Les copains de la rue Richebourg (Soissons) : Partie 2.

Avant-Propos

Partie 1. Avant 1939

2.

1939-1942

          Été 1939. Les enfants étaient en vacances depuis le 15 juillet et reprenaient les bancs de l’école au 1er octobre. La petite Pauline Contenté et sa camarade voisine, Esther, 6 ans toutes les deux, firent leur première rentrée scolaire à l’école primaire des filles. Esther Buliba[1], fille unique d’un couple juif d’origine roumaine, habitait dans le même immeuble que les Contenté, à l’angle de la rue Richebourg et de la rue des Cordeliers depuis le début des années 30. Charles Contenté, le frère aîné de Pauline, avait eu son bac. Il entreprit des études de Droit et commença à travailler chez un notaire. Quant au frère Jean, il venait d’avoir son certificat d’études et n’aspirait qu’à quitter l’école pour trouver un boulot. Il voulait se former à l’école de la vie, autodidacte invétéré.

          La France était en guerre déclarée depuis un mois sans que rien ne bouge notoirement sur la frontière franco-allemande alors que les armées d’Hitler avançaient comme un rouleau compresseur sur la Pologne ; terre natale de bien des Juifs prenant la route des casernes françaises. Moïse Contenté et Jacques Ehrenkranz encouragèrent leurs coreligionnaires à s’engager avec eux dans les bureaux de recrutement de Laon et de Paris en tant que volontaires étrangers.

– Pauline, comme beaucoup de Juifs étrangers arrivés à Soissons dans les années 30, pour ne pas dire quasiment tous, les hommes en âge de se battre se sont engagés volontaires dans l’armée française après la déclaration de guerre en septembre 1939, recrutés dans les 21è, 22è et 23è RMVE (Régiment de Marche des Volontaires Etrangers). Des archives que j’ai consultées démontrent que votre père et ses amis s’étaient engagés dans l’armée française en novembre 1939.

– Oui, il était à Barcarès. Je me rappelle, il avait un uniforme qui datait de la guerre de 14.

          Le papa de Pauline fut affecté au 22è RMVE (rattaché à la 19è Division d’Infanterie) avec ses amis Jacques/Jacob Ehrenkranz, Adolphe/Avraham Liwer et Victor Buliba. Ils étaient regroupés pour leur préparation militaire au camp de Barcarès dans les Pyrénées-Orientales actuelles sous les ordres du Lieutenant-Colonel Villers-Moriane. Ces régiments constitués d’étrangers se composaient dans les proportions suivantes pour le 22è : 25% Espagnols, 30% Juifs polonais ou roumains, 45% Belges, Suisses, Polonais, Luxembourgeois, Roumains, Norvégiens, Portugais, Hongrois, Russes, Yougoslaves, Autrichiens. En février 1940, à 220 km au nord de Barcarès, ils effectuèrent également une période d’instructions au camp du Larzac situé sur la commune de La Cavalerie dans l’Aveyron.

extrait engagés volontaires 1939

Extrait du registre des volontaires se présentant au bureau du district militaire de Laon en novembre 1939. En février 1940 les 1er, 2è et 3è Régiments Étrangers deviendront les 21è, 22è et 23è RMVE. Ces registres des archives du Service Historique de la Défense sont consultables en ligne sur le site « Mémoire des hommes » : http://www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr/fr/article.php?larub=227&titre=engages-volontaires-etrangers-en-1939-1940

2b 1939 Barcarès Moîse C Alphonse L Jacques E tous debout

Camp de Barcarès, 1939-1940 : Debout de gauche à droite : Jacques Ehrenkranz, Adolphe Liwer et Moïse Contenté. Les deux personnes assises n’ont pas été identifiées mais il est fort probable que l’un deux soit Victor Buliba. Des uniformes de fortune, « ceux de la guerre de 14 ». [Collection particulière].

          Début mai, ils quittèrent le camp de Barcarès pour se rendre dans la région de Mulhouse où ils arrivèrent le 8 mai 1940. Le 19 mai, en raison des percées de l’armée allemande depuis neuf jours, ils embarquèrent de Dannemarie (Haut-Rhin) pour monter au front dans la Somme. Ils mirent trois jours à atteindre l’Isle-Adam (Val-d’Oise) à cause des bombardements aériens allemands entre Creil et Compiègne. De là, ils montèrent dans des camions vers Estrées-Saint-Denis (Oise, 56 km au nord-est de l’Isle-Adam) d’où ils continuèrent le mouvement à pied vers l’ennemi à travers champs. Le soir-même ils étaient à Conchy-les-Pots (Oise, 22 km au nord d’Estrées). Les premiers signalements de l’ennemi, des troupes motorisées, les localisèrent sur la route nationale Amiens-Saint-Quentin. Le 23 mai, ils arrivèrent à Tilloloy (Somme, 6 km au nord de Conchy-les-Pots). Le lendemain, le régiment fit son baptême du feu lorsqu’ils attaquèrent les villages de Berny-en-Santerre et Villers-Carbonnel au sud de Péronne, dans la Somme.

          Bien que chaque soldat du 22è RMVE portait une arme, ils manquèrent de tout au niveau de leurs équipements. Dès les premiers combats, les Allemands avaient baptisé ce régiment, régiment ficelle, soulignant le déficit visible en matériel : pas de jugulaires de casque, pas de bretelles de fusils, remplacés par des ficelles. Pas de cartouchières dorsales (nécessaire pour l’équipement d’ancien modèle) ce qui obligea à utiliser de nouveau de la ficelle pour attacher la bretelle de suspension au ceinturon. Grand déficit de courroies au bidon, nouvel emploi de ficelles. Pas de havresacs [sac à dos du fantassin], les hommes firent des prélèvements sur leur toile de tente. Absence complète de jumelles, ce qui gêna évidement les observations à tous les échelons : du régiment à la section[2].

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Sur cette photographie prise au camp de Barcarès, 1939-1940, Jacques Ehrenkranz (2è rang, 2è en partant de la gauche, avec une barbe) et les hommes de cette section ont tous un fusil, sans bretelle! [Collection particulière, Fonds Lisette Gal-El].

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Carte réalisée par Éric Abadie, extrait de son article de janvier 2016 « Le 22e Régiment de Marche de Volontaires Étrangers (1ère partie) ». Note aux lecteurs I/22 signifie Ier Bataillon du 22è Régiment. http://aaleme.fr/index.php/articles/2016/10554-2016-02-05-05-27-53

Entre les 24 et 25 mai, la commune de Villers-Carbonnel était prise, perdue et reprise. Le lendemain ils durent à nouveau laisser le village, impuissants face à une ruée de chars allemands. Ils se replièrent 5 km plus au sud, à Marchélepot. L’ordre était le suivant : « Organiser, occuper et défendre sans idée de recul le sous-secteur de Marchélepot » sur une ligne située à trois kilomètres au nord : Fresnes, Mazancourt, Misery. La Défense s’organisait lorsque que Paul Hermann, issu du 41è R.I., prit le commandement du régiment et succéda au lieutenant-colonel Villers-Moriane le 3 juin 1940. Le régiment se constituait alors de 74 officiers et de 2400 hommes de troupe. Un déficit de plus de 700 hommes par rapport aux effectifs de départ dans la Somme, suite aux durs combats de Villers-Carbonnel.  L’idée, en ce début juin, était de reprendre le village, sans chars. Le régiment pouvait s’appuyer sur l’artillerie divisionnaire mais une intense circulation de l’ennemie sur les routes au nord et au sud de la Somme présageait de l’imminence d’une offensive. Il devint urgent de se préparer à résister. Le 5 juin, sous le déluge de feu des chars Allemands et de leur aviation, et malgré une incroyable résistance des hommes, le 22è RMVE en infériorité et subissant de lourdes pertes, disparu entièrement des cartes des états-majors français. Quelques-uns, comme Moïse Contenté, échappèrent à la nasse entre les 5 et 6 juin, beaucoup périrent quand d’autres, comme Adolphe Liwer, Victor Buliba et Jacques Ehrenkranz furent faits prisonniers. Ce dernier déclara juste après la guerre : « Après de durs combats, une petite partie restant de ma compagnie (la 1ère compagnie du Ier bataillon du 22è RMVE), 11 hommes, ont été faits prisonniers »[3]. Le régiment recevra le 5 décembre 1941 une citation à l’ordre de l’Armée par le général Huntziger, Secrétaire d’État à la guerre sous le gouvernement de Vichy. Maudite ironie de l’Histoire, cette Citation n’empêchera pas ces braves soldats juifs qui ont survécu à ces batailles et défendu le sol français d’être déportés dans les camps de la mort une fois démobilisés ou rapatriés d’un stalag ! Ce 5 décembre 1941, cela faisait trois mois que l’ami de Moïse Contenté, Adolphe/Avraham Liwer, était interné au camp de Drancy après avoir été rapatrié de son stalag suite au décès de sa femme pendant l’été 40 après l’arrivée des Allemands à Soissons.

– Votre père vous a-t-il raconté cette expérience du combat pendant les violents affrontements en juin 40 dans la Somme ?

– Oui, plus ou moins. Quelques évènements qu’il avait subi avec son Lieutenant. Il parlait souvent de son Lieutenant, il l’aimait beaucoup. Il avait beaucoup d’admiration pour lui, il était plus jeune que mon père. Lors d’un combat, ils se sont réfugiés dans une église. Dans cette église, il a trouvé un petit livre, couverture en bois, écrit en hébreu. « Ça m’a porté chance », disait-il. Quant à son Lieutenant il est mort peu après[4].

          Moïse Contenté fut officiellement démobilisé le 18 août 1940 et revint à Soissons retrouver sa femme et ses trois enfants.

– Venons-en à l’occupation allemande de Soissons dès le 8 juin 1940. Premières mesures antijuives dès septembre, et le recensement obligatoire des Juifs en octobre.

– Oui, si je me souviens, on devait se déclarer à la gendarmerie.

19401023 Déclaration CONTENTE

Déclaration de Moïse Contenté du 23 octobre 1940 à Soissons lors de l’obligation faite aux juifs de se recenser auprès des autorités françaises. [Archives départementales de l’Aisne].

– Il y a les premières mesures en 1940-1941 sur l’aryanisation des biens et des commerces juifs. Dans les archives que j’ai consultées concernant le commerce de votre père, dès le 15 janvier 1941, il a été vendu à madame veuve Chrétien par l’intermédiaire d’un administrateur provisoire, monsieur Jolbard ou Jollard…

– Je crois que c’est Jollard. Mon père le connaissait. Il était, me semble-t-il, commerçant aussi. En tout cas c‘était quelqu’un de connu. Madame Chrétien était très connue aussi à Soissons. Oui, on était obligé de vendre.

– Quelle perception, à ce moment-là, avait votre famille de cet antisémitisme d’État ?

– Je n’ai pas tellement de souvenir de conversation entre mes parents sur cela. On se disait surtout que c’était la faute des Allemands. On ne pensait pas que l’État français était parfois à l’initiative de ces mesures. Pour mes parents, les fautifs c’était les Allemands, en tout cas au début.

– De janvier 1941 jusqu’à votre départ à Corcy en mars 1942, sur quelles ressources viviez-vous puisque le travail vous était désormais interdit ? De plus, le commissaire de police note dans un rapport sur les juifs étrangers de la ville de Soissons, le 20 mai 1941 ; je cite : Au début de la guerre Moïse Contenté s’est engagé dans l’armée française et a entraîné un certain nombre de ses coreligionnaires à en faire autant. Est très bien considéré à tout point de vue.

– Maman continuait à faire la couturière. Et puis mon père à trouver une place de garçon de Café, à la Civette.

– Oui, cet emploi m’avait fortement interrogé lorsque j’ai découvert cela dans les archives, au moment où les gendarmes, dans un rapport de fin 1943, recherchaient votre père et qu’ils apprirent que jusqu’à l’été de cette même année il avait été embauché par le patron de ce café alors qu’il était interdit d’employer des Juifs.

– Mon père et ce patron se connaissaient. Mais je ne sais pas pourquoi il a continué à l’employer. En plus il y avait souvent des soldats allemands qui venaient boire un coup à la Civette. Elle n’était pas si éloignée de la Kreiskommandantur, en face de la Cathédrale. Je revois toujours le drapeau nazi qui trainait jusque parterre. Je revois toujours cette croix gammée jusqu’en bas. Je crois que quelqu’un avait voulu le déchirer. Il y eut une histoire à ce propos.

          Dans l’immense et courageuse générosité de Pauline à replonger dans les années noires de son enfance, en cet été 2017, elle m’offrait en partage ces trésors immortalisés par des photographies. L’une d’entre elles me bouleversa aux larmes. Elle symbolise ces « copains de la rue Richebourg », prise sur la Grande Place à Soissons pendant l’hiver 1941/42. Depuis le début de mon enquête en 2012 je m’échinais, étayé uniquement par des archives, à retracer les itinéraires des enfants Contenté, Biegacz et de deux jeunes filles nommées Habarov sans pouvoir mettre un visage sur chacun d’entre eux. Leurs figures juvéniles me semblaient à jamais perdues dans mes représentations. Cette photographie entre mes mains plongea mon regard dans les leurs malgré une strate temporelle épaisse de 75 ans. J’aurais aimé avoir un pouvoir surnaturel pour les tirer de cette photo et de les emmener à l’abri des meurtres de masse qui s’annonçaient.

1i Soissons 1941 Charles Contenté Samuel Biegacz Zina Pauline Contenté

De gauche à droite : Charles Contenté, Zina Habarov et Samuel Biegacz posant ses mains sur les épaules de Pauline Contenté. 1941/1942, Soissons. [Collection particulière].

Sur cette photo nous connaissons, à travers ce récit, Charles Contenté, Samuel Biegacz et bien sûr Pauline. Quand mon interlocutrice me précisa que la jeune fille entre son frère et Samuel s’appelait Zina, mais qu’elle ne se souvenait plus de son nom de famille, j’étais persuadé que c’était Zina Habarov, petite-fille d’un couple juif très âgé, les Otchakowski, Noussen et Lisa. Ils vivaient dans un appartement du 20 rue Richebourg, comme les Biegacz. Les investigations que j’engageais dans la foulée de cette rencontre en rouvrant mon dossier Otchakowski/Habarov me donnèrent raison.

Je découvris le nom de Zina, ainsi que sa sœur Nadia, lors de la rédaction de mon livre[5], dans des rapports de police et le cahier des entrées au camp de Drancy en 1944. Cela faisait également six ans que je cherchais des traces supplémentaires sur Zina, Nadia et leurs grands-parents. La patience est souvent maîtresse de toutes les révélations. Ma rencontre avec Pauline était encore une fois déterminante. Elle me menait, il y a un mois de cela, à retrouver Zina, âgé de 94 ans, grâce à sa belle-sœur, Renée. Toutes les deux vivent aujourd’hui dans le Val-de-Marne. Leurs témoignages confirment et raniment l’amitié de ces jeunes gens de la rue Richebourg.

           Zina, née en 1923, est la fille aînée de Dora Otchakowski et de Zacharie Habarov. Ce dernier est issu d’une riche famille russe orthodoxe qui possédait au XIXe siècle des serfs[6]. Il a fui la Russie pour la France, convaincu de communisme. Il s’était toujours senti culturellement proche de ces Juifs de l’est qu’il côtoyait depuis son enfance. Il ira jusqu’à apprendre le yiddish et épouser Dora, de confession juive. Zina avait un frère, Paul, né en 1924 et une sœur, Nadia, née en 1929. Ils vécurent avec leurs parents, depuis leur naissance, à Paris. Le week-end, ils rendaient visite à leurs grands-parents maternels à Soissons. En 1940, lorsque les Allemands occupèrent la capitale, Zacharie décida de confier sa femme et ses enfants à des amis à Soissons et aux grands-parents Otchakowski, rue Richebourg. La rencontre de Zina avec les jeunes Biegacz et Contenté avant 1942 était inéluctable, à un âge où l’on aime se retrouver entre amis ou s’amouracher.

          En regardant cette photographie, j’interrogeais à nouveau la petite fille aux chaussettes blanches et au cache colle, chouchoutée par ses frères et leurs amis du quartier :

– Pauline, étiez-vous toujours à l’école ?

– Je suis allée à l’école à Soissons jusqu’au mois de mars 42. Mes parents avaient acheté une maison à Corcy, en 1934 je crois. Ils ont préféré que l’on aille dans cette maison en avril 1942. Ils avaient dû vendre le commerce car les Juifs n’avaient plus le droit d’exercer. Nous n’avions plus le droit de faire grand-chose. « Ce sera moins dangereux », disait mon père, pour faire face aux éventuelles arrestations. Il rêvait un peu, Corcy, c’est juste à 18 km de Soissons !  A Corcy je suis un peu allée à l’école. A l’époque il y avait un instituteur qui s’appelait monsieur Paoli. Il était Corse d’origine. Je me souviens, il avait trois enfants.

          Je soumis à madame Pauline Contenté-Neuman cette lettre écrite le 17 mars 1942 par son père et que j’avais pu consulter dans les archives départementales. Lettre à la fois poignante et étonnante. Naïveté ou amitié confiante de Moïse Contenté auprès du sous-préfet de Soissons qu’il connaissait bien jusqu’à lui préciser où se trouvait sa famille exactement ? Les risques d’arrestation étaient de plus en plus évidents après les trois rafles parisiennes à l’encontre des Juifs en 1941 ou lors d’interpellation dans la rue pour celles et ceux qui ne respectaient pas les ordonnances allemandes. De plus, son ami Adolphe/Avraham Liwer avait été pris à Paris lors de la rafle du 20 août 1941, et interné à Drancy depuis.

19420317 CONTENTE au sous préfet AD021753

Lettre de Moïse Contenté au sous-préfet de Soissons du 17 mars 1942. [Archives départementales de l’Aisne].

– Pourriez-vous m’évoquer juin 42, lorsque vous étiez à Corcy, au moment de l’ordonnance sur le port obligatoire de l’étoile jaune ?

– Moi, je ne l’ai pas portée. J’aurais dû la porter puisque française mais on n’est jamais allé la chercher. Nous étions à Corcy. Quant à mes frères, de nationalité turque, les turcs n’avaient pas à porter l’étoile.

          Effectivement, dans un additif de cette 8è ordonnance allemande, il était stipulé que, concernant les Juifs étrangers, le port du « signe distinctif » était obligatoire pour les apatrides, les ressortissants du gouvernement général de Pologne, des Territoires occupés de l’Est (Pays-Baltes, Biélorussie, Ukraine, Russie), Slovaques, Croates, et anciens Yougoslaves, Roumains, Hollandais et Belges[7].

            Quelques semaines après, à partir du 16 juillet 1942 à Paris et dans les provinces de la zone occupée, débutèrent les grandes rafles qui alimentèrent à un rythme de trois convois par semaine les trains de déportation des Juifs de France dans le cadre de la « solution finale de la question juive ».

[1]Cachée avec sa maman Marie, Esther survivra à l’Occupation mais décèdera dans le terrible accident de train de Vierzy, le 16 juin 1972 : 108 morts et 111 blessés.
[2] Archives du Service Historique de la Défense à Vincennes, cote 34N191.
[3] Archives des Victimes des Conflits Contemporains – Caen.
[4] Les lieutenants du régiment mentionnés comme tués dans les archives du SHD sont : Jacquet, Clery, Tiedrez et Carpentier.
[5] Stéphane Amélineau. La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire. Editions Fondation pour la Mémoire de la Shoah/Le Manuscrit. Paris, 2017. p.358-359.
[6] Personnes attachées à une terre depuis le Moyen-Age, dont les biens et le travail appartiennent au propriétaire de cette terre (seigneur, roi, communauté religieuse) envers qui elle a des obligations. Le servage fut aboli en Russie en 1861.
[7] Instructions du Gouvernement de l’Etat Français auprès des préfets de la zone occupée. Lettre du 30 mai 1942. Archives départementales de l’Aisne – cote 11251.

Les copains de la rue Richebourg (Soissons) : Partie 3.

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Les copains de la rue Richebourg (Soissons) : Partie 1.

Avant-Propos

1.

Avant 1939

      Après deux heures de transports en commun pour traverser la capitale depuis mon village du sud de l’Aisne, je pris une des nombreuses lignes de bus partant de la Défense. J’approchais du but. Il suffit de quinze minutes de trajet et une rue à remonter à pied pour sonner au porche de l’immeuble, à l’adresse que j’avais saisie sur le notebook de mon smartphone. A l’interphone, la voix de madame Neuman-Contenté m’invita à monter au premier étage. En gravissant les marches de ce vieil escalier en bois, elles me chantaient sous le poids de mes pas, cette ritournelle que j’entendais depuis six ans, depuis le début de mon enquête lorsque je me rendais requérir un premier témoignage. Elles avaient le grincement sec d’un cœur serré qui va rencontrer pour la première fois un être révélé d’abord par un nom dans des archives, un(e) enfant caché(e), une survivant(e) de la Shoah. Depuis Nathan, Micheline, Clairette, Jacques, Viviane, Nelly, Lisette, et j’en passe, ces rencontres initiales dans mon enquête sont autant d’inoubliables instants, les premiers pas d’une mémoire à partager, d’une amitié en devenir.

     Pauline m’attendait sur le palier de son petit appartement avant de m’inviter à nous installer dans sa salle à manger. Je tombais sous le charme de cette dame de cœur aux 84 printemps, généreuse dans ces souvenirs. Ce qu’elle a perdu en vélocité du fait de son âge respectable n’entame en rien la vivacité d’un esprit remarquable. Nos sourires partagés, heureux et impatients de faire connaissance en cette fin août 2017, résultaient d’une curiosité saine et réciproque : elle, parce qu’elle était intriguée par un « jeune homme » qui a produit un travail gigantesque sur les juifs de la ville de son enfance ; moi, parce que je n’imaginais pas un jour revoir la petite fille en chair et en os lorsque je racontais la traque de sa famille dans mon livre. Assis autour de la table, nous étions prêts à convoquer les heurs et malheurs d’un passé, pour la mémoire de sa famille, celle des Juifs du Soissonnais et de toutes les victimes des persécutions nazies.

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Pauline Neuman-Contenté, le 25 août 2017 avec les portraits photographiques de ses deux frères, Charles Contenté (à gauche) et Jean/Isaac Contenté (à droite) [Collection particulière].

      Je peux l’affirmer aujourd’hui, Pauline est un témoin clé qui conforte et complète des éléments, des vies et des visages de mon enquête entamée dans le Soissonnais depuis 2012 sur l’effroyable persécution des Juifs entre 1940 et 1944. Alors commençons et retrouvons-nous à la fin du XIXe siècle dans l’empire Ottoman, à l’ouest de la Turquie :

– Votre père Moïse Contenté est né le 18 juillet 1900 et votre mère Rebecca est née Levy, le 8 juillet 1898, n’est-ce pas ?

– Oui mon père est né à Smyrne [aujourd’hui Izmir] et ma mère à Pergame [aujourd’hui Bergama, à 100 km au nord de Smyrne/Izmir].

– Lorsque qu’ils se sont faits recenser en octobre 1940 comme Juifs, sous l’injonction du gouvernement de Vichy et des Allemands, il est indiqué sur leur déclaration qu’ils étaient arrivés en France en mai 1923, avec votre frère aîné, Charles, qui avait 1 an (né le 2 février 1922). Savez-vous pourquoi ont-ils quitté leur pays natal ?

– Il y avait un service militaire très, très dur, instauré en Turquie. Mon père n’a pas voulu le faire. Il a réussi, comme beaucoup d’ailleurs, à partir. Ma mère était restée en Turquie. Elle est arrivée un petit peu après avec Charles, toujours en 1923.

– Malgré une montée de l’antisémitisme en Turquie au début du XXe siècle, sous empire Ottoman, déjà génocidaire contre une autre minorité, les Arméniens en 1915 ; ce n’était donc pas la cause qui motiva l’exil de vos parents ?

– Il y avait une bonne entente avec les Turcs, du moins à Smyrne, ce que me disaient mes parents dans leurs souvenirs.

3c voiture de Moïse Contenté

Moïse Contenté, à droite, dans les années 1920. Lieu inconnu. Les deux autres personnes n’ont pu être identifiées [Collection particulière].

– Vos parents s’étaient d’abord installés à Paris puis à Soissons. Pourquoi ont-ils choisi cette ville ?

– Mon père avait des problèmes de santé. C’est comique cette histoire-là. Les médecins lui disaient, il faut changer d’atmosphère. Il ne faut plus habiter Paris ! Il faut habiter en Province. Pourquoi Soissons, plutôt qu’ailleurs ? Je ne sais pas.

– A priori ils sont arrivés avant 1931 à Soissons, avant votre naissance. Le nom de votre famille apparaît pour la première fois dans les recensements de la ville, qui ont lieu tous les cinq ans, au 20 rue du Pot d’Étain.

– Oui, ils habitaient d’abord rue du Pot Étain à Soissons. Ensuite au 1 rue Richebourg. Notre maison faisait l’angle avec la rue des Cordeliers, au n° 41.

– D’après la cessation du commerce de votre père en janvier 1941 sur ordre de la kommandantur de Laon[1], il tenait un magasin au 5 rue des Chaperons Rouges [Il était voisin du fameux commerce de Charles Knoll, Aux Fruits de France].

– Oui, il vendait du tissu. Le magasin s’appelait Paris Solde.

3a Magasin Moise Contenté avant 1940 rue des Chaperons Rouges

Magasin « Paris Solde » au 5 rue des Chaperons Rouges à Soissons, avant 1940 [Collection particulière].

– Comment viviez-vous avant l’arrivée des Allemands en 1940 ?

– Il y avait du travail. Ma mère était couturière aussi. Disons que l’on n’a jamais manqué de rien.

– Toujours avant la guerre, est-ce que la politique était un sujet de conversation chez vos parents ?

– Au temps que je me souvienne, non, pas du tout. Mon père ne parlait pas de politique. Il avait beaucoup de copains à Soissons, dont… comment s’appelle-t-il… vous savez, l’agent de police…

–   Charles Létoffé ?

– Oui ! Il était connu comme le loup blanc ce policier. Il s’entendait bien aussi avec le commissaire de police de Soissons. Mon père le connaissait bien. Il parlait souvent du policier Charles Létoffé. Moi j’étais petite, je ne me rappelle plus de l’avoir vu.

– Quels souvenirs avez-vous conservé de cette période d’avant la guerre ? Comme la plupart des familles juives de Soissons que j’ai interrogées, vous sentiez-vous pleinement intégrés ?

– Oui, tout à fait intégrés, aucune démonstration d’antisémitisme. Aucune réflexion, jamais entendu quoi que ce soit. Je ne savais même pas ce que c’était d’être juif. Je me rappelle aussi de madame Kassel[2]. C’était une forte femme. Comme disaient les juifs de Pologne, c’était une « cosaque ». Elle avait une fille, je ne sais pas si elle en avait deux ou trois.

     Madame Kassel était la mère de Thérèse qui décéda en 1940 des suites d’une césarienne, juste après l’arrivée des Allemands. Cette fille épousa Adolphe Liwer (oncle de Lisette Ehrenkranz). Cette « cosaque » qu’évoque Pauline Contenté vivait au 2 rue Bara à Soissons, dans le prolongement de la rue des Cordeliers et en face de la rue Richebourg.

– Vos parents n’étaient pas pratiquants ?

– Si, mon père était pratiquant. Il faisait la prière tous les soirs. Quand il y avait les grandes fêtes comme celle du Grand Pardon, Yom Kippour ou la Pâques juive, ma mère préparait la cuisine et mon père partait la veille de Kippour pour se rendre à Paris à la synagogue car il n’y en avait pas à Soissons. Je conserve encore le Livre de mon père avec les 10 commandements inscrits dessus.

– Quelles étaient vos relations avec vos deux grands frères, Charles né en 1922 et Jean, né en 1925 ?

– J’étais la petite sœur ! J’étais surprotégée par mes frères ou Samuel Biegacz [il habitait au 20 rue Richebourg], l’ami de mes deux frères. J’étais un peu la petite sœur de tout le monde. Samuel avait le même âge que Charles.

     Abram Biegacz, venant de Pologne, fut le premier de sa famille à arriver en France en novembre 1922. Sa femme Gitla put le rejoindre à Paris en février 1923 avec leur premier garçon dans les bras, Samuel, alors âgé de dix mois. Leur second fils, Bernard, naquit dans la capitale le 17 avril 1925. La famille Biegacz apparaît pour la première fois dans le recensement de Soissons en 1936 au 37 rue des Cordeliers. Ils déménagèrent ensuite quelques mètres plus loin, au 20 rue Richebourg. Nul doute que dès leur installation à Soissons les jeunes Samuel, Bernard, Charles et Jean sympathisèrent rapidement, se retrouvèrent à l’école où ils aimaient jouer ensemble dans l’équipe de basket du collège.

2d 19 Jean Contenté 10 Samuel Biegacz 17 Bernard Biegacz basket collège de garçon

Près du collège du Centre, sur un terrain de basket, avant la guerre. Le n°19, tirant la langue, est Jean Contenté, derrière, le plus grand, Samuel Biegacz et tout à droite, le n°17, Bernard Biegacz. Cette photographie a été prise par Charles Contenté [Collection particulière].

– Quel était le tempérament de vos parents ? Comment pourriez-vous les décrire ?

– Mon père c’était un peu l’oriental ! Expansif, oui, un peu mais c’était d’abord un joueur de carte. Les Juifs, en général, ils jouent. Tous les jeux de carte, mon père les connaissait. Le poker, le jacquet, tout ! La belote, je n’en parle même pas. Mon frère Jean c’était pareil. Mon père était un peu autoritaire, évidemment, mais jamais je n’ai reçu de fessées de mon père. De ma mère oui, mais pas de mon père. C’est curieux, hein ?

     Pauline reconnait et se souvient de la plupart des noms évoqués dans mon livre, les Ehrenkranz, les Liwer, les Arouete, les Knoll, les Buliba domiciliés au 41 rue des Cordeliers et dont leur fille Esther avait le même âge que mon interlocutrice.  Son témoignage me confirme que toutes ces familles juives se côtoyaient, les hommes aimaient se retrouver le dimanche autour d’une partie de belote. Il faisait bon vivre, et tous jouissaient de la tolérance de ce pays adoptif et d’une réelle intégration dans cette ville rurale de l’Aisne, avant qu’un orage d’acier allemand foudroyât la Pologne le 1er septembre 1939.

[1] Archives départementales de l’Aisne, Laon – cote 11254.

Les copains de la rue Richebourg : partie 2

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Les copains de la rue Richebourg (Soissons) : Avant-propos

Le récit qui va suivre sera publié en feuilleton. Je voudrais particulièrement remercier :  Régine Wolff-Socquet, Pauline Contenté et son neveu Michael Neuman, Michel Rosenstein ainsi que René Verquin, sans qui ces lignes n’auraient pu voir le jour et compléter mes itinéraires de Mémoire sur la Shoah en Soissonnais.

Avant-propos

     Au siège de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, avenue Percier dans le 8e, j’avais rendez-vous avec Philippe Weyl, responsable éditorial de la collection « Témoignages de la Shoah » qui accepta, ce 18 juillet 2017, de m’accompagner à mon rendez-vous chez Serge Klarsfeld, rue de la Boétie, à quelques pas de là. Rien que pour cette raison, ce fut pour moi une journée inoubliable.

       Ce que je ne savais pas encore, c’est qu’une seconde rencontre allait s’inscrire dans le calendrier de mes jours mémorables. Sans prévenir, comme souvent, une porte allait s’ouvrir sur un champ d’investigation dont je ne pensais ne jamais retrouver. En attendant donc Philippe, dans le hall d’entrée, madame Régine Wolff-Socquet de la Fondation se présenta à moi et m’offrit un café avant de me demander :

– Vous êtes l’auteur du livre sur la Shoah en Soissonnais, n’est-ce pas ?

– Oui, enchanté, Stéphane Amélineau.

– J’ai des membres de ma famille qui vivaient à Soissons à cette époque. Connaissez-vous les Neuman ou les Contenté ? Je suis moi-même fille d’Henri Wolff, déporté et survivant d’Auschwitz, décédé en 2005[1].

– Oui, répondis-je spontanément alors qu’intérieurement je fus foudroyé par un éclair d’incrédulité. J’évoque, poursuivi-je en tentant de garder une certaine contenance, la famille Contenté dans mon livre dont le nom m’est apparu dans plusieurs archives mais je n’ai pu trouver des témoins. Quant aux Neuman, je n’ai eu qu’un témoignage d’un vieux monsieur de Soissons qui a évoqué ce nom dans plusieurs de nos entretiens mais je n’ai trouvé aucune trace archivistique. D’après ce témoin, les Neuman auraient survécu à la guerre puisque, jeune garçon, il vivait à Corcy comme eux. Je ne dis rien de la famille Neuman dans mon livre par manque d’indices dans les listes de recensement en 1940-41, les rapports de la sous-préfecture de Soissons ou de la gendarmerie pendant l’Occupation. Je suppose qu’au moment de l’exode, ils étaient restés quelque part en France et n’étaient jamais revenus à Soissons tant que les Allemands étaient là.

– Oui tout à fait. De plus Pauline Neuman, née Contenté, vit toujours.

      Pauline Contenté ! C’est incroyable ! La petite fille que j’ai quitté en finissant mon livre avait 11 ans en 1944. Elle, ses deux frères et ses parents s’étaient, semble-t-il, cachés dans la Creuse. Mais je ponctuai le sort de cette famille par un point d’interrogation en me doutant qu’ils avaient survécu sans savoir ce qu’ils étaient devenus. Je tombais des nues, encore une fois, étourdi par ces rencontres imprévues pour aboutir à un témoin clé de mon enquête. Deux jours après, grâce également à son neveu, Michael Neuman, j’avais les coordonnées de Pauline Neuman-Contenté, 84 ans.

     C’était le début de plusieurs entretiens téléphoniques passionnés et passionnants jusqu’à notre première rencontre à son domicile dans la banlieue ouest de Paris. Je lui suis très reconnaissant de son enthousiasme à témoigner et elle m’encouragea sans hésiter à publier ces lignes. Elle a des montagnes de souvenirs très précis sur cette tragique période. Des anecdotes à la pelle sur ses deux grands frères, en particulier sur Jean Contenté, le baroudeur des Caraïbes dès les années 1950  comme s’il sortait des plus grands romans d’aventure à vous couper le souffle, tel un Aigle volant au-dessus de cette région du monde comme l’œil perçant prêt à fondre sur les velléités des juntes militaires à prendre le pouvoir dans ces pays.

     Pauline conserve précieusement de vieilles photographies des jours d’avant la Catastrophe. Ce qu’elle me révéla dès le début de nos échanges téléphoniques ne put contenir mes larmes d’émotion car je pensais ne jamais mettre un visage sur deux jeunes ados juifs de Soissons qui ont hanté plusieurs de mes nuits lors de la rédaction de mon livre : les frères Biegacz, broyés par la machine de destruction nazie, l’un assassiné, l’autre meurtri à vie jusqu’à son décès en 2008.

      Pauline et ses frères étaient très proche de la famille Biegacz dont les deux parents et un des deux fils périrent à Auschwitz. Elle me montra les visages de la jeunesse de Samuel et de Bernard Biegacz, les copains de la rue Richebourg à Soissons de Charles et Jean Contenté jusqu’à l’irréparable année 1942.

     Lors de notre rencontre le 25 août 2017, Pauline effaça des points d’interrogation qui ponctuèrent quelques lignes de mon livre (cf. chapitres 20 et 41) : Quel était le véritable motif de l’arrestation de Samuel Biegacz, 20 ans, le 27 juin 1942, trois semaines avant le première rafle des juifs de la ville qui embarqua ses parents vers Auschwitz ? La famille Contenté se trouvait-elle dans la Creuse en 1943 comme semblaient l’affirmer les rapports de gendarmerie de l’époque ? Pourquoi le père, Moïse, malgré les interdictions faites aux juifs de travailler, avait pu être embauché dans un café de Soissons jusqu’en 1943 ? Comment cette famille avait-elle, a priori, survécu puisque nous ne retrouvons aucune trace de leurs noms dans les convois juifs de déportation vers les camps de la mort ?

      Le récit qui va suivre résulte de nos nombreux entretiens pendant l’été 2017, entre chassés par des éclaircissements révélés par d’autres témoins ou lors de mes recherches archivistiques depuis 2012 sur les familles Biegacz et Contenté de la rue Richebourg à Soissons.

[1] Henri Wolff est le neveu de la belle-Mère de Pauline Neuman-Contenté, Golda Spiczak. J’y reviendrai plus tard dans ce récit.

Les copains de la rue Richebourg (Soissons) : Partie 1

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Rencontre au 20e Rendez-vous de l’Histoire à Blois

A l’invitation du Mémorial de la Shoah et de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah je serai à Blois pour présenter mon livre dimanche après-midi 8 octobre 2017. Pour en savoir plus, cliquer sur l’image ci-dessous :

Blois 20e RDV de l'histoire

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« Je m’en vais du monde car je vais mourir innocemment » : Israel Eszenbaum, Juif fusillé au Mont-Valérien le 15 décembre 1941

Avant-propos :

      En tombant sur des articles de mon site internet « Itinéraires de Mémoire sur la Shoah », Marc Szpiro, me contacta. Il est né en 1957, vivant dans le sud de la France, descendant d’une famille dont plusieurs membres ont péri pendant la Shoah. Il est issu d’une lignée juive très modeste de culture yiddish qui fuit les brimades antisémites d’une Pologne renaissante après la Première Guerre mondiale. Comme pour beaucoup de juifs polonais, les membres de sa famille n’hésitèrent pas à s’exiler vers l’eldorado français. Ils s’y intégrèrent en travaillant dur sans ressentir l’once d’une manifestation hostile de la société civile. Ils vécurent libres et heureux, confiants en l’avenir, respectueux des lois et de l’État sur cette terre d’asile jusqu’à la trahison du gouvernement de Vichy à partir de 1940.

      Après avoir découvert des archives de sa famille, Marc Szpiro souhaitait mon aide pour décrypter ces documents inédits à la mémoire collective et profondément douloureux pour la mémoire de ses proches. Je lui promis de faire des recherches complémentaires sur son grand-père, ses oncles, grands oncles ou lointains cousins qui ont été assassinés ou déportés ; destins singuliers fauchés par la « grande » Histoire. Cette première monographie est la synthèse des sources que je suis allé consulter et vérifier à Paris ou que monsieur Szpiro m’a confiées en copies numérisées pendant l’été 2017.

      22 heures, 14 décembre 1941. Un homme sait qu’il va mourir sous le feu d’un peloton d’exécution de soldats allemands le lendemain matin. Quelques heures plus tôt, il fut transféré du camp de Drancy avec une quarantaine de juifs, tous des hommes, à la prison du Cherche-Midi. Dans le froid de sa cellule, l’âme asséchée d’un être sans horizon, il se penche sur des feuilles blanches aux lignes encore vides. Il commence à rédiger son ultime courrier à sa femme, Pauline/Perla, et à sa famille :

Chère Pauline et chère famille

Je t’écris aujourd’hui la dernière fois. On nous [a] amené de Drancy à la prison du Cherche-Midi, et on sera fusillé. Vous savez bien que je suis innocent, et je m’adresse à vous d’aller chercher mon droit. Tout le monde sait donc, que je suis innocent ; que je ne me suis jamais mêlé dans la politique. J’ai été toujours un citoyen loyal ; et je ne savais jamais ce que [illisible]

Et maintenant vous voyez je serai fusillé, pourquoi je ne sais pas. Et je n’avait aucun pressentiment.

Chère Pauline, nous avons demandé la permission de voir notre famille mais je ne suis pas certain, qu’on nous accordera cette faveur.

Je te demande ma chérie de ne pas pleurer, car je suis innocent. Quand on m’a amené à Drancy c’était à cause d’une dénonciation dont je ne sais aucune chose.

Et maintenant on m’a fait sortir de Drancy pour me fusiller innocemment quand le vrai coupable se trouve en liberté. […][1].

 

ESZENBAUM Israel ou Isaac et son épouse ESZENBAUM Perla née ZAGEL ou ZAGIEL

Israel Eszenbaum et son épouse Pauline/Perla, née Zagiel. A Paris, fin des années 1930. [Collection particulière].

      En cet automne 1941, les ordonnances de l’occupant allemand et les lois du gouvernement de Vichy avaient, dès septembre 1940, relayé les Juifs au ban de la société.  Depuis avril 1941 des mesures s’acharnaient tout particulièrement à l’encontre des hommes juifs d’origine étrangère de plus de 18 ans, nés dans les territoires occupés par les nazis depuis 1938. Déjà, en mai puis en août 1941, deux grandes rafles se déroulèrent à Paris, embarquant ces hommes pour les interner dans les camps du Loiret, à Compiègne, à Pithiviers ou, depuis le 20 août 1941, au camp de Drancy. Ils étaient livrés aux autorités allemandes par la police française de Vichy. Ce n’était pas encore dans le cadre de la solution finale de la question juive en France, mais environ 8 000 hommes juifs étaient déjà arrêtés ; un « réservoir » humain dans lequel les Allemands pouvaient puiser pour en exécuter en cas de représailles des attentats commis contre des soldats ou des officiers de leur armée.

     L’invasion des troupes hitlériennes suivies des commandos d’extermination de la SS en territoire soviétique le 22 juin 1941 dans leur campagne anti judéo-bolchévique encouragea des résistants en France à attenter à la vie des soldats de la Wehrmacht. La répression ne se fit pas attendre et se radicalisa avec la question des otages. Dès le 22 août 1941, au lendemain d’agressions commises, le général Otto von Stülpnagel, commandant en chef des forces allemandes [Militärbefehlshaber in Frankreich (MBF)] ordonnait :

Affiche otages 22 aout 41

Source : wikimedia commons.

     Le 16 septembre 1941, écrit l’historien Dominique Tantin[2], ce qu’il est convenu d’appeler le décret Keitel (Feldmaréchal, chef de l’Oberkommando der Wehrmacht, OKW) relaya les directives de Hitler à tous les responsables des régions occupées : dans tous les cas de révolte contre les forces d’occupation allemandes, il y a lieu, quelques puissent être les conditions particulières, de conclure à des origines communistes […] dans de tels cas, on peut généralement considérer la peine de mort pour 50 à 100 communistes comme le châtiment convenable pour la mort d’un soldat allemand. L’effet de terreur doit être accru par la méthode d’exécution. Cette directive fut déclinée en France le 28 septembre 1941 par la promulgation du Code des otages du MBF placé sous l’autorité de Otto von Stülpnagel : faute de pouvoir arrêter les coupables, l’occupant décida de représailles massives en priorité contre les communistes et les Juifs déjà incarcérés, innocents des faits, mais « idéologiquement coupables ».

     En octobre 1941, un coupable idéal parmi tant d’autres fut arrêté. Il s’appelait Israel Eszenbaum. Pour l’historien, un nom sur un état civil ou dans un rapport de police, un nom sur une fiche d’internement ou sur la stèle des 1009 fusillés du Mont-Valérien. Pour Marc Szpiro qui me contacta, c’était un grand-oncle qu’il ne connaît que dans des discussions lacunaires avec ses proches. Mais qui était-il vraiment ? Recoupons les informations archivistiques et les témoignages de ses descendants.

     Israel Eszenbaum est né à Varsovie le 23 novembre 1909, sujet de l’empire russe puisque la nation des Poles avait été rayée des cartes depuis le partage du territoire en 1795 entre le Tsar, le Kaiser, et l’empereur d’Autriche. En 1918, le 10 novembre, Mosek et Jelem Eszenbaum, ainsi que leur fils Israel âgé de 9 ans, virent se restaurer l’indépendance de la Pologne. Dans ces bouleversements de la renaissance du pays, un nationalisme exacerbé oint d’un antisémitisme toujours présent depuis les pogroms de la fin du XIXe siècle ne présageaient rien de bon pour les 3 millions de juifs de Pologne. A Varsovie la famille de sa future épouse, les Zagiel-Szpiro-Celemencki et bien d’autres juifs de culture yiddish vivaient retranchées. La vie était encombrée de difficultés, des gens simples avec peu de moyens, cantonnés dans leurs métiers artisanaux et ancestraux. Les Eszenbaum étaient un peu plus aisés, lettrés, et Israel put faire quelques études. Il se maria très jeune, en 1927, à Perla, née dans la capitale polonaise le 26 septembre 1906.

     De l’autre côté de l’Europe, était lancé un appel à la Main-d’œuvre pour reconstruire une terre dévastée sur son quart nord-est par le premier conflit mondial. Elle était garante en Droit des libertés de chacun. Une nation ouvrait ses bras aux migrants et aux persécutés : la France. Comme beaucoup de ses compatriotes juifs polonais, Israel quitta sa terre natale pour venir travailler et vivre libre à Paris. Il entra officiellement en France le 3 août 1934, nanti d’un passeport polonais et visé par le consul français. Il retrouva enfin sa femme qui l’avait précédé en 1931. Elle se prénommait désormais Pauline. Ils se remarièrent pour officialiser légalement leur union en France, le 1er décembre 1934 à Paris.

      Israel Eszenbaum était un homme pondéré, d’une gentillesse à toutes épreuves, respectueux, poli, pas rancunier pour un sou, se désintéressant de la politique. En s’installant à Paris, il s’était associé à Mme Malka Krwawink dans une fabrique de gants au 21 rue de la Marne (19° arrond.). Un peu plus tard, et jusqu’à son arrestation, il travailla comme fourreur pour le compte d’Orenstein au 2 Faubourg Poissonnière. D’après les rapports de la police, les Eszenbaum firent l’objet, en octobre 1934, d’une mesure d’expulsion car ils avaient refusé de donner le nom de la personne qui leur fournissait du travail à domicile. Ils avaient pour ordre de quitter la France le 9 janvier 1935. Ils restèrent, et pendant 6 ans semble-t-il, il n’y eut pas de suite. Ils demeurèrent au 39 rue des Gravilliers dans le 3° arrondissement. Ils vivaient simplement et travaillaient beaucoup. Leur temp libre, le dimanche, était consacré aux réunions de familles autour d’un bon repas. Ils aimaient tant se balader sur les boulevards parisiens, flâner devant les vitrines des célèbres magasins. A leur grand regret Israel/Jean et Perla/Pauline ne purent avoir d’enfant. Ils reportèrent toute leur affection sur leurs neveux (Pauline avait trois sœurs et trois frères). Ils s’épanouissaient à s’égayer avec eux, rire, jouer au square du Temple.

Version 3

De gauche à droite : Israel Eszenbaum, sa femme Pauline née Zagiel, une cousine Zagiel, sa belle-sœur Sura/Suzanne Zagiel, sa belle-sœur Kajla née Zagiel et son beau-frère Motel Szpiro (mari de Kajla) au square du Temple, années 1930. [Collection particulière].

ESZENBAUM Israel à gauche avec son Père et sa femme Perla

Israel Eszenbaum, son père Mosek et Pauline sur les boulevards parisiens, années 1930 [Collection particulière].

Eszenbaum Israël ,sa mère décrit dans sa lettre et Eszenbaum Perla ( Zagiel)

Israel Eszenbaum, sa mère Jelem et Pauline sur les boulevards parisiens, années 1930 [Collection particulière].

      Aux cours de ces années 30 à Paris, ils se sentaient libre dans ce pays qu’ils voulaient embrasser loyalement. Aucune marque d’antisémitisme n’était venue assombrir leur quotidien. Les communautés, certes, n’interféraient pas entre elles. Dans le square, les juifs yiddish, les italiens, les français ne se mélangeaient pas mais se respectaient. Les enfants faisaient souvent fi de ces différences bien qu’entre eux ils pouvaient s’interpeller par « la petite juive » ou « le petit italien » mais ce n’était jamais péjoratif jusqu’au jour où fut planté sur toute la zone nord du pays et le long de l’Atlantique le drapeau à croix gammée. Le 15 février 1941, à l’ombre de cet oriflamme menaçant, ils s’installèrent avec Sura (Suzanne, la plus jeune sœur de Pauline) au dernier étage de l’immeuble du 37 rue d’Enghien dans le 10 arrondissement.

       Le 11 octobre 1941, la police française se rend à cette adresse. Elle avait reçu au préalable une lettre anonyme, de dix-sept mots :

lettre-dactylo-de-dc3a9nonciation.jpg

Mr et Mme Aszenbaum sans de [sont des] communist[es]. Aszenbaum il fé [fait] la propagand[e] Aszenbaum 37 rue d’Engien Paris Xème

Ces lignes délatrices ont été écrites par une personne qui parlait et écrivait mal le français, probablement d’origine étrangère. [Archives de la Préfecture de la Police, Paris. Cote : 1 W 37 dossier 24433].

       Les inspecteurs de police Gallerne et Masure, sous les ordres du sinistre brigadier-chef des RG de Paris, Louis Sadosky[3], se rendent au 37 rue d’Enghien dans le 10è arrondissement de la capitale pour interpeller Israël Eszenbaum, marié, sans enfant. Après les agents montent jusqu’au dernier étage. Ils pénètrent dans un vaste appartement, révélant une vue magnifique sur la butte de Montmartre, trôné d’un Sacré-Cœur. Les policiers notent dans leur rapport :

11-oct-1941-arrestation-rapport-inspecteurs-gallerne-et-masure.jpg

Conformément aux ordres reçus, nous nous sommes rendus ce jour 37 rue d’Enghien au domicile du nommé Eszenbaum Israël, né le 23 novembre 1909 à Varsovie, de nationalité polonaise et de confession israélite, ouvrier fourreur, marié.

Une visite minutieuse des lieux, en la présence de l’intéressé n’a amené la découverte d’aucun document ou papier suspect.

Rapport du 11 octobre 1941 des inspecteurs Gallerne et Masure [Archives de la Préfecture de la Police, Paris. Cote : 77 W 65 dossier 103304].

…d’aucun document ou papier suspect, pourtant, ils embarquent Israel Eszenbaum. Il est juif, d’origine étrangère, ce qui, en ce temps d’antisémitisme d’État, vaut suspicion pour ne pas dire condamnation. Y a-t-il une virgule de scrupule dans la conscience des deux policiers à le faire rejoindre le jour-même le troupeau des coreligionnaires juifs entassés dans des conditions indignes de la cité de la Muette, à Drancy ? Quoi qu’il en soit, il y est enregistré, comme indiqué au bas de sa fiche d’internement au camp, le 12 octobre 1941 :

ESZENBAUM Israel F9 5690 130916 et 130917

Archives nationales F9/569O. Reproduction numérisée, consultée au Mémorial de la Shoah, Paris [F9/5660 130916 L].

     Depuis le 20 août 1941, le camp de Drancy renferme environ 4 000 hommes. C’est de mort lente que les autorités laissent croupir ces infortunés dans des conditions d’hygiène, d’hébergement et de sous-alimentation jamais vues en France depuis les famines de l’Ancien régime. Les tensions entre les internés, juifs étrangers d’un côté et « israélites » de l’autre, sont à leur comble quand s’installe le froid de l’automne. Lorsqu’Israel Eszenbaum, matricule 2616, pénètre dans le camp, à l’instar de tous les entrants, il reçoit moins de 300 grammes de pain, un peu de pâté pour 24 heures et 50 grammes de pâtes alimentaires. La distribution de la nourriture devient source de bagarre. Les internés reçoivent par jour deux soupes claires, 150 à 200 grammes de pain et 200 grammes de légumes non épluchés. Heureux celui qui travaille aux cuisines pour la corvée d’épluchages. Ils se gavent d’aliments crus. La diarrhée en récompense. La faim devient une obsession. De plus, les ordures entassées dans un coin de la cour centrale est interdite aux prisonniers. Une semaine avant son arrivée au camp, des hommes avaient manifesté contre la faim. En représailles, les autorités interdisaient, depuis le 7 octobre, la distribution des colis de la préfecture de la Seine qui était déjà insuffisante pour éviter les carences alimentaires[4].

     Israel Eszenbaum est affecté au bloc 5, escalier 22, dans la chambrée 18 du 2è étage où s’entassent des dizaines d’internés, à même le sol en ciment inégal, recouvert de paille. Véritable foyer d’infection. Dans chaque chambrée, les Juifs de Drancy y passent le clair de leur journée. Le jour perce à peine à travers les fenêtres recouvertes de peinture bleue imposée pour la défense passive. Jeux de carte et livres sont interdits. Les seuls repères de la journée sont les appels, dehors, matin et soir, les distributions de la nourriture à 11h30 et 16h45, et la promenade dans la cour quand elle n’est pas supprimée par les gendarmes sous un prétexte punitif.

      Les Allemands souhaitent éviter les troubles et finissent par tolérer la Croix Rouge pour distribuer une substantielle amélioration alimentaire : une soupe plus épaisse, et deux morceaux de sucre par jour et par interné le 12 octobre, la première journée d’Israel à Drancy. Officiellement, les internés ne peuvent écrire à leurs proches avant le 2 décembre 1941 mais en soudoyant des gendarmes ils peuvent envoyer des lettres clandestinement[5]. C’est ce que fait Israel Eszenbaum, dès son arrivée. Une semaine après, le 19 octobre, sa femme, soulagée d’avoir de ses nouvelles depuis son arrestation, lui écrit :

19411019 ESZENBAUM Perla carte verso

Lettre de Pauline/Perla Eszenbaum écrite le dimanche 19 octobre 1941 [Collection particulière].

Paris le 19 octobre 1941

Cher mari,

Comme j’ai reçu ta lettre cela m’a beaucoup soulagé de savoir où tu te trouves. J’ai été Dimanche matin [le 12 octobre] te chercher et cela était trop tard pour te trouver. J’ai été très contente de recevoir une lettre de toi, mais je ne comprends pas où tu as laissé tes affaires et je te demande si je peux les réclamer. Comme tu m’a envoyé le bon, je t’ai envoyé les affaires que tu m’as demandé, sac de couchage, un drap, un petit coussin, 2 paires de caleçons mouletonnés, un pullover, une chemise en flanel, une chemise simple, un maillot de corps, un cache-col marron, 4 paires de chaussettes, béret basque, les gants, des semelles en fourrures. Cher mari je n’ai pas trouvé de pardessus alors les parents de Madeleine m’en ont donné un vieux c’est pour toi, tous les médicaments, un gilet de fourrures, toutes les brosses que tu m’as demandé. J’ai attaché la valise de Madeleine à ton colis. Cher mari si tu as une occasion d’un deuxième bon. Je t’enverrai une paire de chaussures d’hivers. Iteké ne m’as pas apporté le sirop et les pastilles valda alors je n’ai pu te les envoyé. Je t’ai envoyé quelques croutons de pain, quelques morceaux de sucre et du sel et quelques bonbons. Ecris-moi de tes nouvelles comment va ta santé, est-ce que tu ne tousses pas là-bas. Je t’embrasse bien et j’espère te revoir au plus tôt possible. Bien le bonjour de toute la famille ainsi que Madame Na[illisible]. Écris toi-même les lettres.

Ta très chère Pauline.

      Dans un second courrier, rédigé le dimanche 26 octobre 1941, et en réponse à une lettre de son mari, Pauline ne comprend pas pourquoi les vêtements et les denrées ne lui sont pas parvenus. En fait, cette autre amélioration à recevoir des colis de la famille sera autorisée par les autorités début novembre 1941. Elles informent les prisonniers qu’ils peuvent recevoir un colis ne pouvant excéder 3 kg. Sont proscrits le tabac, l’alcool et les jeux. Les premiers colis distribués dans le camp ont lieu le 5 novembre.

     Pauline est néanmoins soulagée. Israel semble avoir un bon moral. Il a changé d’emplacement dans le camp, affecté au bloc 1, escalier 5, chambre 20. Son épouse lui donne aussi de ses nouvelles : nos deux neveux viennent me tenir compagnie après l’école. Jeudi et dimanche j’ai été me promené avec eux. A nouveau, elle revient sur les affaires « égarées » qu’elle avait envoyées. Je t’en prie écris-moi où l’on ta pris tes affaires. Je t’embrasse bien fort. Bien le bonjour de toute la famille ainsi que pour [nom illisible] de la part de toute sa famille. Iteké envoie un bonjour pour son mari. Pourquoi tu ne m’écris pas si tu as vu le patron de Bernard il est dans le bloc 1.[6] [Bernard Szpiro, né en 1923, neveu d’Israel et Pauline (fils de sa sœur Kajla Zagiel). Il sera arrêté et déporté dans le convoi n°51 du 6 mars 1943, comme son père Motel Szpiro dans le convoi n°11 du 27 juillet 1942. Ni le père, ni le fils ne reviendront].

      Pauline finit sa lettre à nouveau par ces mots : Écris toi-même les lettres. Beaucoup d’internés juifs d’origine étrangère faisaient écrire leur lettre par ceux qui maîtrisaient mieux le français dans le camp.

       Elle rédige une troisième carte, datée du 7 décembre 1941. L’épouse donne des nouvelles de son quotidien et se fait du mauvais sang pour son époux : je sais qu’en hiver tu attrapes toujours des rhumes. […] Je quitte ma lettre en t’embrassant bien fort et j’espère toujours que l’on se reverra le plus vite possible à la maison.

Ce jour tant espéré ne se lèvera jamais.

       En novembre 1941, les Allemands subissent plusieurs agressions à Paris et dans sa banlieue. En représailles, ils veulent exécuter 100 otages. Sur ordre du commandant du Gross Paris, von Stülpnagel, une liste de juifs suspectés de propagande communiste doit être dressée. On charge de cette besogne un brigadier-chef des renseignements généraux de la police dont le zèle à traquer les « judéo-bolchéviques » n’est plus à prouver : Léon Sadosky.

   Au camp de Drancy, on rassemble les hommes. Un détenu, Etienne Rosenfeld, témoigne de ce qui se passa le 14 décembre 1941 : Assemblés dans la cour de ces bâtiments qui, depuis la rafle du 20 août 1941, étaient notre prison, ce camp de Drancy de sinistre mémoire, les quelque cinq mille internés que nous sommes, s’interrogent sur cet appel intempestif : « Qu’est-ce qu’il y a ?… Qu’est-ce qu’ils veulent encore ? » Et dans ce brouhaha, ce bourdonnement que forme une foule rassemblée, une litanie de noms s’égrène: une liste de noms, parmi lesquels je crois entendre le mien. Mais, par je ne sais quel pressentiment, je ne réponds pas…, sauvant ainsi ma vie, sans le savoir.[7]

      Dans les noms appelés résonne Israël Eszenbaum. Il est inscrit sur une liste de 44 noms[8]. Ils sont transférés le jour même à la prison du Cherche-midi. On les informe qu’ils seront exécutés le lendemain. On leur autorise d’écrire une dernière lettre à leur famille.

       Israel s’épanche dans une longue lettre d’adieu. Innocent, il s’en veut tout de même de ne pas avoir eu le pressentiment de ce qui allait advenir. Il revient sur les raisons qui l’ont amené à Drancy. Il en connaît la cause : une dénonciation, dont je ne sais aucune chose. Et maintenant, poursuit-il dans sa cellule, penché sur le papier, on m’a fait sortir de Drancy pour me faire fusiller innocemment alors que le vrai coupable se trouve en liberté. Il encourage son épouse à faire sa vie, à ne compter que sur elle dans ce monde rempli d’égoïstes ou de profiteurs. A quelques heures de l’irréparable salve des fusils pointés sur sa poitrine, il demande pardon : Pardonne-moi, ma chère Pauline, que je n’écrive pas dans la dernière minute des paroles intelligentes. Pardonne-moi, je te souhaite la meilleure des choses. […] Je vous demande, en s’adressant à toute sa famille, de vouloir bien me pardonner tous, comme je pardonne à tous. Ainsi je demande à ma chère famille de vivre en paix, et tous devront oublier tous les querelles qu’ils avaient.[ …] Je vais à la mort avec la conscience tranquille. […] Je m’en vais du monde car je vais mourir innocemment.

MONTAGE dernière lettre d'Isarel

Lettre d’adieu d’Israel Eszenbaum. Prison du Cherche-midi à Paris. 14 décembre 1941, veille de son exécution au Mont-Valérien [collection particulière].

      Dès l’aube, les exécutions se déroulent toutes les dix ou quinze minutes, par groupe de cinq. Les Allemands les prennent par ordre alphabétique. A 11 heures du matin, Israel Eszenbaum est conduit avec quatre autres hommes pour être attachés aux poteaux des fusillés : Elie Britan, traducteur de 56 ans d’origine roumaine, Israel Bursztyn, tourneur de 45 ans d’origine polonaise, Wolf Bursztyn, boulanger de 52 ans d’origine polonaise, Huna Caisman, tailleur de 44 ans d’origine russe.

     Ce 15 décembre 1941, souligne le site institutionnel des Chemins de Mémoire, survient l’une des exécutions les plus massives de toute l’Occupation. En représailles à plusieurs séries d’attentats ayant touché Paris et sa banlieue depuis le mois de novembre, le MBF ordonne que 100 otages soient fusillés. Pour la première fois les Juifs [52 en tout[9]] sont clairement désignés pour porter le poids de ces représailles aux côtés des communistes. Ne disposant pas des 100 otages en région parisienne, ce sont 95 personnes qui sont mises à mort ce jour-là, dont 69 au Mont-Valérien, les autres étant exécutées dans d’autres départements de la zone occupée (parmi elles, neuf sont extraites du camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure), quatre sont sorties de la prison de Fontevrault (Maine-et-Loire) et treize de la maison centrale de Caen (Calvados)[10].

      Israel Eszenbaum espérait, la veille de son exécution, une dernière rencontre avec sa femme et ses proches. Elle n’eut jamais lieu.

      Dans l’édition du journal Le Matin du 15 décembre 1941, pendant que coule à flot le sang des innocents au Mont-Valérien de Suresnes, à Châteaubriant, à Fontevrault et à Caen, les mots cinglants écrits la veille par général Otto von Stülpnagel s’imprimaient dans une encre à peine séchée :

Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au révolver ont été commis contre les soldats de l’Armée allemande.

Ces attentats ont pour auteurs des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks, et agissant selon des mots d’ordre infâmes de ceux-ci.

Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas les assassins n’ont pu être arrêtés. Pour frapper les véritables auteurs de ces lâches attentats, j’ai ordonné l’exécution des mesures suivantes:

1) Une amende d’un milliard de Francs est imposée aux juifs des territoires français occupés.

2) Un grand nombre d’éléments criminels judéo-bolchevicks seront déportés aux travaux forcés à l’Est.

Outre les mesures qui me paraissent nécessaires selon les cas, d’autres déportations seront envisagées sur une grande échelle, si de nouveaux attentats venaient à être commis.

3) 100 juifs, communistes et anarchistes, qui ont des rapports certains avec les auteurs de ces attentats seront fusillés.

Ces mesures ne frappent point le peuple français, mais uniquement des individus à la solde des ennemis de l’Allemagne, qui veulent précipiter la France dans le malheur et qui ont pour but de saboter la réconciliation entre l’Allemagne et la France.[11]

     Pauline/Perla, dans l’angoisse des personnes ciblées par la traque, survivra à l’Occupation. Juste après la Libération de Paris, elle fut convoquée par les commissions d’épuration pour témoigner dans l’enquête contre le brigadier-chef des RG de la préfecture de police de Paris et chef du « rayon juif » : Louis Sadosky. Sa déclaration peut être consultée aux archives de la préfecture de Police, au Pré-Saint-Gervais, dans le carton KB 95[12] :

Madame Eszenbaum née Zazieb Perla le 26 septembre 1906 à Varsovie demeurant 37 rue d’Enghien à Paris 10e déclare : « Mon mari Izrael, Ichak né le 23 novembre 1909 à Varsovie a été arrêté par deux inspecteurs, très corrects, une perquisition effectuée n’a rien donnée. Remis aux autorités allemandes le 14 décembre 1941 et fusillé le lendemain à Suresnes comme otages. Je certifie que mon mari n’a jamais fait de politique et n’a jamais appartenu à un groupement communiste. »

Post Scriptorium : Avec tout ma reconnaissance, et j’espère avec celle des lecteurs de cet article, à Marc Szpiro et tous les membres de sa famille.

[1] Extrait de la lettre d’Israël Eszenbaum à sa femme Pauline/Perla et à sa famille, de sa cellule de la prison du Cherche-Midi, le 14 décembre 1941, quelques heures avant son exécution au Mont-Valérien [Collection particulière].
[2] Dominique Tantin, 1941-2016. Soixante-quinzième anniversaire des premières grandes exécutions d’otages [Article en ligne] http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article186137
[3] Archives de la Préfecture de Police de Paris 77W6. Pour en savoir plus sur Louis Sadovsky : http://www.cnrseditions.fr/histoire/6877-berlin-1942-louis-sadosky.html
[4] Michel Laffitte, Annette Wieviorka. A l’intérieur du camp de Drancy. Ed. Perrin. Coll. Tempus, 2015.
[5] D’après les travaux d’Annette Wieviorka et Michel Laffitte A l’intérieur du camp de Drancy.
[6] Extrait de la lettre de Pauline/Perla Eszenbaum-Zagiel, écrite le 26 octobre 1941 à son mari interné à Drancy [collection particulière].
[7] Etienne Rosenfeld C’était le 15 décembre 1941, in Après Auschwitz n° 231 de janvier 1990 ;
[8] Archives Mémorial de la Shoah, DLX-II. Paris.
[9] Serge Klarsfeld, Léon Tsévery. Les 1007 fusillés du Mont-Valérien parmi lesquels 174 juifs. Éditions FFDJF, 2010.
[10] Extrait de l’article en ligne : Le Mont-Valérien, lieu d’histoire, lieu de Mémoire.  Source : MINDEF/SGA/DMPA http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/le-mont-valerien-lieu-dhistoire-lieu-de-memoire
[11] Serge Klarsfeld. Le calendrier de la persécution des Juifs de France 1940-1944. Ed. FFDJF, 1993. p.169
[12] Je remercie vivement messieurs Daniel Grason et Claude Pennetier de m’avoir donné copie de ce document [APPo KB 95], universitaires et auteurs de l’ouvrage collectif : Les fusillés (1940-1944) – Dictionnaire biographique des fusillés et exécutés par condamnation et comme otages ou guillotinés en France pendant l’Occupation. Les éditions de l’Atelier, 2015. A lire également en ligne, l’article de Daniel Grason sur Israel Eszenbaum : http://maitron-fusilles-40-44.univ-paris1.fr/spip.php?article144801&id_mot=9444

 

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Stéphane Amelineau, professeur documentaliste et passeur de mémoire

Article publié dans le Café pédagogique (média en ligne spécialisé pour l’enseignement) ce 8 septembre 2017, par François Jarraud.

Source : Stéphane Amelineau, professeur documentaliste et passeur de mémoire

Capture d'écran Café pédagogique

Capture d’écran Café pédagogique du 08/09/2017

 

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De la Shoah (à Soissons) au « Che » ou Jean Contenté « L’Aigle des Caraïbes »

     Je compris, au cours de mes travaux et de la rédaction de mon livre[1] que, lorsqu’ils seraient publiés, je risquais de recevoir des réactions pour les compléter ou les corriger. D’où la création de ce site internet en 2013. Mais jamais je n’aurais pensé que :

1°) des questions soulevées dans mon livre trouveraient des réponses juste trois semaines après sa sortie à partir d’un témoin contemporain et victime juive de cette époque, vivant aujourd’hui quelque part en région parisienne.

2°) et, non des moindres, qu’une des personnes évoquées dans mon bouquin (Isaac/Jean Contenté de Soissons, né juif de parents turcs, âgé de 17 ans en 1942, chapitre 41 p.425-430), serait liée de très très près, après la Shoah, à l’icône révolutionnaire du XXe siècle : Che Guevara. Ce dernier le considérait comme un frère puisque Jean le forma et l’accompagna dans ses combats.

     Il serait trop long ici d’évoquer les circonstances qui m’ont amené à retrouver ce témoin et à répondre (enfin !) à des questions posées dans mon ouvrage sur la famille Contenté depuis le début de mon enquête en 2012.

Ce témoin clé s’appelle Pauline. Dans mon livre, elle a 10 ans en 1943 avant que je perde sa trace archivistique dans une vingtaine de documents consultés. Une certitude, je savais qu’elle et sa famille n’étaient pas dans les listes des convois de déportation et que ces archives analysées me laissaient penser qu’ils s’étaient cachés quelque part en France, a priori dans la Creuse, mais rien de plus.

     Aujourd’hui elle a 84 ans. C’est la petite sœur d’Isaac/Jean (aujourd’hui décédé, intrépide combattant des tyrans d’après-guerre, du Maquis creusois jusque dans les Caraïbes en passant par le Moyen-Orient dans les années 1947-1948 lors des conflits de la création de l’État d’Israël). Elle m’apprend qu’un livre sur la vie de son frère avait été publié sous la plume de Roger Vergnes : L’Aigle des Caraïbes.[2]

Couverture Jean Contenté

Couverture de l’édition de 1978.

      Pauline était aussi émue que moi pendant notre première conversation. Elle, parce qu’un « jeune homme » s’intéresse à l’histoire de sa famille et de ses amis d’enfance jusqu’à écrire un livre en connaissant par cœur les prénoms et les dates de naissance de ses deux frères aînées (Charles et Jean), de son papa (Moïse) et de sa maman (Rebecca). Moi, parce que je ne croyais jamais savoir ce qu’elle était devenue ou si elle était encore en vie.

     Toutes lectures cessantes, je venais de recevoir ce fameux livre paru en 1978. Je l’ai trouvé d’occasion sur Internet pour deux euros mais qui est pour moi d’une valeur inestimable sur la vie de ce juif d’origine turque qui vécut son enfance et son adolescence à Soissons et dans le maquis de la Creuse à partir de 1942.

     Incroyable ! Et je ne faisais que lire les premières pages. Quatre ans que je cherchais la réponse sur les conditions d’arrestation de Samuel Biegacz (né en 1922 et proche ami d’enfance de Jean Contenté et de son frère aîné, Charles Contenté), le 27 juin 1942, à Soissons, embarqué par les Allemands. Et j’ai la réponse dans le prologue du livre ! Ce jour-là, ce n’était pas la rafle, mais on avait dénoncé Samuel car il ne portait pas l’étoile jaune que les autorités imposaient aux juifs à compter du 6 juin 1942.

Il raconta, sous la plume de Robert Vergnes :

1942, Soissons, rue Richebourg.

[ Les Contenté vivaient au n°1 et les Biegacz au n° 20, j’avais pris en photo la maison de ces derniers en 2012, au début de mon enquête ] :

20 rue richebourg Famille BIEGACZ

2O rue Richebourg à Soissons [2012, Stéphane Amélineau].

Des gens se sont penchés sur moi et lavent mon visage ensanglanté.
J’avais crié : « Lâche, vendu ! assassin ! » en m’accrochant au gendarme qui à coups de crosse faisait grimper mon ami Sam dans le camion. Je ruais, je mordais. « Assassins ! » Les coups pleuvent sur ma tête. Je roule sur le pavé ; les roues du camion me frôlent, ce camion nazi qui emporte hors du monde Sam
[…]. Sam avait résisté, on l’assomma. Je n’en ai plus entendu parler. Mourut-il ce jour-là ?

     Jean Contenté se demandait donc ce qu’était devenu ensuite son cher ami. Hélas, « L’aigle des Caraïbes » n’est plus de ce monde, mais j’aurais pu à mon tour, lui donner la réponse. Samuel fut déporté avec ses parents à Auschwitz le 29 juillet 1942 dans le convoi n° 12 pour ne jamais revenir. Quelques jours avant, le 20 juillet, Samuel retrouva en prison, à Laon, ses parents qui venaient d’être arrêtés dans la première rafle des Juifs de Soissons. Le lendemain, 21 juillet, ils étaient transférés au camp de Drancy avec huit autres israélites de ville du Vase.

     La vie de Jean Contenté, né à Paris en 1925, ferait pâlir l’imagination des scenarii les plus improbables d’Hollywood. Notre héros n’avait qu’une obsession dont il se fit le serment : consacrer sa vie à lutter contre tous les tyrans du monde. Rien que ça !

     Il est décédé brusquement, terrassé par un cancer, peu de temps avant la publication de « L’aigle des Caraïbes » mais Robert Vergnes (1927-2004, chercheur spécialiste de l’art précolombien) qui avait recueilli les propos de Jean, regretta quelques lacunes sur sa vie Soissonnaise dans son avant-propos.

    En retrouvant très récemment la petite sœur de Jean Contenté, Pauline (aujourd’hui 84 ans), je vais pouvoir combler ces manques… Je me plongeais dans ce récit, d’un trait, à relever le nez qu’à la dernière page tournée. Je n’étais pas au bout de mes surprises. Sa vie est si fascinante, si trépidante, un suspense intenable dans chaque chapitre, qu’il est impossible de décrocher. C’est aussi une passionnante immersion dans l’Histoire des pays des Caraïbes à partir des années 1950 et de cette Légion des Caraïbes que commanda notre héros pour tenter de contrer les dictateurs qui pullulaient dans la région (Saint-Domingue, Nicaragua, etc.) pour renverser les présidents des pays voisins démocratiques aux politiques sociales ou d’obédience communiste.

     Cinq ans avant la révolution cubaine, Jean Contenté aperçut au Guatemala, attablé avec ses amis dans une taverne où le public admirait son autre talent, celui de chanteur (oui, aussi, il avait autant la plastique que le timbre d’un Luis Mariano), un jeune aventurier à bout de souffle sur une moto tout aussi fatiguée qui voyageait depuis l’Argentine : Ernesto Guevara. Cette rencontre aura autant d’impact pour l’un comme pour l’autre…

PS : Nous pouvons trouver sur Internet un lien qui permet d’entendre quelques enregistrements audios des entretiens entre Jean Contenté et Robert Vergnes, dont l’anecdote de la rencontre avec le futur Che : Le site sur Robert Vergnes

[1] Stéphane Amélineau La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire. Ed. FMS/Le Manuscrit, collection « Témoignages de la Shoah », Paris, 2017.
[2] Jean Contenté L’Aigle des Caraïbes. (Récit recueilli par Robert Vergnes) Ed. Robert Laffont, collection « Vécu », Paris, 1978.
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