9 juin 2019. Chronique d’une rencontre exceptionnelle.

Des enfants de la Shoah de la famille Liwer-Ehrenkranz et leurs descendants réunis pour la première fois à Soissons, 75 ans après.

1ère partie

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Synthèse historique

Lazar et Brendla Liwer

Lazar et Brendla Liwer. Fin des années 1920. [DR. collection particulière].

Lazar et Brendla Liwer s’exilèrent de Bedzin (Pologne) au début des années 1920 pour des raisons politiques et économiques avec leurs 10 enfants nés entre 1899 et 1920. Quatre filles : Régine (1899), Germaine (1904), Eva (1909) et Sylvia (1920). Six garçons : Adolphe (1902), Benjamin (1906), Robert et Simon (jumeaux – 1912), Henri (1914) et Jacques (1917). Ils s’établirent à Paris, dans le XIe arrondissement. A partir de 1935, Adolphe et sa femme Thérèse Kassel, Eva et son mari Paul Golcer, Robert et sa femme Germaine Frenkiel, Germaine et son mari Jacques Ehrenkranz (les parents de Lisette) s’établirent à Soissons.

Le 20 août 1941, en déplacement à Paris, Adolphe fut pris dans la rafle dite du XIe arrondissement et interné à Drancy avec plus de 4000 juifs cet été-là. Il fut déporté un an plus tard, le 22 juin 1942 (convoi n°3) à Auschwitz où il périt le 13 août de la même année. A Soissons, dans la nuit du 19-20 juillet 1942, des gendarmes français arrêtèrent Germaine Ehrenkranz, née Liwer, sa sœur Sylvia et son frère Robert. Ce dernier put s’enfuir avant le regroupement des juifs raflés en Picardie à la prison de Laon et leur transfert à Drancy. Quant à ses deux sœurs elles furent déportées séparément vers Auschwitz-Birkenau : Sylvia le 29 juillet (convoi n°12) et Germaine (la maman de Lisette) le 18 septembre 1942 (convoi n°34). Aucune ne revint…

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C’était un jour de janvier 2012. Je lisais pour la première fois les travaux d’un professeur d’Histoire de Soissons concernant la persécution des Juifs de la ville. Robert Attal avait publié en 1985 une brochure éditée par le Centre Départemental de Documentation Pédagogique (CDDP) de Laon, intitulée Soissons-Auschwitz, un aller simple. Ses travaux furent ma première boussole pour débuter mon enquête sur la persécution des Juifs de Soissons dans la cadre d’un projet pédagogique pour mes élèves volontaires du lycée Saint-Rémy. D’une lecture patiente et concentrée, mon index s’arrêta sur chaque nom, chaque fait relaté que je découvrais. Parmi eux, Ehrenkranz et Liwer. Il était écrit :

M. Jacques Ehrenkranz, lui, resta dans l’armée, en Syrie. Il n’eut pas à souffrir de la déportation alors que sa femme [Gitla/Germaine, née Liwer] fut arrêtée à Soissons et exterminée à Auschwitz. [Mes recherches corrigèrent Robert Attal qui, à sa décharge, tomba sur une archive qui lui fit faire fausse route. Je l’ai moi-même consultée aux archives départementales de Laon. C’était une information reportée par erreur par la Croix Rouge au lendemain de la guerre]. Jacques Ehrenkranz n’a jamais mis les pieds en Syrie pendant la guerre.

Plus loin, l’historien ajoutait : M. Abraham [Avraham/Adolphe] Liwer qui avait été réformé, fût arrêté au cours d’une rafle à Paris juin 1942. [Là aussi, la vérité se révéla quelque peu différente : Adolphe/Avraham Liwer fut rapatrié en France, prisonnier de guerre en juin 1940, du fait du décès de sa femme en août 40. S’il fut bien arrêté en tant que juif à Paris, c’est lors de la rafle du 20 août 1941 dans le XIe arrondissement parisien, probablement lors d’une visite à des membres de sa famille ou pour affaire. Et c’est le 22 juin 1942 qu’il fut déporté du camp de Drancy vers Auschwitz où il fut assassiné quelques semaines après, le 13 août avec son ami de Soissons, Robert Lewkowicz]

Ce jour de janvier 2012, je recopiais donc leur nom sur une feuille pour reprendre à zéro le travail de ce professeur. Je ne soupçonnais pas alors que j’avais mis le doigt dans un engrenage aux rouages inattendus, aux découvertes aussi effroyables que surprenantes, souvent déroutantes. Jamais je n’aurais pu imaginer qu’en prononçant ces deux noms pour la première fois, dans la pénombre de mon bureau et à la lumière des recherches qui s’ensuivirent, cela provoquerait sept années plus tard une rencontre avec les membres et les descendants de cette famille éparpillée depuis la fin de la guerre en France, en Europe ou en Israël.

Il serait trop long ici de revenir sur le gisement d’archives que j’ai exhumé pour écrire au plus près de la réalité les événements subis par les Ehrenkranz/Liwer. Il serait ici inopportun de relater ce qui est déjà évoqué dans mon livre sur ces longs mois de patientes recherches à tenter de redonner chair, à restituer paroles et visages de ces disparus.

Néanmoins, deux contacts circonstanciels ou providentiels (à chacun ses croyances) ont été essentiels pour permettre ce qui était encore inconcevable il y a sept ans.

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Le premier contact fut évidement celui que j’ai pu nouer avec Lise « Lisette » Ehrenkranz, la fille de Jacques et Germaine. Tout était parti d’un courriel que je reçus de mon lycée pendant mes vacances de printemps en 2013.

De : accueil lycée Saint-Rémy          A : Stéphane Amélineau

Bonjour, Peux-tu téléphoner à un certain monsieur Rispal ? C’est au sujet d’une cérémonie de justes. Il y a 2 familles qui seront représentées et que toi et tes élèves étudient. En plus il voudrait plus de renseignements sur le travail que tu fais. Tu peux le joindre au…. Tu peux aussi trouver des informations sur le site www.yadvashem-france.org

Qui est ce monsieur Rispal ? Aux quelles familles fait-il allusion ? Comment est-il au courant de mes recherches ? Je ne perdis pas de temps pour le savoir. Je décrochais le téléphone. Au bout de la ligne, mon interlocuteur inattendu me révéla des éléments d’informations que je cherchais depuis des mois…

Monsieur Rispal était un ancien journaliste au quotidien régional La Montagne (région Centre). Spécialisé dans les investigations historiques et particulièrement sur la seconde guerre mondiale, il consacrait beaucoup de son temps à des enquêtes de même nature que la mienne. En relation avec le Yad Vashem France, il contribuait à retracer le parcours de certains Justes. Il travaillait alors sur une famille Soissonnaise, les Laplace, qui avait caché une petite fille juive. En fouinant sur la toile il était tombé sur un de mes articles de mon bulletin d’information CDISCOPE que je mettais en ligne pour mes collègues enseignants et les documentalistes de l’Académie d’Amiens. Ce n°28 de juin 2012 traitait de mon enquête historique en cours sur la Shoah à Soissons avec mes élèves. Un nouvel itinéraire de Mémoire que je lançais pour préparer mes élèves à découvrir – hors les livres – l’Histoire du camp d’Auschwitz à travers l’histoire d’un homme, d’une femme, des enfants. Voyant les familles sur lesquelles je travaillais il eut la délicatesse de me retrouver pour m’informer d’une cérémonie qui avait lieu deux jours après notre conversation téléphonique, à la mairie de Soissons : la remise de la médaille des Justes parmi les nations par le comité français du Yad Vashem à l’unique fils encore en vie du couple Laplace. Cette famille avait caché une enfant : Lise « Lisette » EHRENKRANZ !

Grâce à ce journaliste, j’avais évité de passer à coter de cette incroyable opportunité de rencontrer enfin cette « enfant » dont je savais qu’elle avait survécu et dont je n’arrivais pas à retrouver la trace avec mon étudiante en BTS, Aurélie, la plus âgée de mes volontaires que j’avais affectée sur ce dossier pour m’aider ; le découvrant complexe aux premières traces archivistiques avec des informations contradictoires. De plus, et pour cause, Lisette vivait et vit encore en Israël. Elle avait alors 77 ans.

Monsieur Rispal me conseilla de contacter madame Viviane Saül, du Yad Vashem France et de lui transmettre mes travaux illico. Ce que je fis dans la foulée. Elle me donna rendez-vous pour la cérémonie. Ces premiers contacts m’offrirent l’opportunité de découvrir quelques bribes du destin de Lise et de ses parents.

7 avril 2013. La cérémonie de la remise de la médaille des Justes parmi les nations pour la famille Laplace était prévue à 11 heures dans la salle des fêtes de la mairie de Soissons. Je décidais d’arriver avec une heure d’avance dans l’espoir de pouvoir m’entretenir avec madame Lise Ehrenkranz. J’arrivais en même temps que les représentants du Yad Vashem France, madame Viviane Saül et monsieur Alain Habif. Tout à coup, des pas résonnèrent sur le parquet ciré de cette vaste salle des fêtes encore vide. De hautes fenêtres laissèrent pénétrer la lumière montante d’un soleil vers son zénith. Clopin-clopant, une dame à la crinière rousse dans un beau costume noir zébré de discrètes rayures pailletées s’avança dans la salle. Elle se dirigea vers nous avec tout l’empressement d’une femme qui semblait avoir attendu ce moment depuis des années. Sous ses cheveux de feu, des yeux plissés tout aussi ardents. Ils étaient comme deux petits miroirs d’une âme restée éternellement jeune au milieu d’un visage septuagénaire. Derrière elle, une femme brune dont la ressemblance ne faisait aucun doute sur le lien de parenté entre ces deux personnes. Voici enfin Lise Gal-El, née Ehrenkranz, et sa fille Galit. Après les présentations et l’explication de ma présence ici, je ne pus retenir cette exclamation :

         – Lise Ehrenkranz, si vous saviez ! Cela fait des mois que mes élèves et moi essayons de vous retrouver !

Je résumais du mieux que je pouvais tout cet acheminement qui m’avait conduit à cette cérémonie. J’avais avec moi des copies de l’ensemble des archives que j’avais pu récolter à l’époque sur sa famille depuis le début de mon enquête.

         – Et bien je suis là, me répondit-elle, j’ai tant attendu ce moment-là pour rendre hommage à mes sauveurs. Cela fait dix ans que je livre ce combat pour ma Néné [Annunciata, sa nourrice, mère de quatre fils, qui vivait route de Compiègne à Soissons et avait caché Lisette – 6 ans, de 1942 à 1944], ma Nana [la mère d’Annunciata] et mon Nono [Robert, le mari d’Annunciata]. Qu’ils soient enfin reconnus comme Justes. Tenez, j’ai avec moi des photos de mon père, je vous les donne et j’aurai plaisir à vous raconter notre histoire…

Cérémonie des Justes -Mairie de Soissons 7 avril 2013

Cérémonie des Justes parmi les Nations dans la salle des fêtes de la mairie de Soissons le 7 avril 2013. Au premier plan, Galit et Lisette. Au bout du rang, Jean Laplace, le fils aîné de « Néné » qui reçut la médaille pour ses parents à titre posthume.

Ce jour-là scella le début de notre profonde amitié et d’une relation épistolaire régulière, encore très florissante aujourd’hui alors que j’ai commencé depuis 2017 à écrire, à sa demande, un récit biographique sur son papa :  L’Odyssée de Jacob. Qu’adviendra-t-il de ce texte ? Sera-t-il publié ? Peu importe, il aura le mérite d’exister pour Lisette, ses descendants et sa famille.

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Le second contact essentiel vint un jour de 2017, quelques temps après la parution de mon livre « La Shoah en Soissonnais ». Un homme faisait des recherches généalogiques sur sa famille via Internet lorsqu’il tomba sur un des articles de ce site « Itinéraires de Mémoires ». Il lut ces lignes extraites des « Lettres à Lisette » de ce blog qu’il m’honora de graver dans son cœur :

« Depuis notre première rencontre en 2013 et notre correspondance régulière, entre votre ville de Ramat-Gan en Israël et mon village de Pavant en France, une sincère amitié s’est tissée entre la survivante octogénaire et le goy quadragénaire qui veut apprendre et transmettre depuis qu’il a mis le doigt, un jour d’hiver 2011, sur la persécution des Juifs du Soissonnais entre 1940 et 1944. ».

Et plus loin :

« Issu d’une famille d’origine vendéenne, que rien ne raccroche à la Shoah, à part mon indignation et la volonté de transmettre aux jeunes les dégâts irréparables de l’intolérance, du racisme et de l’antisémitisme. »

Cet homme m’écrivit pour me remercier. Cet homme est Jean-Claude Liwer, un cousin de Lisette qu’il n’avait plus revue depuis plus de 60 ans, lorsqu’il était enfant. Il me demanda les coordonnées de sa cousine en Israël…

Jean-Claude se procura mon livre et très vite nous nous sommes donnés rendez-vous en banlieue parisienne en avril 2018 d’où il m’emmena dans un restaurant à Ménilmontant que tient Marc Liwer, un petit-fils de Robert Liwer (celui qui s’échappa des toilettes de la gendarmerie de Soissons lors de la rafle du 19-20 juillet 1942). Je n’oublierais jamais cette première rencontre… Ce jour-là a germé l’idée de réunir et faire venir plusieurs membres de la famille Liwer à Soissons, même ceux perdus de vue depuis plus de cinquante ans afin que je leur raconte et leur montre les lieux où vécurent leurs grands-parents, parents, oncles, tantes, etc. Cette ville au bord de l’Aisne était parfois évoquée dans les souvenirs de la famille Liwer mais aucun de ses membres n’y était revenu depuis la fin des années 1940.

Avril 2018. Ménilmontant

De gauche à droite : Marc Liwer, Stéphane Amélineau, Jean-Claude Liwer. Avril 2018, Paris, Ménilmontant; [DR. Collection particulière].

Cette idée incroyable de Jean-Claude et Marc se concrétisa le dimanche 9 juin 2019. Au cours de mes recherches sur cette famille depuis 2012, j’ai appris une chose : « A l’impossible, nul Liwer-Ehrenkranz n’est tenu ! »

[A suivre…].

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Collection « Témoignages de la Shoah », publication du Catalogue 2019

Publiée par la Fondation pour la Mémoire de la Shoah aux Éditions Le Manuscrit, la collection Témoignages de la Shoah compte aujourd’hui 85 titres. Découvrez-les (en cliquant sur l’image) dans notre nouveau catalogue ! (Source : Fondation pour la Mémoire de la Shoah, 29 mai 2019).

COUV

Couverture du catalogue 2019

Très honoré d’avoir contribué à l’édifice de ce gigantesque éditorial de la Mémoire.

Cataloque FMS 2019

Catalogue 2019, pages 49-50

 

 

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De collèges en lycées, de conférences en ateliers : contre le racisme et l’antisémitisme à travers une histoire locale de la Shoah

14 établissements, 36 classes, m’ont fait l’honneur cette année scolaire de m’inviter jusqu’au mois de juin 2019. Rencontrer ces jeunes de l’académie d’Amiens dans le cadre de mes conférences sur la Shoah à travers l’histoire d’une famille, d’un lieu, d’un groupe d’amis ; échanger avec eux, proposer des activités pédagogiques à partir d’une étude d’archives publiques ou privées des victimes de la Shoah dans l’Aisne avec leurs professeurs est un enrichissement réciproque.

900 élèves environ auront ainsi reçu un approfondissement, et j’aime à croire, une indignation sur les conséquences d’une politique raciste et antisémite, élevée au rang d’annihilation systématique et industrielle sur un continent entier, à travers des visages bien identifiés, de leur âge.  Aussi, la restitution que me transmettent les enseignants suite à mes interventions, est pour moi un moyen de mieux appréhender les réactions des jeunes et saisir l’essentiel du message qu’ils retiennent.

Depuis que j’enseigne à Château-Thierry, et lorsque je reviens à Soissons pour rencontrer des élèves des établissements scolaires de la ville, mon déplacement revêt une émotion bien singulière après toutes ces années de recherches et de rencontres inoubliables.  En particulier au collège Lamartine où monsieur Coquet (professeur documentaliste) et madame Fourcade (professeur d’histoire et dont une de ses filles avait fait partie de mes élèves qui en 2011-2012 avaient débuté avec moi l’enquête sur la persécution des Juifs de Soissons pendant l’Occupation) m’ont invité pour la deuxième année consécutive. Pour cette seconde rencontre, je souhaitais raconter aux élèves ce qui s’était déroulé à 200 mètres de leur collège, au 27 rue du château d’Albâtre, pour un couple juif et leurs six enfants dans l’irréparable nuit du 19/20 juillet 1942 : la famille Lewkowicz.

Pour cette rencontre, ces professeurs ont fait un travail de préparation remarquable ! A travers des activités de recherche en classe sur des archives que j’avais transmises concernant le destin de six juifs de Soissons pendant la Shoah, les élèves se sont merveilleusement transformés en apprentis historiens, tels des détectives scrupuleux pour comprendre les raisons et les conditions d’un crime d’État et génocidaire.

Monsieur Coquet me fait l’honneur de restituer ce travail avec la classe de 3è A (2018/2019) en réalisant ce petit documentaire vidéo.

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3 février 1944 – 3 février 2019 : il y a 75 ans, le convoi n°67

Parmi les 74 convois des déportés juifs de France destinés aux camps de la mort nazis pendant la Shoah, il y en a un que j’ai souvent retrouvé sur la route de ma formation sur le sujet et l’élaboration de mes itinéraires de Mémoire pour mes élèves depuis 2003. C’est le convoi n° 67 du 3 février 1944. Je l’ai souvent étudié pour tenter de comprendre un des multiples mécanismes de la « Solution finale de la question juive ».

Lors de mon premier voyage d’étude à Auschwitz en 2003 en compagnie d’une dizaine de professeurs d’histoire et d’une des rescapées de Birkenau, Yvette Levy (convoi 77) , lorsque j’enseignais au lycée Françoise Cabrini en Seine-Saint-Denis, nous évoquions souvent ce convoi qui emportait, entre autres, trois enfants juifs portés à la Mémoire collective grâce au film de Louis Malle « Au revoir les enfants ».

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Extrait de mon Journal 2003-2005. Message d’Yvette Levy inscrit sur mon journal le 4 avril 2004 dans l’avion entre Cracovie et Paris lors de mon premier projet avec mes élèves du lycée Françoise Cabrini de Noisy-le-Grand (93).

En 2008, pour mon premier itinéraire de Mémoire dans un établissement scolaire de Soissons où je venais d’être muté, j’avais proposé à des lycéens volontaires qui voulaient se rendre avec moi à Auschwitz dans un cadre pédagogique, d’imaginer à partir de séances historiquement contextualisées au CDI pendant un an, le parcours d’enfants de leur âge partis dans ce convoi n°67. Ils étaient 23 élèves et je choisis sur la liste de ce convoi 23 enfants âgés de 14 à 18 ans.

 

Pour mieux nous rapprocher de la réalité de cette déportation, en plus des témoignes écrits de Louise Alcan et de Paul Chytelman, j’avais pu contacter à l’époque deux autres survivants de ce convoi : Bernard Bouriki (qui m’accorda un entretien à son domicile le 10 novembre 2008 mais il ne tenait pas à témoigner devant les élèves et dont je conserve précieusement cet enregistrement audio) et Léa Schwartzmann, épouse Rohatyn, qui accepta le 4 novembre 2008 de rencontrer mes élèves dans l’auditorium du Mémorial de la Shoah pour transmettre son calvaire. Pour mes élèves comme pour moi, ce fut le choc des premiers témoignages nous permettant d’esquisser nos représentations sur ce crime, augmentées par notre déplacement à Auschwitz le 3 mars 2009. Nous avions restitué ces parcours à travers des textes de fiction dans un livre auto-publié  « Convoi 67 : Encore vivront-ils un tout petit peu…« 

 

Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu

4è de couverture et couverture de livre auto-publié pour mes élèves dans le cadre du projet pédagogique sur la Shoah « Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu…). Livre tiré uniquement à 100 exemplaires pour les élèves, enseignants du lycée et institutions ou fondations ayant participé au projet en 2008-2009.

Ci-dessous, en lien, un des plus beaux texte écrits dans ce livre par une de mes élèves, Edwige Elie, 17 ans en 2009, imaginant, avec ses connaissances acquises au cours de ce projet pédagogique, le sort de Ruth Lazar, déportée dans le convoi 67 à l’âge de 17 ans.

« Ruth Lazar, 17 ans » par Edwige Elie (2009)

En 2011, quand j’entrepris mon troisième itinéraire de Mémoire pour des élèves volontaires afin d’enquêter avec eux sur le sort des Juifs de Soissons, je ne me doutais pas alors que le convoi 67 allait croiser à nouveau nos investigations….

Extrait : Calendrier de la persécution des Juifs de France, 1940-1944  de Serge Klarsfeld.

Convoi n°67 en date du 3 février 1944.

Ce convoi emporte vers Auschwitz 1214 déportés dont 184 enfants de moins de 18 ans (4 bébés, 9 enfants de 1 an, 5 de 2 ans, 4 de 3 ans, 8 de 4 ans, etc.…) ainsi que 14 octogénaires. On compte 662 hommes et 552 femmes. Départ du convoi de Paris Bobigny.

166 hommes furent sélectionnés à l’arrivée le 6 février, et reçurent les matricules 173228 à 173393, ainsi que 49 femmes (matricules 75125 à 75173).  985 personnes furent immédiatement gazées.

En 1945, il y avait 43 survivants, dont 23 femmes.

Parmi ces 1214 déportés, 7 personnes juives de Soissons arrêtées à leur domicile le 4 janvier 1944, transférées au camp de Drancy le 20 janvier 1944. Parmi les 184 enfants de moins de 18 ans de ce convoi, ces deux garçons et cette petite fille de Soissons  : Maurice Wajsfelner (10 ans), Albert Gochperg (8 ans) et sa petite soeur Nelly (3 ans). Dans ces wagons à bestiaux se trouvaient également, de Tergnier-Fargniers, Rachel Guecht-Katz (59 ans), le couple Grünblatt et leurs deux enfants, Annette (18 ans) et Maurice (12 ans), tous arrêtés également le 4 janvier. Enfin, de la famille de mon amie Lisette Ehrenkranz : son oncle paternel Max, sa femme, Rosalie, enceinte de huit mois, et leurs sept enfants, âgés de 1 à 14 ans, Jacques, Suzanne, Daniel, Armand, Jules, René et Thérèse arrêtés à Montrouge à leur domicile, transférés à Drancy le 22 janvier 1944.

Paix à leur Mémoire.

 

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De classes en classes : passer une Mémoire

Depuis décembre dernier, et jusqu’à la fin de l’année scolaire 2018/2019, plus d’une quarantaine de classes, des centaines d’élèves en collège ou en lycée de mon académie (Amiens) ont assisté ou assisteront à mes conférences sur la Shoah à l’invitation de leurs professeurs. Ils sont de plus en plus nombreux à me solliciter et j’en suis profondément honoré.  Je les remercie chaleureusement de s’investir dans l’organisation de ces rencontres pour sensibiliser leurs élèves contre le racisme et l’antisémitisme à partir de mes travaux sur l’histoire de familles juives persécutées pendant les heures les plus sombres de la Seconde guerre mondiale.

 

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A chacune de ces rencontres, je ne peux que souligner la qualité d’écoute des élèves, l’exemplarité de leur comportement, la pertinence ou la spontanéité de leurs questions et  l’émotion qu’ils ressentent à m’entendre conter le parcours de ces enfants, papas, mamans, tontons, tatas, papis et mamies naufragés dans les abîmes des camps d’extermination ou rescapés grâce à la main tendue de celles et ceux qui les ont naturellement cachés pendant la Nuit. Ces élèves mesurent à quel point leur attention permet de rendre hommage à ces familles évoquées dans mon livre. Ils saisissent que ce ne sont pas simplement des noms inscrits dans des pages, sur des stèles commémoratives ou des murs mémoriaux, mais des visages, des bonheurs et des espérances fauchées, des mondes en soi à qui l’on a reproché d’être nés dans un lit et non dans un autre, pour reprendre l’expression d’Arthur Koestler, parce que « étrangers » et boucs-émissaires.

Au nom des familles Altmann, Berkover, Bich, Biegacz, Christophe, Contenté, Ehrenkranz, Katz, Knoll, Kolinka, Kouznietzoff, Heftler, Lewkowicz, Levy, Liwer, Neuman, Rambach, Scharapan, Schwartzmann, Scheuer, Spielvogel, Szerman, Szpiro, Tavlitzki, Wajsfelner, Zisman qui depuis plus de 10 ans m’ont ouvert en confiance les portes de leurs terribles souvenirs et à la Mémoire de toutes les victimes du racisme, je félicite les élèves, leurs professeurs et les journalistes de la presse locale pour me confier leurs touchantes restitutions à travers leurs textes, leurs courriers ou leurs articles. Que parmi ces élèves se trouvent de nouveaux relais pour les décennies à venir…

Article du site Internet du collège Javouhey à Senlis.

L'Union 2 février 2019, Françoise Delol.

Article de Françoise Delol publié dans L’Union du 2 février 2019.

Pour en savoir plus : Agenda des rencontres ou Activité proposée en classe

 

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Une nouvelle année scolaire pour des rencontres sur mes Itinéraires de Mémoire sur la Shoah auprès des jeunes

Première étape aujourd’hui (mercredi 5 décembre 2018) dans le collège Javouhey de Senlis (Oise) avant d’enchaîner une série de rencontres prévues en 2018/2019 sur invitation d’établissements scolaires, un peu partout dans l’académie d’Amiens. Je dépose alors mon manteau de professeur documentaliste et revêts à ces occasions celui de l’humble porte-parole des témoins du Soissonnais qui ne sont plus et des derniers survivants de ce coin de France qui m’encouragent à poursuivre cette démarche, inlassablement.

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Salle de classe du collège Javouhey à Senlis, prête à accueillir les élèves de 3è pour ces rencontres. [DR. Stéphane Amélineau]

     8h30, tout est près ce matin pour accueillir 2×40 élèves de 3è et leur raconter l’Histoire de la Shoah à travers la vie de mes amis Nathan, Viviane, Micheline, Maurice, Lisette, Pauline, etc.
     Pendant deux fois deux heures, ces jeunes collégiens ont été très réceptifs au message de tolérance qu’implique ces « conférences ». Ils ont réagi à chaque révélation que j’apportais dans le déroulé de mon histoire-enquête, appuyée par les illustrations (photos, archives, dessins) que je vidéo-projetais pour suivre l’itinéraire des familles de mes amis. Leurs questions fusaient, toutes pertinentes, dépassant ainsi les 2 heures prévues pour chacun des deux groupes programmés toute la matinée. Le dernier , à midi, n’a pas voulu quitter la salle avant de connaître la fin de mon histoire, de l’Histoire d’enfants et d’ados de Soissons persécutés pendant la Shoah.
 
     Félicitations à eux ! Vive ces jeunes et merci infiniment pour leurs applaudissements spontanés malgré quelques larmes qui perlaient sur plusieurs joues. Je n’oublie pas ces deux ou trois élèves qui se sont endormis au début et qui, au fur et à mesure que grondait le bruit saccadé du train se rapprochant d’Auschwitz sous le poids de ma narration, ils se réveillèrent. Ils méritent aussi ma reconnaissance d’avoir su relever la tête.
     J’ose croire que tous rentreront chez eux, ce soir, avec une conscience plus éclairée sur les dégâts du racisme qui commencent toujours par des préjugés sur « l’autre » entendus au quotidien et finissent jusqu’aux meurtres de masse quand « l’intelligence collective » ne répond plus comme en Europe à partir des années 1930.
     Photos souvenirs à la fin de ces quatre heures d’audience. Merci à l’accueil des enseignants et de leur enthousiasme à faire aboutir cette rencontre.

 

Avec les élèves des classes de 3è du collège Javouhey à Senlis [DR. Stéphane Amélineau]
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Hommage à André Berkover, aout 2018

Quelle tristesse !!! Cette semaine, André Berkover nous a quittés.
Il avait témoigné en 2008 auprès de mes élèves (de Soissons) à Drancy, dans une des anciennes salles du rez-de-chaussée des HLM (ou HBM) avant la construction du Mémorial, plus digne de la Mémoire des Juifs naufragés ou rescapés de cette antichambre de la mort.

Plus encore, j’ai lu et relu son témoignage publié lorsque j’enquêtais sur la déportation des Juifs de Soissons. L’un d’eux, Isia Bich, fit partie du même convoi (n°76 du 30 juin 1944) que monsieur Berkover, et tous les deux, furent sélectionnés pour entrer dans le complexe concentrationnaire d’Auschwitz-Birkenau-Monowitz, condamnés à une mort plus lente que ceux destinés aux chambres à gaz. Ils survécurent.

B comme Berkover, B comme Bich, ce dernier, dans la file de la déshumanisation avant tatouage dans un Block du camp, reçut le numéro sur son avant-bras gauche : A16577 ; il était le 5è type derrière André Berkover (n° A16572).
Un jour de 2015, je travaillais aux archives du Mémorial de la Shoah, au 4è étage, justement sur Isia Bich quand André Berkover pénétra dans la salle. J’étais subjugué de le voir. Je repris mes esprits et eu le courage de m’assoir près de lui, de lui montrer une photo de monsieur Isia Bich. Il ne s’en souvenait pas.
Évidemment ! André Berkover avait 14 ans (Isia en avait 45), et aucun visage ne pouvait se distinguer dans sa mémoire de cette cohorte d’individus pénétrant au premier jour de leur non-humanité.

Cher Monsieur Berkover, je ne vous oublierai JAMAIS ! Mes condoléances les plus sincères à vos proches.

 

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