Hommage à Pauline Neuman, née Contenté (1933-2025)

Plus tard après la guerre, Pauline adolescente avec sa maman Rebecca dans la maison de Corcy. [Collection particulière].

C’est ce sourire innocent, aux lèvres remplies de sève de vie qui, malgré les vents contraires et l’œil mauvais, a toujours perduré sur le visage de Pauline lorsque je la rencontrais.

Ce sourire bienveillant, je l’ai toujours vu, un après-midi de 2017, lors de notre long entretien dans son petit appartement de Levallois.

Et quand sa bouche parlait de choses si tristes, ses yeux prolongeaient cette bienveillance pour atténuer les tourments de la Nuit qu’elle me contait.

Enfant pendant la guerre, puis adolescente après la Libération, c’est toujours ce sourire à la vie (comme la photographie ci-dessus) que la mort n’a pas, heureusement, voulu prendre pendant la Shoah.

Et pourtant, entre ces sourires, la peur du « gibier » traqué par les nazis a dû s’effacer maintes fois pendant ces années noires.

C’est ce sourire éternel qu’elle emporte aujourd’hui dans son lit d’éternité auprès de celles et ceux qui reposent du sommeil des âmes bonnes.

J’étais à la remise du Prix Corrin au lycée Louis le Grand à Paris, le jeudi 30 janvier 2025, quand je reçus ce sms de son neveu m’annonçant le décès de Pauline à l’âge de 92 ans. Je remercie, d’un cœur profondément ému, son neveu, d’avoir pris le temps en plein deuil, de m’avertir de cette funeste nouvelle.

C’est ainsi, inéluctable, mais ça fait mal de voir partir ceux, si nombreux, qui ont cédé une part d’eux-mêmes en me racontant les tourments subis pendant la Shoah et me donner les vertus les plus vitales dans les relations humaines et la paix dans le monde : amitié et confiance.

Pauline, Micheline, Clairette, Ginette, Michel, Micheline, Jacques, Alain et tant d’autres, enfants sauvés de la Shoah qui m’ont confié leurs souvenirs avec une si grande dignité, vous me manquez. Heureusement, je garde précieusement nos échanges épistolaires lors d’anniversaires ou de jours de l’an.

Vous êtes pour moi comme une deuxième famille qui m’a fait grandir. Il n’y a pas d’âge pour apprendre, et de Pauline, de ses frères, de leurs vies, j’ai beaucoup appris.

Pauline Neuman en 2017 lors de notre long entretien.

Je vous renvoie à ces articles sur les copains de la rue Richebourg , écrits en 2017, où habitait Pauline avec sa famille avant et pendant la Shoah.

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About Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste : Lycée ITG Val-de-Beauté à Joinville-le-Pont (94 - Val-de-Marne) de 1994 à 2001. Lycée Françoise Cabrini à Noisy-le-Grand (93 - Seine-Saint-Denis) de 2001 à 2007. Lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne) de 2007 à 2018. Collège-Lycée Saint-Joseph à Château-Thierry (02 - Aisne) depuis 2018.
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3 Responses to Hommage à Pauline Neuman, née Contenté (1933-2025)

  1. Avatar de Michaël NEUMAN Michaël NEUMAN dit :

    Pauline avait beaucoup apprécié votre rencontre et était ravie d’avoir régulièrement de vos nouvelles. Merci à vous.

  2. Avatar de Sheila Contenté Moritz Sheila Contenté Moritz dit :

    Merci infiniment pour votre chaleureuse hommage à ma tante Pauline. Elle va beaucoup nous manquer.

  3. Avatar de piratesecretlyf5d9f1002b piratesecretlyf5d9f1002b dit :

    Merci pour votre envoi.
    Je suis un peu coincée sur l’itinéraire de mon grand père entre l’évasion et le retour au Chatelet en Berry en passant par le maquis.
    J’ai contacté le spécialiste de la résistance au sein du groupe de généalogie des cheminots.
    On verra, j’essaye de tirer des fils.
    Par contre j’ai avancé sur sa vie avant son arrivée en France. Plutôt sur la famille.
    J’ai retrouvé outre les cinq frères et sœurs mentionnés dans l dossier de naturalisation, deux autres. Ils étaient tous au ghetto de Lodz . Certains sont décédés au ghetto et j’ai l’emplacement de leurs tombes. D’autres ont été deportés.
    Pour les autres je cherche encore.
    Je me fais aider par le cercle de généalogie du Centre Medem.
    J’attends encore les documents de Caen.
    Pensez-vous que je puisse aussi trouver quelque chose à Vincennes ?
    Je trouve que vous faites un boulot formidable avec vos élèves. Ma prof d’histoire en terminale était une résistante (j’ai passé le bac en 1966) et nous parlait de ses traversées de Paris dans les égouts, mais ce n’était pas l’heure (de la Shoah) puisque toute la France avait été “résistante!”. D’autant que j’étais dans la même classe que Muriel Papon, fille du fameux Préfet de Police de Bordeaux.
    Bien cordialement
    Simone.

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