Dans la rafle du 24 septembre 1942 : Moïse et Rebecca Aisinzon

     Je cite dans mon livre  le sort tragique des grands-parents maternels de Viviane Harif, née Bich, déportés de Drancy à Auschwitz-Birkenau dans le convoi n°38 du 28 septembre 1942. Je n’évoquais pas alors, par faute d’information, la date de leur arrestation et ce qui pouvait éventuellement expliquer la raison pour laquelle ils échappèrent dans un premier temps aux grandes rafles parisiennes de l’été 42. Aujourd’hui, après quelques recherches dans mon corpus d’archives et à la relecture de l’incontournable Calendrier de Serge Klarsfeld, nous avons la réponse.

     Moïse et Rebecca Aisinzon étaient des ressortissants roumains au regard de la géopolitique de l’entre-deux guerres. La mère de Sophie était née en 1884 en Bessarabie, coincée entre la Moldavie à l’ouest, l’Ukraine au nord et à l’est, ouverte sur la Mer Noire au sud. Elle fut  rattachée à la Roumanie en 1919 au Traité de Saint-Germain. Moïse et Rebecca étaient de riche négociant en blé dans cette partie de l’Europe orientale. Les bouleversements consécutifs à la première guerre mondiale les amenèrent à quitter leur terre natale en 1920 en compagnie de leurs quatre enfants et de la famille de leur futur gendre, les Bich. L’exil les amena en France, à Paris, dès 1924. Trois de leurs enfants, Aron, Samuel et Sophie, alors jeunes adultes d’une vingtaine d’années, posèrent leurs valises de réfugiés un peu plus loin dans la province picarde, à Soissons.

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Rebecca et Moïse Aisinzon. [Collection privée, Viviane Harif].

      Moïse et Rebecca s’étaient, quant à eux, installés dans le 19e arrondissement, au 11, rue de l’Inspecteur Allés jusqu’à ce sinistre jour du 24 septembre 1942. On n’insistera jamais assez, pour faire échos au président de l’Association FFDJF[1], sur le rôle essentiel des nationalités dans la persécution des Juifs en France pendant la Shoah. D’après Serge Klarsfeld, sur les 34 000 chefs de famille étrangers qui se sont fait recenser en juin 1941, dans le cadre de la promulgation de la loi par Vichy du second statut des Juifs, 2 558 étaient roumains. Parmi eux, Moïse. Rappelons ici que la Roumanie était alliée avec l’Allemagne nazie dans sa guerre antisoviétique au moment de l’invasion de la Russie dans le cadre de l’opération Barbarossa déclenchée le 22 juin 1941.

19410900 AP Rebecca AISINZON Sophie et Viviane

Rebecca Aisinzon avec sa fille Sophie et sa petite fille Viviane (été–automne 1941). [Collection privée, Viviane Harif].

     Rappelons encore les accords négociés à Paris les 1er et 2 juillet 1942 entre René Bousquet, chef de la police française et Karl Oberg, chef SS mandaté par Heydrich pour organiser les déportations des Juifs de France dans le cadre de la Solution finale de la question juive en Europe. Si pour la plupart des diplomates nazis, comme Zeitschel, ils considéraient que la nationalité des Juifs était d’être juif et d’aucune nationalité, la réalité sur le terrain des négociations, en particulier avec les pays alliés du IIIe Reich, pouvait compliquer les Allemands dans leur volonté génocidaire. A Paris, pour les premières rafles de l’été 42, Bousquet accepta que la Police se chargea des arrestations à condition que les Juifs à arrêter devaient être apatrides, c’est-à-dire les juifs issus des territoires où les nazis avaient la mainmise absolue (Allemagne, Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne, une partie de la Russie). En France, comme en Roumanie, (mais aussi en Italie, en Bulgarie, en Hongrie), les nazis devaient tenir compte des décisions de leurs alliés plus ou moins subordonnés à leur politique antisémite en 1942.

Je vous renvoie ici à une publication de Serge Klarsfeld, particulièrement concerné par le sort des Juifs roumains déportés de France, puisqu’il est né à Bucarest en 1935. [Klarsfeld, Serge. Le sort des Juifs roumains en France pendant l’Occupation. [En ligne] L’Institut National pour l’Etude  de L’Holocauste en Roumanie « Élie Wiesel ». Bucarest, 2007. 28 p. http://www.inshr-ew.ro/ro/files/proiecte/Publica%C8%9Bii/fr_caiet1.pdf.pdf

     En France, donc, à la veille des rafles de l’été 42, les directives officielles étaient : Pas de Juifs français à arrêter, ni des Juifs de certaines nationalités étrangères. Elles excluaient, entre autres et pour un temps, les Juifs de nationalité roumaine. A l’automne, les négociations évoluèrent dramatiquement. Le gouvernement roumain sacrifia ses ressortissants juifs à l’étranger dans les zones d’occupation allemande. Les SS purent les englober dans la liste des Juifs à arrêter en France, toujours en confiant la rafle à la police de Bousquet. Cette décision scella, le 24 septembre 1942, le destin de Moïse, de Rebecca et de 1 572 autres juifs roumains domiciliés à Paris ou dans la proche banlieue (Clichy, Levallois, Montreuil, Saint-Ouen, Vincennes). La veille, la police municipale mit au point cette arrestation de masse. Les consignes des autorités allemandes étaient impitoyablement claires : Elles concernaient tous les Juifs roumains, quel que soit l’âge ou le sexe et que tous les cas litigieux devaient être réglés à Drancy, malades compris. Cette note de service de la Préfecture de Police du 23 septembre aux commissaires divisionnaires, estampillée SECRET et rédigée par le directeur de la police municipale, Émile Hennequin, précisait : Les équipes chargées des arrestations devront procéder avec le plus de rapidité possible, sans paroles inutiles et sans commentaires. En outre, au moment de l’arrestation le bien fondé ou le mal fondé de celle-ci n’aura pas à être discuté[2]. Tous les hommes disponibles, en uniforme ou en civil, étaient mobilisés ainsi que 23 autobus répartis dans les 6 divisions de la police municipale.

     Tôt le matin en ce jeudi 24 septembre 1942, dès 6h15, commença la rafle. A 18h50, la préfecture de Police tenait 562 hommes, 829 femmes et 183 enfants. Lorsque les policiers vinrent frapper au domicile de Moïse et Rebecca, ils les conduisirent au poste du 19e arrondissement pour un premier regroupement avant d’être transférés en bus vers le camp de Drancy.

      Dans le flot immense de ces nouvelles entrées [1 730 personnes ont été enregistrées ce jour-là dans la cité de la Muette], Moïse et Rebecca eurent-ils le temps de se rapprocher de leur fille Sophie et de leur gendre Isia Bich, détenus dans le camp depuis le 21 juillet ? A peine trois jours plus tard, le 27 septembre, le vieux couple était entassé dans une chambrée de l’escalier I, l’un des quatre escaliers du départ pour les juifs sélectionnés dans le convoi du lendemain. Le 28 septembre, à l’aube, 904 juifs furent emmenés à la gare du Bourget-Drancy. Le convoi quitta la gare à 8h55. Il arriva à Auschwitz dans la nuit du 29 au 30 septembre. S’ils survécurent aux conditions abominables de transport dans les wagons à bestiaux, Rebecca, 58 ans, et Moïse, 68 ans furent immédiatement gazés à leur arrivée. Seulement une centaine d’homme et 48 femmes ont été sélectionnés pour travailler dans le camp. 20 hommes de ce convoi étaient encore vivants en 1945.

     Ces juifs roumains massivement arrêtés le 24 septembre ont été déportés dans les convois n°37 du 25 septembre, et n°38 du 28 septembre 1942.

[1] Association des Fils et Filles des Déportés Juifs de France.
[2] Klarsfeld, Serge. Le Calendrier de la persécution des Juifs en France 1940-1944. éd. FFDJF, 1993. pp.657-660.
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Charles Wajsfelner : une photographie sortie de l’oubli

Charles Wajsfelner 1942

(ill. 1) Charles Wajsfelner devant l’église Saint-Pierre de Soissons (en 1941 ou 1942) [D.R.]

     De cette conférence que j’ai tenue dans l’auditorium du Mail de Soissons le 17 janvier dernier, je garde le souvenir de mille images dans les interstices de mes propos mais il y en a une qui fut des plus palpables. Au terme de mon récit sur la persécution des Juifs de Soissons entre 1940 et 1944, des personnes de l’auditoire sont venues me rejoindre sur la scène que je venais d’arpenter pendant une heure trente au rythme des déflagrations de cette tragédie locale. Parmi elles, une dame, madame Josiane Coelho, me tendit une petite photo (9×6,5) tirée en noir et blanc à la bordure blanche. Un cliché original des années 40 sur lequel se dévoilait un jeune homme tirant sans retenue de sa main droite sa cigarette au bec. La posture est fière, bien campée sur ses deux longues jambes habillées par ce pantalon coupé large aux plis soigneusement soulignés, tenu par une ceinture resserrée juste au-dessus des hanches. Un t-shirt clair à col en pointe laisse deviner un jour d’été ou un printemps bien avancé, confirmé par ce ciel dégagé et clair que contrastent en arrière-plan le feuillu des arbres et la façade d’une église.

– Monsieur, mon oncle par alliance, André Marlier, était très copain avec Charles Wajsfelner jusqu’à son arrestation dont vous avez parlé pendant votre conférence. Ils faisaient du sport ensemble à la Soissonnaise gymnastique. L’arrestation de son ami l’a beaucoup affecté tout au long de sa vie. Je tiens à vous confier cette photographie. J’ai peur qu’elle se perde ou tombe dans l’oubli et finisse un jour à la poubelle, jetée malencontreusement par quelqu’un de ma famille pour qui cette photo ne signifierait rien. Je sais qu’avec vous elle sera conservée.
– Oh, je ne sais quoi dire… comment vous remercier ?
Ému, je découvre le visage de Charles à 17-18 ans, c’est-à-dire quelques mois, voire quelques semaines, avant son arrestation et sa déportation en juillet 1942 à Auschwitz. Je remarque aussi que la photo a été prise à Soissons, devant l’église Saint-Pierre, confirmée par les notes manuscrites au dos du cliché.
Je connaissais son visage grâce à deux photographies récupérées dans les années 1990 par Dominique Natanson, publiées sur son site internet[1]. Sur la première (ill.2), Charles était entouré par son père et sa mère devant leur étal de marchands de bas et de chaussettes, probablement sur un marché du Soissonnais. Elle a surement été prise dans la deuxième partie des années 1930, Charles semble avoir 12-13 ans. Sur la seconde photographie (ill.3), le jeune homme était plus âgé ; un adolescent qui posa à côté de sa maman. Entre ce cliché et celui que je venais de recevoir de madame Coelho ils paraissent être pris en peu de temps. Charles portait quasiment les mêmes vêtements avec toujours sa montre au-dessus du poignet gauche.

     Le jeune homme était né le 27 janvier 1924 à Grodno en Pologne. Il arriva en France avec ses parents, Jankiel et Bella, en 1930[2] . Sur cette seconde photographie (ill.3) recueillie par monsieur Natanson nous pouvons raisonnablement la dater entre 1940 et 1942, Charles avait 16-18 ans. Quant à celle que je tiens désormais entre les mains, j’ai cette troublante impression de voir le visage qu’avait le jeune homme au moment de sa déportation le 29 juillet 1942, ultime cliché d’une jeunesse fauchée à 18 ans.
Tous les enseignements accumulés lors de mon enquête sur cette famille juive d’origine polonaise de Soissons remontent dans un torrent de souvenirs. Ils m’ont souvent hanté lors de mes découvertes au cours de mes recherches dans tous les cartons d’archives qui m’ont été possible de consulter en m’appuyant sur, ou en les corrigeant, les témoignages qu’avait pu obtenir il y a plus de 20 ans, monsieur Natanson.
J’ai évoqué dans trois de mes chapitres[3] les circonstances de leurs arrestations ainsi que celle du petit frère, Maurice 10 ans, arrêté dix-huit mois plus tard, le 4 janvier 1944.
Je ne peux éviter en contemplant ce portrait de Charles, de repenser à ces terribles 48 heures entre le 19 et le 21 juillet 1942. Au choix abominable auquel il a été confronté avec son père. Rien que d’y repenser, je ressens à nouveau cette indignation circuler jusqu’au bout des doigts en tentant de la retranscrire avec des mots :

     Dans la nuit du 19-20 juillet, les gendarmes de Soissons frappent à la porte des Wajsfelner au 15, rue de Saint-Quentin. Sur leur liste des juifs étrangers âgés de 18 à 60 ans à arrêter à leur domicile, ils veulent embarquer Bella, Jankiel et le fils aîné Charles. Ces deux derniers sont absents. Le jeune homme ne se trouve pas chez ses parents quant au père, il put s’enfuir par les toits, juste avant l’interpellation[4]. Les gendarmes ont mis « seulement » la main sur madame Wajsfelner. L’aube est à peine levée en ce lundi 20 juillet. Son plus jeune fils, Maurice, est confié à sa tante qui n’est pas mentionnée sur la liste, venue de Paris rendre visite à sa famille. Bella est ensuite regroupée dans la Gendarmerie de Soissons avec dix autres juifs étrangers de la ville arrêtés dans la nuit. Ils sont tous transférés dans la journée à la prison de Laon[5].
Pendant ce temps-là, Charles et son père se retrouvent et se cachent chez un couple d’amis à Crouy[6] chez qui ils avaient loué un appartement avant de déménager à Soissons juste avant la guerre. Monsieur Wajsfelner et son fils sont effondrés par l’arrestation. De longues et épouvantables discussions tournent autour de ce choix abominable : fuir ou se rendre pour retrouver l’épouse et la maman.
Mardi 21 juillet 1942. Alors que les Juifs regroupés à Laon sont transférés au camp de Drancy à 11h15, à peu près au même moment, Charles et son père se rendent à la Gendarmerie de Soissons d’où ils sont directement escortés jusqu’au camp de la cité de la Muette.

       A lumière de ces faits, la carte écrite de Drancy par Charles à l’attention de sa voisine et bienfaitrice boulangère madame Salvage[7], révèle la tragédie singulière de cette famille parmi toutes les tragédies des familles déportées. Ce furent les derniers mots écrits de Charles Wajsfelner, le 28 juillet 1942, la veille de leur déportation vers une destination inconnue

19420728 carte de Charles WAJSFELNER 2

« Drancy, le 28-7-42 : Mme Salvage Je vous remercie très infiniment de tous ceux que vous nous avez donné le jour de notre départ. Nous avons été très touché et je vous remercie encore une fois. Demain matin nous partons, papa, maman et moi vers une destination inconnue. Aussitôt que je pourrai écrire, je vous ferai savoir de mes nouvelles, aussitôt. Je vous demande maintenant un petit service, aidé en pain selon que vous pourrez ma tante, sa fille et Maurice. Je vous remercie encore une fois. Si cela ne vous dérange pas dites un bonjour de nous à Mme Cochet et sa famille, ainsi que les autres gens de notre rue. Je vous remercie encore une fois de tous ceux que vous pourrez faire pour ma tante, sa fille et mon petit frère. Je salue très cordialement votre famille en attendant de vous remerciez tout ça de près. Charles » Carte postale de Charles Wajsfelner écrite le 28 juillet 1942 à l’attention de madame Salvage, boulangère et voisine vivant au 11, rue Saint-Quentin. Carte écrite des « escaliers du départ » de Drancy. [Source : Dominique Natanson].

     Je conserve désormais comme un bien précieux cette photographie offerte de Charles Wajsfelner, tel qu’il était juste avant de partir sans jamais revenir.

[1] Dominique Natanson : Mémoire juive et éducation http://d-d.natanson.pagesperso-orange.fr/
[2] Déclaration de Jacques-Jankiel Wajsfelner (son père) du 2 aout 1941 lors du recensement obligatoire après la promulgation par le Gouvernement de Vichy du second statut des Juifs en juin 1941 [Archives départementales de l’Aisne cote 13980].
[3]  Chapitre 17 : « 1942, les rapports Le Dall ou la rafle des Juifs étrangers ». Chapitre 41 : « La traque des Juifs en 1944 ». Chapitre 42 : « Au revoir les enfants ». In La Shoah en Soissonnais : Journal de bord d’un itinéraire de Mémoire. Éd. Le Manuscrit/FMS à paraître en 2016.
[4]  D’après le témoignage de monsieur Tarale, voisin des Wajsfelner au 17, rue de Saint Quentin : Au-dessus de l’appartement des Wajsfelner, monsieur Tarale entend des gémissements, des pleurs : c’est un homme qui s’est réfugié sur une terrasse au moment de la rafle. On le réconforte mais il ne veut pas rester là. Propos recueillis par Robert Attal dans les années 1980.
[5] Archives départementales de l’Aisne- cote 11431.
[6] Témoignage de Colette Lainé, fille de ce couple d’amis, recueilli par Dominique Natanson en juin 1990.
[7] Carte postale publiée sur le site internet de Dominique Natanson.

							
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Enfants d’hier et d’aujourd’hui réunis pour un temps du souvenir : Bunker II, Auschwitz-Birkenau.

Mardi 9 février 2016, Birkenau, 16 heures.
C’est le temps du souvenir et du recueillement. Nous nous regroupons près des fondations de ce qui fut en 1942 une chambre à gaz provisoire appelée bunker II ou « maison blanche ». Derrière quatre pierres tombales noires s’étend devant nous une clairière où furent incinérés dans de grandes fosses par les Sonderkommandos sous les ordres des SS des milliers de corps juifs venus de toute l’Europe occupée. Entourés par mes 35 élèves volontaires se donnant la main comme pour former un rempart contre l’oubli, Nathan Lewkowicz, 84 ans, et Viviane Bich, 75 ans, fils et fille de déportés juifs de Soissons se retrouvent au bout de ce camp immense où furent assassinés leurs proches et plus d’un million d’innocents.

bunker II

Notre parcours à Auschwitz II Birkenau, mardi 9 février 2016 après-midi. Cercle rouge : lieu de notre commémoration.

Nous rendons hommage aux Juifs du Soissonnais déportés et aux membres de la famille Lewkowicz restés en Pologne, exterminés à Treblinka et Sobibor afin qu’à la lecture de leur nom chaque participant y dépose une bougie du souvenir près de ces anciennes fosses crématoires.
Dans cette prairie où la nature a repris ses droits, repose l’âme de la maman de Nathan, des grands-parents maternels de Viviane, des Juifs du Soissonnais et celle de tant d’autres innocents acheminés dans cette partie du camp de Birkenau (été 42 – printemps 43, puis printemps-été 44), parce qu’ils étaient nés Juifs ! Au milieu du silence, de la rouille des barbelés et des ruines des crématoires, des enfants de Soissons d’hier et d’aujourd’hui se sont réunis pour la première fois au bord de ce trou noir de l’Humanité. Cette commémoration est si forte en émotion à travers les mots de Viviane et Nathan que beaucoup d’entre nous ne peuvent retenir leurs larmes.

Viviane et Nathan

Viviane et Nathan près des fondations du bunker II et des fosses de crémations.

bunker II cérémonie

Élèves près du bunker II lors de notre cérémonie.

bougies et visages de Simon et Rose Lewkowicz

Les bougies du souvenir, en face des anciennes fosses de crémations où furent incinérer des milliers et des milliers de corps de juifs assassinés entre l’été 1942 et le printemps 1943, puis réutilisées durant l’été 1944. La photo au pied d’une des pierres noires, le portrait de Rose Lewkowicz, la maman de Nathan.

      – Je profite de ce moment très solennel, s’exprime Viviane, pour vous dire quelques mots sur ma rencontre avec Stéphane votre Professeur. Cette rencontre est la chance d’une vie, et je le remercie de tout mon cœur de m’avoir guidée, avec votre aide, vous ses élèves, à travers un parcours si douloureux. D’abord celui de mes parents, de « traques en traques, de découvertes en découvertes » jusqu’aux limites des possibles dans ses recherches, jusqu’à ce voyage qui en est l’aboutissement et la concrétisation. Comme vous le savez mes parents sont revenus de cet enfer, mais les cendres de mes grands-parents Rebecca et Moïse, sont ici, nous les foulons peut-être aux pieds, et je leur rends ici un ultime hommage.
– Pourquoi?…pourquoi?…pourquoi ? S’interroge Nathan. Pourquoi tant de rage pour anéantir des vies humaines? Pourquoi tant de haine, tant de mensonge, de cynisme, d’indifférence, de mépris, de vol ?… Pourquoi ce condensé de mal ? Existerait-il donc comme un Absolu du mal ? Est-ce le prix de la liberté humaine ? Face à cet absolu du mal, y aurait-il un absolu du Bien ? Un absolu de l’amour ?… Nul n’a choisi d’exister en ce monde. Mais nous pouvons tous choisir d’aimer ou de haïr, de détruire ou de construire… Alors, choisissons l’amour. Merci encore à Stéphane Amélineau, aux élèves de Saint Rémy, à mes nièces et petit neveu, de m’avoir permis de faire « in situ » le deuil de ma mère et des membres de ma famille et des amis et de tant d’autres victimes de ce génocide innommable.

Ils étaient des enfants traqués, cachés, rescapés. Leurs parents furent arrêtés à Soissons dans la nuit du 19-20 juillet 1942. Nathan avait 11 ans quand il vît pour la dernière fois ses parents, encadrés par deux gendarmes français. Viviane avait 17 mois. Trop jeune pour se souvenir de cette arrestation, elle retrouva par miracle ses parents « inconnus » trois ans plus tard, de retour d’Auschwitz-Birkenau. Quant à ses grands-parents maternels qui séjournèrent quelques temps dans le Soissonnais, puis à Paris, ils ne revinrent jamais.
Viviane s’était déjà rendue dans ce camp il y a quelques années. Elle en garda un très mauvais souvenir, se retrouvant seule et perdue dans cette immensité silencieuse où tant de cris et de souffrances déchiraient jadis cette Nuit interminable. Pour transmettre son histoire à des élèves, elle s’était sentie prête à revenir sur cette terre de misère.
Nathan n’avait jamais pu se rendre à Auschwitz pour découvrir la réalité de ce que furent les derniers jours de ses parents et accomplir un deuil inachevé. A plus de 80 ans, il tenait à le faire et me sollicita durant l’été 2014 pour que je l’accompagne avec des élèves volontaires, enfants d’aujourd’hui.

Alors j’entrepris ce nouvel itinéraire de Mémoire (mon quatrième au lycée Saint-Rémy depuis mon arrivée comme professeur documentaliste en septembre 2007). 35 lycéens s’engagèrent. Ils venaient de seconde ou de première et étaient prêts à suivre au CDI cette route mémorielle à travers ces deux destins individuels pour mieux comprendre la portée universelle de la Shoah.
La progression de cet enseignement est jonchée d’ateliers de recherche et de découverte au CDI, de visites et de rencontres étalées sur deux années scolaires, en dehors des heures de cours traditionnels. Le temps fort de ce projet étant la visite d’Auschwitz-Birkenau. Ce voyage les conduit des rives de l’Aisne jusqu’au bord de la Vistule où reposent les cendres des martyrs de la Shoah. Je veille toujours à ce que ce déplacement en Pologne constitue pour les élèves une expérience unique dans leur vie de femme et d’homme en devenir. Leur détermination à mener à terme nos desseins me permet de le croire volontiers. D’ici peu, ces élèves et les descendants de ceux qui ont survécu seront les derniers dépositaires de la Mémoire Juive du Soissonnais.

C’est après cette longue préparation que j’accompagnais Viviane, Nathan et mes lycéens ce mardi 9 février 2016 pour découvrir ce qu’ils ont maintes fois aperçu dans des livres, dans des films ou dans les ateliers de découverte au CDI : les camps d’Auschwitz et de Birkenau. De l’entrée du camp d’Auschwitz I Stammlager avec cette sinistre sentence Arbeit macht frei jusqu’aux ruines des crématoires au fond du camp d’Auschwitz II Birkenau, en passant par la Judenrampe (rampe de sélection) entre les deux sites, nous avons arpentés pendant plus de six heures tous les aspects de la déshumanisation de ceux qui entraient dans ces camps nazis pour travailler et mourir d’une mort lente et de l’extermination immédiate à échelle industrielle dans  les 7 centres de mise à mort (KI, KII, KIII, KIV, KV, bunker I et bunker II) pour les Juifs et les Tsiganes.

Des élèves de ce projet, lisons avec leurs mots et leurs ressentis ce qu’ils me firent parvenir au lendemain de notre retour de Pologne :

– Manon, 17 ans : Ainsi s’achève ce voyage en Pologne qui, on peut le dire, a été riche en émotions… Certains parleront de l’immensité du camp de Birkenau avec cette déroutante logistique, de l’incompréhension d’une telle extermination, de la terrible sensation à entrer dans une chambre à gaz encore debout, à Auschwitz, à voir les fours crématoires reconstitués ou encore cette volonté haineuse des nazis envers les Juifs et les Tziganes à les réduire en cendres.
Pendant notre cérémonie de recueillement pour les victimes de la Shoah et de ceux de Soissons en particulier, nous retiendrons aussi les discours de Viviane et de Nathan qui nous ont profondément ému et bouleversé jusqu’aux larmes, aux souvenirs de leurs parents échoués dans ces centres de mise à mort. Leurs mots resteront à jamais gravés dans nos mémoires. Merci à Stéphane Amélineau pour l’organisation de ce voyage et de nous avoir impliqué dans un tel projet instructif et commémoratif. Remémorons-nous ce message gravé sur une des stèles près des crématoires, au bout de la rampe de Birkenau :
Que ce lieu où les nazis ont assassiné un million et demi d’hommes, de femmes et d’enfants, en majorité des juifs de divers pays d’Europe, soit à jamais pour l’Humanité un cri de désespoir et un avertissement.

– Lucie, 16 ans : Ce que j’ai vraiment découvert c’est tout ce mode opératoire pour tuer tant de personnes. Ce qui m’a choqué dans le premier camp à Auschwitz I ce sont ces cellules où les détenus devaient à quatre tenir dans 1m2, debout dans le noir. J’ai été également choquée d’entrer, sans que la guide nous avertisse, dans cette salle où sont entassées 2 tonnes de cheveux… J’en avais les larmes aux yeux surtout quand on nous a expliqués que les Allemands s’en servaient pour faire de la toile ou des couvertures. Ils récupéraient absolument tout des Juifs qu‘ils assassinaient, même les petites chaussures ou les poupées des enfants. Au cours de notre préparation nous avons longuement abordé la haine des nazis à l’égard des Juifs mais avec les copines on s’est dit qu’un jour cela pourrait être la haine contre les musulmans, les chrétiens ou n’importe quel groupe humain.
Quand nous avons découvert Birkenau, cela va vous paraître bizarre, mais je l’ai trouvé beau mais la guide nous a rappelé qu’à l’époque il n’y avait pas d’herbe, il y avait des cris partout, une odeur indéfinissable, que le camp n’était pas du tout tel que nous le voyons aujourd’hui.
La cérémonie a été le moment le plus fort, surtout quand Viviane et Nathan ont pris la parole. Quand Nathan a pris de la terre et l’a signa sur son front.

– Charlotte , 17 ans : Ce qui m’a profondément marquée ce sont les cheveux, les valises, les chaussures, tous les objets des déportés récupérés par les Allemands. Et puis la cérémonie, en particulier quand Nathan a commencé à dire près de l’endroit où sa maman est morte : Pourquoi tant de haine ? Et quand il a signé son front avec de la terre.

– Louise, 17 ans : Tant qu’on n’a pas vu on ne peut s’imaginer la grandeur du camp de Birkenau. Quand on est arrivée à l’entrée, c’était très impressionnant. Lorsque nous sommes entrée aussi dans la baraque 25 du camp des femmes on avait l’impression que s’était des vestiges romains, alors que non, c’était les terribles conditions de couchages des détenues il y seulement 70 ans. Mais ce qui nous a vraiment remué, c’est la cérémonie.

– Julien, 18 ans : Avec toutes ces ruines, même des crématoires, on a eu un peu de mal à se représenter à quoi cela ressemblait vraiment. La cérémonie est inoubliable, d’avoir eu cette impression d’être pleinement avec Nathan et Viviane pour faire leur deuil officiel.

– Pauline, 18 ans : Pour moi cette visite était très importante. C’est la consécration de notre projet. Je pense qu’on ne peut pas s’imaginer si on ne l’a pas vécu mais on en a vu un aperçu. J’ai trouvé Birkenau vraiment gigantesque et j’ai été choqué par certaines baraques à Auschwitz malgré que l’on fût préparé. La cérémonie était émouvante mais essentielle pour notre parcours ainsi que pour Viviane et Nathan. Je pense que le fait que notre professeur et nous les accompagnons les ont beaucoup aidés. Je peux désormais raconter et transmettre aux futures générations les témoignages que nous avons entendus et tout ce que je sais pour qu’on continue de penser à toutes ces personnes et que cela ne recommence plus jamais.

– Delphine, 17 ans : Le complexe de camps de concentration/extermination d’Auschwitz-Birkenau est situé près de Cracovie en Pologne. Il a été étonnant pour nous de constater qu’il était désormais entouré d’habitations. Avant le départ, je savais que le camp d’Auschwitz était beaucoup plus petit que celui de Birkenau mais lors de la visite de celui-ci j’ai déjà été impressionnée par le nombre de baraquements. Malgré tout ce que j’ai pu voir pendant la visite et ce que nous avons appris il reste très dur d’imaginer l’horreur des évènements qui se sont déroulés dans ces camps. Cependant les expositions installées dans les baraquements ainsi que les reconstitutions des chambres à gaz nous aident à entrevoir l’ampleur de cette « solution finale » trouvée par les nazis. Ainsi il a été très impressionnant pour moi de voir la quantité de chaussures, de valises et de lunettes exposées, qui ont été retrouvées dans « les Canada » et ne sont pourtant qu’une petite partie de ce qu’ils contenaient. Je pense que cet empilement des biens enlevés aux juifs déportés m’a le plus choquée que toutes les baraques vides qui demandent plus d’imagination pour comprendre ces évènements. Le discours de Viviane et Nathan pendant la commémoration du souvenir des juifs déportés et plus spécialement de ceux de Soissons m’a permis de comprendre l’importance du travail de recherche mené par monsieur Amélineau. Mais aussi celui du travail de mémoire que nous, élèves, avons entrepris. Pendant la visite du camp d’Auschwitz au moment de rentrer dans un bâtiment la nièce de Nathan m’a dit « C’est ici que mon grand-père est mort ». Je ne savais pas quoi lui répondre. En rentrant dans le bâtiment il était difficile de se représenter ce qu’elle pouvait ressentir et tous les meurtres qui ont été commis dans ces lieux. Cela a aussi été difficile pour moi de rentrer dans la chambre à gaz d’Auschwitz et de voir les fours crématoires. Cette journée m’a permis de mettre des images et de rendre plus concret ce qui nous a été expliqué par monsieur Amélineau et ce qui nous est présenté lors des cours d’Histoire. Pour conclure je dirais que ce voyage m’a profondément marquée et je pense qu’il est important de commémorer la mémoire de ces évènements.Comment peut-on envisager l’extermination de personnes  de par le simple fait qu’ils soient nés dans un lit plutôt qu’un autre ?

Portail Az

Nous pénétrons le camp d’Auschwitz I Stammlager (mardi 9 février 2016, matin).

 

Judenrampe

Nous arpentons la Judenrampe (rampe de sélection pour les Juifs destinés aux chambres à gaz) entre le camp d’Auschwitz I Stammlager et Auschwitz II Birkenau (Mardi 9 février 2016, midi)

 

Birkenau

Nous approchons du camp d’Auschwitz II Birkenau (Mardi 9 février 2016, après-midi).

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«Dans ma tête cette histoire est restée gravée pour toujours »

Entretien avec Lucienne Lobry-Debruyère sur le sauvetage de Marie-Claude Cahen en janvier 1944 au collège de Jeunes Filles à Soissons.

      

        Le chapitre que je consacre dans mon livre sur l’arrestation de Paul et Fernande Cahen au 21-23 rue du collège à Soissons, ainsi que le sauvetage in extremis de leur plus jeune fille, Marie-Claude née en 1930, grâce à une chaîne de solidarité, proviennent exclusivement des entretiens en 1990 entre Dominique Natanson, Marie-Claude Cahen elle-même, madame Cholet, employée chez les Cahen, et madame Brunetaux, voisine et témoin oculaire de l’arrestation du couple âgé respectivement de 62 et 55 ans en ce début d’après-midi, un certain mardi 4 janvier 1944. J’ai pu au cours de mon enquête consulter les archives des autorités françaises de l’époque rendant compte de l’opération effectuée par les Allemands avec le concours de la police et de la gendarmerie de la ville.

       Le témoignage que madame Lucienne Lobry m’apporta ces jours-ci révélait le sort de Marie-Claude Cahen sur les jours qui se situèrent entre l’arrestation de ses parents et sa fuite à Chamonix : une période de deux à trois semaines non évoquée dans les souvenirs des témoins précités. Elle mérite aujourd’hui de sortir du silence, pour bien des aspects.

     Lucienne a 86 ans. Elle demeure à Soissons, place Saint-Christophe. Une maison acquise déjà par son grand-père. C’est en découvrant un article dans la presse sur mes travaux qu’elle parvint à me joindre au début de cette année 2016.

     – Monsieur, m’avertissait-elle au téléphone, je tiens à témoigner de ce que je sais sur Marie-Claude Cahen, juste après l’arrestation de ses parents le 4 janvier 1944 et à corriger quelques erreurs parues dans le livre de monsieur Dominique Natanson à cause des témoignages, parfois flous, qu’il avait récolté au début des années 90[1].  De plus, juste après la fin de la guerre, en juin 1945, Marie-Claude m’a donnée une photo d’elle, en gage de notre amitié. Nous nous sommes liées lorsqu’elle se retrouva dans ma chambre au pensionnat du collège des Jeunes filles, juste après la rafle de son papa et de sa maman. Je la conserve comme une petite relique que j’aimerais vous montrer.

     Nous convînmes d’un rendez-vous à son domicile. Au seuil de sa grande demeure, Lucienne Lobry m’accueillait, à peine arc-boutée sur sa canne, avec un sourire de bienvenue. Les cheveux blancs coupés court laissaient découvrir un regard aussi pétillant que son acuité intellectuelle. Nous nous installâmes sur un bureau de son salon pour commencer notre entretien.

     – La question de la famille Cahen m’a beaucoup intéressée, engagea-t-elle notre conversation. Je vais vous raconter pourquoi dans le détail. Ce qui est resté flou dans la mémoire de Marie-Claude, comme elle le dit dans le livre de monsieur Natanson, est pour moi resté graver pour toujours.

     – Parlez-moi un peu de vous, jusqu’à votre situation en 1943-44.

     – Je suis Soissonnaise. Mon père avait un moulin à Soissons, au faubourg de la crise avenue de Château-Thierry. Mes parents habitaient Bucy-le-long et donc j’étais pensionnaire au collège de Jeunes filles, aujourd’hui le lycée Camille Claudel. C’était le seul collège public à Soissons à l’époque, depuis la 12è jusqu’à la terminale. Ce collège rue de Panleu était occupé presque entièrement depuis 1940 par les Allemands. Il ne restait qu’une aile de l’établissement accessible aux élèves pour faire la classe. C’est l’aile qui était le long de la rue du Théâtre romain par laquelle nous rentrions. Sinon, l’entrée principale était rue de Panleu, mais occupée par les Allemands. Il y a toujours une pendule qui indique 8 heures. Quand j’étais élève, la pendule était déjà en panne et elle marquait déjà 8 heures. Les dortoirs, réfectoires étaient occupés aussi par les Allemands. Ils n’allaient pas dans nos couloirs mais on les entendait. Il n’y avait que la directrice, madame Marguerite Mouton, qui habitait son appartement au 1er étage, en façade de l’entrée sur la rue de Panleu.

 

Vu aérienne du collège de Jeunes filles à Soissons

Toujours sur le fronton du lycée Camille Claudel, l’inscription « Collège de Jeunes Filles » et toujours, à droite, l’horloge qui indique 8 heures.

Toujours sur le fronton du lycée Camille Claudel, l’inscription « Collège de Jeunes Filles » et toujours, à droite, l’horloge qui indique 8 heures.

     – Donc, vous receviez vos enseignements dans l’aile nord, donnant rue du Théâtre romain.

     – Oui, par contre notre réfectoire était désormais au 7, rue de Panleu et notre dortoir, de l’autre côté de la rue, juste en face, au n°10. D’ailleurs cet immeuble est resté inchangé, ce sont toujours les mêmes volets aux fenêtres, avec la peinture de 1940.

7, rue de Panleu à Soissons ancien réfectoire du Collège de Jeunes filles pendant l’occupation allemande.

7, rue de Panleu à Soissons ancien réfectoire du Collège de Jeunes filles pendant l’occupation allemande.

10, rue de Panleu, ancien dortoir du Collège de Jeunes filles à Soissons pendant l’occupation allemande.

10, rue de Panleu, ancien dortoir du Collège de Jeunes filles à Soissons pendant l’occupation allemande.

 

     – Vous étiez en quelle classe en 1943-44 ?

     – J’étais en classe de 3è, pensionnaire et Marie-Claude, qui avait un an de moins que moi, était en 4è et elle était externe. Tout à coup il y eut la rafle des Juifs à Soissons le 4 janvier 44 avec l’arrestation des parents de Marie-Claude. Elle est alors devenue pensionnaire dans ma chambre. C’était des chambres, dans cet immeuble privé du n°10 devenu dortoir, pas très grandes avec parfois trois ou quatre lits. On n’était pas très nombreuses, une quarantaine.

     – Marie-Claude, se trouve pensionnaire dans votre chambrée du jour au lendemain. Vous souvenez-vous si c’était dès le jour de l’arrestation de ses parents ?

     – Ses parents étant arrêtés, elle est accueillie à l’internat. Etait-ce le jour même, le lendemain ou trois jours après ? Je ne peux en préciser la date exacte.

     – D’après les rapports de gendarmerie, l’arrestation des Juifs a lieu en plein jour, en début d’après midi, vers 13h30.

     – En tant qu’élève, fille de 14 ans, on sait que les Juifs sont arrêtés mais on ne sait pas les détails à ce moment-là. Et je ne peux pas vous dire si Marie-Claude est arrivée le 4 janvier, le 5 ou le 6. Mais je peux assurer qu’à ce moment-là, après l’arrestation de ses parents, elle a été interne.

     – Est-ce qu’elle portait l’étoile juive jusqu’à l’arrestation de ses parents ?

    – Ecoutez, avant l’arrestation on ne faisait pas attention. Certainement, si c’était obligatoire, elle l’avait. Retenez bien cela, on ne disait rien parce que tout le monde avait peur. Un Juif, un résistant, un truc, on ne disait rien, on ne voulait pas savoir. On ne se parlait pas. Même avec les parents, quand un père faisait de la résistance ou collaborait, on ne savait pas. Pour les Juifs, on ne savait pas, nous les jeunes, qu’ils allaient en déportation. Ce que je peux dire pour Marie-Claude, c’est qu’elle n’avait plus son étoile lorsqu’elle est devenue pensionnaire à l’internat. Moi-même, en tant qu’élève, je ne me rendais pas compte qu’on la recherchait. On avait peur, beaucoup de gens ont été arrêtés à Soissons. En janvier 1944, ce n’était pas la première fois qu’il y avait une rafle. En novembre 1941, il y avait eu des non-juifs qui avaient été arrêtés, j’ai eu deux oncles qui ont été pris, mon père a été recherché par la gestapo. Puis en juillet 42, la première rafle des Juifs, puis encore d’autres rafles concernant des gens qui n’étaient pas Juifs. On disait monsieur untel a été arrêté, untel a été arrêté, les parents de Marie-Claude ont été arrêtés, etc. C’est tout ce que l’on savait. Tout le monde était très discret.

     – Combien de temps resta-t-elle à l’internat ?

     – Pendant deux ou trois semaines. Là non plus je ne peux pas affirmer exactement la durée de sa présence à l’internat. Je n’ai pas compté les jours mais on était tous les soirs dans la même chambre, au 1er étage, côté droit en façade donnant sur la rue de Panleu, au n°10.

     – Dans le témoignage que vous avez écrit à monsieur Natanson vous soulignez que vous étiez trois dans cette chambre.

     – Il y avait Marie-Claude, moi et Colette Mony. Rendez-vous compte ! Le père de Colette était secrétaire fédéral du P.P.F [Parti Populaire Français – parti collaborationniste dirigé par Jacques Doriot] à la Ferté-Milon. Il a été condamné à mort à la Libération. Mais, voyez-vous, dans notre chambre on ne se parlait pas de la guerre ou de la politique. Nous, enfants, on ne parlait pas de savoir si nos parents étaient résistants, ou collaborateurs ou dans un groupe…

     – Incroyable ! Dans votre chambre, il y avait donc une fille de juifs déportés et une fille d’un notable de la collaboration.

     – Oui et je trouve que ce choix de notre directrice, madame Mouton, a été très audacieux. Est-ce qu’on peut imaginer cette audace ? On peut dire que c’était un véritable coup de poker !

     – Coup de poker réussit puisqu’elle survivra.

     – Quand j’y repense, parce qu’à l’époque, je ne savais pas que Collette était une fille d’un responsable du PPF.

     – Il est très probable que Colette, comme vous, savait que Marie-Claude était juive.

     – Oui, très certainement. De là à dire à son père qu’elle dormait avec une juive dans la même chambre… Je ne suis pas sûre d’ailleurs qu’elle sache exactement quel rôle avait son père dans ce PPF. J’ai appris à la Libération [28 août 1944 pour Soissons] que monsieur Mony, condamné à mort, s’était caché dans une cabane rue du Château d’Albâtre. Je ne sais pas ce qu’il est devenu. A-t-il été exécuté ? Je n’en sais rien.

     – Comment était madame Mouton, votre directrice ?

    – Madame Mouton était consciente de tout ça. C’était une femme petite qui avait beaucoup d’autorité. Elle menait très bien son collège. Dans cette affaire elle savait ce qu’elle faisait. Je pense que l’arrivée de Marie-Claude dans cette chambre, c’était assez tôt après l’arrestation, parce qu’on cherchait à ce moment-là Marie-Claude. Sans doute, après on ne la cherchait plus, les Allemands avaient sans doute autre chose à faire. Elle devait être probablement arrêtée avec ses parents, mais ils ne l’ont pas trouvé. Pourtant, elle était dans le collège.

     – Sous le nez des Allemands ! C’est vraiment incroyable, car ce jour-là, le 4 janvier 44, à Tergnier par exemple, ils n’ont pas hésité à chercher dans leur classe au Collège les enfants Grünblatt (Annette, 18 ans et Maurice, 12 ans).

    – Oui, sans l’étoile jaune, mais sous leur nez. Avant, Marie-Claude était dans une autre classe [en 4è] que la mienne mais on est devenues amies car elle est arrivée dans ma chambre. Le choix de cohabitation, avec la jeune Colette Mony, peut paraître étonnant mais il fut certainement judicieux. Je me souviens très bien, Marie-Claude ne portait plus l’étoile jaune mais elle a gardé la même coiffure. Dans un témoignage du livre de monsieur Natanson, il est dit qu’elle s’était coupée les cheveux. Peut-être, mais c’était après, lorsqu’elle quitta le collège pour être emmenée en Savoie. Mais au moment où elle était avec moi à l’internat, elle avait le même « look », ses nom et prénom. On l’appelait toujours Marie-Claude Cahen [Lorsqu’elle se réfugia dans les Alpes, elle changea d’identité pour se nommer Danièle Millet]. Elle était comme avant l’arrestation de ses parents, on ne s’était pas posé la question. Si elle avait changé de look ou de nom, cela nous aurait interpellés.

     – En tout cas, personne ne semble l’avoir dénoncée pendant son séjour au pensionnat.

     – Non, et j’insiste à dire qu’entre nous on ne parlait de rien. Que des parents d’élève soient collaborateurs ou résistants, on n’en parlait pas. Je répète, on avait peur. Les Allemands étaient avec nous dans l’enceinte de l’établissement. Dès la tombée de la nuit, c’était le couvre-feu. La ville sombrait dans l’obscurité. La patrouille allemande circulant dans la rue tapait dans les volets du rez-de-chaussée du dortoir à la moindre perception de lumière à l’extérieur. Tout était calfeutré.

     – Ces Allemands dans le collège, c’était bien des soldats, y en avait-il en civil ?

   – Non, non, c’était des soldats. Vous voyez, dans notre aile nord pour notre enseignement, les Allemands venaient vérifier dans nos livres d’allemand, car je faisais de l’allemand en deuxième langue, si on avait collé entre elles les pages où il y avait des auteurs juifs. Par exemple, tous les pages des textes d’Heinrich Heine étaient collées entre elles pour nous interdire de les étudier. Dans la grande cour de récréation, il y avait aussi les Allemands. Je me souviens d’avoir vu également dans cette cour des soldats russes prisonniers bien malheureux avec leur grande capote, leurs chaussures fourrées. Ils ne sont pas restés longtemps mais ils ont été là.

     – Vous rappelez-vous ce que ressentait Marie-Claude quand vous étiez dans votre chambrée ?

     – Elle pleurait la nuit. On ne disait rien, on la laissait pleurer. Marie-Claude et moi nous avons fini par devenir copine. Comme elle était désormais interne et que ses habits se salissaient, il fallait bien les laver. Ce n’était pas à la directrice de le faire alors madame Mouton m’a dit de les apporter chez madame Machoire, rue de l’Echelle Saint-Médard, au bord de l’Aisne, près des Bains douches de Soissons. J’emmenais le linge sale de Marie-Claude le samedi en vélo, avant de rentrer chez mes parents. Et le lundi, je récupérais le linge propre. Puis un jour, un lundi, en rentrant avec ce linge propre, il n’y avait plus Marie-Claude. Elle était partie, je n’ai pas posé de question, c’était la guerre.

     Il me parait très probable, en recoupant les témoignages de madame Cholet, de madame Brunetaux dans le livre de monsieur Natanson et celui de mon interlocutrice, que la chaîne de solidarité qui a permis à Marie-Claude de se réfugier à Chamonix jusqu’à la Libération, s’est déroulée pendant le week-end du 15-16 janvier 1944, avant que ses parents Paul et Fernande Cahen soient transférés de la prison de Soissons au camp de Drancy le jeudi 20 janvier 1944. Je peux donc en déduire que Marie-Claude est restée une dizaine de jours, comprenant deux week-ends (8-9 janv. + 15-16 janv.) puisque Lucienne Lobry se rappelle de ne pas avoir transporté le linge de son amie qu’une seule fois.

     – A ce moment-là, poursuit madame Lobry, je ne mesurais pas les risques encourus par notre directrice madame Mouton. Elle avait fait le bon choix, choix combien audacieux. La Gestapo pouvait-elle rechercher Marie-Claude, fille juive dans ce même collège occupé par les Allemands, où elle était élève, puis pensionnaire ? Madame Mouton qui a participé au sauvetage de Marie-Claude n’est-elle pas une Juste ?

     A la fin de notre entretien, comme pour étayer son témoignage par un document, elle me montra cette photo de Marie-Claude que cette dernière lui avait remise juste après la guerre, à Soissons, en juin 1945. Je découvrais avec beaucoup d’émotion et pour la première fois, le visage de cette adolescente après avoir été traquée, cachée, puis sauvée, orpheline de ses parents. Au dos de cette photo, elle avait écrit comme preuve de son amitié à « Lulu » en mémoire de ces jours de janvier 44 passés dans leur chambrée du collège :

Marie-Claude Cahen recto

Photographie, recto et verso, de Marie-Claude Cahen, juin 1945. [Collection privée – Lucienne Lobry-Debruyère].

Photographie, recto et verso, de Marie-Claude Cahen, juin 1945. [Collection privée – Lucienne Lobry-Debruyère].

     – Madame Lobry je vous remercie sincèrement de m’avoir accordé ce témoignage très important.

– Dans ma tête cette histoire est toujours restée gravée dans ma tête. C’est moi qui vous remercie de l’écoute attentive que vous m’avez  accordée. Je me sens soulagée de souvenirs que je souhaitais transmettre avant que ma mémoire ne s’efface.

     Les parents de Marie-Claude, Paul et Fernande Cahen, ont été déportés de Drancy vers Auschwitz-Birkenau dans le convoi n°67 du 3 février 1944. Ils périrent pendant le trajet ou à leur arrivée dans les chambres à gaz de Birkenau le 6 février.

[1] Lucienne n’a découvert ce livre paru en 1992 que récemment, au hasard d’une brocante. En octobre 2014, elle écrivit à l’auteur pour révéler son témoignage mais elle n’eut pas de réponse.

 

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Agenda : conférences janv. 2016

Conférence Place des Vosges 4 janv 2016Conf 17 janv. 2016

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« Les élèves du lycée Saint-Rémy sur les traces des déportés juifs de Soissons »

Lu dans la presse régionale ce matin (L’Union du 22décembre 2015). Belle reconnaissance sur l’implication de mes élèves dans ce nouvel itinéraire de Mémoire.

L'Union 22 déc 2015

Article publié dans L’Union, édition du mardi 22 décembre 2015, par Julien Tilmant.

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Une leçon d’histoire au CDI

« Une leçon d’Histoire : une rencontre qui vaut tous les cours d’Histoire »

C’est par ces mots que les journalistes de France 3 Picardie, Rémi Vivenot et Hélène Renaux, ont ouvert leur reportage diffusé sur le JT 19/20 régional vendredi 18 décembre 2015, le soir même de cette rencontre entre Nathan Lewkowicz et mes élèves. Il révèle un temps fort de ma progression pédagogique sur cet enseignement de la Shoah engagé depuis un an, relatant l’histoire de deux familles juives de Soissons à travers le parcours de deux de leurs enfants. Celui d’une petite fille d’un an (Viviane) et d’un petit garçon de 10 ans (Nathan) persécutés entre 1940 et 1944.

Après une rencontre avec Viviane en mai dernier (cf. article  publié le 2 juin 2015 – https://itinerairesdememoire.wordpress.com/2015/06/02/jai-vecu-cachee-apres-larrestation-de-mes-parents-par-les-gendarmes-francais-en-juillet-1942/), mes 35 lycéens ont pu enfin rencontrer Nathan, entendre son témoignage, s’émouvoir de l’enfant qu’il fut et s’enrichir de l’homme qu’il est devenu au soir de sa vie, à l’âge de 84 ans. Ce fut une première pour lui, témoigner devant des jeunes nés au crépuscule du XX° siècle. Ce fut une première pour mes élèves, écouter ce témoin de la Shoah aux souvenirs ancrés dans sa mémoire lors de l’arrestation de ses parents et de son périple pour échapper aux nazis et à leurs collaborateurs. Ces rencontres sont les préludes plus que nécessaires à notre déplacement à Auschwitz-Birkenau en février prochain en leurs compagnies.

Pour voir le reportage, cliquez sur le lien suivant [timing : annonce au sommaire de l’édition (curseur à 0:43 min.) ;  reportage (curseur à 5:05 min).

https://drive.google.com/file/d/0B0K-MOmg3kZKdHZHRUZQZ0dSRE0/view?usp=sharing

Double expérience en vérité pour mes élèves. Celle du témoignage et celle de la découverte du travail des journalistes pour monter une reportage en les sollicitant à parler devant un micro et une caméra. Je suis fier d’eux et l’information diffusée dans ce JT du 18 décembre 2015, je pense, restitue bien cette après-midi inoubliable pour tous.

Hélène Renaux, de France 3 Picardie, s'entretient avec Camille (élève de Terminale). CDI Lycée Saint-Rémy Soissons (18/12/2015).

Hélène Renaux, de France 3 Picardie, s’entretient avec Camille (élève de Terminale). CDI Lycée Saint-Rémy Soissons (18/12/2015).

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Gwendoline, Élodie, Solène et Pauline répondent aux questions de la presse écrite régionale (L’Union).

CDI 18 décembre 2015

Après deux heures d’entretiens avec Nathan Lewkowicz, une collation bien méritée pour tous les élèves qui participent au projet pédagogique.

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Atelier de recherche et d’écriture

A deux mois de notre déplacement à Auschwitz-Birkenau, les 35 élèves volontaires du projet pédagogique « Des enfants dans la Nuit : Viviane & Nathan » se retrouvent au CDI du lycée, une fois par semaine (un groupe le lundi, un groupe le mardi) organisés en atelier de recherche, de découvertes et d’écriture sur l’histoire des familles de Viviane et Nathan.

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Elèves du projet lors d’un atelier de recherche au CDI du lycée Saint-Rémy – déc.2015.

Depuis septembre 2015, des binômes ou des trinômes se sont constitués en fonction des chapitres établis pour le plan de notre ouvrage à publier pour la fin de l’année scolaire. Nous avons choisi un fil chronologique, voici le plan :

Partie I : Sujets de l’Empire Russe

1.Isia & Sophia de la fin du XIX° à 1920 (Famille Bich-Aisinzon)

2. Ruben et Rosa   (Famille Lewkowicz-Herszlikowitz)

Partie II : L’exil

3. 1920 : d’Odessa à Soissons (famille Bich)

4. 1921 : Au nom de l’amour et de la liberté (famille Lewkowicz)

Partie III : Au pays des Droits de l’Homme 1920-1939

5. Marchand de bois et années folles (famille Bich) 

6. Robert L. Paris Couture (famille Lewkowicz)

Partie IV : De la Mobilisation à l’Occupation

7. Exode en Gironde (famille Bich)

8. Et la Nuit tomba (famille Lewkowicz)

Partie V : 1940-1942 Du recensement à l’étoile jaune 

9. Naissance d’une petite fille dans la tourmente (famille Bich)

10. De la place Centrale au Château d’Albâtre (famille Lewkowicz)

Partie VI : 19-20 juillet 1942, La rafle : de Soissons à Drancy

11. L’Affaire Bich dit Mochet (famille Bich)

12. La séparation (famille Lewkowicz)    

Partie VII : 1942-1944 Les enfants cachés

13. A Paris (Viviane Bich)

14. A Saint-Amand-Montrond (les enfants Lewkowicz)

Partie VIII : Déportation à Auschwitz-Birkenau

15. Robert-Simon et Rose Lewkowicz

16. Isia et Sophie Bich

Partie IX : 1945, une histoire sans fin 

17. Ils ne reviendront pas (famille Lewkowicz)

18. Le retour des absents (famille Bich)

Partie X : Et après…

19. Viviane

20. Nathan

20151215 atelier de recherche 1

Elève consultant les archives numérisées sur un serveur du CDI. Atelier de recherche déc. 2015.

Après le voyage en Pologne entre le 8 et 12 février prochain, nous finaliserons le livre en avril, avant impression, afin de restituer aussi l’expérience vécue par les participants de cet itinéraire de Mémoire engagé depuis un an.

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Une jeunesse de coeur

Il y a des matins chagrins jusqu’à ce petit rien, ce petit dessin posé sur mon bureau lorsque j’ai allumé la lumière de mon CDI à 7h30. Alors là j’ai souris, toute la journée… Une jeunesse du cœur l’avait déposé hier soir…

Pray for Paris Cassandra Piat

Pray for Paris                                                  (élève du lycée Saint-Rémy Soissons, 16 nov.2015)

 

 

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Une frise chronologique sur l’histoire des familles Bich et Lewkowicz

Réalisation avec

Réalisation avec « whenintime » d’une frise chronologique relatant dans un contexte politique, les événements liés aux familles Bich et Lewkowicz. Juifs persécutés et déportés de Soissons pendant la Shoah.

Cette frise chronologique a pour objectif d’aider mes élèves du projet en cours à replacer dans un contexte politique, l’histoire de deux enfants, de leur famille juive installée à Soissons et persécutés pendant la Shoah : Viviane BICH et Nathan LEWKOWICZ.

Légende :
Cartouches grises : contexte politique (européen, national ou local)
Cartouches rouges : Mesures antijuives
Cartouches jaunes : événements liés à la famille Bich dit Mochet
Cartouches bleues (en cours de réalisation) : événements liés à la famille Lewkowicz.
En cliquant sur + dans la frise, vous pouvez zoomer pour découvrir des événements rapprochés (par jour, par semaine, par mois, etc.)

http://whenintime.com/HTimeline.aspx?tlurl=/tl/cdisaintremy/des_enfants_dans_la_nuit__3a_viviane__26_nathan/

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