3 février 1944 – 3 février 2019 : il y a 75 ans, le convoi n°67

Parmi les 74 convois des déportés juifs de France destinés aux camps de la mort nazis pendant la Shoah, il y en a un que j’ai souvent retrouvé sur la route de ma formation sur le sujet et l’élaboration de mes itinéraires de Mémoire pour mes élèves depuis 2003. C’est le convoi n° 67 du 3 février 1944. Je l’ai souvent étudié pour tenter de comprendre un des multiples mécanismes de la « Solution finale de la question juive ».

Lors de mon premier voyage d’étude à Auschwitz en 2003 en compagnie d’une dizaine de professeurs d’histoire et d’une des rescapées de Birkenau, Yvette Levy (convoi 77) , lorsque j’enseignais au lycée Françoise Cabrini en Seine-Saint-Denis, nous évoquions souvent ce convoi qui emportait, entre autres, trois enfants juifs portés à la Mémoire collective grâce au film de Louis Malle « Au revoir les enfants ».

IMG_20150628_140331

Extrait de mon Journal 2003-2005. Message d’Yvette Levy inscrit sur mon journal le 4 avril 2004 dans l’avion entre Cracovie et Paris lors de mon premier projet avec mes élèves du lycée Françoise Cabrini de Noisy-le-Grand (93).

En 2008, pour mon premier itinéraire de Mémoire dans un établissement scolaire de Soissons où je venais d’être muté, j’avais proposé à des lycéens volontaires qui voulaient se rendre avec moi à Auschwitz dans un cadre pédagogique, d’imaginer à partir de séances historiquement contextualisées au CDI pendant un an, le parcours d’enfants de leur âge partis dans ce convoi n°67. Ils étaient 23 élèves et je choisis sur la liste de ce convoi 23 enfants âgés de 14 à 18 ans.

 

Pour mieux nous rapprocher de la réalité de cette déportation, en plus des témoignes écrits de Louise Alcan et de Paul Chytelman, j’avais pu contacter à l’époque deux autres survivants de ce convoi : Bernard Bouriki (qui m’accorda un entretien à son domicile le 10 novembre 2008 mais il ne tenait pas à témoigner devant les élèves et dont je conserve précieusement cet enregistrement audio) et Léa Schwartzmann, épouse Rohatyn, qui accepta le 4 novembre 2008 de rencontrer mes élèves dans l’auditorium du Mémorial de la Shoah pour transmettre son calvaire. Pour mes élèves comme pour moi, ce fut le choc des premiers témoignages nous permettant d’esquisser nos représentations sur ce crime, augmentées par notre déplacement à Auschwitz le 3 mars 2009. Nous avions restitué ces parcours à travers des textes de fiction dans un livre auto-publié  « Convoi 67 : Encore vivront-ils un tout petit peu…« 

 

Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu

4è de couverture et couverture de livre auto-publié pour mes élèves dans le cadre du projet pédagogique sur la Shoah « Convoi 67 : encore vivront-ils un tout petit peu…). Livre tiré uniquement à 100 exemplaires pour les élèves, enseignants du lycée et institutions ou fondations ayant participé au projet en 2008-2009.

Ci-dessous, en lien, un des plus beaux texte écrits dans ce livre par une de mes élèves, Edwige Elie, 17 ans en 2009, imaginant, avec ses connaissances acquises au cours de ce projet pédagogique, le sort de Ruth Lazar, déportée dans le convoi 67 à l’âge de 17 ans.

« Ruth Lazar, 17 ans » par Edwige Elie (2009)

En 2011, quand j’entrepris mon troisième itinéraire de Mémoire pour des élèves volontaires afin d’enquêter avec eux sur le sort des Juifs de Soissons, je ne me doutais pas alors que le convoi 67 allait croiser à nouveau nos investigations….

Extrait : Calendrier de la persécution des Juifs de France, 1940-1944  de Serge Klarsfeld.

Convoi n°67 en date du 3 février 1944.

Ce convoi emporte vers Auschwitz 1214 déportés dont 184 enfants de moins de 18 ans (4 bébés, 9 enfants de 1 an, 5 de 2 ans, 4 de 3 ans, 8 de 4 ans, etc.…) ainsi que 14 octogénaires. On compte 662 hommes et 552 femmes. Départ du convoi de Paris Bobigny.

166 hommes furent sélectionnés à l’arrivée le 6 février, et reçurent les matricules 173228 à 173393, ainsi que 49 femmes (matricules 75125 à 75173).  985 personnes furent immédiatement gazées.

En 1945, il y avait 43 survivants, dont 23 femmes.

Parmi ces 1214 déportés, 7 personnes juives de Soissons arrêtées à leur domicile le 4 janvier 1944, transférées au camp de Drancy le 20 janvier 1944. Parmi les 184 enfants de moins de 18 ans de ce convoi, ces deux garçons et cette petite fille de Soissons  : Maurice Wajsfelner (10 ans), Albert Gochperg (8 ans) et sa petite soeur Nelly (3 ans). Dans ces wagons à bestiaux se trouvaient également, de Tergnier-Fargniers, Rachel Guecht-Katz (59 ans), le couple Grünblatt et leurs deux enfants, Annette (18 ans) et Maurice (12 ans), tous arrêtés également le 4 janvier. Enfin, de la famille de mon amie Lisette Ehrenkranz : son oncle paternel Max, sa femme, Rosalie, enceinte de huit mois, et leurs sept enfants, âgés de 1 à 14 ans, Jacques, Suzanne, Daniel, Armand, Jules, René et Thérèse arrêtés à Montrouge à leur domicile, transférés à Drancy le 22 janvier 1944.

Paix à leur Mémoire.

 

A propos Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste : Lycée ITG Val-de-Beauté à Joinville-le-Pont (94 - Val-de-Marne) de 1994 à 2001. Lycée Françoise Cabrini à Noisy-le-Grand (93 - Seine-Saint-Denis) de 2001 à 2007. Lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne) de 2007 à 2018. Collège-Lycée Saint-Joseph à Château-Thierry (02 - Aisne) depuis 2018.
Cet article, publié dans Actualités, Projets pédagogiques, est tagué , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s