1945 – Le retour des absents d’Alain Navarro

Page de couverture du livre : Navarro, Alain. 1945 Le retour des absents. (éd. Stock/AFP - 2015).
Page de couverture du livre :
Navarro, Alain. 1945 Le retour des absents. (éd. Stock/AFP – 2015).

C’était au printemps dernier. J’appris par Viviane Harif-Bich qu’un journaliste de l’AFP s’était intéressé à la déportation et au retour de Birkenau de sa maman Sophie pour réaliser une expo au Sénat [1] sur le retour des absents en 1945 et qu’Annette Wieviorka me confirma qu’un livre sera publié par son ami Alain Navarro dont un chapitre est consacré à madame Bich. Ma rencontre avec ce journaliste chez Viviane ne faisait qu’attiser mon impatience à le lire.

9 septembre 2015. Je me précipitai pour récupérer le livre que j’avais pré-commandé dans une librairie de Soissons [2].

Le soir même je l’avais lu deux fois, happé par l’intérêt que je porte à ce sujet de l’immédiat après-guerre et l’approche singulière de l’auteur à nous raconter l’histoire de tous les revenants en 1945 (prisonniers de guerre, travailleurs requis ou volontaires, déportés politiques et raciaux) à partir de 9 photographies, ouvrant les 9 chapitres, ont beaucoup à nous dire. Et c’est tout le mérite de monsieur Navarro. Il a su avec son œil averti, saisir l’essentiel et relever les détails qui peuvent échapper à notre regard. D’un portrait, d’une scène, il raconte sous sa plume alerte un destin, un individu, un événement comme le prisme de la nuance des parcours de ceux qui sont revenus en 1945 mais aussi la perception de leurs contemporains, ceux restés en France pendant la longue Nuit de l’occupation nazie.

Le chapitre intitulé : « Elle a relevé sa manche » a pour moi une résonance tout particulière et personnelle depuis que j’ai croisé dans mes recherches le destin de Sophie Bich. Avec sa fille Viviane, j’étais impatient de découvrir un pan de l’itinéraire méconnu de sa maman : le rapatriement entre Odessa et Marseille, du 8 mars au 1er avril 1945. Alain Navarro s’est appuyé également sur sa rencontre avec Viviane et des pages de mes travaux rédigés en 2013 pour rappeler aux lecteurs l’histoire de cette famille juive d’origine russe, avant et après la déportation à Birkenau. Ce chapitre je l’ai lu et relu maintes fois et toujours cette même émotion à lire le destin d’une personne qui me semble si familière et si lointaine.
Et puis, toujours dans ce chapitre, monsieur Navarro rend un hommage, plus que mérité, au travail prométhéen d’Olga Wormser, chargée en 1945 par le ministère des PDR (Prisonniers, Déportés, Réfugiés) de repérer et rechercher ces absents. C’est de la bouche de la maman de Viviane, le 3 avril 1945, qu’elle entendit parler pour la première fois de la véritable nature du camp d’Auschwitz-Birkenau.

Je suis admiratif aussi de la qualité narrative de l’auteur avec cette touche journalistique qui nous embarque aisément dans ses investigations. J’ai noté toutefois trois erreurs dans ce chapitre, trois dates incorrectes, mais qui n’enlèvent absolument en rien l’indiscutable intérêt à lire ce livre :

Les deux premières proviennent d’inattention lors des relectures des épreuves du livre :
p.83 : Le navire, sur lequel avait embarqué Sophie Bich, avait quitté le port d’Odessa le 8 mars 1945. Il est écrit ensuite : Après une semaine de mer […] Nous sommes le 14 avril. En fait, le 14 mars.
p.90 : A propos de la libération du camp d’Auschwitz, il est écrit : Deux officiers soviétiques surgissent le 27 février. En fait, le 27 janvier.
p.83 : La troisième erreur est due au fait que monsieur Navarro s’est appuyé sur mes premiers travaux concernant la famille Bich, en 2013. A ce moment-là j’avais moi-même reproduit l’erreur de la date d’arrestation des parents de Viviane à Soissons : le 17 juillet 1942. J’avais repris les travaux de professeurs d’histoire de Soissons qui, dans leurs ouvrages publiés à la fin des années 80-90, indiquaient cette date pour la première rafle des juifs de cette ville. Plus tard, j’avais pu enfin avoir accès  à l’ensemble des rapports de gendarmerie de l’époque aux archives départementales de l’Aisne. Ils attestent que les arrestations se déroulèrent dans la nuit du 19-20 juillet 1942 et se prolongèrent jusqu’au matin, confirmés aussi par des déclarations de témoins directs.

[1] : Exposition qui s'est tenue à l'Orangerie du Sénat du 9 au 20 septembre 2015.
[2] : voir article de ce blog publié le 12 aout 2015 Sophie Bich dit Mochet : chronologie d’un rapatriement 8 mars 1945 – 3 avril 1945 Auschwitz – Odessa – Port-Saïd – Naples – Marseille – Paris.

A propos Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste au lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne), depuis 2007.
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