Sobibor

En ce 16 juillet 2021, jour de commémoration de la Rafle du Vel ’d’Hiv. en France ; ma petite contribution.

A Nathan L. et ses nièces, à Pierre S., à Catherine F., à Marc S., à Isabelle R., à Annie L.



So-bi-bor. Un nom, un lieu lointain et mystérieux qui aurait pu raisonner en trois syllabes dans un conte pour enfant; mais non. Ce fut et restera une destination qui hurle la mort.

S.o.b.i.b.o.r. Sept lettres dont j’ai découvert la terrible signification pendant mon adolescence dans les années 1980. La première fois, ce nom a résonné dans les tubes cathodiques de la télé de mes parents lors de la première diffusion du film Shoah de Claude Lanzmann. La seconde, deux ans plus tard, lors d’un téléfilm britannique porté à l’écran racontant la révolte des prisonniers juifs de ce camp d’extermination : les rescapés de Sobibor (Escape from Sobibor).

Plus tard, au gré des lectures et des rares témoignages de survivants, je découvris que 4000 juifs déportés de France en mars 1943, répartis sur quatre convois (n°50, 51, 52 et 53), furent dirigés vers Sobibor.

Mais c’est surtout à partir de 2012, quand j’entreprenais mes travaux sur la déportation des juifs du Soissonnais et de leurs familles, je découvris que l’un des oncles des enfants Lewkowicz avait été déporté de Drancy le 6 mars 1943 vers Sobibor dans le convoi n°51. Je décidai d’étudier au plus près sur l’état des connaissances historiques (archives, témoignages, publications).

En 2016, avant la parution de mon livre, j’avais écrit un article puis un second évoquant ce convoi sur ce site internet. Dès leur publication, et jusqu’à très récemment, cinq descendants de déportés de ce transport m’avaient contacté pour les aider et les accompagner dans leurs recherches. Elles se poursuivent encore aujourd’hui à propos de Léon Rieger, Marcus Levy, Sylvain Francblu, Bernard-Benjamin Szpiro et d’Elie Spielvogel. Ce dernier n’atteignit jamais le camp de Sobibor. Il fut l’un des deux seuls à avoir réussi son évasion en sautant du convoi avant de franchir la frontière du Reich allemand, quelque-part en Meurthe-et-Moselle.

Les informations sur le sort des déportés des convois 50 et 51 à leur arrivée restent fragmentés du fait de la poignée des survivants après la guerre (9)[1] qui avait débarqué sur la rampe de Sobibor dont quelques dizaines – pour la plupart restés inconnus et qui périrent – furent transférés au camp de Majdanek. Ces deux convois comprenaient pourtant des hommes dans la force de l’âge mais plongèrent les proches et les historiens dans une forêt opaque pleine d’interrogations sur ce qui se passa réellement lors des arrivées à Sobibor. Du fait aussi de rares archives retrouvées, contenant parfois des erreurs toponymiques prêtant à confusion. Des camps d’extermination de l’Aktion Reinhardt à Belzec, Sobibor, Treblinka entre 1942 et 1943, dont la quasi-totalité des juifs était vouée à l’anéantissement immédiat, il n’y eut donc que quelques voix qui s’élevèrent après la Shoah (à partir des années 1960), sans parler de l’absence des preuves matérielles (les trois sites de ces camps « SS-Sonderkommandos » ont été rasés par les nazis sur lesquels ils firent pousser des forêts de pins pour dissimuler leurs crimes).


Ces deux dernières années, des avancées considérables pour la connaissance historique du camp de Sobibor ont été effectuées.

Tout d’abord, concernant les convois 50 et 51, les derniers travaux publiés par Serge Klarsfeld, à la lumière d’un corpus archivistique accumulé depuis plusieurs années sur l’organisation en France de ces transports, nous éclaire très précisément sur les rouages, les complicités de l’État français et le contexte allemand à fournir des transports pour leur « solution finale de la question juive ».

Quant à l’histoire proprement dit du camp de Sobibor, les avancées se sont faites à pas de géant ces deux dernières années avec, entre autres, la découverte de dizaines de photographies du camp au moment de son existence. Il n’en existait que deux jusqu’à cette révélation publique à Berlin en janvier 2020.

C’est cette collection appelée du nom de l’officier SS qui la détenait, Johann Niemann, ou Sobibor perpetrator collection dont les clichés originaux se trouvent désormais à l’United-States Holocaust Memorial Museum de Washington.

C’est de cette collection que je vous propose de découvrir, et parfois de commenter, en cliquant sur cette photographie ci-dessous :

United States Holocaust Memorial Museum collection, gift of Bildungswerk Stanislaw-Hantz

[1] Pour les deux autres transports qui arrivèrent à Sobibor, partis de Drancy les 23 et 25 mars 1943, aucun survivant pour le convoi n°52 et 2 pour le convoi n°53.

A propos Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste : Lycée ITG Val-de-Beauté à Joinville-le-Pont (94 - Val-de-Marne) de 1994 à 2001. Lycée Françoise Cabrini à Noisy-le-Grand (93 - Seine-Saint-Denis) de 2001 à 2007. Lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne) de 2007 à 2018. Collège-Lycée Saint-Joseph à Château-Thierry (02 - Aisne) depuis 2018.
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2 commentaires pour Sobibor

  1. spielvogel dit :

    Merci pour cet article et les photos .

  2. sophie spielvogel dit :

    Sophie Spielvogel pour être plus précise.
    Merci Monsieur pour cet article que je lis avec beaucoup d’intérêt et d’émotion. Les photos également.

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