Agenda des rencontres et conférences

Mardi 23 avril 2019 : Rencontre de 5 classes de 3è au collège Jules Verne à Rivery (80 – Somme), une séance de 10h-12h avec trois classes et une séance avec deux autres classes de 13h30 à 15h30.

Mardi 2 avril 2019 : Rencontre avec 32 élèves de 3è pré-décrocheurs et préparatoire à l’enseignement professionnel entre 10h et 12h. Rencontre avec 60 élèves de 1è STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) et de 1è Terminale STD2A entre 13h30 et 15h30 au lycée Saint-Vincent de Paul à Soissons (02 – Aisne).

Lundi 1er avril 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer les deux dernières classes de 2de de l’établissement de 13h30 à 15h30.

Lundi 25 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux  autres classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Vendredi 22 mars 2019 : Rencontre de 6 classes de 3è (2 fois 3 classes entre 10h et 15h30) au collège Sainte-Famille à Amiens (80 – Somme).

Lundi 18 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Mardi 5 mars 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è de 9h à 11h, puis atelier de recherches l’après midi, au collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Mardi 26 février 2019 : Rencontre avec des 3è (2 fois deux classes entre 10h et 15h30) au Collège de Neuilly-Saint-Front (02 – Aisne).

Mardi 29 janvier 2019 : Rencontre avec des élèves de 3è de 14h30 à 16h30 au collège Lamartine à Soissons (02 -Aisne).

Vendredi 25 janvier 2019 : Rencontre avec les élèves de 1è STHR (Sciences et Technologies de l’Hôtellerie et de la Restauration), de 1è ES et 1è S de 10h à 12h au CDI du lycée Saint-Joseph de Château-Thierry (02 – Aisne).

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Jeudi 10 janvier 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis. Restitution des élèves de cette rencontre :

Article : Site Internet du Collège

18 Collège Senlis

Pendant la rencontre du 10 janvier 2019.

Mercredi 5 décembre 2018 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis.

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Élèves de 3è du collège A-M Javouhey après la rencontre, le 5 décembre 2018

Jeudi 21 juin 2018 : Rencontre avec plusieurs classes (4è et 3è) du collège de Saint-Nicolas à Villers-Cotterêts (02 -Aisne).

Mercredi 30 mai 2018 : Rencontre avec les étudiants en Master I mention Documentation à l’université d’Amiens (ESPE) (80-Somme) pour la matinée.

Mardi 8 mai 2018 : Rencontre au Café littéraire C’est déjà ça à Sâacy-sur-Marne (77- Seine-et-Marne) à 20h45.

Saacy

Lundi 9 avril 2018  : École primaire de Noyant-et-Aconin (02-Aisne) à 9h15.

Mardi 3 avril 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

Mardi 27 mars 2018 : Collège Quentin de la Tour à Sains-Richaumont (02-Aisne) à 13h30.

Jeudi 22 mars 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

college wajsfelner

Mardi 13 mars 2018 : Collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front (02-Aisne) à 8h00.

Mardi 20 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Mardi 13 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Jeudi 1er février 2018 : Collège Jacques Prévert à Flavy-le-Martel (02-Aisne) à 14h45.

 

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3 février 1944 – 3 février 2019 : il y a 75 ans, le convoi n°67

Parmi les 74 convois des déportés juifs de France destinés aux camps de la mort nazis pendant la Shoah, il y en a un que j’ai souvent retrouvé sur la route de ma formation sur le sujet et l’élaboration de mes itinéraires de Mémoire pour mes élèves depuis 2003. C’est le convoi n° 67 du 3 février 1944. Je l’ai souvent étudié pour tenter de comprendre un des multiples mécanismes de la « Solution finale de la question juive ».

Lors de mon premier voyage d’étude à Auschwitz en 2003 en compagnie d’une dizaine de professeurs d’histoire et d’une des rescapées de Birkenau, Yvette Levy (convoi 77) , lorsque j’enseignais au lycée Françoise Cabrini en Seine-Saint-Denis, nous évoquions souvent ce convoi qui emportait, entre autres, trois enfants juifs portés à la Mémoire collective grâce au film de Louis Malle « Au revoir les enfants ».

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Extrait de mon Journal 2003-2005. Message d’Yvette Levy inscrit sur mon journal le 4 avril 2004 dans l’avion entre Cracovie et Paris lors de mon premier projet avec mes élèves du lycée Françoise Cabrini de Noisy-le-Grand (93).

En 2008, pour mon premier itinéraire de Mémoire dans un établissement scolaire de Soissons où je venais d’être muté, j’avais proposé à des lycéens volontaires qui voulaient se rendre avec moi à Auschwitz dans un cadre pédagogique, d’imaginer à partir de séances historiquement contextualisées au CDI pendant un an, le parcours d’enfants de leur âge partis dans ce convoi n°67. Ils étaient 23 élèves et je choisis sur la liste de ce convoi 23 enfants âgés de 14 à 18 ans.

 

Pour mieux nous rapprocher de la réalité de cette déportation, en plus des témoignes écrits de Louise Alcan et de Paul Chytelman, j’avais pu contacter à l’époque deux autres survivants de ce convoi : Bernard Bouriki (qui m’accorda un entretien à son domicile le 10 novembre 2008 mais il ne tenait pas à témoigner devant les élèves et dont je conserve précieusement cet enregistrement audio) et Léa Schwartzmann, épouse Rohatyn, qui accepta le 4 novembre 2008 de rencontrer mes élèves dans l’auditorium du Mémorial de la Shoah pour transmettre son calvaire. Pour mes élèves comme pour moi, ce fut le choc des premiers témoignages nous permettant d’esquisser nos représentations sur ce crime, augmentées par notre déplacement à Auschwitz le 3 mars 2009. Nous avions restitué ces parcours à travers des textes de fiction dans un livre auto-publié  « Convoi 67 : Encore vivront-ils un tout petit peu…« 

 

Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu

4è de couverture et couverture de livre auto-publié pour mes élèves dans le cadre du projet pédagogique sur la Shoah « Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu…). Livre tiré uniquement à 100 exemplaires pour les élèves, enseignants du lycée et institutions ou fondations ayant participé au projet en 2008-2009.

Ci-dessous, en lien, un des plus beaux texte écrits dans ce livre par une de mes élèves, Edwige Elie, 17 ans en 2009, imaginant, avec ses connaissances acquises au cours de ce projet pédagogique, le sort de Ruth Lazar, déportée dans le convoi 67 à l’âge de 17 ans.

« Ruth Lazar, 17 ans » par Edwige Elie (2009)

En 2011, quand j’entrepris mon troisième itinéraire de Mémoire pour des élèves volontaires afin d’enquêter avec eux sur le sort des Juifs de Soissons, je ne me doutais pas alors que le convoi 67 allait croiser à nouveau nos investigations….

Extrait : Calendrier de la persécution des Juifs de France, 1940-1944  de Serge Klarsfeld.

Convoi n°67 en date du 3 février 1944.

Ce convoi emporte vers Auschwitz 1214 déportés dont 184 enfants de moins de 18 ans (4 bébés, 9 enfants de 1 an, 5 de 2 ans, 4 de 3 ans, 8 de 4 ans, etc.…) ainsi que 14 octogénaires. On compte 662 hommes et 552 femmes. Départ du convoi de Paris Bobigny.

166 hommes furent sélectionnés à l’arrivée le 6 février, et reçurent les matricules 173228 à 173393, ainsi que 49 femmes (matricules 75125 à 75173).  985 personnes furent immédiatement gazées.

En 1945, il y avait 43 survivants, dont 23 femmes.

Parmi ces 1214 déportés, 7 personnes juives de Soissons arrêtées à leur domicile le 4 janvier 1944, transférées au camp de Drancy le 20 janvier 1944. Parmi les 184 enfants de moins de 18 ans de ce convoi, ces deux garçons et cette petite fille de Soissons  : Maurice Wajsfelner (10 ans), Albert Gochperg (8 ans) et sa petite soeur Nelly (3 ans). Dans ces wagons à bestiaux se trouvaient également, de Tergnier-Fargniers, Rachel Guecht-Katz (59 ans), le couple Grünblatt et leurs deux enfants, Annette (18 ans) et Maurice (12 ans), tous arrêtés également le 4 janvier. Enfin, de la famille de mon amie Lisette Ehrenkranz : son oncle paternel Max, sa femme, Rosalie, enceinte de huit mois, et leurs sept enfants, âgés de 1 à 14 ans, Jacques, Suzanne, Daniel, Armand, Jules, René et Thérèse arrêtés à Montrouge à leur domicile, transférés à Drancy le 22 janvier 1944.

Paix à leur Mémoire.

 

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De classes en classes : passer une Mémoire

Depuis décembre dernier, et jusqu’à la fin de l’année scolaire 2018/2019, plus d’une quarantaine de classes, des centaines d’élèves en collège ou en lycée de mon académie (Amiens) ont assisté ou assisteront à mes conférences sur la Shoah à l’invitation de leurs professeurs. Ils sont de plus en plus nombreux à me solliciter et j’en suis profondément honoré.  Je les remercie chaleureusement de s’investir dans l’organisation de ces rencontres pour sensibiliser leurs élèves contre le racisme et l’antisémitisme à partir de mes travaux sur l’histoire de familles juives persécutées pendant les heures les plus sombres de la Seconde guerre mondiale.

 

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A chacune de ces rencontres, je ne peux que souligner la qualité d’écoute des élèves, l’exemplarité de leur comportement, la pertinence ou la spontanéité de leurs questions et  l’émotion qu’ils ressentent à m’entendre conter le parcours de ces enfants, papas, mamans, tontons, tatas, papis et mamies naufragés dans les abîmes des camps d’extermination ou rescapés grâce à la main tendue de celles et ceux qui les ont naturellement cachés pendant la Nuit. Ces élèves mesurent à quel point leur attention permet de rendre hommage à ces familles évoquées dans mon livre. Ils saisissent que ce ne sont pas simplement des noms inscrits dans des pages, sur des stèles commémoratives ou des murs mémoriaux, mais des visages, des bonheurs et des espérances fauchées, des mondes en soi à qui l’on a reproché d’être nés dans un lit et non dans un autre, pour reprendre l’expression d’Arthur Koestler, parce que « étrangers » et boucs-émissaires.

Au nom des familles Altmann, Berkover, Bich, Biegacz, Christophe, Contenté, Ehrenkranz, Katz, Knoll, Kolinka, Kouznietzoff, Heftler, Lewkowicz, Levy, Liwer, Neuman, Rambach, Scharapan, Schwartzmann, Scheuer, Spielvogel, Szerman, Szpiro, Tavlitzki, Wajsfelner, Zisman qui depuis plus de 10 ans m’ont ouvert en confiance les portes de leurs terribles souvenirs et à la Mémoire de toutes les victimes du racisme, je félicite les élèves, leurs professeurs et les journalistes de la presse locale pour me confier leurs touchantes restitutions à travers leurs textes, leurs courriers ou leurs articles. Que parmi ces élèves se trouvent de nouveaux relais pour les décennies à venir…

Article du site Internet du collège Javouhey à Senlis.

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Article de Françoise Delol publié dans L’Union du 2 février 2019.

Pour en savoir plus : Agenda des rencontres ou Activité proposée en classe

 

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Une nouvelle année scolaire pour des rencontres sur mes Itinéraires de Mémoire sur la Shoah auprès des jeunes

Première étape aujourd’hui (mercredi 5 décembre 2018) dans le collège Javouhey de Senlis (Oise) avant d’enchaîner une série de rencontres prévues en 2018/2019 sur invitation d’établissements scolaires, un peu partout dans l’académie d’Amiens. Je dépose alors mon manteau de professeur documentaliste et revêts à ces occasions celui de l’humble porte-parole des témoins du Soissonnais qui ne sont plus et des derniers survivants de ce coin de France qui m’encouragent à poursuivre cette démarche, inlassablement.

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Salle de classe du collège Javouhey à Senlis, prête à accueillir les élèves de 3è pour ces rencontres. [DR. Stéphane Amélineau]

     8h30, tout est près ce matin pour accueillir 2×40 élèves de 3è et leur raconter l’Histoire de la Shoah à travers la vie de mes amis Nathan, Viviane, Micheline, Maurice, Lisette, Pauline, etc.
     Pendant deux fois deux heures, ces jeunes collégiens ont été très réceptifs au message de tolérance qu’implique ces « conférences ». Ils ont réagi à chaque révélation que j’apportais dans le déroulé de mon histoire-enquête, appuyée par les illustrations (photos, archives, dessins) que je vidéo-projetais pour suivre l’itinéraire des familles de mes amis. Leurs questions fusaient, toutes pertinentes, dépassant ainsi les 2 heures prévues pour chacun des deux groupes programmés toute la matinée. Le dernier , à midi, n’a pas voulu quitter la salle avant de connaître la fin de mon histoire, de l’Histoire d’enfants et d’ados de Soissons persécutés pendant la Shoah.
 
     Félicitations à eux ! Vive ces jeunes et merci infiniment pour leurs applaudissements spontanés malgré quelques larmes qui perlaient sur plusieurs joues. Je n’oublie pas ces deux ou trois élèves qui se sont endormis au début et qui, au fur et à mesure que grondait le bruit saccadé du train se rapprochant d’Auschwitz sous le poids de ma narration, ils se réveillèrent. Ils méritent aussi ma reconnaissance d’avoir su relever la tête.
     J’ose croire que tous rentreront chez eux, ce soir, avec une conscience plus éclairée sur les dégâts du racisme qui commencent toujours par des préjugés sur « l’autre » entendus au quotidien et finissent jusqu’aux meurtres de masse quand « l’intelligence collective » ne répond plus comme en Europe à partir des années 1930.
     Photos souvenirs à la fin de ces quatre heures d’audience. Merci à l’accueil des enseignants et de leur enthousiasme à faire aboutir cette rencontre.

 

Avec les élèves des classes de 3è du collège Javouhey à Senlis [DR. Stéphane Amélineau]
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Hommage à André Berkover, aout 2018

Quelle tristesse !!! Cette semaine, André Berkover nous a quittés.
Il avait témoigné en 2008 auprès de mes élèves (de Soissons) à Drancy, dans une des anciennes salles du rez-de-chaussée des HLM (ou HBM) avant la construction du Mémorial, plus digne de la Mémoire des Juifs naufragés ou rescapés de cette antichambre de la mort.

Plus encore, j’ai lu et relu son témoignage publié lorsque j’enquêtais sur la déportation des Juifs de Soissons. L’un d’eux, Isia Bich, fit partie du même convoi (n°76 du 30 juin 1944) que monsieur Berkover, et tous les deux, furent sélectionnés pour entrer dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau-Monowitz, condamnés à une mort plus lente que ceux destinés aux chambres à gaz. Ils survécurent.

B comme Berkover, B comme Bich, ce dernier, dans la file de la déshumanisation avant tatouage dans un Block du camp, reçut le numéro sur son avant-bras gauche : A16577 ; il était le 5è type derrière André Berkover (n° A16572).
Un jour de 2015, je travaillais aux archives du Mémorial de la Shoah, au 4è étage, justement sur Isia Bich quand André Berkover pénétra dans la salle. J’étais subjugué de le voir. Je repris mes esprits et eu le courage de m’assoir près de lui, de lui montrer une photo de monsieur Isia Bich. Il ne s’en souvenait pas.
Évidemment ! André Berkover avait 14 ans (Isia en avait 45), et aucun visage ne pouvait se distinguer dans sa mémoire de cette cohorte d’individus pénétrant au premier jour de leur non-humanité.

Cher Monsieur Berkover, je ne vous oublierai JAMAIS ! Mes condoléances les plus sincères à vos proches.

 

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Bernard Zisman, « libéré » du camp de Drancy – janvier 1944

A ce jour, un an après sa parution, c’est l’erreur la plus significative livrée dans mon ouvrage paru en 2017 « La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire ». Il s’agit d’une personne citée dans mon livre : Bernard/Wolf Zisman, du village de Parcy-et-Tigny. Je l’avais notifié comme mort en déportation dans le convoi n°66 vers Auschwitz-Birkenau. Que sa Mémoire me pardonne ! Que la vérité soit rétablie.

Début 1944, les autorités allemandes d’occupation voulaient intensifier les rafles des juifs français dans les provinces, surtout depuis que Joseph Darnand, antisémite fanatique, ait remplacé René Bousquet à la tête du secrétariat général de la police française afin d’accentuer la collaboration dans le cadre de la Solution finale en France. Ces arrestations étaient désormais du fait des Allemands, souvent accompagnés de gendarmes français aux domiciles des familles juives ; adresses connues par les recensements de 1940-1941 ou par dénonciation.

Le Kds (Kommando der Sipo-SD) de Saint-Quentin, siège de la police allemande pour l’ensemble de la Picardie (plus le département des Ardennes) lança ses hommes dans toute la région, le 4 janvier 1944. Ce jour d’hiver, un des camions allemands avec son plateau à l’arrière non bâché, juste avec des petites rehausses sur les côtés, sillonnait les routes enneigées du sud de l’Aisne, comme d’autres dans tout le département. En plein jour, du matin jusqu’au soir, les limiers de ce camion arrêtèrent sans ménagement à Villers-Cotterêts Lucien Rambach (62 ans), son épouse Georgette (58 ans), la sœur et la nièce de cette dernière, Thérèse Uhry (62 ans) et Suzanne Uhry (38 ans). Les Allemands poursuivirent leur chasse à l’homme à Parcy-Tigny, à une dizaine de kilomètres au sud de Soissons et embarquèrent Bernard(Wolf) Zisman, 45 ans. Ils traquèrent jusqu’à Fère-en-Tardenois pour emmener le vieux marchand de bestiaux, veuf, Alphonse Scheuer (71 ans) et à la Ferté-Milon[1], plusieurs membres d’une même famille : Florentine (75 ans), son mari Alfred Salomon (81 ans), Maurice Weil (53 ans), son épouse Zélie (53 ans), deux de leurs enfants, René (18 ans) et  Simone (23 ans).

Concernant Bernard (Wolf) Zisman, j’avais pu corroborer son arrestation à partir des archives de la sous-préfecture de Soissons avec le témoignage d’un petit garçon du village de l’époque (monsieur Lesourd), en 2012, 70 ans après les faits. Il m’avait alors confié :

– Mon oncle, ma tante et mes grands-parents paternels vivaient à Parcy-et-Tigny et je m’y rendais pendant les vacances. J’entends encore mon père nous dire ceci au début 1944 – il revenait de chez mes grands-parents : « Les Allemands ont ramassé M. Zisman ! » Petit garçon que j’étais, je croyais que les Allemands avaient de grandes pelles pour ramasser les gens ! […] Bernard Zisman ! Il tenait le café rue des Forges avec son épouse. Vous devriez vous y rendre. Le bâtiment existe toujours. Sa femme n’a pas été arrêtée [elle était non juive] et après la guerre elle a tenu le café « Terminus » en face de la gare de Soissons[2].

Bernard Zisman et les onze autres infortunés, blottis les uns contre les autres, se protégeant du vent glacial, furent dirigés plus au sud, à la prison de Château-Thierry, internés pendant deux jours et deux nuits. Le 6 janvier 1944 ils ont été transférés au camp de Drancy comme l’attestent les fiches d’internement ou les reçus des fiches de fouilles de leurs objets de valeurs. Leur entrée dans la Cité de la Muette était d’abord consignée dans le Cahier des mutations [cf. illustration ci-dessous]. Deux semaines après leur internement dans l’escalier 7 au 4è étage pour Alphonse, Lucien, Alfred, Maurice, René et Bernard(Wolf), et l’escalier 6 au 3è étage pour Georgette, Florentine, Zélie, Simone, Thérèse et Suzanne, ils furent désignés pour le convoi n°66 du 20 janvier et disparurent très probablement, dès leur arrivée, dans les chambres à gaz après la sélection sur la Judenrampe d’Auschwitz dans la nuit du 22 et 23 janvier 1944, exceptés Simone Weil et son frère René. D’après les travaux de recherche d’une association de La Ferté-Milon (Club « Jean Racine »), ils pénétrèrent dans le camp et périrent quelques mois plus tard où la mort des détenus à Auschwitz-Birkenau avait « mille visages ».

6 janvier 1944. Extrait du cahier des mutations du camp de Drancy. Archives du Mémorial de la Shoah.

6 janvier 1944, extrait du Cahier des mutations du camp de Drancy. Archives du Mémorial de la Shoah.

C’est ce que j’affirme donc dans mon livre, tous déportés et assassinés en déportation, malgré une première incohérence que j’avais pourtant soulevée dans mon ouvrage à propos de Bernard Zisman, page 165 : « Par contre, aucune fiche d’internement ni aucun nom sur la liste du convoi ne mentionne Zisman ». Je n’avais pas alors poussé plus loin mes investigations, pensant que cette fiche d’internement avait disparu ou du fait de la confusion qu’il y eut avec le patronyme Zylberman dans les recherches de mes prédécesseurs dans les années 1980 – Dominique Natanson et Robert Attal – concernant l’arrestation d’un juif dans le village de Parcy-Tigny. Quelle erreur de ma part, pour ne pas dire « quel amateurisme », concernant le cas de Bernard Zisman ! Six mois après la parution de mon livre, en décembre 2017, la vérité allait enfin se dessiner.

Dimanche 17 décembre 2017, quelques minutes avant ma conférence sur la Shoah en Soissonnais au centre culturel du Mail à Soissons, une dame me prend le bras :

-Monsieur Amélineau, je ne peux hélas assister à votre conférence mais je tenais à vous dire, après avoir lu votre livre, que Bernard Zisman n’a jamais été déporté ! Je suis madame Seva, une sœur de monsieur Lesourd qui a témoigné dans votre livre. Voici mes coordonnées, rappelez-moi !

Je lui affirmai que je n’y manquerais pas. Je grimpais ensuite  sur la scène du centre culturel pour débuter ma conférence, un peu sonné par cette révélation inattendue.

Quelques jours plus tard, je suis invité chez monsieur Lesourd, entouré de ses deux sœurs et de son épouse. Je leur raconte, archives à l’appui, tout ce que je sais jusqu’à ce jour du 6 janvier 1944 concernant Bernard Zisman.

– Ce que je vais vous dire maintenant, enchaina l’une des sœurs après mon récit, je le tiens de madame Ciry (que je contactai au téléphone et qui confirma). Sa maman et sa tante, et elle-même jeune fille après la guerre, ont connu madame Zisman. Sa tante, en particulier, a travaillé pour madame Zisman dans l’hôtel Terminus en face de la gare de Soissons, après la guerre. Elles étaient très proches. Mais revenons à l’arrestation. Madame Zisman n’était pas juive. Juste après que les Allemands aient emmené son mari de leur maison qui tenait lieu aussi de bar et d’épicerie à Parcy-Tigny, elle prit avec elle l’or que le couple possédait. Elle partit retrouver son mari à Drancy et échangea son or contre la libération de monsieur Zisman.

– Elle réussit à faire sortir son mari du camp de Drancy ? m’étonnai-je tout en réfléchissant à voix haute. Et cela, poursuivis-je, probablement le jour même ou dès le lendemain du 6 janvier 1944, ce qui expliquerait l’inexistence de sa fiche d’internement. Il fallait quelques heures pour l’administration du camp pour remplir leurs fiches ou leurs listes après le passage des nouveaux entrants dans la baraque de fouille, dans la cour de la Cité de la Muette.

– Oui, monsieur Zisman est revenu très vite.

Ainsi tout se tient. Après le 6 janvier 44 à Drancy, aucune trace archivistique sur Bernard(Wolf) Zisman, « volatilisé », pas de fiche d’internement, son nom n’apparait sur aucune des listes des convois de janvier à juillet 1944. Je retourne aux archives du Mémorial de la Shoah, espérant trouver le moindre indice ou renseignement sur cette « libération » du camp de Drancy. En vain, mais l’absence d’information et déjà une information dans ce genre d’affaire : quelques vies sauvées contre la vénalité de collaborateurs ou d’Allemands. Qui, madame Zisman, soudoya-t-elle ? Était-ce lors d’une consultation auprès de l’abjecte professeur d’ethnologie, Georges Montandon, qui monnayait ses certificats de « non appartenance à la race juive  » ? A cette période, janvier 1944, il avait encore ses entrées à Drancy[3]. [Sur ces abominables consultations je renvoie ici le lecteur à la première scène du film de Joseph Losey, Monsieur Klein].

Grace à l’intervention de sa femme pour corrompre ses geôliers, Bernard Zisman survécut jusqu’à la fin de l’occupation dans l’Aisne en août 1944. Ils quittèrent le village de Parcy-Tigny après la guerre en travaillant dans des grands hôtels du pays. Au décès de son mari, madame Zisman revint sur Soissons pour gérer l’Hôtel du Terminus. Elle se remaria ensuite à monsieur Chatelnaze de Belleu [commune de la banlieue de Soissons].

Notes :

[1] Mes recherches sur la persécution des Juifs du Soissonnais ont porté principalement sur les communes de Soissons, Crouy, Parcy-Tigny, Villers-Cotterêts, Fère-en-Tardenois et Tergnier-Fargniers. Pour les travaux sur la famille Weil/Salomon, je vous renvoie aux travaux de Marie-Christine Clamour, André Bazia et Nicolas Bentz publiés dans La seconde guerre mondiale à La Ferté-Milon et ses environs. Éditions Club Jean Racine. La Ferté-Milon, 2017, 183 p.
[2] Stéphane Amélineau. La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire. Éditions La Fondation pour la Mémoire de la Shoah/Le Manuscrit. Collection « Témoignages de la Shoah » Paris, 2017. p.164-165.
[3] J’invite le lecteur à lire les travaux de l’historien Michel Laffitte. Un engrenage fatal : L’UGIF face aux réalités de la Shoah 1941-1944. Éditions Liana Levi, Paris, 2003. Sur le cas de George Montandon lire particulièrement les pages 190-195.
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« Un projet pédagogique exceptionnel » Café pédagogique

La chronique du Café pédagogique http://bit.ly/2gX9E8Y

Editions Le Manuscrit

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Raconter la Shoah à des enfants d’une classe de CM1-CM2 : retour d’expérience

La maîtresse de cette classe à double niveau de l’école primaire du Rondeau à Noyant-et-Aconin (tout près de Soissons) m’avait invité, pour le 9 avril dernier, en tant qu’auteur de La Shoah en Soissonnais, à rencontrer ses élèves pour les sensibiliser sur ce sujet, terreau de toutes les formes de discrimination.

Depuis le début de mes travaux et la publication de mon livre, j’ai rencontré à travers des conférences, ou des interventions en classe, des centaines de collégiens, lycéens, étudiants, adultes mais jamais des enfants de 9-10 ans. C’était donc une première pour moi. Un exercice pédagogique nouveau. J’avais à retravailler, à repenser la manière d’aborder la persécution des Juifs de Soissons entre 1940 et 1945 pour l’adapter à ces jeunes élèves. Je m’étais appuyé sur les notions à aborder à partir des programmes scolaires en Histoire du cycle 3  (dernier paragraphe de la page 2) et des conseils pour enseigner la Shoah par le Mémorial de la Shoah afin d’éviter des écueils pouvant heurter des enfants de cet âge à travers ce qui est dit quand je raconte l’histoire d’un enfant juif déporté ou de ce qui est montré lorsque je projette des photographies ou des documents sur le tableau interactif de la classe qui illustrent mes propos.

Pour ces plus jeunes élèves que je rencontre, je leurs conte l’histoire de Maurice Wajsfelner et de sa famille. C’était un petit garçon de 10 ans, arrêté le 4 janvier 1944 dans son appartement à Soissons avec sa tante Chaja et sa cousine Suzanne (qui réussit à échapper à cette arrestation et survécut à l’Occupation), un an et demi après la déportation de ses parents et de son grand frère Charles en juillet 1942. Tous périrent à Auschwitz. Je raconte également, en fin de séance, l’histoire d’autres enfants juifs de Soissons (Lisette Ehrenkranz, Viviane Bich ou encore les enfants Lewkowicz) qui ont pu être cachés par des messieurs-mesdames au grand Cœur.

Lundi 9 avril 2018 : Déroulement de la rencontre et ses prolongements

Madame Évelyne Dégremont, l’institutrice, avait vraiment bien préparé ses élèves pour cette rencontre. Nous nous étions plusieurs fois entretenus au préalable pour affiner ce rendez-vous.

A peine leur posai-je cette première question « Que signifie pour vous le terme Shoah ? Avez-vous déjà entendu ce mot qui se trouve dans le titre du livre que j’ai écrit ? », qu’une dizaine de bras se levèrent d’un seul tenant, à celui qui toucherait le premier le plafond de la classe avec son index pour être le premier interrogé, tout cela dans un silence olympien.  Le décor était posé, l’attitude exemplaire, j’ai senti tout de suite que nous allions passer ensemble deux belles heures, riches d’enseignement, pour eux comme pour moi.

  • Monsieur, c’est l’extermination de Juifs pendant la seconde guerre mondiale.
  • Monsieur, c’était en 1939-1945, cette guerre !
  • Monsieur, c’était avec Hitler et les nazis et puis le Maréchal Pétain
  • Monsieur, ils ont tué des Juifs dans des douches. Des douches avec de l’eau gazeuse.
  • Monsieur, des enfants se sont cachés, comme Armand, un juif qui a été caché à Noyant.
  • Monsieur, la France était coupée en deux.
  • Monsieur, les Juifs sont partis dans des trains. Il y avait plein d’étoiles…

Nul doute, les enfants avaient des prérequis, des représentations de ce crime dont certaines étaient à préciser ou à corriger.

Je pouvais donc commencer à raconter l’histoire de Maurice Wajsfelner et de sa famille, de leur Pologne natale jusqu’à la fin…en Pologne occupée par les nazis, dans l’univers concentrationnaire et génocidaire d’Auschwitz-Birkenau.

Afin d’avoir toute leur attention, et qu’ils réagissent à mes propos ou aux documents vidéo projetés, aucun travail à l’écrit ne devait les distraire de l’histoire contée. Au fil du récit, des yeux ronds d’étonnement, des mains posées sur des bouches entrouvertes par l’indignation d’un fait triste évoqué confirmaient la pertinence de cette méthode.

Diaporama présenté aux élèves sur l’histoire de Maurice Wajsfelner et sa famille

Toutefois, pour prolonger ce travail avec leur maîtresse, je soumettais à cette dernière un texte à trous à distribuer à ses élèves pour revenir un ou deux jours plus tard sur ce thème et de restituer ce qu’ils avaient entendu, de garder une trace écrite de cette histoire.

Texte à trous à faire remplir aux élèves (version corrigée, mots en rouge)

Second prolongement :  Dans l’histoire de Maurice Wajsfelner, nous avons évoqué sa cousine Suzanne qui a échappé à l’arrestation du 4 janvier 1944 au deuxième étage de l’appartement du 15 rue Saint-Quentin. A ce jour, et je l’expliquais aux enfants, je ne connais pas les circonstances de ce sauvetage. Ce que je sais, c’est que Suzanne, un tout petit peu plus jeune que son cousin, a survécu à l’Occupation et est partie vivre après la guerre au Brésil.

En 2016, j’ai appris aux archives du Mémorial de la Shoah qu’une photo des parents de Maurice (celle affichée dans le diaporama à côté de la carte de l’Europe entre les deux guerres mondiales)  avait été envoyée du Brésil en 2012 par une certaine « Souza ». Les archivistes ne pouvaient me donner l’adresse de cette femme que je suppose fortement être la cousine Suzanne, mais ils acceptèrent que j’écrive une lettre et qu’ils la transmettraient. Depuis, je n’ai pas eu de réponse.

J’ai eu l’idée de proposer aux élèves de cette classe de CM1-CM2 d’écrire chacun une petite lettre ou une petite carte à cette cousine qui, peut-être, vit encore, ou peut-être a-t-elle des enfants au Brésil. Que j’essayerais à nouveau de trouver un contact pour les envoyer et leur dire qu’ici, plus de 75 ans après le drame de Maurice et des Juifs de Soissons, des enfants pensent à eux, malgré l’espace et le temps qui nous séparent.

Lundi 16 avril 2018

Une personne de l’accueil de mon lycée à Soissons m’informe qu’une personne à glisser une enveloppe sous la porte d’entrée de notre établissement et me remet ce courrier. Elle a été déposée par madame Dégremont, la maîtresse, mentionnée au dos de l’enveloppe. Elle était venue me restituer ces merveilleuses cartes écrites par ses élèves dont une m’était destinée.

Désormais, de ces jeunes écoliers, j’ai cette mission à retrouver la cousine Suzanne ou ses descendants, pour transmettre ces magnifiques mots d’enfants de 9-10 ans ! Ces cartes sont comme des messages dans une capsule numérique envoyés dans l’océan Internet. Trouveront-elles leur destinataire ?

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