Les Orphelins de La Varenne (juillet 1944)

Pour la troisième fois en 25 ans,  un courrier reçu d’un collège du Doubs m’a fait rouvrir les pages sombres de la tragédie des orphelins de La Varenne. C’est ce qu’explique ce diaporama en ligne afin d’aider au mieux mes collègues et leurs élèves de cet établissement sur ce drame de juillet 1944 en banlieue parisienne.
(Cliquez sur l’image pour accéder au diaporama en ligne)

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A Micheline Lewkowicz (1934-2019)

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Micheline, été 2012 à Soissons.

Chère Micheline,

Tu es partie cette nuit, sans douleur, au cœur de ton dernier sommeil. A pas feutrés, sans faire de bruit, comme le font les gens humbles et dignes, comme tu l’as toujours été. Mon chagrin coule auprès des tiens qui t’ont accompagnée tout au long de ta vie et jusqu’au bout de ta maladie. A ta sœur Clairette dont le dévouement mériterait un panthéon, à ton frère Nathan dont la fraternité passe toujours avant sa propre personne, à tes nièces qui t’ont enlacée comme une seconde mère, à ta maman de substitution, ta sœur aînée Germaine, qui vous avait quittés en 2013 pour rejoindre tes parents arrachés à votre enfance une nuit de juillet 1942 à Soissons.

Famille Lewkowicz

Micheline, en bas à gauche, avec ses parents, deux de ses sœurs (Clairette et Claudine) et frère son Nathan, juillet 1941 à Soissons.

Micheline, notre amitié est si jeune, elle a 7 ans, et je suis aujourd’hui orphelin de cette vertu précieuse que tu m’as offerte dès notre première rencontre en 2012. Tant de souvenirs des moments partagés remontent aussi vite que mes sanglots à la surface de ma mémoire. Notre première rencontre dans mon CDI en juin 2012, entouré de quatre de mes élèves d’alors, volontaires pour m’accompagner dans mes premières recherches sur l’histoire de ta famille avant, pendant et après la Shoah. Nos innombrables tasses de café partagées où jamais tu ne te plaignais des caprices de ta santé, où tu glissais, entre deux gorgées, des traits d’humour qui n’appartenaient qu’à toi. Ce soir-là, où dans un café de Cracovie, je t’ai joué un morceau de piano. Ce noble instrument que tu chérissais tant quand tes mains plus jeunes pouvaient danser allègrement sur les huit octaves. Et cette inoubliable journée du 25 février 2013… Tu avais souhaité avec ta sœur Clairette nous accompagner courageusement pour vous recueillir avec mes élèves, après un long voyage, aux endroits précis où émirent leur dernier souffle de vie, ton papa le 13 août 1942 et ta maman le 2 septembre 1942, respectivement à Auschwitz et à Birkenau. Je t’entends encore dans le car qui nous emmenait vers cette terre de malheurs, me chuchoter à l’oreille en levant les yeux vers le ciel : Là-haut cela fait tellement longtemps que nos parents nous attendent…

Je ne t’oublierai jamais Micheline et j’ai l’intime conviction que dans cinquante ans et plus encore, les élèves qui t’ont rencontrée ou qui connaissent désormais ton histoire, réciteront encore le nom des tiens.

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Hommage à Jacques Katz (1939-2019)

A son épouse, ses enfants, ses petits-enfants, à ses sœurs.

202120626 Jacques KATZ fils de Rachel et d'Henri à son domicile le 26 juin 2012

Ma première rencontre avec Jacques Katz, le 26 juin 2012.

Il n’y a pas d’autre richesse que celle d’une rencontre. Il n’y a pas plus grande tristesse que la mort qui nous en prive. La peine m’est tombée du ciel quand j’appris que l’âme croyante de Jacques Katz y montait, soudainement.

Au début des mes travaux de recherches en 2012, ces hommes et ces femmes de Soissons qui survécurent, enfants de la Shoah, avaient tous acceptés au soir de leur vie de s’entretenir une première fois avec moi pour remuer des souvenirs douloureux, pour convoquer la mémoire de leurs proches disparus. L’Histoire et l’Intime se mêlaient, installant entre nous une confiance mutuelle. Dès lors, une amitié sincère au fil du temps qui passe s’est nouée entre eux et moi. Combien de moments de convivialité autour d’un café, d’un repas de famille au-dessus duquel s’échangeaient des discussions passionnantes sur tout un tas de sujet. Le témoin et l’historien n’existaient plus, deux amis se retrouvaient pour le plaisir de passer des moments ensemble. Tous, ces enfants d’hier (Jacques, Micheline, Clairette, Nathan, Viviane, Lisette, Pauline, Ginette, Alain, et tant d’autres), dans la diversité de leurs parcours et de leurs caractères, m’ont accordé cette richesse. Jacques Katz fut le premier. Il fut ma première rencontre, sa confiance en moi nourrissait mon courage pour sonner à d’autres portes afin d’apprendre et transmettre.

C’était un jour de juin 2012, un mardi, chez lui, dans le salon de son pavillon. C’était hier, et je me souviendrais toujours de son  regard pétillant qui s’était posé pour la première fois sur moi avant de partager avec lui une première discussion à bâton rompu.

Il avait, dès sa prime enfance, affronté bien plus que ne peut supporter les épaules d’un petit garçon de 4 ans lors de cette terrible journée d’hiver du 4 janvier 1944 à Tergnier dans l’Aisne… Alors que sa maman Rachel se cachait depuis un an avant d’être arrêtée et déportée au camp de Bergen-Belsen, elle revint. Alors que son papa, qu’il ne connaissait à peine, était enfermé dans un stalag allemand depuis 1940, il revint. Alors que sa grand-mère paternelle fut déportée dans le convoi 67, pour disparaître à jamais.

Le fil fragile de la vie put néanmoins élevé Jacques, entouré de ses parents portant le fardeau du traumatisme de l’enfermement ou de la traque parce que nés dans un lit plutôt qu’un autre. Mais toujours ils arrachèrent à l’avenir, la promesse de tenir malgré tout, surtout quand vint l’amour d’une femme et la naissance de trois filles. Et Jacques tint avec les vicissitudes que provoquèrent la grande et la petite histoire de l’après guerre.

Vous êtes parti monsieur Katz, mais je viendrais vous dire au revoir, à Soissons, là où raisonnent encore les larmes de vos proches, là où vous vous reposez sur votre lit d’éternité.

Paix à votre âme monsieur Katz.

 

 

 

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Agenda des rencontres et conférences

Lundi 11 mai 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e au collège César Franck à Amiens (80 – Somme).

Mercredi 29 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves (4 classes de 3e) du collège Saint-Martin à Amiens (80 – Somme).

Mardi 7 avril 2020 : Conférence/Rencontre avec les élèves du collège Anne-Marie Javouhey à Senlis (60 – Oise).

Vendredi 27 mars 2020 : Conférence/Rencontre au Collège Saint-Famille à Amiens (80-Somme) avec 6 classes de 3è.

Mercredi 11 mars 2020 : Conférence/Rencontre  avec des collégiens et des lycéens de classes professionnelles à l’ensemble scolaire Saint Antoine /Sainte Sophie à Bohain-en-Vermandois (02-Aisne). Classes de 3è, de CAP petite enfance et esthétique et de seconde professionnelle esthétique.

Mardi 11 février 2020 : Conférence/Rencontre au collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front. Trois classes de 3e.

Vendredi 7 février 2020 : Conférence/Rencontre d’élèves de 6è au collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02 – Aisne).

Jeudi 30 janvier 2020 : Conférence/Rencontre avec 5 classes de 3e au collège La Fontaine des Près à Senlis (60-Oise).

Lundi 27 janvier 2020 : Conférence/Rencontre avec 3 classes de 3è au collège Saint-Joseph de Château-Thierry.

Lundi 6 janvier 2020 : Conférence/Rencontre au collège Lamartine avec les élèves de 3e à Soissons (02-Aisne).

De ma conférence dans ce collège (6 janvier) à leurs visites du Mémorial de la Shoah et du Panthéon à Paris (28 janvier) sur des victimes de la Seconde guerre mondiale (deux sujets abordés dans un projet pédagogique citoyen : Juifs du Soissonnais et femmes dans la résistance), voici un magnifique compte rendu du prof doc et des profs d’histoire du collège Lamartine à Soissons dans cette capsule vidéo.

 

 

Mercredi 18 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du lycée Saint-Rémy à Soissons (02-Aisne).

Panneau réalisé par des lycéens de Saint-Rémy à Soissons après la conférence où j’ai raconté l’histoire de la famille Lewkowicz.

Mardi 3 décembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves du CFA Bâtiment à Reims (51- Marne).

Dans l’amphi du CFA Bâtiment de Reims devant 60 apprentis :

 

Lettres reçues de quelques apprentis sur leurs ressentis de la conférence :

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Vendredi 29 novembre 2019 : Conférence/Rencontre avec les élèves de 3e du collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Merci à toute l’équipe du collège Jean Fernel pour ce beau compte rendu (cliquez sur la photographie) :

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Lundi 18 novembre 2019 : Conférence/Rencontre au Collège Saint-Paul à Soissons (02-Aisne) avec 5 classes de 3è entre 13h30 et 17h30.

Quelques remarques de la classe de 3eA :

remarques élèves

 

Mardi 17 septembre 2019 : Conférence à l’espace Rachi, Paris V°, de 14h à 17h, sur l’aimable invitation de la Coopération Féminine, de la FSJU et d’Akadem.

L’intégralité de la conférence en vidéo, réalisée par l’équipe d’Akadem : ici

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Lundi 13 mai 2019 : Rencontre avec une classe de 1e STMG au lycée Gérard de Nerval, de 10h à 12h, à Soissons.

Mardi 23 avril 2019 : Rencontre de 5 classes de 3è au collège Jules Verne à Rivery (80 – Somme), une séance de 10h-12h avec trois classes et une séance avec deux autres classes de 13h30 à 15h30.

Mardi 2 avril 2019 : Rencontre avec 32 élèves de 3è pré-décrocheurs et préparatoire à l’enseignement professionnel entre 10h et 12h. Rencontre avec 60 élèves de 1è STD2A (Sciences et Technologies du Design et des Arts Appliqués) et de 1è Terminale STD2A entre 13h30 et 15h30 au lycée Saint-Vincent de Paul à Soissons (02 – Aisne).

Lundi 1er avril 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer les deux dernières classes de 2de de l’établissement de 13h30 à 15h30.

Lundi 25 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux  autres classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Vendredi 22 mars 2019 : Rencontre de 6 classes de 3è (2 fois 3 classes entre 10h et 15h30) au collège Sainte-Famille à Amiens (80 – Somme).

Collège Lycée Amiens mars 2019

Auditorium collège-lycée Sainte-Famille, Amiens (22 mars 2019)

Lundi 18 mars 2019 : Dans le cadre de la semaine de l’Éducation contre le racisme et l’antisémitisme (18-24 mars 2019), le Lycée Jules Verne de Château-Thierry (02 – Aisne) m’invite à rencontrer deux classes de 2de de 13h30 à 15h30.

Mardi 5 mars 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è de 9h à 11h, puis atelier de recherches l’après midi, au collège Jean Fernel à Clermont (60 – Oise).

Mardi 26 février 2019 : Rencontre avec des 3è (2 fois deux classes entre 10h et 15h30) au Collège de Neuilly-Saint-Front (02 – Aisne).

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Mardi 29 janvier 2019 : Rencontre avec des élèves de 3è de 14h30 à 16h30 au collège Lamartine à Soissons (02 -Aisne).

 

Vendredi 25 janvier 2019 : Rencontre avec les élèves de 1è STHR (Sciences et Technologies de l’Hôtellerie et de la Restauration), de 1è ES et 1è S de 10h à 12h au CDI du lycée Saint-Joseph de Château-Thierry (02 – Aisne).

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Jeudi 10 janvier 2019 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis. Restitution des élèves de cette rencontre :

Article : Site Internet du Collège

18 Collège Senlis

Pendant la rencontre du 10 janvier 2019.

Mercredi 5 décembre 2018 : Rencontre avec deux classes de 3è au collège Anne-Marie Javouhey à Senlis.

Ressentis des élèves sur le site de leur établissement.

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Élèves de 3è du collège A-M Javouhey après la rencontre, le 5 décembre 2018

Jeudi 21 juin 2018 : Rencontre avec plusieurs classes (4è et 3è) du collège de Saint-Nicolas à Villers-Cotterêts (02 -Aisne).

Mercredi 30 mai 2018 : Rencontre avec les étudiants en Master I mention Documentation à l’université d’Amiens (ESPE) (80-Somme) pour la matinée.

Mardi 8 mai 2018 : Rencontre au Café littéraire C’est déjà ça à Sâacy-sur-Marne (77- Seine-et-Marne) à 20h45.

Saacy

Lundi 9 avril 2018  : École primaire de Noyant-et-Aconin (02-Aisne) à 9h15.

Mardi 3 avril 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

Mardi 27 mars 2018 : Collège Quentin de la Tour à Sains-Richaumont (02-Aisne) à 13h30.

Jeudi 22 mars 2018 : Collège Maurice Wajsfelner à Cuffies (02-Aisne) à 14h55.

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Mardi 13 mars 2018 : Collège Joseph Boury à Neuilly-Saint-Front (02-Aisne) à 8h00.

Mardi 20 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Mardi 13 février 2018 : Collège Lamartine à Soissons (02-Aisne) à 14h30.

Jeudi 1er février 2018 : Collège Jacques Prévert à Flavy-le-Martel (02-Aisne) à 14h45.

 

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Témoignages d’enfants sauvés : Des destins ressuscités par les Justes (S. Amelineau – D. Bertrand – G. Celerse – V. Harif – H. Urban – J. Weill – M. Ferrero-Chesneau)

L’Akadem a publié sur son site Internet, le 6 octobre 2019, la captation vidéo de la conférence du 17 septembre dernier à l’Espace Rachi de Paris et dont j’ai eu l’honneur d’être invité dans la seconde partie au côté de Viviane Harif, née Bich dit Mochet en 1941, enfant cachée de la Shoah. Merci infiniment à la Coopération féminine, le Fonds Social Juif Unifié, la Radio de la Communauté Juive (RCJ) et Akadem pour le professionnalisme et la bienveillance de leur accueil. (Vous pouvez visionner intégralement la conférence avec son sommaire en trois parties sur la droite,  en cliquant sur l’image ci-dessous) :

Capture Akadem

 

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(3 פליקס שפילפוגל )משלוח מספר 28 או ימיו האחרונים של עציר בבלוק מספר .HBK Auschwitz I – Stammlager 1942 לאוגוסט12— ליוני עד ה 24—מה

Note de l’auteur :

Je voudrais remercier chaleureusement Pierre Spielvogel, le neveu de Félix Spielvogel, qui est à l’initiative de ce projet de traduction en hébreu afin que des membres de sa famille en Israël puissent avoir connaissance de mes recherches et de mon article (rédigé en trois parties en avril 2017) sur cet oncle déporté et assassiné à Auschwitz.

Mes remerciements les plus sincères à Zohar Wexler, le traducteur, et Dror Yinon pour les corrections.

Version en hébreu

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9 juin 2019. Chronique d’une rencontre exceptionnelle. (2ème partie)

Des enfants de la Shoah de la famille Liwer-Ehrenkranz et leurs descendants réunis pour la première fois à Soissons, 75 ans après.

Première partie

Seconde partie

§

Rendez-vous

Au pied de la stèle d’un monument aux morts, derrière la cathédrale de Soissons, au milieu d’un grand parking faisant office de place du marché deux fois par semaine, les membres de la famille Liwer arrivent en grappe sur le lieu de notre rendez-vous pour midi. Je me dirige vers le groupe dont je reconnais Marc et Liliane entourés de visages de tout âge que je découvre enfin. Enfants, petits-enfants, arrière-petits-enfants, neveux, nièces, cousins germains sur trois générations de la famille Liwer dont le nom est gravé sur cette fameuse stèle rendant hommage aux victimes de la barbarie nazie.

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Stèle de Soissons [Photographie Rodolphe Liwer]Germaine « Brucha » Ehrenkranz (née Liwer, colonne 1, 7è nom en partant du bas). Sylvia Liwer, 3è colonne, 4è nom en partant du haut. Avraham « Abraham » (Adolphe) Liwer, 4è nom après celui de sa soeur Sylvia. Une erreur sur sa date de décès. Adolphe a été assassiné le 13 août 1942 et non le 18.

Je me présente à eux et leurs premiers mots à mon endroit préludent d’une journée qui ne sera pas comme les autres, pour eux comme pour moi. J’aperçois alors ma chère Lisette, arrivée d’Israël. Nous tombons dans les bras l’un de l’autre. Son éternel chapeau posé sur sa crinière rousse, ses petits yeux plissés laissant toujours glisser une lumière pétillante de jeunesse et d’espièglerie. Elle s’est apprêtée avec coquetterie dans une tenue rouge et noire élégamment portée.

Rendez-vous derrière la Cathédrale

Rendez-vous derrière la Cathédrale [Photographie Rodolphe Liwer].

Jean-Claude Liwer et son épouse en pleine discussion avec la cousine Lisette

Jean-Claude Liwer et son épouse en pleine discussion avec la cousine Lisette. [Photographie Rodolphe Liwer].

Mes retrouvailles avec Lisette.

Les présentations s’enchainent dans un tourbillon de noms où je tente de reconstituer dans ma mémoire la généalogie de cette famille tant étudiée dans mes travaux de recherche depuis des années :

Je suis le fils de… la fille de… le neveu de… le petit-fils de… l’arrière-petite-fille d’untel…

Avec un peu de temps pour que mes synapses mémorielles reconnectent les informations, j’arrive à recomposer les filiations dans mon esprit. La chose n’est toutefois pas aisée car ils étaient dix frères et sœurs entre 20 et 40 ans au moment de la Shoah. Commençons par les « enfants », les cousins, contemporains de l’occupation allemande à Soissons. C’est la dernière génération encore présente aujourd’hui dans cette incroyable rencontre, témoins oculaires de la Nuit : Lisette, bien sûr, doyenne de ce rassemblement, née en 1936, fille de Jacques Ehrenkranz et de Germaine, née Liwer. Nicole, née en 1940, se déplace dans un fauteuil roulant électrique dont la vitalité de son caractère est inversement proportionnelle à ses handicaps. C’est la fille de Germaine Frenkiel et de Robert Liwer, le fameux évadé des WC de la gendarmerie de Soissons, le 20 juillet 42.

Nicole Marc et Robert

Nicole, née en 1940, fille de Robert Liwer, et Marc Liwer, petit-fils de Robert Liwer et neveu de Nicole. [Soissons le 9 juin 2019, photographie Rodolphe Liwer]. En médaillon, Robert Liwer en 1940 au camp de Barcarès lors de la préparation militaire pour le front des engagés des 21e, 22e et 23e Régiments de Marche des Volontaires Étrangers [Fonds Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer].

Liliane, étincelante Liliane, née en 1940, que j’ai eu le plaisir de rencontrer une première fois en 2018 à Paris. Je suis honoré aussi de rencontrer Laurent, frère de Liliane, lui aussi né en 1940 ; fille et fils de Benjamin Liwer qui en 1942 recueillit Jacques Ehrenkranz à son domicile de Lyon pour se remettre de ses lourds traitements subis à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce. De là il plongea dans la clandestinité quand il apprit que sa femme fut arrêtée à Soissons et déportée vers l’inconnue …  Laurent et son épouse Françoise me dévoileront au cours de la journée de précieuses anecdotes sur Jacques Ehrenkranz lorsqu’ils le rencontrèrent à Eilat en Israël dans les années 1960.

Au premier plan, Liliane, née Liwer et Laurent Liwer avec, derrière eux, leur cousin et leur cousine, Jean-Claude et Lisette. [Soissons, 9 juin 2019. Photographie Rodolphe Liwer].

Arrive Jean-Claude, né en 1945, fils de Simon Liwer. Cher Jean-Claude, sans lui, cette journée n’aurait jamais pu s’organiser. Il fait partie de ces hommes que l’on rencontre rarement dans une vie. Un homme à qui vous pouvez donner votre confiance sans confession… Je n’oublierai jamais son regard souriant lorsqu’il m’ouvrit pour la première fois la porte de son appartement avec une bienveillance à convertir les plus sceptiques. Ajoutez à cela ce supplément de culture et d’humanisme qui acheva de me séduire dès notre premier entretien en 2018. De plus, qu’il me pardonne, lors de cette première entrevue à son domicile, j’avais l’impression de converser avec Primo Levi tellement les traits de son visage ressemblent à si méprendre au grand écrivain à l’automne de sa vie.

Levi

Primo Levi à gauche et Jean-Claude Liwer lors de notre première rencontre en 2018.

Un autre regard intense où l’estime se dispute à la curiosité, une autre main chaleureuse se tend vers moi à l’ombre de la stèle : Denise Liwer, épouse de Michel, le fils aîné de Robert Liwer, le cousin-copain comme cochon du frère de Lisette qui ferma les yeux une dernière fois à 14 ans, en 1948. Daniel, le frangin de la « petite rouquine » et son cousin Michel étaient tous deux nés en 1934 et grandirent à Soissons jusqu’en 1942.

Une femme, dont la gentillesse se lit à livre ouvert sur son visage, se dirige également vers moi. Dans un sourire si aimable elle se présente à moi :

Je suis Brigitte la fille de Jacques Liwer. C’est en lisant votre livre que j’ai appris qu’on appelait mon père « Petit Jacques ».

Brigitte est née en 1954, la plus jeune des enfants de Jacques Liwer. Elle n’a guère connu son papa. Elle avait 3 ans quand il décéda.  Jacques Liwer survécut à la Shoah en tant que prisonnier de guerre dans un stalag allemand et un interminable internement de 1940 à 1945. Les conventions de Genève de 1929 lui épargnèrent la déportation vers les camps de la mort. Mais de cela, à l’époque, il l’ignorait comme la plupart de ses coreligionnaires qui étaient dans sa situation.

Peit jacques

A gauche, Jacques « petit Jacques » Liwer sur un marché avant la guerre [Fonds Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer]. A droite, sa fille Brigitte à Soissons le 9 juin 2019 [Photographie Rodolphe Liwer].

C’est au tour des petits-enfants qui, pour la plupart, ont mon âge (40-50 ans). Marc Liwer, petit-fils de Robert Liwer, que je retrouve avec une joie à peine contenue. Ma première rencontre avec lui un an plutôt dans son restaurant à Ménilmontant (cf. 1ère partie) et sa profonde reconnaissance sur mes travaux resteront gravées à jamais dans ma mémoire. On me présente ensuite celui qui a tenu à faire Berlin-Soissons-Berlin en moins de 72 heures pour cette rencontre exceptionnelle : Alain le petit-fils d’Avraham/Adolphe Liwer. C’est la première fois qu’il découvre ses cousins. En lui serrant la main, j’ai cru faillir sous l’émotion… J’ai bataillé tellement de nuits et de jours pendant ces sept dernières années pour connaître la vérité sur l’itinéraire de son aïeul jusque dans cette terre maudite de la Haute-Silésie pendant la guerre.… Son grand-père a été le premier de la famille Liwer à être arrêté en aout 1941 comme Juif, puis déporté à Auschwitz dans le convoi n°3, le 22 juin 1942. Il vivait alors à Soissons, puis Crouy, depuis 1935. C’était un ami très proche d’une autre famille juive du Soissonnais qui m’est devenue chère également, les Lewkowicz. J’y reviendrais…

Alain

En discussion avec Jean-Claude Liwer, Alain, à gauche, venu de Berlin pour cette rencontre. En médaillon, son grand-père Avraham/Adolphe Liwer en 1940. Un an avant son arrestation le 21 août 1941 et deux ans avant sa déportation vers Auschwitz le 22 juin 1942. [Photographies : Rodolphe Liwer / Fonds Lisette Gal-El-Ehrenkranz-Liwer].

Enfin, les arrière-petits-enfants Liwer dont la plupart ont l’âge de mes collégiens et lycéens. Tout le monde est enfin rassemblé. Le ciel encombré de nuages voile un soleil à son zénith. Les 28 membres de la famille me suivent pour nous rendre à pied vers le restaurant réservé. Une belle tablée dressée en U nous attend au Saint-Jean, rue Neuve de l’Hôpital.

§

Au restaurant

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Trois générations de la famille Liwer dans un restaurant de Soissons. 9 juin 2019 [Photographie Rodolphe Liwer].

Placé à côté de Lisette, nous échangeons souvenirs et photos. J’en profite pour lui confier les deux derniers chapitres récemment achevés pour la biographie de son père. Elle est en cours de rédaction depuis plus d’un an et je devrais pouvoir la finir d’ici 2020 à la lumière des centaines de feuillets d’archive que j’ai pu rassembler depuis plus de six ans concernant exclusivement « l’odyssée » de son papa entre 1903 et 1977. Lisette me met sur la table une photo inédite à mes yeux de son père au stalag, avant sa paralysie des jambes. Elle immortalise un moment de détente dans ce camp de prisonniers de guerre en Autriche (Stalag XVII A). Jacques/Jacob Ehrenkranz (à gauche) et un camarade, grimés mi-femme mi-sumo, dansent au rythme d’un orchestre improvisés par des camarades avec leurs mains qui battent la mesure et leurs flutes de pan bricolées… Cette photographie, sans indication au verso, date selon moi de l’automne 1940, pas plus tard. Il fut victime ensuite d’une paralysie des jambes à cause de travaux exténuants à détourner un cours d’eau en plein hiver, le 12 décembre 1940.

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Jacques/Jacob Ehrenkranz, debout à gauche et dansant avec un camarade devant d’autres amis prisonniers de guerre, au Stalag XVII A en Autriche à Kaisersteinbruch. [Fonds privé : Lisette Gal-El/Ehrenkranz/Liwer].

Pendant que l’on sert l’apéritif, je me lève et me déplace pour dire un mot à chacune des personnes attablées ou montrer quelques-unes des archives photographiques que j’ai récoltées sur leur famille au cours de mes investigations avant et pendant l’occupation de l’Allemagne nazie.

L’une d’elle me prend le bras et me dit :

« Auriez-vous penser qu’un jour, grâce à vos infatigables recherches, vous permettriez à une famille rescapée de la Shoah de se retrouver, se réunir sur trois générations, ici à Soissons plus de 75 ans après que mes oncles et tantes aient été arrêtés ici ? »

« Non madame, la première fois que j’ai lu le nom de votre famille dans une archive en 2012, c’était totalement impensable pour moi… Je ne cherchais alors que des ressources originelles pour un travail de Mémoire pour mes élèves. »

« Nous avons beaucoup appris sur notre famille pendant la guerre en lisant votre livre. Il était important pour nous de vous rencontrer, ici même. J’étais un bébé quand mes parents nous emmenaient en vacances à Soissons chez mon oncle Jacques ».

Quelques sanglots impromptus étranglant ma glotte me font échapper de ma bouche un à peine audible « merci ».

Avant d’entamer l’entrée, Jean-Claude avait préparé un petit discours… Je rejoins ma place près de mon inénarrable voisine :

Qui aurait pu penser il y a encore quelques mois que nous serions là, tous réunis en famille! J’ai deux informations préalables à vous communiquer :

1ère information : Pour immortaliser cette réunion j’ai demandé à mon fils Rodolphe d’être notre photographe officiel.

2ème information : Nous souhaitons finir de déjeuner avant 14h30 de façon à réserver le plus de temps possible à la visite que Stéphane a préparée. J’aimerais qu’on puisse la faire complètement en allant jusqu’à Crouy où habitait Adolphe et Thérèse Liwer. Crouy est à quelques kilomètres de Soissons.

 Pour économiser du temps, mon discours sera court. Trois mots seulement : 

 Le 1er mot sera pour dire merci à tous ceux qui sont là ! Presque tous nos aînés sont représentés. Dire merci en particulier à ceux qui viennent de loin ! Lisette de Tel Aviv et Alain de Berlin. C’est quand même extraordinaire. Tout un symbole même ! Merci à eux.Merci également aux plus jeunes (leur âge démarre à 14, 15 ou 16 ans jusqu’à 25 ans et plus). Ils sont huit arrière-petits-enfants, présents aujourd’hui. C’est extraordinaire. D’autant qu’à ma connaissance tous sont volontaires. On ne les a pas forcés à venir. Ils ont le sens de la famille sans doute.  Merci enfin à Stéphane puisque sans lui nous ne serions pas là ! 

 Le 2ème mot est un peu plus long. C’est une journée en mémoire de nos aînés mais c’est aussi un moment en hommage à Stéphane. A Stéphane et à son travail. Depuis de nombreuses années il enseigne la Shoah à ses étudiants, il fait des conférences sur le sujet dans sa région, il écrit des livres. « La Shoah en Soissonnais » par exemple. C’est un homme étonnant. Une personnalité modeste et exceptionnelle. D’ailleurs je vais vous lire quelques lignes de sa prose. Alors que je ne connaissais pas encore Stéphane en 2017, j’ai découvert, par hasard, sur Internet, quatre lettres que Stéphane adressait à Lisette en 2016. J’ai extrait quelques lignes d’une de ces lettres qui mettent en évidence les qualités de cœur extraordinaires de Stéphane et l’origine de ses engagements et de son combat pour la mémoire de la Shoah. Écoutez les quelques mots de Stéphane s’adressant à Lisette en 2016:    

« Depuis notre première rencontre en 2013 et notre correspondance régulière, entre votre ville de Ramat-Gan en Israël et mon village de Pavant en France, une sincère amitié s’est tissée entre la survivante octogénaire et le goy quadragénaire qui veut apprendre et transmettre depuis qu’il a mis le doigt, un jour d’hiver 2012, sur la persécution des Juifs du Soissonnais entre 1940 et 1944. »

Il ajoute : 

« Issu d’une famille d’origine vendéenne, que rien ne raccroche à la Shoah, à part mon indignation et la volonté de transmettre aux jeunes les dégâts irréparables de l’intolérance, du racisme et de l’antisémitisme. »

 Quand j’ai lu ces lignes en 2017 je ne connaissais pas encore Stéphane. Je lui ai écrit pour le remercier. Cela vaut que nous soyons là, réunis aujourd’hui ! Cela m’a aussi permis de renouer un lien avec notre cousine Lisette que je ne connaissais pas (je l’avais vu lorsque j’étais enfant à 4 ou 5 ans).

 Le 3ème mot c’est pour vous dire que nous avons ensemble décidé de faire plaisir à Stéphane. On a tous décidé de lui offrir un billet d’avion pour Israël puisque nous savions qu’il avait décidé de partir pour Israël à la fin de l’année. Ce n’est pas le billet d’avion parce que nous ne connaissions pas ses dates précises de départ et de retour. Mais c’est la valeur correspondante. Je lui remets maintenant notre modeste cadeau. 

En complément de ce cadeau j’ai préparé une jolie carte sur laquelle j’ai mis un petit mot, et où chacun pourra mettre sa signature et plus si affinités.  

Voilà j’en ai terminé. Je remercie tout le monde à nouveau. Et bon appétit.

Au fil des mots écoulés dans la voix posée de Jean-Claude, je serrais les dents pour ne pas tressaillir. Ce qu’il déclama avec une profonde sincérité et une touchante simplicité était bien plus qu’un homme ne peut supporter sans faillir sous l’émotion…

Repas fini, nous quittons le restaurant. Commença alors sous ma conduite le parcours à pied en centre-ville, aux adresses où vécurent les Liwer-Ehrenkranz, leurs amis, l’ancienne gendarmerie de Soissons où trois des leurs furent rassemblés lors de l’irréparable nuit du 19/20 juillet 1942 avant le transfert vers Drancy, puis Auschwitz de Sylvia et de Germaine, tante et maman de Lisette et de cousins cousines présents aujourd’hui. Nous clôturons cet itinéraire en nous rendant à l’église Saint-Pierre, ouverte deux fois par an pour les commémorations des déportés et des victimes de la Barbarie nazie où le maire actuel, monsieur Crémont et l’ancien député maire, monsieur Lefranc, souhaiteront saluer et honorer de leur présence cette famille rassemblée.

§

Itinéraire de Mémoire

Trêve de mots. Parcourons en photographies commentées ces allers et retours entre passé et présent, entre les années 1935-1942 et aujourd’hui. Merci beaucoup à Rodolphe Liwer pour tous ces beaux instantanés qu’il m’autorise à publier ici pour relater cette journée exceptionnelle ; celle d’un itinéraire de Mémoire retrouvée et honorée pour cette étonnante et inoubliable famille.

[Cliquez sur l’image, puis sur les numéros de 1 à 7 pour suivre cet itinéraire commenté]

itin

 

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