Lettres à Lisette (3.b)

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Lettres à Lisette (3.a)

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Un visage sur un nom

Contribuez et aidez le Mémorial de la Shoah qui, depuis 2012, a lancé cette opération de collecte de photos des 76 000 Juifs déportés de France. En 2017, à peine 22% de ces noms ont été recoupés avec un visage. … Lire la suite

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Lettres à Lisette (2)

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Lettres à Lisette (1)

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Ces lettres publiées dans ces pages ont l’accord de celle à qui je les destine : Lisette Gal-El, née Ehrenkranz, à Soissons en 1936, cachée et sauvée de la Shoah dans cette même ville par les Laplace. Telle ne fut … Lire la suite

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Hommage à Jean Laplace (1926-2016)

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C’est le cœur en peine que je viens d’apprendre ce matin par Lisette, d’une voix étranglée par les sanglots au bout de ma ligne téléphonique de sa lointaine terre d’Israël, le décès de Jean Laplace le 6 décembre dernier, à … Lire la suite

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L’orphelin de la crèmerie Ardourel : Partie II La cliente et l’enfant (chapitre 2)

2.

A priori, les tontes n’existent pas dans les archives. Non seulement elles n’apparaissent dans aucun inventaire, mais bien souvent leur absence est un présupposé tenace chez les historiens et les archivistes, écrit Fabrice Virgili en annexe de son livre La France Virile : des femmes tondues à la libération. Un présupposé auquel je semble succomber après mes premières confrontations à ce genre de recherches.

Hiver 2014, je me rends au Musée de la Résistance Nationale. Une archiviste m’informe et m’invite à consulter le fonds Raoul Carrière comprenant des documents sur la Commission d’épuration du Comité local de libération de Champigny-sur-Marne. Je ne suis pas vraiment persuadé d’y trouver quelques pistes concernant Saint-Maur mais sait-on jamais ? Toutefois, et je ne peux le négliger, le Musée détient un fonds des plus exhaustifs sur la presse résistante nationale, locale, voire corporative. Aurais-je la chance, au détour d’un article, de lire quelques lignes évoquant la « tonte » du 27 août 1944 ? Je commence donc la matinée par lire chaque page du fonds Raoul Carrière conservé dans deux fragiles boites d’archives.

Je ne trouve rien sur mon affaire mais feuilleter avec précaution des documents originaux sur les plus collaborationnistes ou ceux suspectés de l’être happe la curiosité du chercheur. Par exemple, j’examine une centaine de fiches cartonnées et nominatives. Cette liasse mentionne des Campinois arrêtés fin août ou début septembre 44, à l’exception d’un homme de Saint-Maur. Au bas de la fiche sont parfois précisés les faits reprochés : N.S.K.K. une organisation paramilitaire du parti nazi qui intégra des combattants volontaires français pour se battre sur le front au côté des Allemands ; R.N.P. membres du Rassemblement National Populaire de Patrice Déat fondé en février 1941 ou M.S.R, le Mouvement Social Révolutionnaire d’Eugène Deloncle créé dès septembre 1940.

Je tombe ensuite sur un dossier des plus complets de cette commission d’épuration concernant un certain Monsieur F, révélateur de la haine des collaborateurs les plus acharnés contre la « juiverie ». Il était membre et responsable local de la Ligue Française d’épuration et d’entraide sociale et de collaboration européenne créée en 1940 par Pierre Constantini, militant d’extrême droite, antisémite notoire, d’une violence inouïe. Dans ces papiers, je trouve un texte rédigé par Henri Niclot, chef du S.O. de la Ligue française. Rien que de retranscrire un extrait de son appel à former un Service d’Ordre me donne la nausée :

– APPEL AUX LIGUEURS POUR LE SERVICE D’ORDRE –

Pour appliquer son programme d’action, pour pallier à toutes les carences, pour défendre nos idées, la « LIGUE FRANÇAISE » a besoin d’être forte.

C’est cette idée de force, destinée à imposer le respect des choses propres, et à épurer la France de tous les mauvais éléments, qui nous a donné l’idée de créer un Service d’Ordre, base de nos futures milices.

Ce Service d’Ordre, véritable armée de la LIGUE, sera composé de ligueurs résolus, courageux, et désireux de faire cesser les abus dont notre malheureux pays est encore victime. Nos miliciens, véritables ligueurs d’élite, doivent apprendre que le but essentiel de la LIGUE est la rénovation du pays.

Or, pas de rénovation sans épuration.

Par épuration, la LIGUE entend :

I°- EXIGER L’EXODE DES JUIFS.- A aucun peuple, le Juif n’a fait autant de mal qu’au peuple Français. A l’avenir, plus un seul ne devra souiller le sol de France.

2°- OBTENIR LA MISE A L’INDEX DES FRANCS-MAÇONS, par le port du brassard d’infamie. Les Francs-Maçons sont en effet les traîtres au pays car au service d’une puissance étrangère : la Juiverie.

3°- MENER LA GUERRE SUR TOUS LES TERRAINS CONTRE LES BOURGEOIS ENJUIVES ET ANGLOPHILES, LES GAULLISTES, et contre tous ceux pactisant à un titre quelconque avec tous les requins du capitalisme.

Ce n’est qu’en développant la haine contre ces trois catégories d’éléments, et en étant à leur égard d’une intransigeance totale et absolue, que nous parviendrons à créer une sorte mystique de la révolution nationale.[1]

[…]

Je ne peux prétendre si notre cliente inconnue de la crèmerie des Ardourel appartenait à ce genre de groupuscule mais il fallait être mué par une haine similaire pour livrer et dénoncer des enfants juifs aux nazis, un mois avant l’avancée inéluctable des Alliés vers Paris et sa banlieue.

Je parcourus quelques lettres échangées entre monsieur F., l’épurateur épuré, et une femme dont l’horizontale intimité et la convergence des idées étaient évidentes. Continuant à fouiner, je feuilletai une souche de reçus de cette Ligue Française et plusieurs fois je retrouve des paiements provenant de… Soissons !

Hormis l’intérêt historique de revenir par le biais de la presse clandestine ou officielle aux premiers jours de la Libération, elle ne m’apprend hélas rien d’essentiel sur l’objet de mes recherches. En consultant le catalogue des inventaires des périodiques, je cible les titres en fonction de la date (après le 27 août) et du lieu de diffusion (département de la Seine). J’en épluche plusieurs dizaines en de passionnantes mais vaines lectures.

Étant à quinze minutes en voiture des Archives municipales de Saint-Maur, je décide d’y passer l’après-midi. Une archiviste me propose de consulter leur dossier complet de la ville pendant la seconde guerre mondiale. C’est en fait une compilation d’articles principalement publiés dans la revue du Vieux Saint-Maur entre 1946 et 1947. J’en profite pour m’instruire sur les résistants Saint-Mauriens dont une figure emblématique dépasse largement le cadre de la ville pour bientôt se reposer au Panthéon : Germaine Tillon[2]. Je m’instruis aussi sur les circonstances de la libération de Saint-Maur. En particulier le récit de Pierre Monville, commandant les FFI du bataillon Hoche, racontant les journées entre les 15 et 21 août qui libérèrent définitivement la commune avec l’occupation de la mairie.

Sur la journée du 27 août et la « tonte », rien.

Je garde pour la fin ma dernière cartouche, ma dernière requête sur laquelle j’espère au moins trouver une information, si maigre soit-elle : consulter le journal local de l’époque, l’hebdomadaire  L’Union Régionale : journal républicain et indépendant des cantons de Nogent et Saint-Maur, devenu le 7 septembre 1939 L’Union Régionale : journal d’informations et d’annonces légales. Je requiers à l’archiviste les numéros de 1944.

Elle vient se dresser devant moi :

– Je suis désolée monsieur, nous n’avons aucun exemplaire entre 1942 et 1951.

– Ont-ils disparu ? Y a-t-il eu une interruption de publication ?

– Je ne saurais vous dire. Peut-être faudrait-il vous rendre à la BNF pour vous en assurer[3].

Je pousse un soupir de dépit tout en remerciant mon interlocutrice de sa disponibilité. Je m’en retourne dans mon pays de l’Omois, la besace vide, sans le moindre indice.

[1] Musée de la Résistance Nationale, Centre de Conservation et de Consultation. Fonds Raoul Carrière, dossier M.F. Cote NE 4225.
[2] En ce jour même, vendredi 21 février 2014, le président de la République François Hollande dans un discours au Mont-Valérien, annonça la prochaine entrée au Panthéon (prévue le 27 mai 2015) de quatre grandes figures de la résistance : Germaine TILLON, Geneviève de GAULLE, Jean ZAY et Pierre BROSSOLETTE.
[3] En consultant, à mon domicile, le fonds des périodiques de la BNF sur le site de Gallica : je retrouve cette même interruption de publication entre 1942 et 1951.
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L’orphelin de la crèmerie Ardourel : Partie II La cliente et l’enfant (chapitre 1)

1.

     Depuis les révélations d’Albert Szerman sur cet autre enfant juif caché dans la crèmerie des Ardourel à La Varenne avant d’être livré aux autorités par une cliente, je m’accroche à cette idée fixe : retrouver leur identité. Qui était cette femme au crâne tondu barré d’une croix gammée qu’il reconnut sur une charrette en bois dans un cortège expiatoire après la Libération fin aout 44 ? Qui était ce garçon qu’elle dénonça fin juillet 44 ? J’ai l’intime conviction que des traces ont pu être laissées, reposant quelque part dans des archives à cibler. Des spécialistes de l’Histoire locale me guideraient certainement pour chercher au bon endroit.Je repars à Saint-Maur-des-Fossés.

     Vendredi 3 janvier 2014. 13h45. Brasserie de l’Hôtel de Ville. Assis au comptoir, je touille impatiemment mon café dans le sens des aiguilles d’une montre comme pour accélérer le temps dans le tourbillon noir de ma tasse.  J’ai cette manie de me rendre à mes rendez-vous toujours en avance. Plus que cinq minutes. J’observe d’un œil scrutateur chaque client entrant dans le bar afin de repérer le signe de reconnaissance convenu hier au téléphone avec l’homme que j’attends. Ponctuel, il pénètre dans le bar bondé en me cherchant du regard sans trop savoir où le poser. Je me lève quand il commence à rebrousser chemin. Je me dirige vers l’individu avec Le Monde plié sous le bras.

– Vous êtes bien monsieur Jean-Pierre B. ? L’interpellai-je en me dressant devant lui. Membre du Groupe Saint-Maurien contre l’Oubli, professeur de philosophie à la retraite et historien passionné de l’époque contemporaine, il participa à la publication de l’ouvrage Les Orphelins de la Varenne 1941-1944. Michel Dluto m’avait conseillé de prendre contact avec lui pour répondre à mes questions sur l’épuration sauvage perpétrée à Saint-Maur dans les jours qui ont suivi la libération de la ville.

     Le brouhaha ambiant s’atténue en même temps que la brasserie se vide. Nous nous installons à une table enfin libérée pour aborder le sujet de notre rencontre. Monsieur B. est affable. Son discours est sans circonvolution, parsemé parfois de quelques propos dont l’ironie dévoile une sensibilité plus « jaurèssienne » que ‘maurrassienne ». Je reste suspendu à ses phrases et à la sagacité de ses remarques ponctuées de piques sur les règlements de compte opaques de cette page peu glorieuse de notre Histoire. La mitraille de son débit, l’intonation de sa voix et les expressions de son visage me renvoient aux humeurs taquines de Pierre Desproges.

    Il me résume sa vocation pour l’enseignement de la philosophie et son intérêt particulier pour les mouvements ouvriers pendant les deux conflits mondiaux. En plus de l’histoire locale, il s’est beaucoup penché sur l’ambivalence de certains résistants. Il rédige à ce propos une biographie sur l’un d’entre eux. Il sort de son sac un surprenant dictionnaire, usuel bien usé par d’innombrables immersions : Dictionnaire des agents doubles de la Résistance de Patrick Miannay.

– Pour en venir à notre affaire, il y a forcément des traces, reconnaît-il une fois nos deux cafés servis. Nous devons chercher ce qu’Albert Szerman a pointé du doigt à travers cette histoire de dénonciation.

    En lui apportant cette énigme, je prêche un convaincu. Nous avons désormais pour objectif commun de lever l’anonymat sur ce jeune garçon échoué dans l’échoppe des Ardourel.

– Des historiens de l’épuration comme Alain Brossat[1] ou Fabrice Virgili[2], m’instruit-il, peuvent nous apporter des éléments. Nous devons envisager toutes les pistes possibles.

   Ensemble nous convenons des archives à prospecter et des contacts à prendre notamment  auprès de la  Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Maur-des-Fossés.

– Un manque d’information c’est déjà une information, conclut-il notre premier rendez-vous, et tenons-nous au courant de nos investigations. On ne peut pas passer à côté de cela sans vérifier.

     Je salue et remercie vivement monsieur B. de son concours avant de me rendre aux Archives du Val-de-Marne à Créteil pour un premier sondage des sources disponibles. Entourées des bâtiments modernes aux angles bien découpés du quartier de la Préfecture, elles se dressent de toute leur imposante architecture, enceinte de l’histoire et du patrimoine de ce jeune département qui célèbrera bientôt son 50e anniversaire[3]. Une fois ma carte de lecteur délivrée dans le hall d’entrée, je m’adresse à l’étage à une jeune archiviste de la salle des inventaires.

– Je souhaite faire des recherches sur l’épuration à Saint-Maur, en particulier sur des arrestations effectuées à l’encontre de femmes, soupçonnées de collaboration fin août 1944.

– C’est précis comme requête, me répondit-elle tout en pianotant sur son ordinateur. Mais sur ce sujet je crains que la plupart de ces archives se trouvent à Paris qui regroupe celles de l’ancien département de la Seine.

– Peut-être conservez-vous les registres d’écrous du commissariat de Police de Saint-Maur pendant l’occupation ou des périodiques de la presse locale de l’époque, clandestine ou officielle ?

– Pour la presse, je vous invite à vous rendre aux archives de la ville mais pour le registre correspondant à l’année 44, je vais vous le commander auprès des magasiniers.

     Dix minutes plus tard, je feuillette l’enregistrement des personnes interpellées dans le commissariat à partir de la mi-août. Écritures manuscrites pas toujours lisibles mais elles concernent pour la plupart des délits ou des crimes de droit commun. Toutefois, à partir de la libération de la ville le 21 août, commencent de rares arrestations mentionnées pour fait de collaboration ou d’intelligence avec l’ennemi, uniquement des hommes. Après le mois de septembre 44, je cesse ma consultation puisque la femme que je recherche aurait été exécutée le jour de ce défilé expiatoire, probablement avant le 31 août. De plus je doute que celles et ceux molestés par les F.F.I soient passés par la case commissariat avant leurs jugements expéditifs en ce dernier été de la guerre.

Je repars sans avoir rien appris.

         – Jean-Pierre B., entendis-je quelques jours plus tard dans le haut-parleur de mon téléphone. J’ai retrouvé dans un numéro de la revue Le Vieux Saint-Maur n°76 de 2009 la publication d’un Agenda d’une jeune institutrice saint-maurienne en 1944. Elle nous donne un renseignement sur ce qui s’est passé devant la mairie peu après la Libération. Je vous lis le passage qui intéresse notre affaire : Dimanche 27 août [1944]. A la Mairie, on « tond » sur la place les femmes dénoncées comme ayant fréquenté des soldats allemands, et une de nos voisines, dame distinguée, va « assister » à ce triste spectacle[4]. Je vous ferai parvenir un exemplaire par courrier. L’information est de taille. Elle nous donne une date pour affiner nos recherches.

         Je reçois la lettre promise du professeur de philosophie. Son billet est bien accompagné du bulletin du Vieux-Saint-Maur. Piqué de curiosité, je fais quelques recherches sur cette honorable Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Maur-des-Fossés. Fondée en 1922 par Émile Galtier, journaliste et historien local, elle publie annuellement sa revue pour des passionnés ou des chercheurs avertis sur le patrimoine et l’histoire de la commune.

         Revenant à l’article qui m’intéresse, je lis le large extrait de ce fameux Agenda d’une jeune institutrice saint-maurienne en 1944  illustré de photographies. Paulette Feltz, nommée à 20 ans en 1941 à l’école de la Pie, consigna pendant la dernière année de la guerre des souvenirs personnels mais surtout les difficultés de la vie de tous les jours sous l’occupation ou le quotidien d’une enseignante, de plus en plus perturbé par les alertes et les bombardements. D’ailleurs, il n’y a plus d’école en cet été 44. Les enfants ont été évacués avant les combats rapprochés de la Libération. Je poursuis ainsi ma lecture jusqu’aux lignes écrites ce dimanche 27 août. Les seules à notre connaissance qui évoquent les femmes tondues de Saint-Maur.

         Tenez-moi au courant des grands axes de votre investigation, m’écrit monsieur B., de façon à ce que nous ne soyons pas deux à faire la même chose. Nous convenons par téléphone des deux axes qu’il convient de suivre :

Primo, identifier cette femme tondue à travers les archives disponibles des commissions d’épuration ou toute autre source pouvant nous ramener au châtiment de cette cliente. Secundo, retrouver l’identité du jeune garçon à travers les archives du CDCJ concernant Drancy et le convoi n°77, en supposant qu’il fut déporté le 31 juillet 1944.

Je tiens à commencer  par le premier axe en me rendant très prochainement aux archives du Musée de la Résistance Nationale à Champigny et aux archives municipales de Saint-Maur.

[à suivre…]

[1] Brossat, Alain. Les Tondues. Ed. Hachette Littératures, coll. Pluriel, 2008.
[2] Virgili, Fabrice. La France « virile » », des femmes tondues à la libération. Ed. Payot, 2000.
[3] Réforme administrative, loi du 10 juillet 1964 pour la création de nouveaux départements autour de Paris à partir du redécoupage des anciens départements de la Seine et de la Seine-et-Oise. Naissance officielle : le 24 février 1965.
[4] Société d’Histoire et d’Archéologie de Saint-Maur-des-Fossés. Le Vieux Saint-Maur n°76 – 2009, p.61
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L’orphelin de la Crèmerie Ardourel Partie I : L’orphelin juif que la mort refusa neuf fois de prendre (chapitre 5)

Résumé des chapitres précédents : L’auteur-enquêteur rencontre durant l’été 2013, dans le cadre de ses recherches sur la persécution des Juifs du Soissonnais, monsieur Létoffé qui lui révèle à la fin de son entretien, le lien qui existe entre son épouse et le seul survivant de la rafle des orphelins de La Varenne le 22 juillet 1944 perpétrée sous les ordres du SS Aloïs Brunner : Albert Szerman. L’auteur connaît cette tragédie, située à 120 km de Soissons, puisqu’il a grandi dans les environs de cette banlieue parisienne dans les années 1980-90, et se met en contact avec le centre communautaire juif de Saint-Maur où se situait l’orphelinat. Après cette visite, le mercredi matin du 23 octobre 2013, l’auteur de ces lignes, cet après-midi là, se dirige vers le 11è arrondissement parisien pour rencontrer pour la première fois Albert Szerman à son domicile.

5.

     Je sonne au premier étage d’un immeuble haussmannien. Une femme accueillante, que je suppose être madame Szerman, m’invite à entrer dans l’étroit vestibule de l’appartement. Albert, stature imposante de bucheron nuancée par la fragilité de sa santé, me salue cordialement et m’invite à m’assoir. Je me sens un peu fébrile en découvrant l’enfant-homme qui préoccupe mes pensées depuis des semaines. Mon regard embrasse la pièce : le temps semble s’être figé sur les nombreux souvenirs qui la décorent. Autour de la table, Estelle Szerman attentive et souriante, Albert Szerman disponible et réceptif.  Rapidement nous en venons à l’objet de notre entrevue. Je raconte mon itinéraire, les raisons qui motivent cet entretien et lui montre les travaux que j’ai entrepris. Son geste d’assentiment et la lumière rouge de mon dictaphone me signalent que nous pouvons commencer à dérouler l’histoire de ses « neuf vies ».

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Albert et Estelle Szerman à leur domicile le 23 octobre 2013 [D.R.].

– Monsieur Létoffé m’avait stupéfié en parlant de votre histoire et de ces neuf événements qui auraient pu sceller votre vie. Acceptez-vous que nous les reprenions comme le fil conducteur de notre entretien ?

– C’était des circonstances différentes qui ne sont pas toutes forcément liées à la guerre. Mais en comptabilisant tout jusqu’à maintenant, ça fait beaucoup ! Je considère en effet que j’ai échappé neuf fois à la mort.

– C’est d’abord le 17 juillet 1942. Vous étiez chez une nourrice alors que votre mère Rywka, 33 ans, et votre père Joseph, 34 ans, tous les deux d’origine polonaise, tailleurs de profession, étaient arrêtés à leur domicile au 29, avenue du Général Michel Bizot, Paris 12e dans le cadre de la Rafle du Vel’ d’Hiv’. Ils sont déportés dans le convoi n° 9 cinq jours plus tard.

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Albert enfant et ses parents avant la Rafle. [D.R.].

– Oui, le fait que je n’étais pas chez mes parents, j’ai inévitablement échappé à la mort pour la première fois. J’étais en nourrice chez l’adjoint au maire d’Orsay. Nous étions à côté de Villacoublay. Il gardait des enfants. Je me rappelle de lui. Il ressemblait à Landru, avec une grande barbe, le genre de type qui fait peur ! On était six enfants. Je me souviens qu’on dormait trois au pied et trois à la tête dans un lit. Et puis pissait au lit qui voulait ! Vous voyez ce que je veux dire… On avait eu une peur bleue aussi à cette époque. Villacoublay avait été bombardée. On était sur le pas de la porte et je vois encore ce ciel tout rouge, c’était incroyable.

Monsieur Szerman se rapporte probablement à un souvenir qui correspond à l’offensive des Allemands en mai-juin 40 bombardant les sites stratégiques de l’armée française. L’autre salve d’obus venant des airs qui terrassa cette fois la flotte aérienne nazie à Villacoublay eut lieu à partir de juin 1943[1]. A cette date, le jeune Albert n’était plus à Orsay.

– Il y avait, poursuivit-il, une caserne de femmes allemandes en face qui tous les jours venaient emmener les enfants à l’école maternelle. Elle se trouvait juste au bout de la rue où nous étions. Elles nous emmenaient puis nous ramenaient chez les parents nourriciers. Je me vois très bien tenu par les mains, une femme soldat de chaque côté. Si elles avaient pu savoir que j’étais Juif, je n’aurai jamais pu aller jusqu’à l’école. Pour la seconde fois j’ai pu échapper à la déportation et à une mort certaine.

– Étaient-ce des femmes de la Wehrmacht ? Questionnai-je naïvement comme si un enfant de 5-6 ans pouvait se rappeler d’une telle distinction !

– C’était des femmes en uniforme !  C’est un peu flou dans ma mémoire mais à cette période-là, une fois par semaine, un homme venait ; cela devait être mon père. Des fois c’était une femme ; cela devait être ma mère. Un dimanche c’était l’un, un dimanche c’était l’autre. Ils venaient me voir et quand ils ont été déportés, ma foi, plus personne venait payer les parents nourriciers.

– Ces parents nourriciers jusqu’en 42, savaient-ils que vous étiez Juif ?

– Je ne voudrais pas spéculer mais oui, je suppose. Y avait-il d’autres Juifs parmi les cinq autres enfants ?  Je ne sais pas. En tout cas je suis parti du cadre de ces gens chez qui j’étais. Ne touchant plus aucun émolument, la Croix Rouge est venue me chercher ; et de 1942 à 1944 j’ai été baladé dans quantité d’orphelinats ou de maisons d’enfants.

– Au téléphone vous m’aviez évoqué ceux d’Andrésy, Montreuil, Paris, La Varenne…

– Oui, 15 jours-là, trois mois ici. J’ai fait deux ans dans des établissements qui se succédaient aux autres.

– Avez-vous le souvenir d’avoir réclamé vos parents ?

– Notez bien que j’ai été très peu chez mes parents. Je suis né en 1936 et ils ne m’ont pas gardé longtemps. Je me souviens par contre d’avoir été opéré à l’hôpital Trousseau des amygdales. J’étais encore chez mon père et ma mère. J’étais tout petit. C’est curieux, je ressens encore la peur ressentie à l’époque. On n’opérait pas comme on opère maintenant. Je me vois encore avec un grand drap blanc, avec plein de sang sur ce drap. Vous voyez, j’ai des flashes comme ça ! Donc ils m’ont gardé très peu. J’ai un souvenir flou de mes parents… je vois mon père… je vois ma mère… comme ça mais pas grand-chose… c’est fugitif. Toujours est-il qu’ils travaillaient dans des conditions difficiles en tant qu’étrangers pour gagner leur vie et payer la nourrice pour moi.

– Quand vos parents sont-ils arrivés en France ?

– Ils sont arrivés au début des années 30. Ils avaient une vingtaine d’années. Ils n’étaient pas vieux. Ils ont traversé toute l’Europe pour fuir les pogroms et ils sont venus ici. C’est ce que je dis souvent : ils sont repartis mourir à trente kilomètres d’où ils étaient partis. Ils étaient de la région de Cracovie. Ils sont venus en France et partis mourir à Auschwitz. C’est quelque chose que je n’arrive pas bien à comprendre. Je ne sais pas comment interpréter ça. Est-ce qu’ils étaient croyants ? S’ils étaient croyants ils ont dû se dire : pourquoi le bon Dieu nous a fait mourir sur la terre que nous avons quittée après avoir goûté à la liberté en France ? Je trouve cela épouvantable ! Je n’arrive pas à trouver une explication logique. Je ne vois pas comment les choses ont pu se passer comme cela. Je ne suis pas croyant, pas pratiquant. J’ai peut-être une version simpliste. Un croyant dirait : Dieu a voulu patati patata… Il m’a pris ici, m’a ramené là…

– Je souhaiterais revenir sur votre passage dans l’orphelinat Lamarck[2] de Paris en 1943. On vous a transféré vers l’orphelinat de La Varenne parce que vous étiez souffrant échappant ainsi pour la troisième fois à une arrestation, n’est-ce pas ?

– Oui, Lamarck, dans le 18e arrondissement. J’avais une pleurésie et je fus envoyé à La Varenne parce que l’orphelinat était doté d’une infirmerie. Le lendemain de mon départ, tous les enfants ont été arrêtés. Des enfants qui étaient avec moi. Il y a une plaque là-bas, comme il y a une plaque à La Varenne. Je suis le seul rescapé de là et de là !

Le 10 février 1943, une vaste rafle est organisée dans les établissements de l’UGIF : hospice, hôpitaux, orphelinat. Une fois de plus la police française s’enfonce davantage dans l’irréparable. Quelques jours auparavant, à la demande des autorités allemandes, elle avait donné les adresses et les effectifs de ces centres et se chargera elle-même des arrestations. Parmi eux, celui de l’orphelinat de la rue Lamarck où se trouvait encore la veille le jeune Albert. La police livrera au camp de Drancy 22 enfants de 4 à 15 ans[3].

– Cette arrestation eut lieu le 10 février 1943, lui rappelai-je, et dans votre témoignage écrit, et publié en 1995 par le Groupe Saint-Maurien Contre l’oubli, vous précisiez : On m’a transféré à l’orphelinat [de La Varenne] où j’ai vécu de début 1943 au juillet 1944. Donc, vous avez quitté l’établissement parisien le 9 février 1943.

– Oui ça doit être ça car je suis resté au moins une année à La Varenne. D’une grande partie de 43 à juillet 44. J’ai des images floues mais je me rappelle que les monitrices étaient très maternelles, très gentilles. Elles nous faisaient chanter. Cela a été une période calme, plus sereine jusqu’au jour des arrestations.

– Pour les évènements du mercredi matin 22 juillet 1944, je voudrais reprendre, si vous le permettez, votre témoignage : j’ai eu la chance d’en réchapper parce que j’étais à l’infirmerie. Une personne non juive, employée à l’Orphelinat, m’a emmené chez elle…Pouvons-nous revenir sur les circonstances et la manière dont vous avez été soustrait, pour la quatrième fois, d’une arrestation ?

– Cette femme qui était une employée non juive de l’orphelinat habitait au-dessus. Elle m’a pris dans la file des enfants qui attendait pour monter dans les autobus parce que j’étais souffrant ; j’avais des coliques. Elle m’a emmené chez elle pour me soigner rapidement en disant que quand j’irai mieux je redescendrais pour me remettre avec les autres. Mais comme je n’ai pas été mieux tout de suite, il lui a fallu certainement qu’elle me garde plus longtemps que prévu. Et entre temps les enfants sont partis. La voilà l’explication ! Moi, je les ai vus partir dans ces autobus par la fenêtre de chez cette dame, c’était sur une hauteur. C’est là que j’ai eu mes cheveux blancs en une nuit tellement j’ai hurlé de peur. J’ai vu et entendu les autres enfants qui hurlaient. Les SS tiraient, emmenaient les meubles, ils emmenaient tout…

– D’autres témoignages parus dans le livre disent que les Allemands tiraient pour effrayer les enfants qui ne voulaient pas descendre… c’est abominable !

– Mais oui, absolument ! Le directeur du centre Hillel, quand j’y suis allé dans les années 1970, il ne voulait pas croire que j’étais le seul rescapé parce que pour lui tout le monde était mort. Je lui avais dit : « Vous n’avez qu’à regarder sur la façade, au-dessus de la porte d’entrée, vous allez voir des impacts de balles ». Alors il a pris son échelle, il a été voir et il a vu les impacts de balles. Il m’avait répondu : « Je vous crois ». En plus je lui avais déjà décrit les lieux. Je lui avais dit qu’il y avait une salle qui s’enfonçait dans la terre. On voyait une vitre qui allait diminuant. Il y avait des graviers tout autour et c’était la salle de réfectoire. La particularité c’est qu’il y avait dans cette salle de réfectoire, au mur, une trappe qui s’ouvrait. C’était de la cuisine d’où on faisait rentrer les chaudrons. Il confirmait mes propos : « Oui, il y a toujours cette trappe ». Il voulait avoir une preuve plus forte. Je lui précisais qu’à l’arrière de l’orphelinat il y avait une autre entrée qui était condamnée avec un cadenas rouillé sur une porte. Personne ne pouvait ni entrer ni sortir. « Oui, c’est vrai », répondit-il. Cette porte existait toujours. Il avait admis que je ne fabulais pas. Pour lui, tout le monde était mort ! Pas de rescapé ! Personne !  Alors moi je lui ai déclaré de but en blanc que je suis le seul rescapé. Il pensait au départ que je lui racontais des salades. Mais à propos des impacts de balles, alors ça il n’en revenait pas.

     Les Allemands emmenèrent donc ces enfants dans des autobus vers Drancy, grossir les effectifs des vagues d’arrestation anti-juive perpétrées entre les 21 et 25 juillet 1944. Le petit Albert passa la nuit du mercredi à jeudi chez l’employée de l’orphelinat mais au petit matin, par peur des Allemands qui patrouillaient, cette dame m’a mis dehors[4]. Le garçon abandonné se retrouva assis sur un trottoir de la rue Saint-Hilaire lorsque des mains secourables se tendirent vers lui. J’ai été découvert par un couple de commerçants qui allait chercher des bidons de lait[5]. Ce couple qui allait le cacher dans leur boutique, c’était Solange et Henri Ardourel.

– Lorsque je reprends les affirmations portées dans le livre, continuai-je, à la page 120 écrites en caractère gras : deux enfants échappent à la rafle. D’après vous, c’est une confusion ?

– Ce deuxième enfant était déjà chez les Ardourel quand ils m’ont caché mais il n’était pas issu de l’orphelinat. Il se trouvait dans l’arrière-boutique. Quand moi je suis rentré dans la crèmerie, je le revois très bien. Je l’ai découvert quand il était là ! Moi j’avais 8 ans… Il avait peut-être 10-12 ans…. En tout cas il était plus grand que moi. Je m’en rappelle nous chuchotions tous les deux pour ne pas éveiller les soupçons. Ils ne l’ont pas gardé longtemps, deux ou trois jours, jusqu’à ce qu’arrive cette cliente que madame Ardourel pensait de confiance. Elle a dit : « Il y en a un autre ! Je ne peux pas garder deux enfants, ici ce n’est pas grand ». Je la revois encore cette cliente. Elle a pointé son doigt. Elle m’a regardé puis elle a regardé l’autre enfant et elle a dit : « Je prends celui-là, il est en meilleur santé ». J’entends encore ses mots : « il est en meilleur santé ! ». Moi, j’étais rachitique, j’étais sous-alimenté et finalement ça a été ma chance, ma cinquième chance. La cliente livra directement ce garçon aux Allemands et dénonça qu’il y en avait un deuxième dans la crèmerie. Les Ardourel décidèrent judicieusement de fermer leur boutique. C’était bien barricadé avec de grands panneaux en bois. Rapidement, ils sont arrivés et ça tambourinaient : « Ouvrez, ouvrez, ouvrez » !

– Et ils n’ont pas réussi à rentrer ? Me demandai-je emporté par l’intensité de son récit.

– Oh non vous savez, c’était bien barricadé. En haut, en bas, c’était bien fermé. Et puis comme on ne bougeait pas, on n’entendait pas un bruit. C’était comme ça. Rendez-vous compte, ils ont fermé leur boutique alors qu’ils auraient pu gagner quelques francs car à l’époque tout le monde manquait de tout ! La libération est arrivée un mois après vous savez.

Mais quel feu haineux animait cette cliente pour s’acharner à donner des enfants et les vouer aux gémonies de la SS ? Qu’est-il advenu à cet autre garçon dont le nom s’est perdu dans l’oubli ?

– L’histoire de ce deuxième enfant est un mystère, se désola monsieur Szerman. Moi je reste sur ma version.

– On n’aura peut-être jamais de réponse sur l’histoire de ce garçon mais…

– Il est mort. Elle l’a dénoncé. Il est parti, il est mort !

– Il est fort probable qu’il fut emmené dans le convoi n° 77.

– Oui. Certainement.

– Alors je voudrais vous soumettre les premiers pas de ma recherche sur son éventuelle identité.

J’explique à monsieur Szerman ma démarche et les cinq noms de garçons ressortis de la liste du convoi n°77, d’après sa description sur l’âge de cet enfant disparu. Je lui propose de les entendre. J’admets que cela reste une piètre hypothèse, mais tentons tout de même.

– Si je vous évoque des prénoms, repris-je, peut-être que cela vous dira quelque chose ?

– Oh là, rien du tout ! Je ne vais pas inventer. Ce que je sais c’est ce que je vous ai dit ! Tout le reste serait pure invention.

– Madame Ardourel ne vous a jamais reparlé d’où pouvait venir cet enfant ?

– Non, je n’ai jamais eu l’occasion de leur en reparler.

– Essayons de lui mettre un prénom ? Voulez-vous ? Insistai-je timidement face à l’irritation que je sens gronder crescendo dans la voix de monsieur Szerman.

– Vous pouvez me les réciter si vous voulez mais je ne risque pas de vous dire : Ah ! C’est celui-là ! Je répète, il était là avant moi. D’où venait-il ? Il ne peut pas venir de l’orphelinat, je suis le seul rescapé ! Est-ce qu’il venait de la pension Zysman ou d’ailleurs ? JE N’EN SAIS RIEN ! Je ne veux pas inventer avec les prénoms que vous allez me citer. J’en suis incapable. Vous pouvez me dire les prénoms que vous voulez, qu’est-ce que cela va changer ?

– C’est juste pour essayer d’y mettre un nom, balbutiai-je.

– Et alors ?

– Un nom, c’est déjà une petite trace de vie, un bout de mémoire.

– D’accord, je vous écoute mais ça va être difficile !

Je reprends l’écrin rouge de mes notes et le plus doucement possible, je récite les cinq prénoms : Victor… Bernard…Marcel…Léon…Justin.

– Peut être Bernard. Mais je ne peux absolument rien assurer.

Dans le prolongement d’un soupir de dépit, il m’interroge :

– C’est si loin tout cela… Vous rendez-vous compte ?  C’est si loin. Mettez-vous à ma place. Imaginez, vous avez mon âge. Et on vous demande de fouiller dans vos souvenirs qui remontent à 70 ans ! C’est tout à fait excusable, vous en conviendrez, de pas se rappeler. J’ai des flashes sur certaines choses. Je me rappelle par exemple parfaitement des prières « Notre père qui êtes aux cieux… Je vous salue Marie… » que j’ai dû apprendre pendant le mois resté chez les Ardourel avant la Libération. Je les connais par cœur ! Mais sur d’autres faits, ce n’est pas possible. Et encore, je trouve que c’est encore incroyable d’avoir sauvegardé les souvenirs que j’ai, qui m’ont marqué ! Quand je vous décris les hurlements des enfants, les balles sur la porte d’entrée, tout ça s’est resté, des choses qui se sont fixées dans mon esprit. Mais il y en a d’autres qui ne se sont pas fixées. N’oubliez pas qu’entre 42 et 44 j’avais entre 6 et 8 ans ! Jusqu’à la fin de mes jours je me souviendrai ce dont je viens de vous raconter mais rien d’autres ne surgira. C’est effacé dans ma mémoire. Ah, Ah ! Je vous vois venir, vous voulez m’interroger tous les trois mois : « Et où est-ce que vous en êtes ? » pour tenter de sortir de l’oubli certaines choses.

         Monsieur Szerman me dit tout cela sans animosité ni rancune, presque goguenard, pour me faire comprendre les limites de ce que conservent « les archives » de sa mémoire.

– Vous savez comment est faite la mémoire, lançai-je dans une métaphore. Entre le conscient et l’inconscient il y a des portes battantes et des portes qui se bloquent et parfois elles peuvent se débloquer à l’évocation d’une odeur, d’un son, d’un prénom peut-être ?

– Bernard ça me plait. Oui, Bernard cela me plait bien.

– Et l’identité de cette femme, de cette cliente arrêtée après la Libération, m’aviez-vous dit au téléphone ?

– Cette femme elle a été arrêtée, jugée et fusillée ! A la Libération, je la revois très bien, j’étais au coin de la rue Saint-Hilaire et de l’avenue du Bac. Elle était avec d’autres femmes tondues, une croix gammée sur le crâne. On les avait fait défiler dans une charrette en bois remontant l’avenue vers Chennevières. Ensuite, elles ont été fusillées. Son nom ? Comment pourrait-on procéder pour le retrouver ?

Je lui énumère les lieux possibles de recherche : archives départementales, communales, société historique de Saint-Maur, archives de la préfecture de la police, etc.

– Si cela a été fait juste après la Libération, précisai-je, cela a dû être expéditif comme jugement mais des traces de ce « défilé » ou de cette exécution sont potentiellement trouvables.

– Possible. Cela a pu se faire dans une école des environs, un tribunal vite fait monté, cric-crac, condamnée ! Je la revois encore cette femme dans la boutique, pointer son doigt. C’est curieux, je devais me dire dans mon petit cerveau « pourvu qu’elle ne pointe pas le doigt sur moi ». J’entends encore ses mots : « Celui-là ! Il est en meilleure santé ».

– Les combats pour la Libération de la ville entre les 18 et 21 août 1944 rappellent en vous cette sixième chance insensée.

– Oui. Il y avait les F.F.I qui combattaient contre les derniers allemands retranchés dans La Varenne. Ils se canardaient… Ce qui m’a coupé les échasses ? Allez savoir si c’est une rafale française ou allemande. Ils devaient être cachés dans des recoins de portes ou de fenêtres.

– Vous étiez en train de jouer dans ce parc, près de l’église de Saint-Hilaire ?

– Non, j’étais sur le terre-plein qui est devant l’église, le parvis. Le parc n’existait pas. On jouait là avec ces échasses. Une rafale les cassa juste au-dessous de mes pieds. Sans ces échasses je ne pourrais être là à vous en parler.

– Henri et Solange Ardourel songeaient à vous adopter semble-t-il, juste après la Libération ?

– Ils avaient envisagé de le faire mais ils n’avaient rien organisé. Mon oncle Georges est venu tout de suite, environ un mois après la Libération. C’était le frère de mon père.

– Vous vous rappelez de ce jour où votre oncle est arrivé chez les Ardourel ?

– Oui, je vois un homme. Il me dit : « Viens je t’emmène avec moi ».

– Aucun geste d’affection, d’attention ?

– Oh non, rien du tout… Je l’ai suivi. Les Ardourel ont dit : « Il faut le suivre, c’est ton oncle ». Ils étaient très tristes de me voir partir.

Monsieur Szerman marque un temps de silence et dans un profond soupir rempli de regrets, il fait tomber la sentence :

– Il a récupéré son neveu seulement motivé par le gain de la pension. Seul l’intéressait le pain béni de la pension ! Il avait appris par l’organisme, qui était rue Amelot[6] et qui gérait l’orphelinat, qu’un enfant était chez un commerçant à La Varenne, rue Saint-Hilaire. Et puis voilà, il est venu me chercher.

– Votre oncle était marié à une française, m’aviez-vous dit au téléphone.

 – Mon oncle, c’est le seul à ne pas avoir été déporté comme mon père et un autre de ses frères avec sa femme et ses enfants. Trois autres sœurs restées en Pologne ont été tuées aussi. Mon oncle avait été arrêté en 42, emmené à la Préfecture puis relâché parce qu’il était marié avec une juive française. Ensuite il a dû certainement se cacher.

– Habitait-il à Paris ?

– Oui. Il travaillait dans un atelier de confection de vêtement pour dames.  Je m’en rappelle parce que quand il m’y a emmené, c’était au moment de la Saint-Catherine[7], les catherinettes. C’était donc la fête dans les ateliers de confection. Je revois les machines à coudre, tout ça. Il travaillait dans le métier. A cette époque et à cause de toutes les épreuves subies pendant la guerre, j’avais une incontinence d’urine. Il m’a mis en nourrice dans le Loiret. Il touchait la pension pourtant mais il m’a mis en nourrice ! Si vous saviez le nombre de maman-nourrice que j’ai eu !

     Monsieur Szerman poursuit son témoignage par un septième épisode où il passa très près du trépas.

– Mon oncle m’avait mis d’abord dans un petit hameau à Trézan, à côté de la ville Malesherbes dans le Loiret. J’étais chez une veuve qui gardait des enfants. C’est là qu’il y eut les champignons empoisonnés mangés par deux petites filles. Leur père était un allemand avec une française. C’était deux jumelles. Je les revois très biens, deux petites blondinettes. Elles étaient en nourrice avec moi. Ces champignons mélangés à autre chose pour notre repas, c’était pour elles et moi. Ce jour-là je n’avais pas eu envie de manger des champignons. Elles sont mortes rapidement. Je me rappelle où elles ont été inhumées à même la terre, à un endroit défini que je revois très bien, sous une butte. Tous les deux, trois ans je me rends à Malesherbes, et je passe toujours au cimetière. Là où je marche, je sais qu’elles sont enterrées là.

– Il a fallu, poursuivit monsieur Szerman,  me trouver une autre nourrice. Mon oncle avait connu pendant la guerre des fermiers qui lui avaient dit qu’une dame gardait des enfants. Je suis resté cinq ans chez elle et son mari, monsieur et madame Leblanc. Son mari était meunier et pompier volontaire. Ils étaient adorables, absolument charmants. Ils ont élevé 22 enfants ! Ils n’ont pu en avoir  eux-mêmes. J’étais le 22è. C’était toujours à Malesherbes. J’allais à l’école, c’était une période heureuse de mon enfance.

– Vous m’aviez raconté l’histoire d’une femme qui vous avait sauvé les jambes. Était-ce à ce moment-là dans le Loiret ?

 – Oui, c’était madame Leblanc. J’avais les jambes pleines d’humeurs quand j’étais en nourrice à Malesherbes. C’était dû à la contention entre la sous-alimentation pendant la guerre et le retour à une alimentation normale après. Il était envisagé de m’amputer à l’hôpital de Pithiviers. C’était vers 1947. Ma mère nourricière a dit : « Non, non, ne l’amputez pas, moi je vais essayer de le soigner ». Elle avait, comme on dit, des « remèdes de bonnes femmes ».

Pour la huitième fois le jeune Albert échappa à la mort.

– Elle m’avait entouré les jambes avec des feuilles, les unes après les autres. Après elle avait mis des pansements et ça a bu l’humeur. Mes jambes étaient sauvées. Lorsque j’allais à l’école je me tenais aux murs pour avancer. Je suis resté à Malesherbes jusqu’à mon certificat d’études. Vous savez j’ai appris à lire qu’à 9 ans et à 11 ans j’étais en 6è. Je ne suis jamais allé à l’école avant fin 1944. J’avais donc 8 ans. J’ai appris à lire, à écrire et puis tout s’est enclenché ;  j’ai sauté rapidement des classes. J’ai passé le concours pour l’entrée en 6è car à l’époque ce n’était pas comme maintenant. Il fallait passer un concours. Je n’ai pas pu aller plus loin que la 4è à cause de mon oncle. Le directeur lui a dit de me laisser continuer mes études, que j’étais très doué, qu’il fallait que je fasse des études. « Non, non ! » insista mon oncle. Il ne voulut rien entendre en rétorquant : « Son père était tailleur, il sera tailleur ! ». Et il m’a mis à l’école des tailleurs. Dans cette école on m’a viré au bout de six mois parce que je n’arrivai pas à plier le doigt. Pour coudre il fallait plier le doigt. Il faut inévitablement plier ce doigt là (l’index) pour pousser l’aiguille avec le dé.  Je n’arrivais pas à le plier. Ils m’ont foutu dehors. Je suis donc revenu à Paris. Mon oncle m’a envoyé dans une pension dans le Marais, rue des Rosiers. De là j’allais travailler chez des patrons à tour de rôle. Une fois il m’avait mis chez un type épouvantable. C’était un de ses amis. J’y allais pour y vendre des pull-overs, des chemises au coin de la rue Blondel et du boulevard Sébastopol. C’était dans le quartier des prostituées. Dès que les policiers sifflaient pour les embarquer à la préfecture, et croyez-moi ça sifflait sans arrêt,  elles venaient se cacher sous mes tréteaux à vêtements. J’étais toujours dehors à vendre des vêtements sur des présentoirs. Ce sale type ne m’a jamais payé. J’en ai bavé comme ce n’est pas possible avec ce type. En plus la rue Amelot me fournissait  un trousseau d’habits d’été pour l’hiver, et un trousseau d’hiver pour l’été. Ah j’en ai bu du viandox pour me réchauffer !

      A peine entrevue la lumière du monde à sa naissance, Albert est entré dans la vie comme on lance une boule de flipper. Il a été baladé, bousculé, tourmenté par les bumpers  d’un monde en furie et les targets d’individus de peu de valeurs. L’enfant puis l’adolescent est cabossé et meurtri par la sécheresse du cœur des adultes. Un jour ils veulent vous tuer, un autre ils vous négligent mais toujours ils vous humilient. Ils étaient rares, sur la route du petit Albert, ces gens qui jamais ne vous laissent au bord du chemin.

– J’aurai été plus heureux en restant chez monsieur et madame Ardourel. Ils m’auraient donné l’amour que je n’ai pas eu. J’aurais eu un autre destin. J’ai eu une enfance désastreuse et une jeunesse malheureuse. Le tout réuni, disons jusqu’à l’âge de 16 ans, c’était l’horreur.

     Monsieur Szerman a fait sa carrière dans le commerce  de vêtements professionnels et de robes pour dames âgées. Il se mariera à Estelle Jafet en 1959, juive d’origine turque. Elle fut cachée pendant l’occupation. Ils donnèrent naissance à deux garçons. Employé dans un premier temps, Albert se met à son compte en 1981. Il ne prendra sa retraite qu’en décembre 2012 à l’âge de 76 ans !

– Je suis un jeune retraité maintenant, ironisa-t-il.

Une retraite qu’il faillit ne jamais atteindre.

– J’ai été opéré d’un cancer il y a sept ans à l’hôpital européen Georges Pompidou. Le lendemain, j’ai eu une opération de la jambe. Un caillot s’était formé et heureusement que cela a été détecté à temps, sinon cela me serait monté au cœur. Là aussi j’en ai réchappé. Ça c’était la neuvième fois !

      Le 24 mai 2012 restera une date marquante dans la vie d’Albert Szerman. Il put enfin rendre hommage et tout faire pour que Solange et Henri Ardourel soient reconnus à titre posthume et pour l’éternité : Justes par les nations. C’est à leur nièce Ginette Létoffé que fut remis à Crouy la médaille par madame Saül et monsieur Habif du comité français Yad Vashem.

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Médaille des Justes, Henri et Solange Ardourel [D.R.].

      A la fin de notre entretien, Albert Szerman m’assure de son souhait de témoigner là où on voudrait bien l’entendre.

– Avant, ne souhaitiez-vous pas rencontrer des jeunes dans les écoles ?

– J’y ai pensé mais cela n’a pas franchi les limites de mon cerveau. Et puis je n’étais peut-être pas mûr pour ça.

– Évidemment je vous encourage vivement à le faire. Monsieur Dluto souhaiterait vous accueillir à nouveau au centre Hillel pour faire entendre votre histoire. Comme vous venez de me la raconter. A partir de là bien des contacts pourront se faire avec les établissements scolaires de Saint-Maur comme ceux d’ici, à Paris. Je vous y aiderai.

– Mon parcours personnel, je peux en parler. Mais oui je suis partant. Si je peux faire quelque chose avant de m’envoler pour le dernier voyage. Vous avez mon accord.

      Toute au long de notre entretien, la spontanéité de mon hôte et la bienveillance de son épouse scelleront des souvenirs impérissables dans ma mémoire. En repartant de chez monsieur Szerman, je repensai à ce que m’avait dit son ami Bernard Létoffé : « Vous verrez c’est un homme succulent ! » Je ne pus en dire autant de son café resté au fond de ma tasse pendant nos deux heures de conversations tant je buvais ces paroles criantes d’émotions dans leur vérité brute.

[à suivre]
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[1] http://www.velizy-villacoublay.fr/fr/decouverte-de-la-ville/histoire-de-la-ville/lancien-velizy-villacoublay-jusquen-1953/velizy-villacoublay-meurtrie-par-les-bombardements.html
[2] Ce centre d’accueil de l’UGIF pour enfants Juifs était d’abord au 16, rue Lamarck (18e), puis au 70, avenue Secrétan (19e) à partir du 21 avril 1944 (Klarsfeld, Serge. Le Calendrier de la persécution des Juifs en France 1940-1944. FFDJF, 1993. p.1066).
[3] Klarsfeld, Serge. Le Calendrier de la persécution des Juifs en France 1940-1944. FFDJF, 1993. p.745.
[4] Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli. Les Orphelins de la Varenne 1941-1944. 2è éd. L’Harmattan, coll. Mémoires du XXe siècle, 2012. p.122.
[5] Ibid.
[6] La Colonie scolaire, Œuvre juive de la protection de l’enfance  fondée en 1928. Elle se trouvait au 36, rue Amelot à Paris, près de la Place de la Bastille.
[7] Patronne des couturières et des modistes.

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Publié dans L'agent Charles Létoffé, Les enfants de la crèmerie Ardourel | Tagué , , , , , | 2 commentaires

L’orphelin de la Crèmerie Ardourel Partie I : L’orphelin juif que la mort refusa neuf fois de prendre (chapitres 2 à 4)

Suite du récit L’orphelin de la crèmerie Ardourel

2.

     Le drame des 28 enfants Juifs de l’orphelinat et de la pension Zysman à La Varenne-Saint-Hilaire, arrêtés et déportés en juillet 1944, m’est depuis longtemps connu. Et aujourd’hui, je retrouve sur mon chemin de manière inattendue le destin de ce 29è enfant échappé des griffes de la rafle ! Seul survivant des deux centres de l’UGIF dans cette boucle de la Marne, Albert Szerman avait 8 ans quand les SS s’emparèrent de ses camarades à l’aube du 22 juillet 1944.

     Nous plongeons ici dans l’abîme la plus insondable de l’horreur. A l’instar de Klaus Barbie à Izieu, Aloïs Brunner dirigea lui-même cette vaste opération dans les orphelinats Juifs de la capitale et de sa banlieue entre les 21 et 25 juillet, de Louveciennes à Neuilly, de Montreuil à Saint-Mandé, de Paris à La Varenne, un mois avant l’arrivée des Alliés ! Le IIIe Reich était inéluctablement perdu mais les SS étaient insatiables dans leur volonté meurtrière de tuer encore et toujours. Ils étaient enragés comme des loups sanguinaires après l’attentat que venait juste de manquer le colonel von Stauffenberg à l’encontre de leur Führer dans sa tanière[1]. En tout, 250 enfants ont été transférés à Drancy et déportés dans le dernier grand convoi vers Auschwitz le 31 juillet 1944. Le plus jeune avait 3 ans, Bernard Bounan, et le plus âgé avait 20 ans, la jeune Ida Rechnic. Sur ces 250 enfants, 15 d’entre eux furent envoyés à Bergen-Belsen parce qu’ils étaient fils ou fille de prisonniers de guerre Juifs. Seulement 47 étaient encore vie en 1945[2].

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  Je soustrais de ma bibliothèque mon vieux livre écorné des Orphelins de La Varenne 1941-1944 écrit par le Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli dans une édition de 1995. Que nous apprend-il exactement sur Albert Szerman ? Je relis, vingt ans après, son discours prononcé le 6 novembre 1994 lors d’une réunion commémorant le 50e anniversaire de cette rafle. Certains passages m’émeuvent toujours autant qu’ils me questionnent :

[…] Ces mots que je prononce devant vous il y a très longtemps que j’avais envie de les dire, car bien peu parmi vous me connaissent réellement. Je pense que pour la grande majorité, je ne suis qu’un visage entrevu lors de nos réunions annuelles.

Pour moi ce n’est encore qu’un nom sans visage mais je pressens un homme dont je veux apprendre.

Pour mieux comprendre ce qui va suivre, je me dois d’ajouter ceci : sans une chance insensée, un jour de juillet 1944, je ne serai qu’un nom figurant parmi ceux d’enfants morts en déportation, des noms d’enfants gravés sur une plaque, apposée sur un mur triste. Szerman, Albert 8 ans. Qui se soucieraient de moi aujourd’hui ? Qui pourrait seulement imaginer ce qu’a pu ressentir un petit garçon confronté à la peur et à la cruauté des hommes ?

     Quelles réalités dissimulent cette chance insensée ? Je ne peux avoir la prétention d’imaginer car personne ne peut concevoir les affres qui gravèrent la chair et l’âme d’un petit garçon terrorisé par la violence des grands.

Je suis l’unique rescapé d’une terrible tragédie qui a eu pour épilogue le départ, à tout jamais, d’enfants dont le plus jeune avait à peine 4 ans, l’âge de mes petits-enfants, dans les autobus programmés pour Auschwitz, et ce, sous l’œil bienveillant, pour ne pas dire complice, de gens qui, aujourd’hui, dorment du sommeil du juste. Depuis mes nuits sont traversées par une cohorte de fantômes, les hurlements de terreur me réveillent et je sais que j’aurais pu perdre la vie tant de fois mais le destin ne l’a pas voulu. La malnutrition, la maladie, conséquences de toutes ces épreuves, ne m’ont pas fait perdre mon enthousiasme. […] Nous qui sommes au crépuscule de notre existence, avons-nous encore en mémoire les visages de ces enfants pour qui amour et confiance ne furent que des vains mots ? Ils avaient dans leur regard ce reste d’innocence que leur détresse a défloré, ils croyaient jusqu’alors qu’un simple sourire, des jeux innocents, une douce caresse, étaient des trésors que savaient offrir le monde des adultes. Quelle erreur !! Privés qu’ils étaient de l’amour de leurs parents, disparus dans la tourmente, ils tendaient leurs mains aux grands, à ceux qui les ont fait monter dans les autobus de la honte. Ces enfants si semblables à nos propres enfants ils sont en nous et nous vivons à travers leur souvenir […] Les oublier ce serait les tuer une seconde fois. […] A l’instant de conclure, je voudrais remercier ceux qui ne sont plus là aujourd’hui, ces hommes et femmes merveilleux sans qui je ne serais rien. Ils m’ont soigné, guidé, conseillé, aimé ; ils m’ont appris à respecter l’autre, à être plus tolérant ; ils m’ont enseigné les valeurs qui font un Homme, et m’ont appris à être fier de ce que je suis, avec mes qualités, mes défauts, mes doutes et ma foi en l’avenir.

     Dans les derniers mots de son discours, je devine l’identité qui se cache derrière ces hommes et femmes merveilleux. Entre autres, les époux Ardourel, visages de la bonté humaine sans laquelle rien ne pourrait éveiller la foi en l’avenir pour ceux qui ont perdu tout le reste.

     Je reprends dans l’ouvrage collectif les faits relatés sur cette nuit du 21-22 juillet et le moindre détail sur ce que je peux apprendre sur le jeune Albert. La rafle frappe en effet l’Orphelinat au 30, rue Saint-Hilaire, la nuit même où elle s’abat sur la pension Zysman. Au 57 de la rue Georges Clémenceau se trouvaient encore 10 enfants et deux adultes, la directrice Mlle Levy et la cuisinière, Lucie Lithuac. Elle se produit dans un climat de plus grand effroi : l’Orphelinat est cerné et les SS ordonnent son évacuation, mais les enfants, gagnés par la panique, refusent de descendre. Alors les SS, pour montrer leur détermination tirent sur la façade à l’arme automatique. (La trace des balles marqua le bâtiment jusqu’à sa destruction en 1982). Dix-huit enfants terrorisés sortent de l’Orphelinat. On les fait monter dans un autobus, ainsi que cinq femmes membres du personnel. Cependant, l’une d’elle persuade les Allemands qu’elle n’est pas juive. On l’autorise à partir[3]Deux pages plus loin : Cependant, cachés à l’infirmerie, deux enfants échappent à la rafle. L’un d’eux, âgé de 8 ans, s’appelle Albert Szerman.

     Le fil des événements de ce 22 juillet et des jours qui suivent pour le jeune garçon m’ont été esquissés par Bernard Létoffé dont la présence d’un second enfant traqué, confié à une cliente des crémiers Solange et Henri Ardourel, deux ou trois jours après la rafle. Cette cliente livra aux autorités ce jeune garçon au nom inconnu avant d’être condamnée et exécutée à la Libération. Cet autre destin s’enveloppe aussi d’un autre mystère…

     Suis-je prêt à en entendre davantage ? Se questionna l’homme que je suis. Voudra-t-il m’en dire plus sur le factuel ? S’interrogea l’historien que je tente d’être. J’aurais pu perdre la vie tant de fois… Neuf fois m’a-t-on dit. J’en sais désormais trop et pas assez pour laisser choir cette nouvelle trace sur les sombres sentiers de la Shoah. Je ressors mon fidèle calepin rouge où j’avais noté son numéro de téléphone. Je veux en avoir le cœur net et saisir à la source son témoignage.

     Ma conversation téléphonique avec le survivant de l’orphelinat de La Varenne est le point de départ d’une nouvelle rencontre et de bien d’autres mystères à dévoiler dans les replis de ses souvenirs douloureux. Qui aurait cru que mes recherches sur la persécution des Juifs dans le Soissonnais me mèneraient à retourner dans cette banlieue cossue du Val-de-Marne d’où je conserve bien des souvenirs de ma jeunesse ?[4]

3.

    Le nom de Bernard Létoffé est comme un sésame de confiance lorsque j’avertis monsieur Szerman au téléphone de l’origine et des raisons de mon appel :

– Je ne connais pas monsieur Létoffé depuis longtemps mais sa compagnie m’est tellement agréable que j’ai l’impression de le connaître depuis toujours, me déclara-t-il.

      Au bout du fil, mon interlocuteur à la voix légèrement érayée, presque rauque, tremblante encore du souvenir de la tragédie. L’expression est bien ciselée, franche, propre à la gouaille parisienne. L’homme septuagénaire est loquace, généreux dans ses propos, n’éludant aucune de mes questions. Je m’accroche d’une main au téléphone pendant que l’autre note frénétiquement sur une feuille les grandes lignes de son histoire et ces neuf faits qui lui ont valu  d’avoir la vie miraculeusement sauve : son absence lors de l’arrestation de ses parents ; ces femmes militaires allemandes qui l’emmenaient à l’école sans savoir qu’il était Juif ; son départ de l’orphelinat Lamarck-Secrétan à Paris la veille d’une rafle , ses coliques au matin de l’arrestation à La Varenne ;  le choix d’une cliente de Mme Ardourel pointant du doigt le second enfant plutôt que lui pour l’emmener et finalement le dénoncer…

Monsieur Szerman, l’interrompis-je, vous rappelez-vous du nom ou du prénom de ce deuxième garçon dans l’arrière-boutique de la crèmerie ?

Non. Ce dont je me rappelle c’est qu’il était un peu plus âgé que moi, 10 ans, 13 ans tout au plus.

– Venait-il aussi de l’orphelinat ?

– Ah non, de cela j’en suis sûr. Venait-il de la pension Zysman ou d’ailleurs ? Je ne saurai vous dire.

J’écoute abasourdi le récit de cette enfance trahie par les adultes, contrebalancée par une chance insensée !

– Je ne crois pas en Dieu monsieur Amélineau. Un jour j’ai demandé à un rabbin « Pourquoi moi et pas les 28 autres enfants ? Qu’avais-je de mieux que les autres ? Avaient-ils commis des fautes pour avoir mérité ce châtiment ? » Le rabbin n’a pas su me répondre. Vous savez, cela me fait du bien de retourner à La Varenne devant la plaque des noms des enfants déportés de l’orphelinat et de la pension. Comme c’est écrit par ordre alphabétique, je regarde toujours la place où aurait dû figurer mon nom, entre Swalberg Madeleine 8 ans et Tabak Jacques 8 ans.

-Voilà une heure que nous bavardons, constata monsieur Szerman en poursuivant son monologue, et malgré que vous m’ayez fait replonger dans ce passé douloureux, j’ai eu beaucoup de plaisir à bavarder avec vous. J’aurais aimé que mes petits enfants s’intéressent comme vous à mon histoire.

      Il me confie également son désir d’en parler désormais. Il en ressent le besoin sans trop savoir par où commencer. Il sollicite mon aide d’enseignant pour le mettre en contact avec des écoles. Je l’encourage vivement dans cette démarche courageuse et salutaire. Raconter ce que l’enfant au fond de lui a conservé d’ineffaçable pour le restituer à ceux d’aujourd’hui.

     Avec le temps, les souvenirs peuvent se déformer, se confondre, s’altérer. Loin de moi l’idée de mettre en doute sa parole, aussi effarante qu’elle soit, mais l’expérience acquise au cours de mes nombreux entretiens avec des témoins m’encourage à proposer un second entretien pour se protéger des inexactitudes et raviver des détails occultés par le temps. Je lui suggère de nous rencontrer pour faire plus ample connaissance et l’enregistrer pour ne pas omettre ou dénaturer un seul mot de son récit.

– D’accord, me dit-il, venez donc nous rendre visite mercredi prochain. L’après-midi vous convient-il ?

     En raccrochant, je décide d’organiser la matinée de ce mercredi pour arpenter les lieux de l’ancien Orphelinat, devenu depuis 1985 le centre Hillel de la communauté juive de Saint-Maur-La Varenne. Monsieur Szerman venait de me conseiller de m’y rendre pour voir la plaque et essayer de rencontrer Monsieur Dluto, le président et coauteur du livre. J’avais griffonné ses coordonnées sur la feuille encombrée de mes notes. Je décroche à nouveau mon téléphone.

     Cette seconde conversation téléphonique me met à nouveau en relation avec un interlocuteur d’une grande gentillesse. Fils de déporté, son père fut embarqué de Compiègne dans le premier convoi vers Auschwitz le 27 mars 1942. Il est agréablement surpris de l’entretien que je viens d’avoir avec monsieur Szerman et des révélations sur sa vie.

– Au moment de la rédaction du livre, me dit-il, il était assez réservé sur son parcours et l’histoire du second enfant qui ne viendrait pas de l’orphelinat est une nouveauté pour moi. Vous m’affirmez qu’il serait d’accord pour témoigner, de faire une conférence ? Il faut absolument que nous organisions cela pour le 70e anniversaire de la rafle. Venez donc mercredi matin à 10 h, nous bavarderons de vos travaux. Je vous ferai visiter le centre et vous montrerai le bassin dans le square de la rue Saint-Hilaire où se trouve une statue à la mémoire des enfants déportés de La Varenne.

4.

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14, rue Saint-Hilaire Saint-Maur La Varenne (en 2013).

Mémoire des lieux, mémoire des hommes, je m’imprègne de leurs échos, j’entends leurs souvenirs pour restituer au mieux ce que nous ne devons entretenir. Je reprends ma sacoche, mes notes et ma tablette, direction la banlieue parisienne en ce mercredi d’octobre 2013. Connaissant bien La Varenne, je rejoins aisément la rue Saint-Hilaire, perpendiculaire à la longue avenue du Bac et artère principale de ce quartier de Saint-Maur qui se prolonge vers la côte de Chennevières. Je m’arrête au n°14, l’adresse où se trouvait la crèmerie des Ardourel. La devanture du magasin a depuis longtemps changé d’enseigne. J’essaye de me représenter ce qu’elle fut en imaginant le petit Albert, calfeutré à l’intérieur sous la protection de ce couple. Quelques mètres plus loin en direction du square, derrière de hauts murs qui dissimulent le centre Hillel, je sonne au portail en me présentant. On prévient monsieur Dluto. Il arrive rapidement et me salue chaleureusement. La bonhomie se lit sur son visage. La moustache épaisse, les yeux étirés au regard bienveillant derrière des lunettes sans monture au-dessous d’un front haut cerclé de cheveux peu épais mais d’une blancheur parfaite. Il me souhaite la bienvenue d’une voix posée et m’invite à entrer dans son bureau. Monsieur Dluto écoute avec attention et intérêt les circonstances qui m’ont amené à contacter le seul survivant de l’orphelinat. De Crouy à La Varenne, les routes empruntées par mon itinéraire ont parfois des carrefours surprenants. Je lui montre un manuscrit de mes travaux de recherches. En échange il me fait don de la seconde édition des Orphelins de La Varenne, publiée cette fois-ci par L’Harmattan en novembre 2012. Reprenant notre conversation à propos du second enfant, je me reporte à la page 120 du livre et relis cette phrase :

 – Cependant, cachés à l’infirmerie, deux enfants échappent à la rafle. Il semblerait, précisai-je, que d’après l’affirmation de monsieur Szerman il était le seul à se retrouver à l’infirmerie. L’autre garçon se trouvait bien chez les Ardourel mais il ne venait pas de l’orphelinat. Ce que je viens d’apprendre également c’est qu’il avait entre 10 et 13 ans. Toujours d’après le témoignage de monsieur Szerman et celui rapporté dans votre ouvrage par Nelly Wolf[5], la cliente sans scrupules l’aurait livré à la Gestapo. Alors qu’est-il devenu ensuite ? Dans votre livre vous vous posez également cette question à la page 122 : L’a-t-on envoyé à Drancy rejoindre les autres ? C’est plausible car dans les souvenirs d’Albert, il a passé une journée ou deux avec ce garçon. Que ce jeune inconnu soit ensuite envoyé à Drancy avant le départ du dernier grand convoi du 31 juillet 44 est loin d’être improbable. Dans cette hypothèse cela signifierait que son nom est quelque part dans la liste des 1300 déportés vers Auschwitz ce jour-là. Je pense qu’il faudrait déjà consulter cette liste, repérer les garçons âgés entre 10 et 13 ans, disons 9 et 14 pour l’élargir, donc nés entre 1930 et 1935 et portant un nom de famille sans éponyme.

– Attendez, dit monsieur Dluto en se dirigeant vers la bibliothèque de son bureau. J’ai cette liste du convoi n°77, je vais vous la photocopier.

     Pendant que la machine ronronnait ces reproductions, le président du centre Hillel me fait part de ses recherches approfondies pour écrire une biographie sur Madame Renée Vérité, une employée du Beiss yeissoïmin, nom hébraïque de l’orphelinat.  En février 1943, elle prit sous son aile quatre enfants de l’orphelinat pour les cacher dans sa maison de la Somme dans le village de Rogeant. Ils survécurent jusqu’à la Libération.

       Je range mes copies de la liste du convoi n°77 dans mon cartable puis monsieur Dluto me conduit vers le square. En quittant le centre, je prends quelques photos de ces lieux chargés d’histoires d’enfants. Avant de franchir le portail, je relis la plaque commémorative en repensant aux propos dictés par le cœur d’Albert Szerman : Vous savez cela me fait du bien de retourner à La Varenne devant la plaque des noms des enfants déportés de l’orphelinat et de la pension. Comme c’est écrit par ordre alphabétique, je regarde toujours la place où aurait dû figurer mon nom, entre Swalberg Madeleine 8 ans et Tabak Jacques 8 ans.

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Plaque commémorative à l’intérieur de l’enceinte du centre Hillel, ex-orphelinat de La Varenne (2013).

     En quelques pas nous nous retrouvons dans le square. Approchant du bassin, mon guide m’explique les raisons qui ont amené le Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli à choisir cette création, Hommage du sculpteur Pierre Lagénie pour l’élever au milieu de cette pièce d’eau[6]. La portée symbolique de cette œuvre est saisissante. Ecoutons-la dans les paroles mêmes de son créateur[7] :

Le monument se compose de trois parties principales sur le thème de la « Rafle » du 22 juillet 1944. Dans la première partie se trouvent deux enfants encastrés comme si leurs silhouettes se découpaient des murs qui font penser à des parties de wagons ou à des éléments de murs des chambres à gaz ; ils ne peuvent pas s’échapper, car des fils barbelés les retiennent prisonniers.  Ces silhouettes sont différentes comme l’âge des enfants emmenés cette nuit-là.

– On peut ajouter, me souligna monsieur Dluto, que ces silhouettes représentent aussi cette croissance stoppée. L’âge adulte que ces enfants n’atteindront jamais !

Dans la seconde partie, c’est un enfant qui s’évade et court vers la liberté. Deux sauveteurs, homme et femme qui symbolisent la vie, face à l’espoir devant l’avenir, debout, droits comme les piliers d’une architecture « humaine », reconstruisant avec leur soutien le ciment de la fraternité.

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Hommage de Pierre Lagénie (sculpture de face)  dans le square (2013).

      Et c’est cet enfant que je pars rejoindre à Paris après avoir quitté monsieur Dluto avec la promesse de nous recontacter rapidement dans la perspective du 70e anniversaire de cette tragédie.

     Ayant deux heures devant moi avant mon rendez-vous, je m’installe à la terrasse d’un café sur le parvis de la gare RER de Saint-Maur-Créteil. J’étale devant moi l’inventaire révoltant du convoi n°77. Je pense qu’il faudrait déjà consulter cette liste, repérer les garçons âgés entre 10 et 13 ans, disons 9 et 14 pour élargir, donc nés entre 1930 et 1935 et portant un nom de famille sans éponyme avais-je suggéré à mon hôte du centre Hillel tout à l’heure. Après avoir égrené très attentivement les 1300 dates de naissances dactylographiées sur la liste du 31 juillet 1944, j’en retire 5 noms n’étant accompagnés d’aucune parenté et qui correspondraient à la fourchette d’âge de ce garçon inconnu caché chez les Ardourel :

FINKELSTEIN Victor 30.03.31 à Bucarest [13 ans]

MIKALOVIC Bernard 15.04.30 à Paris [14 ans]

NIEVIADOMSKI Marcel 12.05.34 à Sedan [10 ans]

VAINER Léon 23.12.32 à Paris [11 ans ½]

WIESEL Justin 19.01.33 à Thionville [11 ans]

         Je les griffonne sur mon calepin. Peut-être que l’évocation d’un de ces prénoms, rallumera chez monsieur Szerman l’étincelle d’une réminiscence ? Quoiqu’il en soit, je me suis mis en tête de retrouver l’identité de cet enfant. Au préalable, il faudrait certainement identifier cette ignoble cliente. Il doit forcément exister des traces de son châtiment sommaire et expéditif lors de l’épuration qui accompagna la Libération[8] de la ville. Peut-être des archives ou des témoignages d’époque donneraient le nom de ce garçon qu’elle a livré à la Gestapo ? Nous verrons bien. Il est temps d’embarquer dans les transports en commun pour me rendre dans le 11e arrondissement parisien et entendre l’intégralité des souvenirs de l’enfant miraculé.

[à suivre…]creative-c-logo

[1] 20 juillet 1944 à Rastenburg en Prusse-Orientale.

[2] Klarsfeld, Serge. Le Calendrier de la persécution des Juifs en France 1940-1944. FFDJF, 1993. p.1056-1076.

[3] Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli Les Orphelins de La Varenne 1941-1944. Edité par la Société d’Histoire et d’Archéologie Le Vieux Saint-Maur, 1995. p.118.

[4] Je suis né à Nogent-sur-Marne, grandi et vécu jusqu’à 35 ans entre Le Perreux, Champigny, Saint-Maur, Joinville-le-Pont et Maisons-Alfort.

[5] Femme très active dans la communauté juive de Saint-Maur avant et après la guerre. Témoignages retranscris dans le livre Les Orphelins de la Varenne 1940-1944.

[6] Inaugurée le 19 novembre 2000.

[7] Groupe Saint-Maurien Contre l’Oubli. Les Orphelins de la Varenne 1941-1944. 2è éd. L’Harmattan, coll. Mémoires du XXe siècle, 2012. p.173-174.

[8] Les Allemands sont chassés de la ville le 21 août 1944. Bulletin de la Société historique et Archéologique de Saint-Maur-des-Fossés. Le Vieux Saint-Maur. p.18-19. Janvier 1947. 25è année, N° 2 (série 5).

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Publié dans Les enfants de la crèmerie Ardourel | Tagué , , , , , | Un commentaire