans cet article afin de conserver le visage et la mémoire de ses parents et proches disparus.

A Suzanne et Rosa en espérant que la santé leur prête longue vie. A leurs enfants et descendants dont j’espère un jour être en relation. A Dominique Natanson qui a posé les premières pierres de l’édifice mémoriel des familles Wajsfelner, Goldsztajn et Mendelson.


Notes :

[1] D’après le témoignage de madame Choquet, voisine des Wajsfelner.

[2] https://itinerairesdememoire.com/2016/02/05/ca-mest-restee-tellement-dans-ma-tete-cette-histoire/

[3] D’après le témoignage de Rosa Mendelson donnée en 1998 dans un collège de Soissons, cousine de Maurice et Suzanne.

[4]  Il faudrait faire des recherches plus poussées mais un certain Lazyja MENDELSON né(e) le 20/02/1895 à GLASNOW, déporté(e) par le convoi n° 32 au départ de Drancy le 14/09/1942. Possible que ce soit le père de Rose MENDELSON, cousine de Maurice, Charles et Suzanne, mais c’est à vérifier…

[5] https://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/ark:/40699/m0054caa77105d68

[6] Rosa Mendelson témoigna devant des collégiens de Soissons et leur professeur d’histoire Dominique Natanson qui enquêtait sur l’histoire de la famille Wajsfelner.

[7] D’après mes recherches mais cela reste encore à confirmer. Des recoupements entre le témoignage en 1998 de Rosa Mendelson, qui ne cite pas les prénoms de sa mère et de son père, et les archives du Mémorial de la Shoah, me laisse penser que c’était bien l’identité de son père.

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Il s’appelait Alain

Je souhaite saluer le magnifique et courageux travail de neuf élèves volontaires de 3e sous la direction de deux de leurs professeurs du collège Edgar Faure de Valdahon dans le Doubs, madame Falempe et monsieur Dupré.

Avant le premier confinement de cet « ère Covid », les deux enseignants s’étaient engagés dans ce non moins remarquable projet européen Convoi 77 : transmettre autrement l’histoire de la Shoah (dont j’invite tous professeurs qui le souhaitent à aborder ce sujet par le biais d’une démarche d’enquête pour redonner un visage sur un nom, un itinéraire de vie sur ces innocents persécutés ou assassinés à Auschwitz-Birkenau via le dernier convoi massif de juifs déportés de France, le 31 juillet 1944).

Madame Falempe, monsieur Dupré et leurs élèves n’ont pas ménagé leur peine pour arriver au terme d’un long parcours de Mémoire et produire un dossier publié sur le site Convoi77.org. Il retrace avec talent et humanité, sous la plume et le crayon d’enfants d’aujourd’hui, l’histoire d’un jeune garçon juif de huit ans, déporté dans ce convoi : Alain Jurkiewicz. Il fut arrêté près de la frontière Suisse avec des membres de sa famille en septembre 1942, à quelques kilomètres du collège.

Après cet évènement irréparable dans la vie d’Alain, le petit fut confié à l’orphelinat des enfants juifs de La Varenne (Val-de-Marne actuel). C’est pour cette raison que les deux enseignants m’avaient contacté pour les mettre en relation avec mon ami Albert Szerman, le seul survivant des enfants juifs de l’orphelinat lors de la rafle du 22 juillet 1944 orchestrée par l’ignoble SS Aloïs Brunner. Le jeune Alain était parmi ces enfants qui montèrent ce jour-là dans les autobus sous le regard effrayé d’Albert, dirigés ensuite vers le camp de Drancy avant de partir dans ce 77ème convoi…

Étant très admiratif de leur travail historique et pédagogique avec leurs élèves je tenais, dans cet article, à vous faire partager cette vie exhumée de l’oubli.

NOTES :

A propos des initiateurs du projet européen sur le convoi 77

A propos de l’histoire de l’orphelinat et de la pension Zysman à la Varenne, je vous renvoie à ce document interactif que j’avais réalisé et publié en 2020 : Les orphelins de La Varenne, juillet-août 1944

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Une nouvelle étoile brille sous la voute céleste des femmes inoubliables

A Ginette Rambach (1928-2020)

Je viens de l’apprendre le cœur serré et courbé, madame Ginette Rambach nous a quittés il y a un mois. Comme tout être avec qui nous avons partagé des moments bouleversants dans la nudité de nos émotions, j’ai replongé dans nos correspondances et nos entretiens ces huit dernières années. Je ressens dans mes souvenirs les tasses de thé partagées lors des visites que je lui rendais dans son dernier appartement à Soissons, rue du Théâtre romain. Je revois ce regard bleu, suspicieux lors de notre première rencontre, lumineux d’affection quand elle m’habilla de sa confiance.

Je voudrais, en ces quelques lignes, offrir à notre Mémoire le respect et le salut qu’elle mérite.

Chaque rencontre est une bibliothèque. Vous en sortez avec ce supplément d’humanité qui vous élève et vous grandit, vous éclaire et vous guide.  Quand vous en trouvez une après l’avoir recherchée dans les méandres obscurs de la Nuit, la gardienne d’une histoire parmi six millions d’autres ne vous confie pas les clés facilement pour rouvrir les pages les plus dramatiques d’une jeunesse, au cœur de la Shoah. De tous les témoins que j’ai rencontrés pour réhumaniser des noms sur des stèles, exhumer des êtres sans sépulture, Ginette fut celle qui, dans son regard si clair, si bleu, se méfiait de l’inconnu que j’étais à ces yeux lors de notre première rencontre le 4 juillet 2012 pour convoquer le passé de son mari : André Rambach. De nationalité française et de confession juive, il naquit et vécut à Villers-Cotterêts. Arrêté et déporté pour ses activités de résistance, il fut déporté en 1944 dans les camps de concentration de Mauthausen, d’Ebensee et de Melk. Au même moment, ses parents embarquèrent dans le convoi n°66 du 20 janvier 1944 vers Auschwitz-Birkenau où ils périrent. André Rambach revint le regard vide en 1945. Il survécut tout au long de sa vie dans les séquelles de ses tortures, accompagné par cette femme non-juive, infirmière, qui l’épousa après la guerre et porta avec lui une douleur silencieuse et ineffaçable. Ginette, une autre héroïne anonyme, fit renaître, malgré tout, la vie à son époux. Dans l’écrin de leur couple, leurs enfants essaimèrent l’espoir et l’avenir. C’est leur plus grande victoire contre les nazis et leurs collaborateurs.

Je republie ici, le récit de notre première rencontre dans sa maison de Villers-Cotterêts. [Stéphane Amélineau, La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire. Éditions Fondation pour la Mémoire de la Shoah/ Le Manuscrit, collection Témoignages de la Shoah, Paris, 2017, page 89-90] :

Mercredi 4 juillet 2012

À Villers-Cotterêts, je rencontre Ginette Rambach, qui épousa André Rambach juste après la guerre, quand il revint de sa déportation dans les Kommandos de forçats de Mauthausen, en mai 1945. Elle est la belle-fille de Lucien et de Georgette Rambach, tous les deux déportés et assassinés à Auschwitz en janvier 1944. Rue Pasteur, je sonne au portail d’un joli pavillon entouré d’un jardin où plantes et bosquets de fleurs sont agencés avec soin et bon goût. Ce jardin est à l’image de cette femme de 80 ans qui m’ouvre sa demeure et dont la sève de vie semble retarder le vieillissement.

Elle m’accueille avec gentillesse mais je sens poindre une légère appréhension qui se confirme lorsqu’elle refuse l’enregistrement de notre entretien :

– « Je suis méfiante par nature. Ne m’en veuillez pas, mais je ne vous connais pas ! »

Quand nous nous asseyons, je remarque sur la table de la salle à manger des dossiers d’archives personnelles qu’elle a préparés pour notre rendez-vous. Tout ce qui concerne la famille de son mari pendant l’Occupation était soigneusement disposé dans des chemises entrouvertes. L’enregistrement finalement n’aurait pas eu trop de sens car tout était consigné dans ces pages. Je lui demande néanmoins si elle accepte de répondre à quelques questions que j’avais préparées.

– « Je ne sais pas si je pourrais ou voudrais répondre à toutes, me précise-t-elle. »

Je dois mettre en confiance Mme Rambach et la convaincre de l’importance de transmettre ses souvenirs à la mémoire des jeunes générations, au-delà de son cercle familial et de ses enfants, petits-enfants et arrière-petits-enfants. Au fil de notre conversation, Ginette m’accorde cette confiance et je lui en suis très reconnaissant.

En fonction de mes questions, elle sortait des documents : un texte dactylographié de trois pages aux interlignes serrés écrit par son mari, André, au début des années 1960. Mais aussi des photographies de ses beaux-parents, les pièces d’identité marquées de l’infâme sceau « Juif » à l’encre rouge, une carte d’identité falsifiée de son époux quand il était entré dans la Résistance en Savoie, des cartes de tickets de rationnement, des fascicules sur les camps de Mauthausen et ses dépendances à Ebensee et Melk, des lettres de proches et enfin un brouillon écrit de sa main sur dix pages qui reprend le texte dactylographié d’André Rambach sur lequel elle a ajouté des compléments d’informations.

Ces documents sur la table, l’évocation de ce passé aux cicatrices indélébiles sont sources de larmes que Mme Rambach ne peut contenir. Elle s’en excuse souvent et je balbutie quelques mots de réconfort en lui témoignant mon admiration pour son courage à évoquer sa famille maltraitée par l’Histoire.

Ginette Rambach me demande, intriguée :

– « Pourquoi faites-vous ça ? Êtes-vous juif ? »

A l’automne suivant, toujours en 2012, je venais de finir d’écrire mon chapitre concernant l’histoire de son époux. Je retournais à Villers pour lui déposer en main propre mon manuscrit et les documents personnels qu’elle m’avait prêté pour cette rédaction. Je rouvre mon journal de cette époque, à la page du jeudi 25 octobre 2012, j’écrivais alors :

Destination Villers-Cotterêts où m’attend Ginette Rambach pour 18 h 30. Des témoins directs de mon enquête, elle est la personne la plus réticente à revenir sur cette période. Qui pourrait l’en blâmer ? Surtout pas moi.

Je lui rends les documents qu’elle m’avait prêté pour l’été et lui soumets toutes les pages que j’ai écrites dans mon « Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire » concernant le récit de son mari et de sa belle-famille. Je tiens à ce qu’elle corrige d’éventuelles erreurs et qu’elle accepte une possible publication officielle dans mon ouvrage.

Comme le 4 juillet dernier, son beau regard bleu clair s’assombrit à la simple évocation de cette époque, et c’est avec des mains tremblantes qu’elle prend mon récit et le feuillette. Elle a les larmes aux yeux, et comme lors de notre première rencontre, lui faire éprouver à nouveau ces mauvais souvenirs me met mal à l’aise.

            Je précise qu’elle a tout son temps pour lire et quand elle sera prête, alors elle pourra me transmettre son avis.

            – « Vous savez j’ai tellement peur, avec cette montée de l’antisémitisme en France ! Je ne sais pas si c’est bien que vous racontiez tout cela dans votre livre, et puis les photos de ma famille, j’ai tellement peur que cela recommence ! » me confie-t-elle, vraiment effrayée par cette recrudescence de l’antisémitisme.

– « Puis-je faire lire votre livre à mes enfants ? Ils peuvent donner aussi leur accord ou pas ? »

– « Oui, bien sûr, je ne publierai rien sur votre famille sans vos accords ! » ai-je affirmé.

Patiemment, avec toute la douceur que je peux mettre dans mes mots et avec les dernières forces de ma conviction, j’étaye mes arguments pour la convaincre que ce travail, justement, doit contribuer à faire taire toute forme de haine de l’autre parce qu’il n’est pas de ma communauté, de ma confession où de je ne sais quoi encore. Vouloir savoir, c’est vouloir comprendre. Ainsi je saurais transmettre à mes élèves !

On sonne à la porte ; une de ses filles arrive. Après lui avoir expliqué l’objet de ma visite, elle abonde dans mon sens mais souhaite lire attentivement mon texte. Ginette me promet de me rappeler et de nous revoir.

 Je suis sorti complètement vider de cet entretien, l’esprit partagé entre la nécessité du travail de Mémoire et la douleur infligée pour faire revivre ces temps impardonnables à celles et ceux qui les ont vécus.  Je suis en proie à un terrible doute. En marchant sous le crépuscule pour rejoindre ma voiture, j’ai senti l’émotion m’envahir. La fatigue aidant sûrement, j’ai épuisé mes dernières ressources après une journée déjà longue et bien remplie. Sur la route, au cœur de la nuit, au milieu de nulle part, je cherche une épaule sur laquelle m’appuyer, une envie de faire pause ! Entreprendre des investigations sur ce genre de sujet c’est être confronté à des moments d’abattement : qui suis-je pour tourmenter cette femme, pour réveiller pendant des heures et des heures durant ces vies éteintes ?

Je lève mes yeux sur la voute céleste, les étoiles brillent du souvenir de leurs existences. Alors souviens-toi et poursuis !

Quelques jours après, Ginette accepta que le récit de la famille Rambach pendant la Shoah soit publié dans mon livre à paraître. Il ne verra le jour qu’en juin 2017, après cinq longues années de labeur. Lorsqu’elle reçut et lut le livre dans son intégralité, avec des faits supplémentaires découverts dans des archives sur les combats contre les nazis d’André Rambach, elle me confia dans l’une de ses lettres que je conserve précieusement : Un grand merci pour votre livre que vous m’avez fait parvenir. C’est avec émotion que j’ai découvert certains passages de la vie de mon mari que je ne connaissais pas. Mon mari était très discret sur ses activités de résistance et ne parlait pas beaucoup de cette période mouvementée.

Nous avons, depuis 2012, toujours gardé contact avec mes visites, au téléphone ou de manière épistolaire. En décembre de chaque année, je lui envoyai une carte de vœux. Comme un mauvais pressentiment et au regard de tous mes amis, cachés, traqués pendant la Shoah, qui nous ont quittés en 2019 et en 2020, je consultais en ligne[1] avec beaucoup d’appréhension un éventuel avis de décès à son nom. Vendredi 15 novembre 2020, ses enfants, ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, ont la tristesse de vous faire part…

J’ai rangé ma carte de vœux et sorti une feuille banche.


Ginette Rambach, 4 juillet 2012, à Villers-Cotterêts à la fin de notre première rencontre. [Collection particulière : Stéphane Amélineau]

[1] Avis de décès publié le 17 novembre 2020 dans La Voix du Nord http://memoire.lavoixdunord.fr/espace/madame-ginette-rambach/655737

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Agenda des rencontres et conférences

Vendredi 4 mars 2022 : conférence rencontre avec trois classes de 3e du Collège Louise Michel de Villeneuve-Saint-Germain (02)

Jeudi 6 janvier 2022 : conférence/rencontre avec les classes de 3e du collège Auguste Janvier à Amiens (80)

Vendredi 26 novembre 2021 : conférence/rencontre avec 5 classes de 3e au collège Saint-Paul à Soissons (02 – Aisne)

Mardi 11 mai 2021 : Rencontre avec des élèves de Terminale au Lycée Gérard de Nerval de Soissons (02 – Aisne)

Mardi 13 avril 2021 : Conférence/rencontre avec 8 classes de 3e du collège Jean Campin à La Ferté Gaucher (77-Seine et Marne).

Mardi 9 mars 2021 : Conférence/rencontre avec 4 classes de 3e du collège Louise Michel à Villeneuve-Saint-Germain (02-Aisne).

Mardi 16 février 2021 : Conférence/rencontre avec 2 classes de 3e du collège Lamartine à Soissons (02-Aisne).

Mardi 9 février 2021 : Conférence/rencontre avec 6 classes de 3e du collège La Fontaine-des-prés à Senlis (60-Oise).

Lundi 18 janvier 2021 : Conférence/rencontre avec les élèves des Cours Lacordaire à Charmes   et les élèves du Collège Wresinski à  Tergnier (02 -Aisne)

Mercredi 25 novembre 2020 : Conférence/rencontre  avec 2 classes de 3è au collège Saint-Joseph de Château-Thierry (02-Aisne).

Merci à leur professeur et ses élèves qui ont tenu à m’écrire de manière spontanée leurs ressentis :

Lundi 11 mai 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e au collège César Franck à Amiens (80 – Somme). Annulée.

Mercredi 29 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves (4 classes de 3e) du collège Saint-Martin à Amiens (80 – Somme). Annulée.

Mardi 7 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves du collège Anne-Marie Javouhey à Senlis (60 – Oise). Annulée.

Vendredi 27 mars 2020 : Conférence/Rencontre au Collège Sainte-Famille à Amiens (80-Somme) avec 6 classes de 3è. Annulée.

Mercredi 11 mars 2020 : Conférence/Rencontre  avec des collégiens et des lycéens de classes professionnelles à l’ensemble scolaire Saint Antoine /Sainte Sophie à Bohain-en-Vermandois (02-Aisne). Classes de 3è, de CAP petite enfance et esthétique et de seconde professionnelle esthétique.

Mardi 11 février 2020 : Conférence/Rencontre au collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front. Trois classes de 3e.

Vendredi 7 février 2020 : Conférence/Rencontre d’élèves de 6è au collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02 – Aisne).

Jeudi 30 janvier 2020 : Conférence/Rencontre avec 5 classes de 3e au collège La Fontaine des Près à Senlis (60-Oise).

Lundi 27 janvier 2020 : Conférence/Rencontre avec 3 classes de 3è au collège Saint-Joseph de Château-Thierry.

Lundi 6 janvier 2020 : Conférence/Rencontre au collège Lamartine avec les élèves de 3e à Soissons (02-Aisne).

De ma conférence dans ce collège (6 janvier) à leurs visites du Mémorial de la Shoah et du Panthéon à Paris (28 janvier) sur des victimes de la Seconde guerre mondiale (deux sujets abordés dans un projet pédagogique citoyen : Juifs du Soissonnais et femmes dans la résistance), voici un magnifique compte rendu du prof doc et des profs d’histoire du collège Lamartine à Soissons dans cette capsule vidéo.

Mercredi 18 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du lycée Saint-Rémy à Soissons (02-Aisne).

Panneau réalisé par des lycéens de Saint-Rémy à Soissons après la conférence où j’ai raconté l’histoire de la famille Lewkowicz.

Mardi 3 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du CFA Bâtiment à Reims (51- Marne).

Dans l’amphi du CFA Bâtiment de Reims devant 60 apprentis :

Lettres reçues de quelques apprentis sur leurs ressentis de la conférence :

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Vendredi 29 novembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e du collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Merci à toute l’équipe du collège Jean Fernel pour ce beau compte rendu (cliquez sur la photographie) :

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Lundi 18 novembre 2019 : Conférence/Rencontre au Collège Saint-Paul à Soissons (02-Aisne) avec 5 classes de 3è entre 13h30 et 17h30.

Quelques remarques de la classe de 3eA :

remarques élèves

Mardi 17 septembre 2019 : Conférence à l’espace Rachi, Paris V°, de 14h à 17h, sur l’aimable invitation de la Coopération Féminine, de la FSJU et d’Akadem.

L’intégralité de la conférence en vidéo, réalisée par l’équipe d’Akadem : ici

Capture

Lundi 13 mai 2019 : Rencontre avec une classe de 1e STMG au lycée Gérard de Nerval, de 10h à 12h, à Soissons.

Mardi 23 avril 2019 : Rencontre de 5 classes de 3è au collège Jules Verne à Rivery (80 – Somme), une séance de 10h-12h avec trois classes et une séance avec deux autres classes de 13h30 à 15h30.

Mardi 2 avril 2019 : Rencontre avec 32 élèves de 3è pré-décrocheurs et préparatoire à l’enseignement professionnel entre 10h et 12h. Rencontre avec 60 élèves de 1è STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) et de 1è Terminale STD2A entre 13h30 et 15h30 au lycée Saint-Vincent de Paul à Soissons (02 – Aisne).

Lundi 1er avril 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer les deux dernières classes de 2de de l’établissement de 13h30 à 15h30.

Lundi 25 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux  autres classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Vendredi 22 mars 2019 : Rencontre de 6 classes de 3è (2 fois 3 classes entre 10h et 15h30) au collège Sainte-Famille à Amiens (80 – Somme).

Collège Lycée Amiens mars 2019

Auditorium collège-lycée Sainte-Famille, Amiens (22 mars 2019)

Lundi 18 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Mardi 5 mars 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è de 9h à 11h, puis atelier de recherches l’après midi, au collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Mardi 26 février 2019 : Rencontre avec des 3è (2 fois deux classes entre 10h et 15h30) au Collège de Neuilly-Saint-Front (02 – Aisne).

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Mardi 29 janvier 2019 : Rencontre avec des élèves de 3è de 14h30 à 16h30 au collège Lamartine à Soissons (02 -Aisne).

Vendredi 25 janvier 2019 : Rencontre avec les élèves de 1è STHR (Sciences et Technologies de l’Hôtellerie et de la Restauration), de 1è ES et 1è S de 10h à 12h au CDI du lycée Saint-Joseph de Château-Thierry (02 – Aisne).

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Jeudi 10 janvier 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis. Restitution des élèves de cette rencontre :

Article : Site Internet du Collège

18 Collège Senlis

Pendant la rencontre du 10 janvier 2019.

Mercredi 5 décembre 2018 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis.

Ressentis des élèves sur le site de leur établissement.

College senslis 20181205 (3)

Élèves de 3è du collège A-M Javouhey après la rencontre, le 5 décembre 2018

Jeudi 21 juin 2018 : Rencontre avec plusieurs classes (4è et 3è) du collège de Saint-Nicolas à Villers-Cotterêts (02 -Aisne).

Mercredi 30 mai 2018 : Rencontre avec les étudiants en Master I mention Documentation à l’université d’Amiens (ESPE) (80-Somme) pour la matinée.

Mardi 8 mai 2018 : Rencontre au Café littéraire C’est déjà ça à Sâacy-sur-Marne (77- Seine-et-Marne) à 20h45.

Saacy

Lundi 9 avril 2018  : École primaire de Noyant-et-Aconin (02-Aisne) à 9h15.

Mardi 3 avril 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

Mardi 27 mars 2018 : Collège Quentin de la Tour à Sains-Richaumont (02-Aisne) à 13h30.

Jeudi 22 mars 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

college wajsfelner

Mardi 13 mars 2018 : Collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front (02-Aisne) à 8h00.

Mardi 20 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Mardi 13 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Jeudi 1er février 2018 : Collège Jacques Prévert à Flavy-le-Martel (02-Aisne) à 14h45.

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Hommage à Clairette Huet, née Lewkowicz (3.9.1937 / 28.5.2020)

Aux anonymes, les grandes héroïnes.
Aux enfants, sans maman
Aux mamans, chéries par leurs enfants
Aux courageuses, les dévouées silencieuses
A la gentillesse, les désintéressées
A la discrétion, les grandes actions
Aux modestes, les plus beaux atouts
Aux démunies, la main tendue
Aux infortunées, la richesse du cœur

A Clairette qui est tout cela à la fois,
Sur Terre hier comme au Ciel aujourd’hui
A cette femme dont je n’ai jamais vu son pareil
Dans la bienveillance d’un regard.
Dans la sincérité d’un égard.

Même là-haut elle continuera à chanter la vie
Malgré ce que les nazis lui ont pris :
Son papa et sa maman.
A l’aube d’un 20 juillet 1942,
La Nuit s’était levée sur son enfance
Sur un dernier geste parental
D’une couverture posée sur les épaules
Frêles d’une gamine de 5 ans.
Ce soir, Papa et Maman vont l’enlacer
D’un baiser éternel et sans larmes.

Clairette, juin 2013 au lycée Saint-Rémy à Soissons

Clairette, née Lewkowicz en 1937 à Soissons, était la sixième des huit enfants de Ruben/Robert/Simon Lewkowicz et de Ruchla/Rosa/Rose née Herszlilowicz. Ses parents polonais, de confession juive, avaient quitté leur pays natal pour s’installer à Paris à partir de 1920, puis à Soissons en 1932 pour vivre et travailler librement en France. A partir de 1940, de l’occupation allemande et de la trahison du gouvernement de Vichy, la famille Lewkowicz affronta comme tous les juifs de France exclusions et spoliations. Ils furent obligés de vendre leur fonds de commerce, un grand magasin de vêtements (L.ROBERT PARIS COUTURE) 4 place centrale (aujourd’hui, place Fernand Marquigny) et quitter le vaste appartement aux étages, réquisitionné par les autorités de la ville. En juillet 1941, ils réussirent à acquérir une maison au 27 rue du château-d’Albâtre où un an plus tard, dans la nuit du 19-20 juillet 1942, ils furent arrêtés par des gendarmes français. Cette nuit-là, les enfants ont été confiés à leur soeur aînée, Germaine, qui s’était mariée en septembre 1941 à un non-juif, Jacques Bouldoire. C’est la dernière image que les enfants auront de leur papa et de leur maman, encadrés par deux hommes en uniforme. Leur père fut assassiné à Auschwitz I stammlager le 13 aout 1942. Leur mère périt le 2 septembre 1942 à Auschwitz II Birkenau. Jacques Bouldoire réussit après bien des périls à sauver Clairette, alors âgée de 5 ans, ses sœurs et son frère Nathan jusqu’à la Libération dans le centre de la France.

Qui mieux que Clairette peut décrire ses souvenirs de petite fille qu’elle me confia en 2012 dans une lettre :

Dans la nuit du 19-20 juillet 1942, pendant que les gendarmes étaient mandatés pour arrêter nos parents, Jacques Bouldoire organisa notre sauvetage. Mon père m’avait dit : « Tu verras, Jacques est fort, il te portera dans ses bras jusque chez sa grand-mère. » Je me souviens bien qu’effectivement Jacques m’enroula dans une couverture et que dans la tiédeur de cette nuit je regardais le ciel, ce qui ne m’était pas coutumier dans les bras de ce nouveau membre de la famille. Dans la demeure de son aïeule, des matelas étaient posés au sol et je crois que la pièce était éclairée d’un vasistas car mansardée. Mes sœurs et mon frère y trouvèrent des journaux, Le Petit Parisien, je crois, et s’en amusaient bien !

Nous ne réalisions pas encore ce qui se passait. Je n’ai pas souvenir du trajet qui nous mena à Saint-Amand-Montrond [Cher], sauf d’une interminable attente à la gare d’Austerlitz où grouillaient d’innombrables familles comme la nôtre avec des matelas au sol et où les grands parlaient de punaises et de puces – insectes que je n’avais encore jamais vus mais qu’ils semblaient craindre. Dans ce moment-là, la chaleur et la soif (et peut-être la faim) me rendaient assez remuante et je me souviens d’être passée par les bras de chacun de mes aînés essayant de me rassurer et de me calmer.

Par la suite, Jacques et Germaine devaient éprouver beaucoup de tourments pour gérer leur installation dans cette nouvelle vie, nouveaux lieux, nouvelles fonctions et les responsabilités d’une nombreuse famille en temps de guerre et de restrictions ! Je ne crois pas avoir souffert de la faim, mais plutôt de la chaleur et de la soif ; de la peur aussi, car la cour du Petit Vougan, l’hôtel restaurant que géraient Jacques et Germaine, se remplissait aux jours des marchés par des carrioles attelées aux chevaux qui piaffaient, tapant leurs sabots sur le sol pavé qui résonnait de façon que je trouvais menaçante. Les aînés étant tous très occupés, je me trouvais bien seule souvent. Ma petite sœur Claudine (née en 1940) avait dû être confiée à quelques nourrices à moins que ce ne soit Germaine qui s’en soit chargée ; je ne voyais guère ni l’une ni l’autre, ni les autres d’ailleurs, et j’errais dans ces lieux qui me semblaient immenses et très intéressants à découvrir surtout quand les chevaux n’y étaient pas !

Dans ces circonstances, Jacques devait se montrer très sévère car nous n’avions aucun repère dans ce monde plein de dangers, mais il essayait parfois de nous le rendre plus familier. C’est ainsi qu’il nous fabriqua à chacun une paire d’échasses selon notre taille. Micheline et Michel [Nathan] s’en amusaient beaucoup, on aurait pu comparer cela à l’actuel skate-board pour le plaisir qu’ils pouvaient éprouver avec les autres enfants du village. Pour ma part, j’étais un peu trop faible et je ne réussis jamais à faire un pas avec !

À Noël [1942 ou 1943], Jacques essaya de nous gâter un peu. Je me souviens l’avoir vu bricoler en se cachant de façon un peu mystérieuse. Je fus émerveillée le jour de Noël en découvrant dans nos souliers près d’un sapin un bien joli salon de poupée tout laqué blanc qu’il m’avait fabriqué. Grâce à cela, je fus peut-être un peu moins perdue et peut-être l’environnement me parut moins hostile, mais pour peu de temps.

 Revenu après la guerre avec son épouse et leur premier enfant, qu’ils appelèrent Robert, il nous fit revenir dès qu’il le put, et quand sa famille s’agrandit avec la venue de deux filles, Christiane et Claudine, la maison devenue trop petite, il nous plaça à l’orphelinat de Saint-Vincent-de-Paul de Soissons. Cela nous permettait de venir passer les dimanches après-midi et les après-midi des vacances scolaires auprès de notre sœur aînée, de nos neveux et nièces.

Quand j’y repense aujourd’hui, je vois combien Jacques en prenait, lui, des risques. Quiconque aurait pu s’interroger de voir un très jeune couple avoir autant d’enfants et découvrir que nous n’étions pas les siens [Jacques avait 29-30 ans et son épouse, Germaine, 20-21 ans en 1943-1944]. Cependant, et fidèle à la promesse faite à nos parents, Jacques ne nous oublia pas.

Qui mieux que Clairette peut exprimer le courage qu’elle eut avec sa soeur Micheline de se rendre 70 ans après sur les lieux où périrent leurs parents si elles n’avaient été entourées par de jeunes lycéens ?

Merci à celles et ceux qui ont permis ce voyage.

Merci aux élèves volontaires d’avoir effectué des recherches sur les déportés de Soissons et de ses environs.

Merci à ces autres enfants survivants qui ont soutenu ce projet grâce à leurs témoignages.

A tous, merci d’avoir effectué avec nous, enfants et petits de déportés, ce difficile chemin du souvenir. Chemin qui nous amène à honorer tous ces martyres dont nos parents. Nous mesurons le poids de toutes les souffrances et cela nous donne et cela nous donne à prendre conscience – Ô combien ! – de la vraie valeur de la Vie.

Notre vie comme prolongement, comme revanche contre tout ce qui la détruit.

Cette sorte de pèlerinage avec vous à Auschwitz-Birkenau est, je le crois, un hymne à la Vie avec un grand V. Ceux qui avilissent, salissent, abiment la Vie, c’est à eux-mêmes et à l’humanité qu’ils font du tort.

Ceux qui comme vous respecte l’humain, favorisent la tolérance, la compassion, vénèrent la Vie. Vous connaissez la valeur de la Vie, vous la protégez, vous êtes l’honneur de la Vie.

Soyez fiers ! Continuez à vous indigner de l’injustice et de la barbarie.

Plus jamais cela. Il faut que cela ça finisse enfin, les guerres, les injustices, ça ne peut plus durer.

            Le pâle soleil qui s’est montré lors de notre cérémonie d’hommage, gardons le comme une belle lueur d’espoir que nous avons en commun. Nous ne l’oublierons pas.

Clairette HUET (née LEWKOWICZ), 75 ans. Le 20 mars 2013. Soissons.

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Les Orphelins de La Varenne (juillet 1944)

Pour la troisième fois en 25 ans,  un courrier reçu d’un collège du Doubs m’a fait rouvrir les pages sombres de la tragédie des orphelins de La Varenne. C’est ce qu’explique ce diaporama en ligne afin d’aider au mieux mes collègues et leurs élèves de cet établissement sur ce drame de juillet 1944 en banlieue parisienne.
(Cliquez sur l’image pour accéder au diaporama en ligne)

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A Micheline Lewkowicz (1934-2019)

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Micheline, été 2012 à Soissons.

Chère Micheline,

Tu es partie cette nuit, sans douleur, au cœur de ton dernier sommeil. A pas feutrés, sans faire de bruit, comme le font les gens humbles et dignes, comme tu l’as toujours été. Mon chagrin coule auprès des tiens qui t’ont accompagnée tout au long de ta vie et jusqu’au bout de ta maladie. A ta sœur Clairette dont le dévouement mériterait un panthéon, à ton frère Nathan dont la fraternité passe toujours avant sa propre personne, à tes nièces qui t’ont enlacée comme une seconde mère, à ta maman de substitution, ta sœur aînée Germaine, qui vous avait quittés en 2013 pour rejoindre tes parents arrachés à votre enfance une nuit de juillet 1942 à Soissons.

Famille Lewkowicz

Micheline, en bas à gauche, avec ses parents, deux de ses sœurs (Clairette et Claudine) et frère son Nathan, juillet 1941 à Soissons.

Micheline, notre amitié est si jeune, elle a 7 ans, et je suis aujourd’hui orphelin de cette vertu précieuse que tu m’as offerte dès notre première rencontre en 2012. Tant de souvenirs des moments partagés remontent aussi vite que mes sanglots à la surface de ma mémoire. Notre première rencontre dans mon CDI en juin 2012, entouré de quatre de mes élèves d’alors, volontaires pour m’accompagner dans mes premières recherches sur l’histoire de ta famille avant, pendant et après la Shoah. Nos innombrables tasses de café partagées où jamais tu ne te plaignais des caprices de ta santé, où tu glissais, entre deux gorgées, des traits d’humour qui n’appartenaient qu’à toi. Ce soir-là, où dans un café de Cracovie, je t’ai joué un morceau de piano. Ce noble instrument que tu chérissais tant quand tes mains plus jeunes pouvaient danser allègrement sur les huit octaves. Et cette inoubliable journée du 25 février 2013… Tu avais souhaité avec ta sœur Clairette nous accompagner courageusement pour vous recueillir avec mes élèves, après un long voyage, aux endroits précis où émirent leur dernier souffle de vie, ton papa le 13 août 1942 et ta maman le 2 septembre 1942, respectivement à Auschwitz et à Birkenau. Je t’entends encore dans le car qui nous emmenait vers cette terre de malheurs, me chuchoter à l’oreille en levant les yeux vers le ciel : Là-haut cela fait tellement longtemps que nos parents nous attendent…

Je ne t’oublierai jamais Micheline et j’ai l’intime conviction que dans cinquante ans et plus encore, les élèves qui t’ont rencontrée ou qui connaissent désormais ton histoire, réciteront encore le nom des tiens.

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