L’orphelin de la Crèmerie Ardourel Partie I : L’orphelin juif que la mort refusa neuf fois de prendre (chapitre 1)

Avant-propos

La plupart des pages écrites dans ce récit avaient été rédigées lors de la rédaction de mon Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire – la Shoah en Soissonnais à paraître aux éditions FMS/Le Manuscrit, collection Témoignages de la Shoah. En accord avec mon éditeur, elles ont été soustraites du livre car elles sortaient du cadre géographique de mon enquête initiale. Je soumets ces pages aujourd’hui à la lecture publique bien qu’elles soient protégées de toutes autorisations de modification ou de commercialisation. Ces pages seront-elles publiées un jour en format livre ? L’avenir nous le dira mais l’essentiel n’est pas là, seul le souvenir de l’innocence persécutée  ne peut, ne doit être happé dans les replis de l’oubli.

1.

     Juillet 2013, à Crouy, petit village de la modeste banlieue de Soissons. Je rencontre enfin Bernard, 77 ans, fils d’un des personnages singuliers de l’enquête que je mène sur la persécution des juifs de Soissons : l’agent de police Charles Létoffé. Beaucoup de témoignages récoltés louent sa philanthropie, la probité de ses valeurs patriotes et le sauvetage au péril de sa vie de quelques innocents contre les rafles antisémites de l’été 42. Cela fait deux ans que je sillonne les chemins de cette mémoire oubliée du Soissonnais pour préparer mes lycéens de la région à se confronter aux pages tragiques de notre Histoire. J’ai croisé bien des destins insoupçonnables dans ma quête de ce passé à faire passer dans mes projets pédagogiques en tant que professeur documentaliste. Ce que révèle alors mon interlocuteur à la fin de notre entretien dépasse mon entendement. Je n’en reviens toujours pas.
Depuis le début de notre conversation, l’épouse de Bernard Létoffé est discrète, intervenant humblement pour que l’on ne manque de rien entre boissons chaudes et petits biscuits. Pourtant, Ginette avait reçu le 20 mai 2012 à Crouy, à titre posthume, pour son oncle et sa tante Henri et Solange Ardourel, la médaille des Justes parmi les nations : la plus haute distinction civile de l’État d’Israël. Ils avaient caché et sauvé un enfant juif : Albert Szerman. Je sursaute en entendant ce nom pour l’avoir rencontré dans un livre, à en tomber à la renverse. J’invite mes hôtes à m’en raconter davantage sur leur oncle et leur tante Ardourel ainsi que cet orphelin qu’ils sauvèrent de la déportation.

     J’écoute une histoire édifiante, même si j’en connais les grandes lignes. Ginette Létoffé, qui avait perdu sa mère à l’âge de 11, m’explique qu’elle était très proche de sa tante n’ayant jamais pu avoir d’enfant. Bernard poursuit :

    – Là aussi, on ne savait rien de cette histoire. On avait su qu’Henri et Solange Ardourel avaient recueilli un enfant juif sans en connaître les détails. Et on n’avait aucun contact avec Albert Szerman. Il a fallu qu’il engage à faire un dossier auprès du Yad Vashem. Il avait dit : « Un jour je vais disparaître, ces gens-là je ne peux les ignorer ! ». Il y a plusieurs mois, poursuit Bernard, j’ai eu un coup de téléphone :  – « Bonjour, vous êtes bien Bernard Létoffé ? Voilà, je suis monsieur Szerman, le jeune juif que votre oncle et tante ont sauvé pendant la guerre ». Ça m’a fait drôle, me confie mon interlocuteur, je connaissais un peu son existence mais c’est lui qui nous a tout appris. C’est phénoménal son histoire. Il a échappé neuf fois à la mort ! Avant il vivait sur Paris. Ses parents, c’était des Juifs polonais. Ils ont été arrêtés dans la rafle du Vel d’Hiv’. Lui n’étant pas là à ce moment-là, il était chez sa nourrice… Mais ne pouvant plus être payée, la nurse confia l’enfant  à un pensionnat de l’UGIF. Il en a fait plusieurs. Jusqu’au jour où il a été à La Varenne, à l’orphelinat du 30, rue Saint-Hilaire…

     – Mais oui, ça y est ! M’exclamai-je en raccordant mes souvenirs de lecture au propos de monsieur Létoffé. Je me rappelle bien l’histoire de cet orphelinat et le drame de ces enfants raflés en juillet 1944, quelques semaines avant la Libération. Le SS Aloïs Brunner est aux orphelinats Juifs de la région parisienne ce que Klaus Barbie a été pour les enfants d’Izieu ; des antisémites forcenés et « jusqu’au-boutistes » de la solution finale de la question juive. Depuis plus de vingt ans j’ai ce livre dans mon bureau, Les Orphelins de La Varenne 1941-1944, écrit par le collectif du Groupe Saint-Maurien contre l’Oubli. Il raconte cette tragédie. Je l’ai lu bien des fois. Incroyable ! Ce sont donc votre oncle et votre tante, m’emballai-je, qui ont sauvé le seul survivant parmi les 29 enfants de cet orphelinat et de la pension Zysman à La Varenne : Albert Szerman ?

     Je n’en reviens pas ! Quel improbable détour prend mon itinéraire de Mémoire ! Comme s’il m’avait fallu 20 ans, sans esquisser l’idée même de m’en charger, pour retrouver ce survivant de la banlieue parisienne en passant par un petit village de l’Aisne. Monsieur  Létoffé accepte sans hésiter de me transmettre les coordonnées d’Albert et de l’appeler de sa part. Bernard me raconte alors les grandes lignes de la vie de l’orphelin sauvé :

      – Lors de la rafle du 22 juillet 1944, vers 6 h. du matin, les Allemands viennent prendre les enfants avec des bus parisiens. Albert est pris de coliques. Une dame du pensionnat l’emmène pour aller au water. Pendant ce temps, les autres enfants sont embarqués et les bus s’en vont. Donc, elle l’a changé puisqu’il avait fait sur lui à cause de la trouille. Elle l’a laissé ensuite dans la rue. Ma tante, qui était crémière dans la rue Saint-Hilaire, est passée, a vu ce gamin-là et l’a recueilli… Il a failli devenir notre cousin parce que personne ne s’occupait de lui, il n’avait plus de famille. Il était trop jeune pour savoir s’il avait encore de la famille. Ma tante lui proposa de l’adopter mais « il faut que tu sois catholique », lui avait-elle dit. Elle l’a envoyé au catéchisme à une église toute proche de l’orphelinat, sur la gauche. Il récitait Notre Père et tout çà… Peu de temps après, il a vécu la Libération : « J’ai vu les Américains arriver ! » C’est poignant. Quand nous avons été à La Varenne avec lui, il s’est remis à l’endroit même d’où il avait vu les Américains. Quand tout s’est un peu décanté, un oncle est arrivé. Albert ne nous a pas donné de détails mais il en a bavé ! « Ils auraient mieux fait de m’adopter… ». C’est la seule chose qu’il nous a dit là-dessus.

     Je suis sidéré par les premières révélations sur l’histoire de ce jeune garçon qui aurait échappé neuf fois à la mort ! Je note avec application le numéro de téléphone de monsieur Szerman.

– C’est vraiment un type succulent, vous verrez. Me confia chaleureusement monsieur Létoffé.

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[à suivre…]

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Rafle des Juifs de Soissons entre 1942 et 1944 : carte des lieux d’arrestations

Dans le cadre de la Solution finale de la question juive en Europe ordonnée par l’Allemagne nazie et exécutée avec la complicité des autorités françaises entre 1942 et 1944, les familles désignées comme « juive » ont été recensées, repérées, marquées avant de subir des arrestations. A Soissons, principalement les 19-20 juillet 1942 et 4 janvier 1944, deux vagues d’arrestation sont organisées par le SD allemand en collaboration avec la préfecture régionale. Une vingtaine de personnes (dont 3 enfants de moins de 13 ans) sur la centaine d’individus que constituait la population soissonnaise de confession juive, ont été déportées. Seulement un couple reviendra miraculeusement de Birkenau et de Monowitz.

Nota bene : Le lecteur averti notera que la vague d’arrestation du 9-10 octobre 1942 n’est pas mentionnée concernant Soissons puisque les Allemands et la gendarmerie française n’ont pu mettre la main sur les personnes juives de nationalités étrangères déportables à ce moment là.

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La musique, fidèle compagne de la solitude de l’écrivain mémorialiste

     La musique, fidèle compagne de la solitude de l’écrivain mémorialiste. Surtout quand cet apprenti écrivain-historien n’a jamais été raccroché dans sa propre histoire personnelle aux wagons des déportés de la Shoah.

Commémoration Bergen-Belsen Père-Lachaise 11 mai 2014 Photos Philippe Weyl (11)

Stéphane Amélineau au cimetière du Père Lachaise (Paris), commémoration du 70è anniversaire de la  déportation de 4 convois de Juifs de France du camp de Drancy vers Bergen-Belsen (Photo de Philippe Weyl, éd. FMS, 2014).

En relisant les épreuves de mon livre (ah ! les contraintes de l’éditeur…), je me demande encore aujourd’hui comment j’ai pu tenir pendant trois années à raconter l’histoire dramatique de dizaines de personnes fauchées par la Shoah sans le soutien discret mais présent de cette ambiance sonore qui recouvrait ces heures de bataille à mettre en mots l’écho de leurs souffrances. Les disques qui m’ont accompagné lors de cet itinéraire de Mémoire raconté me renvoient irrévocablement aujourd’hui à ce parcours. Ces musiciens ne sauront jamais ! Mais sacrebleu, qu’est-ce qu’ils m’ont aidé quand des velléités d’abandon rognaient ma volonté. Lorsque les nuits s’enchainèrent dans les heures silencieuses de l’écriture. Avant chaque levée du jour, je livrai bataille avec mon texte, les phalanges arcboutées sur les touches de mon clavier. Je biffai, je taillai, j’émondai mais toujours j’avançai grâce aux volutes musicales. Je m’étais astreint de plein gré au régime du fantassin de la Mémoire car nul ne commandait mes desseins à part la Générale Fatigue. Dans la pénombre de ces combats quotidiens, je voudrais remercier Dead Can Dance, Lisa Gerrard, Marillion, Dee Expus, Phideaux, Haken, Loreena McKennitt, Mozart et Arjen A. Lucassen.

Lisa Gerrard, Dead Can Dance « Sanvean »

Marillion « Neverland »

DeeExpus « Ptte »

Phideaux « Snowtorch part. 1 »

Haken « Visions »

Loreena McKennitt « Greensleeves »

Mozart « Lacrimosa » (orchestre symphonique de Vienne, dirigé par Karl Böhm).

Arjen Lucassen’s Guilt Machine « Season of denial »

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Lu dans la presse locale de Soissons

Merci au Vase communiquant, bulletin d’infos sur la ville de Soissons, pour ce petit compte-rendu de notre journée de clôture du projet « Des enfants dans la Nuit : Viviane et Nathan » lors de la réception au lycée le 1er juillet 2016.

Le vase commuiquant 211 4 sept2016

Le Vase Communiquant n°211 – 4 sept. 2016.

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Un livre qui n’en finit pas de ne pas sortir…

photo manuscrit

Tapuscrit du « Journal de Bord d’un itinéraire de Mémoire : la Shoah en Soissonnais ».

Un livre qui n’en finit pas de ne pas sortir !
Sous la pression (mais faut pas trop exagérer) de médias locaux ou de sociétés historiques – principalement celle de Soissons – et qui tous les trois mois me relance pour acter une seconde conférence quand le livre sortira.
Je me renseigne une fois de plus auprès de « mon » éditeur :
– Sûr, il sera publié avant la fin de l’année, peut-être même avant.
Alors j’écoute les raisons de cette prolongation de production [pour rappel : le manuscrit, pas fini, a été validé par le comité de lecture présidé par Serge Klarsfeld en septembre 2013, et rendu achevé à l’automne 2014]. Elles sont liées à une volonté de produire un ouvrage des plus aboutis (qualité syntaxique et orthographique, vérification historique, éclairage des notes de bas de page, revue complète des sources étudiées, indexation ultra précise des noms et des lieux cités, un rendu perfectionné et une validation des droits des 200 illustrations qui accompagnent le texte) et des nouvelles contraintes de la maquette dues à un nouveau contrat entre la Fondation de la Mémoire de la Shoah et les éditions Le Manuscrit/ diffusion Hachette. Le format devient un peu plus petit, ce qui porte la pagination de mon livre de 500 à 600 pages.

     Mon interlocuteur, Philippe Weyl, responsable de la collection « Témoignages de la Shoah », gère quasiment seul la production de 10 titres par an. Il fait un travail colossal, pharaonique, dans l’ombre, pour graver à la postérité ces derniers récits de témoins oculaires de la persécution des Juifs d’Europe. S’il n’y avait qu’un passeur de Mémoire à retenir, accaparé 15 heures par jour à lire, relire, vérifier, revérifier, ce serait Lui !

 

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Sur les traces du convoi n°51 du 6 mars 1943 : Drancy – Sobibor – Majdanek.

     L’enrichissement personnel vient souvent des rencontres et des échanges, dans des circonstances pas complètement fortuites, qui jalonnent nos parcours. Lié à nouveau à mes travaux sur la Shoah, le contact inopiné est souvent la conséquence des ondes d’une pierre que j’ai jetée en 2012 dans un océan de recherche. L’ourlet glissant sur les eaux sombres de la Hurbn (forme yiddish du terme Shoah) atteignait de nouveau les interrogations d’une fille de déporté juif de France.

     Elle s’appelle C.F. (je préfère garder son anonymat car je ne me sens pas en droit de révéler son nom et les méandres créatrices d’un livre en gestation sans son autorisation. Elle accepta cet anonymat pour cet article). Elle est donc écrivain avec plusieurs titres déjà publiés. Elle est née en 1943, juste après la mort de son père arrêté en février et assassiné dans un camp d’extermination nazi en Pologne. Elle veut écrire son histoire mais l’historiographie révèle parfois des contradictions. Et c’est le cas concernant l’itinéraire du convoi de déportation raciale renfermant son papa.

     Ce convoi était le 51ème, parti de Drancy le 6 mars 1943. Ce convoi est l’un des deux, avec le 50ème du 4 mars, où les historiens se sont longtemps interrogés sur sa destination exacte. Ce qui est sûr, ces convois du mois de mars (50, 51, 52, 53) n’ont pas été dirigés vers la destination habituelle : Auschwitz-Birkenau. Ces capacités d’assassinats dans ses installations de mise à mort étaient, à ce moment-là, dépassées. Adolf Eichmann, à Berlin, dérouta ces convois vers d’autres lieux d’extermination, dans le district de Lublin : Sobibor et Majdanek. Si la question peut paraître secondaire (mais elle ne l’est jamais quand elle touche directement des proches en quête de vérité), elle se pose sous cette forme depuis la fin de la guerre : le convoi 51 avait-il été dirigé d’abord à Majdanek (camp à la fois de concentration et d’extermination comme Auschwitz) ou à Sobibor (camp d’extermination où l’intégralité des convois était directement acheminée vers les chambres à gaz, exceptée quelques poignées d’hommes sortis des colonnes condamnées pour être intégrées dans des kommandos – tri des affaires des arrivants, incinération puis inhumation des corps dans des conditions que le vocabulaire humain peine à décrire).

     Revenons aux circonstances qui ont amené C.F. à « frapper à ma porte ». Dans mes travaux sur la persécution et la déportation des Juifs de Soissons, il y a le destin de Martin Herszlikowitz qui fut déporté dans ce convoi 51. J’avais publié sur le net, dans ce blog, un complément d’enquête pour ses descendants qui s’interrogeaient sur le véritable sort de « l’oncle Motti » après son arrestation en février 1943 : Martin Herszlikowitz 1910-1943 Après une investigation minutieuse, confronté aux contradictions sur la destination finale de ce convoi à partir des sources disponibles et aux conclusions des historiens spécialistes, je finis par conclure que ce convoi de 1000 Juifs de France arriva d’abord à Majdanek où les SS sélectionnèrent quelques déportés pour travailler dans le camp (une cinquantaine) avant que tous les autres soient acheminés, toujours en train un peu plus loin dans le district, vers une mort certaine à Sobibor (si l’on suit le trajet du train de Drancy à Sobibor, Majdanek se trouve plus à l’ouest d’une cinquantaine de kilomètres – il semblerait plus logique que ce transport s’arrêta donc d’abord à Majdanek mais la logique des SS n’est pas une science exacte, loin s’en faut !).

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Carte et légende extraites du site de l’écrivain Christian Béchir, auteur du roman « Ania, une enfance brisée » dont le personnage principal et fictif de l’œuvre est déporté dans le convoi 51) : Le trajet emprunté par les convois 50 et 51 : Gare du Bourget-Drancy, Épernay, Bar-le-Duc, Novéant-sur-Moselle (changement d’escorte), Metz, Saarbrücken, Mannheim, Frankfurt am Main, Fulda, Erfurt, Apolda, Leipzig, Dresde, Görlitz, Breslau (Wroclaw), Czestochowa, Kielce, Radom, Lublin, Cholm (Chelm), Sobibor. Plus de 1’900 kilomètres parcourus, apparemment en une bonne centaine d’heures. En orange, et par comparaison, figure le trajet des trains français à destination d’Auschwitz (Oswiecim). http://www.anialeroman.net/evenements/convoi51.htm

     C’est en lisant mon article sur Martin Herszlikowitz que C.F. décide de me contacter pour exprimer son désaccord sur ma conclusion. Elle pense que le convoi a été d’abord acheminé à Sobibor, puis ensuite à Majdanek. Elle s’appuie sur le témoignage de l’un des cinq survivants de ce convoi et le seul encore en vie aujourd’hui : Maurice Jablonsky (92 ans). Dans un documentaire filmé, il racontait en compagnie de Serge Klarsfeld  que le convoi s’était d’abord arrêté à Sobibor. Sur la rampe, il comprît en allemand ce que recherchaient des SS : des volontaires pour porter des rails. « Je parlais un peu l’allemand, j’ai compris que ceux qui avaient la force de soulever un rail devaient se présenter. Ça m’a sauvé. » témoigna-t-il, dont la citation fut relayée dans le Figaro (édition du 12 mai 2009).

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Photo extraite d’un article de Claude Bochurberg, publié dans le n° 1247 d’Actualité Juive du 7 mars 2013.

 Une cinquantaine d’hommes fut sortie de la colonne des arrivants pour ce travail et envoyée au camp de Majdanek. Ce choix lui sauva donc la vie avant bien d’autres souffrances dans d’autres camps jusqu’à sa libération en mai 1945. Tous les autres déportés du convoi 51 ont été directement assassinés dans les chambres à gaz de Sobibor. J’avais visionné son témoignage et, pour m’en assurer et peut-être en apprendre davantage, j’avais pu le joindre par téléphone. Aimablement, mais catégoriquement, il refusa de témoigner. Maurice Jablonsky me confia qu’à plus de 90 ans, il était fatigué et aspirait à ne plus retourner en enfer en invoquant ses souvenirs.

     Pour elle, comme pour moi, la question reste sans une réponse catégorique ? Je propose à C.F. de contacter l’incontournable Serge Klarsfeld. Avec sa disponibilité légendaire, il me confirme lors d’une conversation téléphonique les propos de Maurice Jablonsky lorsqu’il l’accompagna sur le site de Majdanek pour témoigner.

     Le Convoi n°51 eut bien pour destination finale le camp d’extermination de Sobibor (centre de mise à mort immédiate comme Belzec et Treblinka) le 10 mars 1943 transportant 1000 déportés (959 hommes de 16 à 65 ans, 39 femmes et 2 enfants). Seule la cinquantaine de déportés évoquée plus haut fut acheminée le jour même vers le camp de Majdanek à quelques kilomètres plus à l’ouest.

      Je transmets à C.F. les éléments nécessaires sur ce tragique épisode de la Shoah pour confirmer sa conviction et étayer son livre de faits réels. Qu’est-il vraiment advenu de son père ? C’est la même question que je me pose encore concernant Martin Herszlikowitz. S’étaient-ils portés volontaires et eurent un destin parallèle à Maurice Jablonsky qui fut emmené à Majdanek jusqu’en juillet 43, passant ensuite dans différents camps nazis, dont Birkenau, avant d’être libéré en mai 1945 au bout des Marches de la mort ? Avaient-ils péri dans d’autres camps ou furent-ils, l’hypothèse la plus probable, assassinés dans les chambres à gaz de Sobibor avec les 900 autres hommes peu de temps après leur arrivée ? Tous ces hommes étaient dans la force de l’âge, capable de travailler, mais à Sobibor l’objectif du camp était l’annihilation systématique de tous les arrivants. De ce qui s’est réellement passé à partir du départ de Drancy le 6 mars 1943 pour le père de C.F. et de Martin, il nous est impossible aujourd’hui de l’écrire sous le sceau de la véracité.

Post-scriptum : C.F., curieuse de mes projets pédagogiques avec mes lycéens, avait tenu à découvrir la dernière publication réalisée avec mes élèves : Des enfants dans la Nuit. Sensible aux parcours de Viviane & Nathan, elle fut particulièrement bouleversée par les motivations et les ressentis des élèves exprimés dans notre livre. L’écho des sanglots de C.F. au bout de la ligne lors de notre dernière conversation téléphonique en dit long sur l’espoir des dernières victimes de la Shoah encore en vie à faire transmettre le Souvenir aux jeunes générations, en ces temps où l’obscurantisme regagne beaucoup trop de terrain.

Publié dans Famille Lewkowicz-Herzslikowitz-Bouldoire, Familles de déportés du Convoi n°51 (Sobibor-Majdanek), Recherches historiques | Tagué , , , | 13 commentaires

Francine Christophe : « Une petite fille privilégiée » (ou les coulisses d’une recherche sur la déportation de Rachel Katz).

 

AFFICHE Une petite fille privilégiée

Affiche de la pièce de théâtre.

Mise en scène par Philippe Hottier et Cyrille Bosce, interprétée par Magali Hélias, je souhaite soutenir de tout cœur cette pièce de théâtre Une petite fille privilégiée. Un spectacle éponyme tiré du récit de Francine Christophe (publié en version poche chez Pocket en 2012) sur son expérience concentrationnaire à Bergen-Belsen lorsqu’elle n’était qu’une enfant. Je ne peux donc que vous encourager à voir ce spectacle s’il passe près de chez vous ou conseiller vivement les salles de théâtre et les écoles à programmer cette œuvre.

 

Magali Hélias joue avec délicatesse, sensibilité, et la juste distance nécessaire, sans aucun pathos. En simple robe grise dans un décor vide, tout passe par l’écriture et la parole. On assiste à l’évolution de l’enfant, de l’innocence à l’horreur. Rarement la barbarie n’aura été dite avec autant de simplicité sans que jamais on ait à se poser la question de sa représentation. (Télérama).

 Dossier « Une petite fille privilégiée »

     Quant à Francine Christophe, beaucoup d’entre vous ont certainement été ému par son témoignage dans Human, le film de Yann Arthus-Bertrand.

Francine Christophe (extrait du film « Human » – 2015)

     J’ai une reconnaissance toute particulière pour Francine Christophe et Jacques Saurel, deux des enfants survivants de Bergen-Belsen. Ils ont eu la patience de répondre à mes questions lors de nos entretiens lorsque j’enquêtais sur Rachel Katz, fromagère de Crouy, et écrivais un chapitre de mon livre sur son parcours : « Où diable allions-nous ?» [Journal de Bord d’un itinéraire de Mémoire : la Shoah en Soissonnais éd. FMS/Le Manuscrit, coll. Témoignages de la Shoah (à paraître en juin 2017).

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Rachel et Henri Katz le jour de leur mariage en 1932. Rachel, née Wilensky à Jérusalem en 1912, vécut avec ses parents en Moselle dès 1913. Ils s’installèrent dans l’Aisne après la première guerre mondiale.  [(D.R.) Archives privées – famille Katz].

Mes recherches sur Rachel Katz, rare survivante des déportés raciaux de Picardie, m’avaient conduit à découvrir un aspect de la Shoah à peine retenu par la Mémoire collective : la déportation à Bergen-Belsen de 245 femmes et enfants de prisonniers de guerre juifs de nationalité française. Quatre petits convois partis de la gare de l’Est (les 2 mai, 3 mai, 21 et 23 juillet 1944) transfèrent ces détenus « privilégiés » de Drancy vers ce camp de concentration près de Celle en Allemagne du nord. Parce que le mari ou le papa juif était interné dans des camps de prisonniers de guerre (stalags ou oflags) depuis la défaite de juin 1940, les nazis ne destinèrent pas ces mères de famille ou ces enfants vers une extermination immédiate dans les chambres à gaz d’Auschwitz-Birkenau. Pourquoi ce « privilège » ? Parce que les conventions de Genève sur le statut des prisonniers de guerre avaient été signées avant le conflit entre les Anglais, les Français et les Allemands. Ces derniers, sous le régime nazi, les respectèrent, même lorsqu’ils internèrent des soldats juifs de l’armée française. Le fait d’être détenu dans des stalags ou oflags jusqu’en 1945 leur sauvèrent la vie. Quel effroyable paradoxe ! Les nazis les épargnèrent, bien que ces soldats aient tué leurs camarades sur le front, alors qu’ils n’hésitèrent pas à assassiner des milliers et des milliers d’enfants juifs qui ne leurs avaient rien fait.

     A travers les témoignages et les entretiens récoltés sur Rachel Katz entre 2012 et 2014, j’avais constaté qu’elle avait laissé peu d’indices sur ses conditions d’internement à Drancy et à Bergen-Belsen mais que sa déportation était liée au sort de ces 168 femmes et ces 77 enfants juifs dans une épreuve bien singulière au milieu des persécutions nazies. N’y avait-il pas parmi ces victimes un écrit, un mot, un fait, un souvenir sur la maman de Jacques, Micheline et Sylvie Katz ? m’interrogeai-je alors. Ces dizaines d’enfants âgés de 6 à 12 ans déportés en mai et juillet 1944 vers ce camp de concentration sont pour la plupart encore en vie aujourd’hui. Les témoignages écrits ou filmés existent. Je ne voyais donc qu’une solution : lire, voir, entendre tout ce que je pouvais regrouper sur le sort de ces femmes et de ces enfants internés à Bergen-Belsen. Noter, analyser, recouper les destins communs à celui de Rachel entre 1944 et 1945. Qui sait si l’un d’entre eux n’aurait pas conservé du camp de l’étoile quelques souvenirs d’une femme de 32 ans, fromagère soissonnaise, brune, parlant allemand ? Je me lançais dans la constitution d’un corpus documentaire grâce aux contacts pris avec l’Amicale des anciens déportés de Bergen-Belsen et ma correspondance avec l’historienne allemande Janine Doerry, préparant une thèse sur les prisonniers de guerre juifs de France. Sans oublier l’aide précieuse de Philippe Weyl, responsable de la collection « Témoignages de la Shoah » et dont il avait fait publier plusieurs récits autobiographiques de ces survivants de Bergen-Belsen. Il put me soumettre quelques numéros de téléphone.

     En téléphonant à Jacques Saurel, né Swarcenberg[1](12 ans en 1944), et Francine Christophe (11 ans en 1944) de longues et passionnantes conversations s’étaient échangées entre nous. Évidemment enclins à m’aider, ils étaient presque désolés de ne pouvoir m’apporter un souvenir précis sur Rachel Katz. Ce nom leur était connu mais ils ne pouvaient m’indiquer le moindre fait la concernant. Francine et Jacques ont l’expression si élégante et l’éloquence si vivante que je pouvais les écouter pendant des heures. Je pus prolonger ce plaisir puisqu’ils apparaissent dans deux DVD[2] que j’avais reçu du président de l’Amicale des déportés de Bergen-Belsen, Samuel Pintel. C’était à m’en éclater les yeux ! Autant par la fatigue que par les sanglots qui vous submergent à entendre ou lire ces enfances bafouées. En une semaine j’avalais trois livres, trois récits sur le calvaire de ces déportés « privilégiés » et je visionnais très attentivement six heures de témoignages à travers deux documentaires remarquables.

     C’était d’abord le témoignage unique en son genre d’une mère, Marcelle Christophe, écrit à deux mains avec son mari Robert Christophe, écrivain, historien, lieutenant, prisonnier de guerre juif dans un oflag. C’est toute l’histoire, à la fois tragique et héroïque, d’Une famille dans la guerre (1940-1945), publiée pour la première fois en 1974 aux Presses de la Cité. J’avais pu me le procurer d’occasion sur une librairie en ligne dans une édition de 1995. Écrit par leur fille, le récit de Francine est d’une valeur de tout premier ordre : Une petite fille privilégiée : une enfant dans les camps 1942-1945 est le fruit de ses souvenirs notés dès 1945 jusqu’à livrer un texte final en 1967 qui n’intéressa aucun éditeur à l’époque. Il faudra attendre 1995 pour découvrir le témoignage précoce de cette enfant internée avec sa maman dans sept prisons et camps différents entre l’âge de 9 et 12 ans. C’est écrit au présent avec les mots d’une jeune fille à peine sortie de l’enfer. Ils vous pénètrent, vous ancrent dans une succession d’événements épouvantables jusqu’à l’incroyable dénouement à Tröbitz, au nord de Dresde, un jour de juin 1945. Je sortais essorer de cette lecture. A mettre dans toutes les écoles puisqu’il est désormais disponible en version poche. Il a toute sa place à côté du Journal d’Anne Franck.

     De Drancy à Bergen-Belsen 1944-1945 : souvenirs rassemblés d’un enfant déporté de Jacques Saurel, rédigé au début de notre nouveau siècle, est un hymne à la vie venant d’un garçon de 12 ans confronté à l’horreur. Son témoignage m’était particulièrement précieux puisqu’il fut déporté en même temps que Rachel Katz, le 3 mai 1944.

    Je retrouvais donc Francine et Jacques dans les témoignages filmés parmi d’autres enfants déportés de Bergen-Belsen ou d’enfants cachés dont les parents y furent envoyés comme Samuel Pintel. Je découvrais pour la première fois leur visage. Ils ont à la main une photo d’eux enfant, entouré par les bras affectueux de leur mère ou de leur père avant la tragédie, que la caméra dévoile pudiquement. Ils racontent et se taisent parfois quand un souvenir irrépressible étrangle la parole de ses sanglots. Leur chevelure argentée se détache du décor sombre et noir. Seuls leurs mots nous éclairent, illustrés par des images d’époque. Dans leur regard on devine sans voir. Ils retournent là-bas avec la mémoire de ce qu’ils ont conservé : le froid, la faim, la maladie, la peur et les coups des maudits SS, des kapos délétères ou des sournoises souris grises (surnoms donnés aux gardiennes SS).

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Photo aérienne (1944) pendant un appel à Bergen-Belsen, dans le sous-camp « camp de l’étoile » ou « camp de l’échange ». [Extrait du film de Teri Wehn Damish, Les enfants otages de Bergen-Belsen. 52 min. Cinétévé/France télévisions, 2013].

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Francine Christophe (enfant à gauche, aujourd’hui à droite) dans le documentaire de Teri Wehn Damish, [Capture photographique de mon écran de télévision – 2014].

      « Privilégiés » ! L’adjectif grince toujours à mon entendement. Il revient dans leurs propos comme une litanie voilée d’ironie. Parce que leur père ou leur époux était prisonnier de guerre et protégé par les Conventions de Genève. Parce qu’ils étaient, de 1942 à mai-juillet 1944, parqués à Drancy ou dans d’autres camps de transit pour un temps dans la catégorie des « non déportables ». Parce que leur extermination n’était pas immédiate dans les chambres à gaz de Birkenau. Parce qu’ils pouvaient garder leurs habits et de maigres affaires civiles dans le camp de l’étoile à Bergen-Belsen. Parce qu’ils recevaient des courriers censurés ou des colis à moitié pillés. Mais ne nous y trompons pas. Si c’est une page méconnue du système concentrationnaire allemand, cette poignée de femmes et d’enfants a subi les tourments et les brimades des nazis, avec toujours la mort pour seul décor.

     Léon Placek n’avertit-il pas le téléspectateur : « Il n’y a pas LA déportation, il y a des déportés et chaque déporté a une histoire, différente de celle de l’autre ». Et Francine Christophe n’a-t-elle pas tout dit lorsqu’elle écrivait cette phrase terrifiante dans les dernières pages de son livre : Nous sommes tous des pendus dont la corde a cassé. J’écoutais scrupuleusement les récits d’Albert, Paulette, Rosette, Maurice, Madeleine, Léon, Denise, Victor, Francine, Jacques, Samuel et d’autres encore. En filigrane, j’essayais d’y retrouver l’ombre de Rachel Katz. Ils survivaient dans la même section du camp, la même baraque. Avait-elle partagé avec eux des souffrances, des événements ? Indubitablement. Je m’imprégnais de ce bout de terre de détresse dans les limites de celui qui ne l’a jamais connu. Il m’est évidemment difficile d’expliquer ce qu’est un camp. Il y a deux réalités que les photos ne peuvent montrer et que les mots ne peuvent retranscrire. Francine nous le rappelle avec son verbe si vivant : « Il y a d’abord l’odeur. Un camp ça pue ! L’odeur des corps qu’on brûlait, l’odeur de la pourriture. Nous-mêmes nous prenons l’odeur. Et puis il y a autre chose qui manque dans toutes ces photographies et qui est primordial : C’est le bruit ! Un camp c’est bruyant. Tout le monde hurle et tout le temps. Les SS hurlent de haine, les kapos hurlent de rage, les chiens aboient, les déportés hurlent de souffrance. C’est affreusement bruyant un camp. Ça ne s’arrête jamais ! »

     D’autres survivants tempèrent ce vacarme. Certes leurs souvenirs bourdonnent encore des cris lors des appels ou des ordres éructés mais ils conservent plutôt dans leurs mémoires des échanges murmurés sous la menace des coups et la souffrance endurée. En m’entretenant avec eux, je réalisais vite que des pierres d’achoppement cristallisent parfois de sérieux désaccords. La véracité de certains faits peut être discutée par les uns ou par les autres sans pour autant remettre en cause la responsabilité meurtrière des bourreaux. Faut-il encore rappeler qu’il n’y a pas une mais des expériences concentrationnaires racontées par des victimes dans un fragile équilibre de subjectivité et d’objectivité ? Elles n’enlèvent absolument rien à la tragédie et au traumatisme subis dans un même lieu clos.

    Armés de ces témoignages et des archives rassemblés en les confrontant aux entretiens recueillis du vivant de Rachel Katz et de l’une de ses lettres écrites au camp, je dressai un tableau plus précis de son itinéraire entre Drancy (12 avril 1944) et son évasion du Train fantôme de Bergen-Belsen (13-14 avril 45) pour écrire mon chapitre.

     Le 11 mai 2014, invité par Samuel Pintel et Francine Christophe à prononcer un discours sur Rachel Katz lors d’une commémoration pour les déportés de Bergen-Belsen au cimetière du Père-Lachaise, j’ai eu l’immense honneur de partager leur table au restaurant après cet hommage. Voir article publié dans ce blog sur la cérémonie du 11 mai 2014

 

[1] Il obtient avec son frère Roger de changer de nom en 1963.

[2] 1. Les enfants de prisonniers de guerre déportés à Bergen-Belsen : intégrale des témoignages. Enregistrés les 21 et 24 octobre 2008. 4h30, 3 DVD. Editions, Amicale des Anciens Déportés de Bergen-Belsen, 2010. 2. Teri Wehn Damish, Les enfants otages de Bergen-Belsen. 52 min. Cinétévé/France télévisions, 2013 (diffusion télé le 28 avril 2013).

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Réception de clôture du projet pédagogique Des enfants dans la Nuit : Viviane & Nathan (septembre 2014 – juin 2016)

   Ce 1er juillet 2016, c’était avec beaucoup d’impatience que les élèves du projet attendaient cette rencontre depuis la Pologne en février dernier pour retrouver Viviane (75 ans) et Nathan (85 ans) et recevoir de leurs mains un exemplaire du livre que nous avons rédigé ensemble. Autopublication qui relate à la fois notre itinéraire de Mémoire sur la Shoah à travers l’histoire de ces deux enfants juifs de Soissons, cachés pendant l’occupation nazie, fille et fils de déportés à Auschwitz-Birkenau-Monowitz.

     A quatre jours de leurs résultats du baccalauréat, ils pouvaient mettre entre parenthèse leur angoisse et venir, accompagnés de leurs parents, pour partager un temps de convivialité. La réception que j’organisais était une manière de rendre hommage à leur belle implication dans ce projet sur la Shoah, de partager ensemble les innombrables souvenirs qui ont émaillé nos deux années scolaires riches en émotions.

     Depuis mon arrivée dans ce lycée à Soissons en 2007 et les quatre projets menés à son terme sur ce sujet de la Mémoire à vocation citoyenne (2009-2011-2013-2016) en partageant un verre de l’amitié, c’est toujours avec un pincement au cœur que je dis au revoir à mes élèves volontaires. Tous vont partir dans les différentes voies des études supérieures et construire leur vie de femmes et d’hommes en devenir avec dans un coin de leur tête, les leçons retenues de ces projets (je le tiens des plus anciens élèves qui ont gardé contact avec moi).

Entouré de Viviane et Nathan, je rappelais pendant une petite demi-heure à l’auditoire les grandes étapes de ce projet, illustrées par un diaporama :

Diaporama

     Ils prirent ensuite la parole pour témoigner de cette expérience unique pour eux à rencontrer des élèves s’intéresser et s’impliquer dans la découverte de leur histoire pour mieux comprendre à l’échelle d’une famille, les déflagrations irréversibles de la Shoah. Expérience unique aussi pour Viviane et Nathan : découvrir pour la première fois, entourés de jeunes, les camps d’Auschwitz et Birkenau, plus de 70 ans après la déportation de leurs parents. Viviane me confia son texte sur lequel elle s’était appuyée pour évoquer son ressenti aux personnes présentes à cette réception :

Viviane

Viviane Harif.

Stéphane
Je te connais maintenant depuis plus de trois ans. Nous avons parcouru un chemin à la fois court dans le temps et long l’histoire qu’il raconte à travers les découvertes que tu m’as aidé à faire sur ce passé si douloureux, et qui sans ton travail acharné, ta gentillesse et ta fidélité, seraient restées pour partie dans l’obscurité de l’Histoire avec un grand H. Nous en avons maintenant terminé avec ce voyage en Pologne avec tes chers élèves, Michèle
[mon épouse et collègue enseignante au lycée] et Jérémy [le plus jeune de mes trois enfants, 12 ans] si sensibles et si attentifs aux bruits du passé. Tous je vous remercie de tout cœur d’avoir marché avec moi sur ces sentiers, surtout vous les jeunes pour vous souvenir et transmettre…L’indicible. » (Viviane, 1er juillet 2016).

     Au nom de leurs camarades, Solène et Damien ont exprimé sans filet leurs ressentis sur cette aventure pédagogique et humaine. Ils ont parlé avec la sincérité du cœur.

   Je remercie également monsieur Degryse, notre chef d’établissement, et monsieur Vincent, du Souvenir français, qui ont pris la parole pour féliciter l’admirable travail des élèves. Merci aux parents des élèves, à l’équipe administrative du lycée et aux collègues de leur présence. Nous étions aussi ravis de revoir Christiane Leterrier (et son époux Daniel) et Lyse Huet, nièces de Nathan et petites-filles de déportés qui nous ont accompagnés en Pologne en février 2016. Avant de partager une coupe de champagne et de délicieuses pyramides de chouquettes, il était temps pour Viviane de distribuer aux garçons, et Nathan aux filles, les exemplaires de notre livre.

Un page se tourne, le souvenir demeure.

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Martin Herszlikowicz 1910-1943

L’itinéraire de Martin Herzslikowicz, l’oncle des enfants Lewkowicz, a été longuement abordé dans mon récit-enquête, à paraître en 2017 : Journal de Bord d’un Itinéraire de Mémoire – La Shoah en Soissonnais. Ses derniers jours, entre son arrestation et sa déportation, restaient flous dans la mémoire de sa famille au moment où j’ai remis mon manuscrit à l’éditeur. Néanmoins, et grâce à son neveu, Nathan-Michel, nous avions pu acquérir, ces derniers mois, un premier indice lorsque nous avions eu la certitude de sa déportation dans le convoi n°51 en mars 1943. De là, j’ai pu cibler les archives à consulter et écrire une synthèse sur les dernières traces que le passé a bien voulu nous transmettre pour relire et analyser son itinéraire entre le 23 février 1943 (son arrestation à Saint-Amand-Montrond) et sa déportation de Drancy le 6 mars 1943.

Pour lire l’article, cliquez sur ce lien :

https://drive.google.com/file/d/0B0K-MOmg3kZKbUtLSV9YZ2N0cGc/view?usp=sharing

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Production pédagogique de notre dernier itinéraire de Mémoire avec mes lycéens

Voici le livre rédigé avec mes 35 lycéens volontaires du projet pédagogique « Des enfants dans la Nuit : Viviane & Nathan ». Il sera offert à tous les participants le 1er juillet prochain lors de notre réception organisée au lycée. Elle clôtura cette aventure pédagogique débutée au CDI à la rentrée scolaire 2014 avec mes élèves, Viviane Harif (née Bich) et Nathan Lewkowicz.

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