9 juin 2019. Chronique d’une rencontre exceptionnelle. (2ème partie)

Des enfants de la Shoah de la famille Liwer-Ehrenkranz et leurs descendants réunis pour la première fois à Soissons, 75 ans après.

Première partie

Seconde partie

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Rendez-vous

Au pied de la stèle d’un monument aux morts, derrière la cathédrale de Soissons, au milieu d’un grand parking faisant office de place du marché deux fois par semaine, les membres de la famille Liwer arrivent en grappe sur le lieu de notre rendez-vous pour midi. Je me dirige vers le groupe dont je reconnais Marc et Liliane entourés de visages de tout âge que je découvre enfin. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, neveux, nièces, cousins germains sur trois générations de la famille Liwer dont le nom est gravé sur cette fameuse stèle rendant hommage aux victimes de la barbarie nazie.

stele

Stèle de Soissons [Photographie Rodolphe Liwer]Germaine « Brucha » Ehrenkranz (née Liwer, colonne 1, 7è nom en partant du bas). Sylvia Liwer, 3è colonne, 4è nom en partant du haut. Avraham « Abraham » (Adolphe) Liwer, 4è nom après celui de sa soeur Sylvia. Une erreur sur sa date de décès. Adolphe a été assassiné le 13 août 1942 et non le 18.

Je me présente à eux et leurs premiers mots à mon endroit préludent d’une journée qui ne sera pas comme les autres, pour eux comme pour moi. J’aperçois alors ma chère Lisette, arrivée d’Israël. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Son éternel chapeau posé sur sa crinière rousse, ses petits yeux plissés laissant toujours glisser une lumière pétillante de jeunesse et d’espièglerie. Elle s’est apprêtée avec coquetterie dans une tenue rouge et noire élégamment portée.

Rendez-vous derrière la Cathédrale

Rendez-vous derrière la Cathédrale [Photographie Rodolphe Liwer].

Jean-Claude Liwer et son épouse en pleine discussion avec la cousine Lisette

Jean-Claude Liwer et son épouse en pleine discussion avec la cousine Lisette. [Photographie Rodolphe Liwer].

Mes retrouvailles avec Lisette.

Les présentations s’enchainent dans un tourbillon de noms où je tente de reconstituer dans ma mémoire la généalogie de cette famille tant étudiée dans mes travaux de recherche depuis des années :

Je suis le fils de… la fille de… le neveu de… le petit-fils de… l’arrière-petite-fille d’untel…

Avec un peu de temps pour que mes synapses mémorielles reconnectent les informations, j’arrive à recomposer les filiations dans mon esprit. La chose n’est toutefois pas aisée car ils étaient dix frères et sœurs entre 20 et 40 ans au moment de la Shoah. Commençons par les « enfants », les cousins, contemporains de l’occupation allemande à Soissons. C’est la dernière génération encore présente aujourd’hui dans cette incroyable rencontre, témoins oculaires de la Nuit : Lisette, bien sûr, doyenne de ce rassemblement, née en 1936, fille de Jacques Ehrenkranz et de Germaine, née Liwer. Nicole, née en 1940, se déplace dans un fauteuil roulant électrique dont la vitalité de son caractère est inversement proportionnelle à ses handicaps. C’est la fille de Germaine Frenkiel et de Robert Liwer, le fameux évadé des WC de la gendarmerie de Soissons, le 20 juillet 42.

Nicole Marc et Robert

Nicole, née en 1940, fille de Robert Liwer, et Marc Liwer, petit-fils de Robert Liwer et neveu de Nicole. [Soissons le 9 juin 2019, photographie Rodolphe Liwer]. En médaillon, Robert Liwer en 1940 au camp de Barcarès lors de la préparation militaire pour le front des engagés des 21e, 22e et 23e Régiments de Marche des Volontaires Étrangers [Fonds Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer].

Liliane, étincelante Liliane, née en 1940, que j’ai eu le plaisir de rencontrer une première fois en 2018 à Paris. Je suis honoré aussi de rencontrer Laurent, frère de Liliane, lui aussi né en 1940 ; fille et fils de Benjamin Liwer qui en 1942 recueillit Jacques Ehrenkranz à son domicile de Lyon pour se remettre de ses lourds traitements subis à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. De là il plongea dans la clandestinité quand il apprit que sa femme fut arrêtée à Soissons et déportée vers l’inconnue …  Laurent et son épouse Françoise me dévoileront au cours de la journée de précieuses anecdotes sur Jacques Ehrenkranz lorsqu’ils le rencontrèrent à Eilat en Israël dans les années 1960.

Au premier plan, Liliane, née Liwer et Laurent Liwer avec, derrière eux, leur cousin et leur cousine, Jean-Claude et Lisette. [Soissons, 9 juin 2019. Photographie Rodolphe Liwer].

Arrive Jean-Claude, né en 1945, fils de Simon Liwer. Cher Jean-Claude, sans lui, cette journée n’aurait jamais pu s’organiser. Il fait partie de ces hommes que l’on rencontre rarement dans une vie. Un homme à qui vous pouvez donner votre confiance sans confession… Je n’oublierai jamais son regard souriant lorsqu’il m’ouvrit pour la première fois la porte de son appartement avec une bienveillance à convertir les plus sceptiques. Ajoutez à cela ce supplément de culture et d’humanisme qui acheva de me séduire dès notre premier entretien en 2018. De plus, qu’il me pardonne, lors de cette première entrevue à son domicile, j’avais l’impression de converser avec Primo Levi tellement les traits de son visage ressemblent à si méprendre au grand écrivain à l’automne de sa vie.

Levi

Primo Levi à gauche et Jean-Claude Liwer lors de notre première rencontre en 2018.

Un autre regard intense où l’estime se dispute à la curiosité, une autre main chaleureuse se tend vers moi à l’ombre de la stèle : Denise Liwer, épouse de Michel, le fils aîné de Robert Liwer, le cousin-copain comme cochon du frère de Lisette qui ferma les yeux une dernière fois à 14 ans, en 1948. Daniel, le frangin de la « petite rouquine » et son cousin Michel étaient tous deux nés en 1934 et grandirent à Soissons jusqu’en 1942.

Une femme, dont la gentillesse se lit à livre ouvert sur son visage, se dirige également vers moi. Dans un sourire si aimable elle se présente à moi :

Je suis Brigitte la fille de Jacques Liwer. C’est en lisant votre livre que j’ai appris qu’on appelait mon père « Petit Jacques ».

Brigitte est née en 1954, la plus jeune des enfants de Jacques Liwer. Elle n’a guère connu son papa. Elle avait 3 ans quand il décéda.  Jacques Liwer survécut à la Shoah en tant que prisonnier de guerre dans un stalag allemand et un interminable internement de 1940 à 1945. Les conventions de Genève de 1929 lui épargnèrent la déportation vers les camps de la mort. Mais de cela, à l’époque, il l’ignorait comme la plupart de ses coreligionnaires qui étaient dans sa situation.

Peit jacques

A gauche, Jacques « petit Jacques » Liwer sur un marché avant la guerre [Fonds Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer]. A droite, sa fille Brigitte à Soissons le 9 juin 2019 [Photographie Rodolphe Liwer].

C’est au tour des petits-enfants qui, pour la plupart, ont mon âge (40-50 ans). Marc Liwer, petit-fils de Robert Liwer, que je retrouve avec une joie à peine contenue. Ma première rencontre avec lui un an plutôt dans son restaurant à Ménilmontant (cf. 1ère partie) et sa profonde reconnaissance sur mes travaux resteront gravées à jamais dans ma mémoire. On me présente ensuite celui qui a tenu à faire Berlin-Soissons-Berlin en moins de 72 heures pour cette rencontre exceptionnelle : Alain le petit-fils d’Avraham/Adolphe Liwer. C’est la première fois qu’il découvre ses cousins. En lui serrant la main, j’ai cru faillir sous l’émotion… J’ai bataillé tellement de nuits et de jours pendant ces sept dernières années pour connaître la vérité sur l’itinéraire de son aïeul jusque dans cette terre maudite de la Haute-Silésie pendant la guerre.… Son grand-père a été le premier de la famille Liwer à être arrêté en aout 1941 comme Juif, puis déporté à Auschwitz dans le convoi n°3, le 22 juin 1942. Il vivait alors à Soissons, puis Crouy, depuis 1935. C’était un ami très proche d’une autre famille juive du Soissonnais qui m’est devenue chère également, les Lewkowicz. J’y reviendrais…

Alain

En discussion avec Jean-Claude Liwer, Alain, à gauche, venu de Berlin pour cette rencontre. En médaillon, son grand-père Avraham/Adolphe Liwer en 1940. Un an avant son arrestation le 21 août 1941 et deux ans avant sa déportation vers Auschwitz le 22 juin 1942. [Photographies : Rodolphe Liwer / Fonds Lisette Gal-El-Ehrenkranz-Liwer].

Enfin, les arrière-petits-enfants Liwer dont la plupart ont l’âge de mes collégiens et lycéens. Tout le monde est enfin rassemblé. Le ciel encombré de nuages voile un soleil à son zénith. Les 28 membres de la famille me suivent pour nous rendre à pied vers le restaurant réservé. Une belle tablée dressée en U nous attend au Saint-Jean, rue Neuve de l’Hôpital.

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Au restaurant

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Trois générations de la famille Liwer dans un restaurant de Soissons. 9 juin 2019 [Photographie Rodolphe Liwer].

Placé à côté de Lisette, nous échangeons souvenirs et photos. J’en profite pour lui confier les deux derniers chapitres récemment achevés pour la biographie de son père. Elle est en cours de rédaction depuis plus d’un an et je devrais pouvoir la finir d’ici 2020 à la lumière des centaines de feuillets d’archive que j’ai pu rassembler depuis plus de six ans concernant exclusivement « l’odyssée » de son papa entre 1903 et 1977. Lisette me met sur la table une photo inédite à mes yeux de son père au stalag, avant sa paralysie des jambes. Elle immortalise un moment de détente dans ce camp de prisonniers de guerre en Autriche (Stalag XVII A). Jacques/Jacob Ehrenkranz (à gauche) et un camarade, grimés mi-femme mi-sumo, dansent au rythme d’un orchestre improvisés par des camarades avec leurs mains qui battent la mesure et leurs flutes de pan bricolées… Cette photographie, sans indication au verso, date selon moi de l’automne 1940, pas plus tard. Il fut victime ensuite d’une paralysie des jambes à cause de travaux exténuants à détourner un cours d’eau en plein hiver, le 12 décembre 1940.

stalag

Jacques/Jacob Ehrenkranz, debout à gauche et dansant avec un camarade devant d’autres amis prisonniers de guerre, au Stalag XVII A en Autriche à Kaisersteinbruch. [Fonds privé : Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer].

Pendant que l’on sert l’apéritif, je me lève et me déplace pour dire un mot à chacune des personnes attablées ou montrer quelques-unes des archives photographiques que j’ai récoltées sur leur famille au cours de mes investigations avant et pendant l’occupation de l’Allemagne nazie.

L’une d’elle me prend le bras et me dit :

« Auriez-vous penser qu’un jour, grâce à vos infatigables recherches, vous permettriez à une famille rescapée de la Shoah de se retrouver, se réunir sur trois générations, ici à Soissons plus de 75 ans après que mes oncles et tantes aient été arrêtés ici ? »

« Non madame, la première fois que j’ai lu le nom de votre famille dans une archive en 2012, c’était totalement impensable pour moi… Je ne cherchais alors que des ressources originelles pour un travail de Mémoire pour mes élèves. »

« Nous avons beaucoup appris sur notre famille pendant la guerre en lisant votre livre. Il était important pour nous de vous rencontrer, ici même. J’étais un bébé quand mes parents nous emmenaient en vacances à Soissons chez mon oncle Jacques ».

Quelques sanglots impromptus étranglant ma glotte me font échapper de ma bouche un à peine audible « merci ».

Avant d’entamer l’entrée, Jean-Claude avait préparé un petit discours… Je rejoins ma place près de mon inénarrable voisine :

Qui aurait pu penser il y a encore quelques mois que nous serions là, tous réunis en famille! J’ai deux informations préalables à vous communiquer :

1ère information : Pour immortaliser cette réunion j’ai demandé à mon fils Rodolphe d’être notre photographe officiel.

2ème information : Nous souhaitons finir de déjeuner avant 14h30 de façon à réserver le plus de temps possible à la visite que Stéphane a préparée. J’aimerais qu’on puisse la faire complètement en allant jusqu’à Crouy où habitait Adolphe et Thérèse Liwer. Crouy est à quelques kilomètres de Soissons.

 Pour économiser du temps, mon discours sera court. Trois mots seulement : 

 Le 1er mot sera pour dire merci à tous ceux qui sont là ! Presque tous nos aînés sont représentés. Dire merci en particulier à ceux qui viennent de loin ! Lisette de Tel Aviv et Alain de Berlin. C’est quand même extraordinaire. Tout un symbole même ! Merci à eux.Merci également aux plus jeunes (leur âge démarre à 14, 15 ou 16 ans jusqu’à 25 ans et plus). Ils sont huit arrière-petits-enfants, présents aujourd’hui. C’est extraordinaire. D’autant qu’à ma connaissance tous sont volontaires. On ne les a pas forcés à venir. Ils ont le sens de la famille sans doute.  Merci enfin à Stéphane puisque sans lui nous ne serions pas là ! 

 Le 2ème mot est un peu plus long. C’est une journée en mémoire de nos aînés mais c’est aussi un moment en hommage à Stéphane. A Stéphane et à son travail. Depuis de nombreuses années il enseigne la Shoah à ses étudiants, il fait des conférences sur le sujet dans sa région, il écrit des livres. « La Shoah en Soissonnais » par exemple. C’est un homme étonnant. Une personnalité modeste et exceptionnelle. D’ailleurs je vais vous lire quelques lignes de sa prose. Alors que je ne connaissais pas encore Stéphane en 2017, j’ai découvert, par hasard, sur Internet, quatre lettres que Stéphane adressait à Lisette en 2016. J’ai extrait quelques lignes d’une de ces lettres qui mettent en évidence les qualités de cœur extraordinaires de Stéphane et l’origine de ses engagements et de son combat pour la mémoire de la Shoah. Écoutez les quelques mots de Stéphane s’adressant à Lisette en 2016:    

« Depuis notre première rencontre en 2013 et notre correspondance régulière, entre votre ville de Ramat-Gan en Israël et mon village de Pavant en France, une sincère amitié s’est tissée entre la survivante octogénaire et le goy quadragénaire qui veut apprendre et transmettre depuis qu’il a mis le doigt, un jour d’hiver 2012, sur la persécution des Juifs du Soissonnais entre 1940 et 1944. »

Il ajoute : 

« Issu d’une famille d’origine vendéenne, que rien ne raccroche à la Shoah, à part mon indignation et la volonté de transmettre aux jeunes les dégâts irréparables de l’intolérance, du racisme et de l’antisémitisme. »

 Quand j’ai lu ces lignes en 2017 je ne connaissais pas encore Stéphane. Je lui ai écrit pour le remercier. Cela vaut que nous soyons là, réunis aujourd’hui ! Cela m’a aussi permis de renouer un lien avec notre cousine Lisette que je ne connaissais pas (je l’avais vu lorsque j’étais enfant à 4 ou 5 ans).

 Le 3ème mot c’est pour vous dire que nous avons ensemble décidé de faire plaisir à Stéphane. On a tous décidé de lui offrir un billet d’avion pour Israël puisque nous savions qu’il avait décidé de partir pour Israël à la fin de l’année. Ce n’est pas le billet d’avion parce que nous ne connaissions pas ses dates précises de départ et de retour. Mais c’est la valeur correspondante. Je lui remets maintenant notre modeste cadeau. 

En complément de ce cadeau j’ai préparé une jolie carte sur laquelle j’ai mis un petit mot, et où chacun pourra mettre sa signature et plus si affinités.  

Voilà j’en ai terminé. Je remercie tout le monde à nouveau. Et bon appétit.

Au fil des mots écoulés dans la voix posée de Jean-Claude, je serrais les dents pour ne pas tressaillir. Ce qu’il déclama avec une profonde sincérité et une touchante simplicité était bien plus qu’un homme ne peut supporter sans faillir sous l’émotion…

Repas fini, nous quittons le restaurant. Commença alors sous ma conduite le parcours à pied en centre-ville, aux adresses où vécurent les Liwer-Ehrenkranz, leurs amis, l’ancienne gendarmerie de Soissons où trois des leurs furent rassemblés lors de l’irréparable nuit du 19/20 juillet 1942 avant le transfert vers Drancy, puis Auschwitz de Sylvia et de Germaine, tante et maman de Lisette et de cousins cousines présents aujourd’hui. Nous clôturons cet itinéraire en nous rendant à l’église Saint-Pierre, ouverte deux fois par an pour les commémorations des déportés et des victimes de la Barbarie nazie où le maire actuel, monsieur Crémont et l’ancien député maire, monsieur Lefranc, souhaiteront saluer et honorer de leur présence cette famille rassemblée.

§

Itinéraire de Mémoire

Trêve de mots. Parcourons en photographies commentées ces allers et retours entre passé et présent, entre les années 1935-1942 et aujourd’hui. Merci beaucoup à Rodolphe Liwer pour tous ces beaux instantanés qu’il m’autorise à publier ici pour relater cette journée exceptionnelle ; celle d’un itinéraire de Mémoire retrouvée et honorée pour cette étonnante et inoubliable famille.

[Cliquez sur l’image, puis sur les numéros de 1 à 7 pour suivre cet itinéraire commenté]

itin

 

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Hommage à Jacques Katz (1939-2019)

A son épouse, ses enfants, ses petits-enfants, à ses sœurs.

202120626 Jacques KATZ fils de Rachel et d'Henri à son domicile le 26 juin 2012

Ma première rencontre avec Jacques Katz, le 26 juin 2012.

Il n’y a pas d’autre richesse que celle d’une rencontre. Il n’y a pas plus grande tristesse que la mort qui nous en prive. La peine m’est tombée du ciel quand j’appris que l’âme croyante de Jacques Katz y montait, soudainement.

Au début des mes travaux de recherches en 2012, ces hommes et ces femmes de Soissons qui survécurent, enfants de la Shoah, avaient tous acceptés au soir de leur vie de s’entretenir une première fois avec moi pour remuer des souvenirs douloureux, pour convoquer la mémoire de leurs proches disparus. L’Histoire et l’Intime se mêlaient, installant entre nous une confiance mutuelle. Dès lors, une amitié sincère au fil du temps qui passe s’est nouée entre eux et moi. Combien de moments de convivialité autour d’un café, d’un repas de famille au-dessus duquel s’échangeaient des discussions passionnantes sur tout un tas de sujet. Le témoin et l’historien n’existaient plus, deux amis se retrouvaient pour le plaisir de passer des moments ensemble. Tous, ces enfants d’hier (Jacques, Micheline, Clairette, Nathan, Viviane, Lisette, Pauline, Ginette, Alain, et tant d’autres), dans la diversité de leurs parcours et de leurs caractères, m’ont accordé cette richesse. Jacques Katz fut le premier. Il fut ma première rencontre, sa confiance en moi nourrissait mon courage pour sonner à d’autres portes afin d’apprendre et transmettre.

C’était un jour de juin 2012, un mardi, chez lui, dans le salon de son pavillon. C’était hier, et je me souviendrais toujours de son  regard pétillant qui s’était posé pour la première fois sur moi avant de partager avec lui une première discussion à bâton rompu.

Il avait, dès sa prime enfance, affronté bien plus que ne peut supporter les épaules d’un petit garçon de 4 ans lors de cette terrible journée d’hiver du 4 janvier 1944 à Tergnier dans l’Aisne… Alors que sa maman Rachel se cachait depuis un an avant d’être arrêtée et déportée au camp de Bergen-Belsen, elle revint. Alors que son papa, qu’il ne connaissait à peine, était enfermé dans un stalag allemand depuis 1940, il revint. Alors que sa grand-mère paternelle fut déportée dans le convoi 67, pour disparaître à jamais.

Le fil fragile de la vie put néanmoins élevé Jacques, entouré de ses parents portant le fardeau du traumatisme de l’enfermement ou de la traque parce que nés dans un lit plutôt qu’un autre. Mais toujours ils arrachèrent à l’avenir, la promesse de tenir malgré tout, surtout quand vint l’amour d’une femme et la naissance de trois filles. Et Jacques tint avec les vicissitudes que provoquèrent la grande et la petite histoire de l’après guerre.

Vous êtes parti monsieur Katz, mais je viendrais vous dire au revoir, à Soissons, là où raisonnent encore les larmes de vos proches, là où vous vous reposez sur votre lit d’éternité.

Paix à votre âme monsieur Katz.

 

 

 

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Agenda des rencontres et conférences

Lundi 11 mai 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e au collège César Franck à Amiens (80 – Somme).

Mercredi 29 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves (4 classes de 3e) du collège Saint-Martin à Amiens (80 – Somme).

Mardi 7 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves du collège Anne-Marie Javouhey à Senlis (60 – Oise).

Vendredi 27 mars 2020 : Conférence/Rencontre au Collège Saint-Famille à Amiens (80-Somme) avec 6 classes de 3è.

Mercredi 11 mars 2020 : Conférence/Rencontre  avec des collégiens et des lycéens de classes professionnelles à l’ensemble scolaire Saint Antoine /Sainte Sophie à Bohain-en-Vermandois (02-Aisne). Classes de 3è, de CAP petite enfance et esthétique et de seconde professionnelle esthétique.

Mardi 11 février 2020 : Conférence/Rencontre au collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front. Trois classes de 3e.

Jeudi 30 janvier 2020 : Conférence/Rencontre avec 5 classes de 3e au collège La Fontaine des Près à Senlis (60-Somme).

Jeudi 16 janvier 2020 : Conférence/Rencontre au CFA du bâtiment à Reims (51-Marne).

Lundi 6 janvier 2020 : Conférence/Rencontre au collège Lamartine avec les élèves de 3e à Soissons (02-Aisne).

Mercredi 18 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du lycée Saint-Rémy à Soissons (02-Aisne).

Mardi 3 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du CFA Bâtiment à Reims (51- Marne).

Vendredi 29 novembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e du collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Lundi 18 novembre 2019 : Conférence/Rencontre au Collège Saint-Paul à Soissons (02-Aisne) avec 5 classes de 3è entre 13h30 et 17h30.

Mardi 17 septembre 2019 : Conférence à l’espace Rachi, Paris V°, de 14h à 17h, sur l’aimable invitation de la Coopération Féminine, de la FSJU et d’Akadem.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lundi 13 mai 2019 : Rencontre avec une classe de 1e STMG au lycée Gérard de Nerval, de 10h à 12h, à Soissons.

Mardi 23 avril 2019 : Rencontre de 5 classes de 3è au collège Jules Verne à Rivery (80 – Somme), une séance de 10h-12h avec trois classes et une séance avec deux autres classes de 13h30 à 15h30.

Mardi 2 avril 2019 : Rencontre avec 32 élèves de 3è pré-décrocheurs et préparatoire à l’enseignement professionnel entre 10h et 12h. Rencontre avec 60 élèves de 1è STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) et de 1è Terminale STD2A entre 13h30 et 15h30 au lycée Saint-Vincent de Paul à Soissons (02 – Aisne).

Lundi 1er avril 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer les deux dernières classes de 2de de l’établissement de 13h30 à 15h30.

Lundi 25 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux  autres classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Vendredi 22 mars 2019 : Rencontre de 6 classes de 3è (2 fois 3 classes entre 10h et 15h30) au collège Sainte-Famille à Amiens (80 – Somme).

Collège Lycée Amiens mars 2019

Auditorium collège-lycée Sainte-Famille, Amiens (22 mars 2019)

Lundi 18 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Mardi 5 mars 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è de 9h à 11h, puis atelier de recherches l’après midi, au collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 26 février 2019 : Rencontre avec des 3è (2 fois deux classes entre 10h et 15h30) au Collège de Neuilly-Saint-Front (02 – Aisne).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Mardi 29 janvier 2019 : Rencontre avec des élèves de 3è de 14h30 à 16h30 au collège Lamartine à Soissons (02 -Aisne).

 

Vendredi 25 janvier 2019 : Rencontre avec les élèves de 1è STHR (Sciences et Technologies de l’Hôtellerie et de la Restauration), de 1è ES et 1è S de 10h à 12h au CDI du lycée Saint-Joseph de Château-Thierry (02 – Aisne).

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Jeudi 10 janvier 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis. Restitution des élèves de cette rencontre :

Article : Site Internet du Collège

18 Collège Senlis

Pendant la rencontre du 10 janvier 2019.

Mercredi 5 décembre 2018 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis.

Ressentis des élèves sur le site de leur établissement.

College senslis 20181205 (3)

Élèves de 3è du collège A-M Javouhey après la rencontre, le 5 décembre 2018

Jeudi 21 juin 2018 : Rencontre avec plusieurs classes (4è et 3è) du collège de Saint-Nicolas à Villers-Cotterêts (02 -Aisne).

Mercredi 30 mai 2018 : Rencontre avec les étudiants en Master I mention Documentation à l’université d’Amiens (ESPE) (80-Somme) pour la matinée.

Mardi 8 mai 2018 : Rencontre au Café littéraire C’est déjà ça à Sâacy-sur-Marne (77- Seine-et-Marne) à 20h45.

Saacy

Lundi 9 avril 2018  : École primaire de Noyant-et-Aconin (02-Aisne) à 9h15.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 3 avril 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

Mardi 27 mars 2018 : Collège Quentin de la Tour à Sains-Richaumont (02-Aisne) à 13h30.

Jeudi 22 mars 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

college wajsfelner

Mardi 13 mars 2018 : Collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front (02-Aisne) à 8h00.

Mardi 20 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

 

 

 

 

 

 

 

 

Mardi 13 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 1er février 2018 : Collège Jacques Prévert à Flavy-le-Martel (02-Aisne) à 14h45.

 

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Témoignages d’enfants sauvés : Des destins ressuscités par les Justes (S. Amelineau – D. Bertrand – G. Celerse – V. Harif – H. Urban – J. Weill – M. Ferrero-Chesneau)

L’Akadem a publié sur son site Internet, le 6 octobre 2019, la captation vidéo de la conférence du 17 septembre dernier à l’Espace Rachi de Paris et dont j’ai eu l’honneur d’être invité dans la seconde partie au côté de Viviane Harif, née Bich dit Mochet en 1941, enfant cachée de la Shoah. Merci infiniment à la Coopération féminine, le Fonds Social Juif Unifié, la Radio de la Communauté Juive (RCJ) et Akadem pour le professionnalisme et la bienveillance de leur accueil. (Vous pouvez visionner intégralement la conférence avec son sommaire en trois parties sur la droite,  en cliquant sur l’image ci-dessous) :

Capture Akadem

 

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(3 פליקס שפילפוגל )משלוח מספר 28 או ימיו האחרונים של עציר בבלוק מספר .HBK Auschwitz I – Stammlager 1942 לאוגוסט12— ליוני עד ה 24—מה

Note de l’auteur :

Je voudrais remercier chaleureusement Pierre Spielvogel, le neveu de Félix Spielvogel, qui est à l’initiative de ce projet de traduction en hébreu afin que des membres de sa famille en Israël puissent avoir connaissance de mes recherches et de mon article (rédigé en trois parties en avril 2017) sur cet oncle déporté et assassiné à Auschwitz.

Mes remerciements les plus sincères à Zohar Wexler, le traducteur, et Dror Yinon pour les corrections.

Version en hébreu

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9 juin 2019. Chronique d’une rencontre exceptionnelle. (1ère partie)

Des enfants de la Shoah de la famille Liwer-Ehrenkranz et leurs descendants réunis pour la première fois à Soissons, 75 ans après.

1ère partie

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Synthèse historique

Lazar et Brendla Liwer

Lazar et Brendla Liwer. Fin des années 1920. [DR. collection particulière].

Lazar et Brendla Liwer s’exilèrent de Bedzin (Pologne) au début des années 1920 pour des raisons politiques et économiques avec leurs 10 enfants nés entre 1899 et 1920. Quatre filles : Régine (1899), Germaine (1904), Eva (1909) et Sylvia (1920). Six garçons : Adolphe (1902), Benjamin (1906), Robert et Simon (jumeaux – 1912), Henri (1914) et Jacques (1917). Ils s’établirent à Paris, dans le XIe arrondissement. A partir de 1935, Adolphe et sa femme Thérèse Kassel, Eva et son mari Paul Golcer, Robert et sa femme Germaine Frenkiel, Germaine et son mari Jacques Ehrenkranz (les parents de Lisette) s’établirent à Soissons.

Le 20 août 1941, en déplacement à Paris, Adolphe fut pris dans la rafle dite du XIe arrondissement et interné à Drancy avec plus de 4000 juifs cet été-là. Il fut déporté un an plus tard, le 22 juin 1942 (convoi n°3) à Auschwitz où il périt le 13 août de la même année. A Soissons, dans la nuit du 19-20 juillet 1942, des gendarmes français arrêtèrent Germaine Ehrenkranz, née Liwer, sa sœur Sylvia et son frère Robert. Ce dernier put s’enfuir avant le regroupement des juifs raflés en Picardie à la prison de Laon et leur transfert à Drancy. Quant à ses deux sœurs elles furent déportées séparément vers Auschwitz-Birkenau : Sylvia le 29 juillet (convoi n°12) et Germaine (la maman de Lisette) le 18 septembre 1942 (convoi n°34). Aucune ne revint…

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C’était un jour de janvier 2012. Je lisais pour la première fois les travaux d’un professeur d’Histoire de Soissons concernant la persécution des Juifs de la ville. Robert Attal avait publié en 1985 une brochure éditée par le Centre Départemental de Documentation Pédagogique (CDDP) de Laon, intitulée Soissons-Auschwitz, un aller simple. Ses travaux furent ma première boussole pour débuter mon enquête sur la persécution des Juifs de Soissons dans la cadre d’un projet pédagogique pour mes élèves volontaires du lycée Saint-Rémy. D’une lecture patiente et concentrée, mon index s’arrêta sur chaque nom, chaque fait relaté que je découvrais. Parmi eux, Ehrenkranz et Liwer. Il était écrit :

M. Jacques Ehrenkranz, lui, resta dans l’armée, en Syrie. Il n’eut pas à souffrir de la déportation alors que sa femme [Gitla/Germaine, née Liwer] fut arrêtée à Soissons et exterminée à Auschwitz. [Mes recherches corrigèrent Robert Attal qui, à sa décharge, tomba sur une archive qui lui fit faire fausse route. Je l’ai moi-même consultée aux archives départementales de Laon. C’était une information reportée par erreur par la Croix Rouge au lendemain de la guerre]. Jacques Ehrenkranz n’a jamais mis les pieds en Syrie pendant la guerre.

Plus loin, l’historien ajoutait : M. Abraham [Avraham/Adolphe] Liwer qui avait été réformé, fût arrêté au cours d’une rafle à Paris juin 1942. [Là aussi, la vérité se révéla quelque peu différente : Adolphe/Avraham Liwer fut rapatrié en France, prisonnier de guerre en juin 1940, du fait du décès de sa femme en août 40. S’il fut bien arrêté en tant que juif à Paris, c’est lors de la rafle du 20 août 1941 dans le XIe arrondissement parisien, probablement lors d’une visite à des membres de sa famille ou pour affaire. Et c’est le 22 juin 1942 qu’il fut déporté du camp de Drancy vers Auschwitz où il fut assassiné quelques semaines après, le 13 août avec son ami de Soissons, Robert Lewkowicz]

Ce jour de janvier 2012, je recopiais donc leur nom sur une feuille pour reprendre à zéro le travail de ce professeur. Je ne soupçonnais pas alors que j’avais mis le doigt dans un engrenage aux rouages inattendus, aux découvertes aussi effroyables que surprenantes, souvent déroutantes. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’en prononçant ces deux noms pour la première fois, dans la pénombre de mon bureau et à la lumière des recherches qui s’ensuivirent, cela provoquerait sept années plus tard une rencontre avec les membres et les descendants de cette famille éparpillée depuis la fin de la guerre en France, en Europe ou en Israël.

Il serait trop long ici de revenir sur le gisement d’archives que j’ai exhumé pour écrire au plus près de la réalité les événements subis par les Ehrenkranz/Liwer. Il serait ici inopportun de relater ce qui est déjà évoqué dans mon livre sur ces longs mois de patientes recherches à tenter de redonner chair, à restituer paroles et visages de ces disparus.

Néanmoins, deux contacts circonstanciels ou providentiels (à chacun ses croyances) ont été essentiels pour permettre ce qui était encore inconcevable il y a sept ans.

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Le premier contact fut évidement celui que j’ai pu nouer avec Lise « Lisette » Ehrenkranz, la fille de Jacques et Germaine. Tout était parti d’un courriel que je reçus de mon lycée pendant mes vacances de printemps en 2013.

De : accueil lycée Saint-Rémy          A : Stéphane Amélineau

Bonjour, Peux-tu téléphoner à un certain monsieur Rispal ? C’est au sujet d’une cérémonie de justes. Il y a 2 familles qui seront représentées et que toi et tes élèves étudient. En plus il voudrait plus de renseignements sur le travail que tu fais. Tu peux le joindre au…. Tu peux aussi trouver des informations sur le site www.yadvashem-france.org

Qui est ce monsieur Rispal ? Aux quelles familles fait-il allusion ? Comment est-il au courant de mes recherches ? Je ne perdis pas de temps pour le savoir. Je décrochais le téléphone. Au bout de la ligne, mon interlocuteur inattendu me révéla des éléments d’informations que je cherchais depuis des mois…

Monsieur Rispal était un ancien journaliste au quotidien régional La Montagne (région Centre). Spécialisé dans les investigations historiques et particulièrement sur la seconde guerre mondiale, il consacrait beaucoup de son temps à des enquêtes de même nature que la mienne. En relation avec le Yad Vashem France, il contribuait à retracer le parcours de certains Justes. Il travaillait alors sur une famille Soissonnaise, les Laplace, qui avait caché une petite fille juive. En fouinant sur la toile il était tombé sur un de mes articles de mon bulletin d’information CDISCOPE que je mettais en ligne pour mes collègues enseignants et les documentalistes de l’Académie d’Amiens. Ce n°28 de juin 2012 traitait de mon enquête historique en cours sur la Shoah à Soissons avec mes élèves. Un nouvel itinéraire de Mémoire que je lançais pour préparer mes élèves à découvrir – hors les livres – l’Histoire du camp d’Auschwitz à travers l’histoire d’un homme, d’une femme, des enfants. Voyant les familles sur lesquelles je travaillais il eut la délicatesse de me retrouver pour m’informer d’une cérémonie qui avait lieu deux jours après notre conversation téléphonique, à la mairie de Soissons : la remise de la médaille des Justes parmi les nations par le comité français du Yad Vashem à l’unique fils encore en vie du couple Laplace. Cette famille avait caché une enfant : Lise « Lisette » EHRENKRANZ !

Grâce à ce journaliste, j’avais évité de passer à coter de cette incroyable opportunité de rencontrer enfin cette « enfant » dont je savais qu’elle avait survécu et dont je n’arrivais pas à retrouver la trace avec mon étudiante en BTS, Aurélie, la plus âgée de mes volontaires que j’avais affectée sur ce dossier pour m’aider ; le découvrant complexe aux premières traces archivistiques avec des informations contradictoires. De plus, et pour cause, Lisette vivait et vit encore en Israël. Elle avait alors 77 ans.

Monsieur Rispal me conseilla de contacter madame Viviane Saül, du Yad Vashem France et de lui transmettre mes travaux illico. Ce que je fis dans la foulée. Elle me donna rendez-vous pour la cérémonie. Ces premiers contacts m’offrirent l’opportunité de découvrir quelques bribes du destin de Lise et de ses parents.

7 avril 2013. La cérémonie de la remise de la médaille des Justes parmi les nations pour la famille Laplace était prévue à 11 heures dans la salle des fêtes de la mairie de Soissons. Je décidais d’arriver avec une heure d’avance dans l’espoir de pouvoir m’entretenir avec madame Lise Ehrenkranz. J’arrivais en même temps que les représentants du Yad Vashem France, madame Viviane Saül et monsieur Alain Habif. Tout à coup, des pas résonnèrent sur le parquet ciré de cette vaste salle des fêtes encore vide. De hautes fenêtres laissèrent pénétrer la lumière montante d’un soleil vers son zénith. Clopin-clopant, une dame à la crinière rousse dans un beau costume noir zébré de discrètes rayures pailletées s’avança dans la salle. Elle se dirigea vers nous avec tout l’empressement d’une femme qui semblait avoir attendu ce moment depuis des années. Sous ses cheveux de feu, des yeux plissés tout aussi ardents. Ils étaient comme deux petits miroirs d’une âme restée éternellement jeune au milieu d’un visage septuagénaire. Derrière elle, une femme brune dont la ressemblance ne faisait aucun doute sur le lien de parenté entre ces deux personnes. Voici enfin Lise Gal-El, née Ehrenkranz, et sa fille Galit. Après les présentations et l’explication de ma présence ici, je ne pus retenir cette exclamation :

         – Lise Ehrenkranz, si vous saviez ! Cela fait des mois que mes élèves et moi essayons de vous retrouver !

Je résumais du mieux que je pouvais tout cet acheminement qui m’avait conduit à cette cérémonie. J’avais avec moi des copies de l’ensemble des archives que j’avais pu récolter à l’époque sur sa famille depuis le début de mon enquête.

         – Et bien je suis là, me répondit-elle, j’ai tant attendu ce moment-là pour rendre hommage à mes sauveurs. Cela fait dix ans que je livre ce combat pour ma Néné [Annunciata, sa nourrice, mère de quatre fils, qui vivait route de Compiègne à Soissons et avait caché Lisette – 6 ans, de 1942 à 1944], ma Nana [la mère d’Annunciata] et mon Nono [Robert, le mari d’Annunciata]. Qu’ils soient enfin reconnus comme Justes. Tenez, j’ai avec moi des photos de mon père, je vous les donne et j’aurai plaisir à vous raconter notre histoire…

Cérémonie des Justes -Mairie de Soissons 7 avril 2013

Cérémonie des Justes parmi les Nations dans la salle des fêtes de la mairie de Soissons le 7 avril 2013. Au premier plan, Galit et Lisette. Au bout du rang, Jean Laplace, le fils aîné de « Néné » qui reçut la médaille pour ses parents à titre posthume.

Ce jour-là scella le début de notre profonde amitié et d’une relation épistolaire régulière, encore très florissante aujourd’hui alors que j’ai commencé depuis 2017 à écrire, à sa demande, un récit biographique sur son papa :  L’Odyssée de Jacob. Qu’adviendra-t-il de ce texte ? Sera-t-il publié ? Peu importe, il aura le mérite d’exister pour Lisette, ses descendants et sa famille.

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Le second contact essentiel vint un jour de 2017, quelques temps après la parution de mon livre « La Shoah en Soissonnais ». Un homme faisait des recherches généalogiques sur sa famille via Internet lorsqu’il tomba sur un des articles de ce site « Itinéraires de Mémoires » :  Lettres à Lisette . Cet homme m’écrivit pour me remercier. Cet homme est Jean-Claude Liwer, un cousin de Lisette qu’il n’avait plus revue depuis plus de 60 ans, lorsqu’il était enfant. Il me demanda les coordonnées de sa cousine en Israël…

Jean-Claude se procura mon livre et très vite nous nous sommes donnés rendez-vous en banlieue parisienne en avril 2018 d’où il m’emmena dans un restaurant à Ménilmontant que tient Marc Liwer, un petit-fils de Robert Liwer (celui qui s’échappa des toilettes de la gendarmerie de Soissons lors de la rafle du 19-20 juillet 1942). Je n’oublierais jamais cette première rencontre… Ce jour-là a germé l’idée de réunir et faire venir plusieurs membres de la famille Liwer à Soissons, même ceux perdus de vue depuis plus de cinquante ans afin que je leur raconte et leur montre les lieux où vécurent leurs grands-parents, parents, oncles, tantes, etc. Cette ville au bord de l’Aisne était parfois évoquée dans les souvenirs de la famille Liwer mais aucun de ses membres n’y était revenu depuis la fin des années 1940.

Avril 2018. Ménilmontant

De gauche à droite : Marc Liwer, Stéphane Amélineau, Jean-Claude Liwer. Avril 2018, Paris, Ménilmontant; [DR. Collection particulière].

Cette idée incroyable de Jean-Claude et Marc se concrétisa le dimanche 9 juin 2019. Au cours de mes recherches sur cette famille depuis 2012, j’ai appris une chose : « A l’impossible, nul Liwer-Ehrenkranz n’est tenu ! »

[A suivre… seconde partie].

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Collection « Témoignages de la Shoah », publication du Catalogue 2019

Publiée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah aux Éditions Le Manuscrit, la collection Témoignages de la Shoah compte aujourd’hui 85 titres. Découvrez-les (en cliquant sur l’image) dans notre nouveau catalogue ! (Source : Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 29 mai 2019).

COUV

Couverture du catalogue 2019

Très honoré d’avoir contribué à l’édifice de ce gigantesque éditorial de la Mémoire.

Cataloque FMS 2019

Catalogue 2019, pages 49-50

 

 

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