Mémoire des lieux, Mémoire des victimes de la Shoah à Soissons 

Jeunes d’aujourd’hui, dans ce parcours, entendez leurs histoires

Soissons, vendredi 4 mars 2022.

De toutes les rencontres faites auprès des élèves de centaines de classe en Picardie ou ailleurs pour raconter la Shoah à travers des destins individuels ou familiaux, celle avec les 3B du collège Louise Michel de Villeneuve-Saint-Germain fut bien singulière. Le soleil, généreux pour cette rencontre hors les murs de leur école, allait nous accompagner pour éclairer les heures sombres de notre Histoire et nous offrir une palette d’émotions que je m’autorise à vous confier dans ces lignes.

Fin aout 2021, leurs professeure documentaliste et professeur d’histoire m’avaient contacté pour préparer une rencontre avec leurs élèves, non pas en classe, mais in situ, sur les lieux où des personnes juives furent arrêtées à Soissons : leur raconter qui ils étaient, ce qu’ils faisaient, ce qu’il advint pour chacune d’elle jusqu’au dernier souffle de leur vie dans les camps de la mort nazis d’Auschwitz et de Birkenau. Nous avions coché le 4 mars 2022 pour réaliser ce parcours dans les rues du centre-ville.

Deux classes de 3e au collège Louise Michel de Villeneuve-Saint-Germain (banlieue de Soissons), vendredi 4 mars 2022 entre 10h30 et 12h30

Après avoir rencontré trois classes de 3e le matin dans une salle du collège Louise Michel de Villeneuve-Saint-Germain, une quatrième devait me rejoindre, pour 14h30, devant la stèle des victimes de la seconde guerre mondiale, sur la place du marché (place Fernand Marquigny), derrière la cathédrale de Soissons. Mais juste avant, le cœur impatient, j’avais rendez-vous avec un couple venu exprès de Bordeaux pour se mêler aux jeunes collégiens ; monsieur et madame Guerrand. Cette dernière, Catherine, est la petite-fille de Paul et Fernande Cahen, arrêtés le 4 janvier 1944 et assassinés un mois plus tard, à Auschwitz-Birkenau, le 6 février, et fille de Marie-Claude Cahen qui échappa de justesse à l’arrestation grâce à une chaîne de solidarité qui cacha l’adolescente d’alors (13 ans) jusqu’à la Libération. Nous nous connaissions depuis cinq ans, à travers nos échanges épistolaires lorsque que Catherine avait eu vent de mes travaux historiques et la publication de mon livre qui évoquait la tragédie de sa famille. Cet après-midi-là, nous étions si ravis de nous voir enfin.

Arrivèrent, comme prévu, les jeunes collégiens et leurs professeurs, Christine et Sibylle. Je fis les présentations devant la stèle des noms des victimes de la barbarie nazie et précisais aux élèves qu’ils étaient les premiers à faire ce petit parcours pour reconvoquer le passé devant les domiciles où des familles furent arrêtés, certaines regroupées dans l’ancienne gendarmerie ou l’ancienne prison de Soissons, avant d’être anéanties à Auschwitz pour le seul fait d’être nés Juifs.

Nous n’avions que deux heures devant nous, alors j’avais décidé de raconter que quelques destins parmi les dix familles juives de Soissons meurtries par les déportations pendant la Shoah. J’avais préparé pour chaque élève un portfolio (cliquez sur l’illustration ci-dessous) pour qu’au cours de ma narration, ils puissent aussi découvrir les visages de ces innocents qui avaient de 3 à 62 ans.

Nous nous sommes donc rendus devant l’ancien magasin des Lewkowicz, place Fernand Marquigny, au 15 rue Saint-Quentin où vécurent les Wajsfelner, au 21-23 rue du Collège concernant les Cahen – la famille de Catherine, au 7 rue des Cordeliers pour la famille Ehrenkranz-Liwer, puis sur la Grande place, devant l’ancienne gendarmerie.

Pour finir, des membres de l’équipe municipale avait accepté de m’ouvrir l’église Saint-Pierre devenue lieu de commémoration pour les hommages rendus aux déportés de Soissons pour motifs politiques ou raciaux pendant la seconde guerre mondiale. Je fus agréablement surpris que madame Yana Boureux, conseillère municipale déléguée aux affaires patriotiques, ait tenu à nous accueillir et dire quelques mots aux jeunes.

Tout au long de mon récit in situ, j’ai ressenti une formidable attention des élèves, et dans leurs regards j’ai compris qu’ils étaient tout entier avec les victimes d’il y a 80 ans en écoutant mes paroles et consultant les photos sur leur petit livret en main. A la fin, plusieurs d’entre eux m’ont confié qu’ils avaient été ébranlés par les histoires que j’avais racontées mais qu’ils avaient beaucoup appris. Alain et Catherine Guerrand ont été émus tout en étant émerveillés par l’attitude exemplaire de ces jeunes.

Nous saluons chaleureusement les élèves qui doivent reprendre le car. Christine et Sibylle sont enthousiastes de cette première expérience et me demandent de recommencer l’année prochaine.

Il est alors 16h30. Pour Alain, Catherine et moi, un autre rendez-vous nous attendait un peu plus loin dans la ville, place Saint-Christophe. Nous nous dirigions chez Lucienne Lobry, 93 ans. J’avais pu mettre en contact Lucienne et Catherine depuis 2017 et aujourd’hui, je pouvais enfin les réunir. Des larmes de joie intérieure coulèrent au fond de mon cœur, constater que mes travaux historiques réunissaient à nouveaux des personnes 80 ans après des événements si douloureux. Elles avaient tant de souvenirs à partager… En relisant cet article que j’avais publié en 2016, Dans ma tête cette histoire est restée gravée pour toujours, vous comprendrez, je pense, la joie de Lucienne d’avoir auprès d’elle Catherine, la fille de Marie-Claude Cahen ; et réciproquement.

Catherine Guerrand et Lucienne Lobry, vendredi 4 mars, Soissons.

Je voudrais remercier pour la réalisation de ce parcours avec les jeunes :

Toute la classe de 3B et leurs gentils mots qu’ils m’ont adressés avant de nous dire au revoir.

A Christine, leur professeure documentaliste, qui a organisé cet événement avec énergie et passion. Pour son attention à mon endroit depuis son accueil le matin au collège et jusqu’à la fin du parcours. Qu’elle en soit chaleureusement remerciée.

A Sibylle, leur professeure d’Histoire, qui a merveilleusement préparé ses élèves à cette rencontre, et très motivée depuis notre premier rendez-vous en aout dernier pour réaliser ce parcours.

A madame Bayard, du service de la ville de Soissons « Animations et Festivités » qui a accepté sans hésiter de m’accorder l’ouverture de l’église Saint-Pierre.

A madame Yana Boureux et monsieur Gwenaël Tallonneau, de l’équipe municipale, qui nous ont accueillis pour nous ouvrir l’église Saint-Pierre devenue mausolée pour les victimes des déportations.

A propos Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste : Lycée ITG Val-de-Beauté à Joinville-le-Pont (94 - Val-de-Marne) de 1994 à 2001. Lycée Françoise Cabrini à Noisy-le-Grand (93 - Seine-Saint-Denis) de 2001 à 2007. Lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne) de 2007 à 2018. Collège-Lycée Saint-Joseph à Château-Thierry (02 - Aisne) depuis 2018.
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5 commentaires pour Mémoire des lieux, Mémoire des victimes de la Shoah à Soissons 

  1. Dumas dit :

    C’est un projet qui a démarré il y a 10 ans !

    • Stéphane Amélineau dit :

      Bonjour Aurélie. Oh oui, 10 ans presque jour pour jour… Quelle aventure historique et humaine !

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