Projet pédagogique du CDI « Nathan, un enfant dans la Nuit » : 36 lycéens témoignent de leurs motivations et de leurs questionnements

Lettres d'élèves reçues en décembre 2014. Ils expriment leurs motivations à participer au projet et leurs interrogations sur le sujet.

Lettres d’élèves reçues en décembre 2014. Ils expriment leurs motivations à participer au projet et leurs interrogations sur le sujet.

Plus de 70 élèves de mon lycée souhaitèrent s’engager dans mon nouveau projet d’itinéraire de Mémoire sur le Shoah à travers l’histoire d’un enfant juif de Soissons, Nathan (11 ans en 1942), persécuté, lui, sa famille et tous ceux nés dans un lit courroucé par la haine nazie et leurs collaborateurs. Plus de 70 ans après les faits, quelques-uns de cette jeunesse soissonnaise, née à la fin des années 1990,  s’interrogent encore (et tant mieux). 36 d’entre eux ont retenu mon attention  lorsque je leur avais demandé de m’écrire une lettre sur leurs motivations et leurs questionnements à poursuivre un tel projet sur deux années scolaires, en dehors des heures de cours, dans le cadre d’ateliers de découvertes au CDI. Ils participeront donc à ce nouvel itinéraire mémoriel. Après 2004, 2009, 2011, 2013, je m’engage avec ces 36 jeunes volontaires dans une cinquième progression pédagogique qui éclairera ces femmes et ces hommes en devenir sur ce que peut apporter une revisite du passé pour mieux comprendre le présent et se forger des valeurs à entretenir pour l’avenir : liberté, égalité, fraternité.

Commence ainsi cette nouvelle aventure pédagogique qui, de janvier 2015 à juin 2016, m’incitera une fois de plus à les confronter à l’Histoire dans des ateliers de recherches au CDI, à les faire rencontrer des témoins directs de la persécution des Juifs d’Europe, à les emmener en Pologne pour accompagner Nathan (83 ans) dont il pourra se recueillir, avec nous, pour la première fois, 74 ans après avoir vu partir ses parents encadrés par des gendarmes français, une sombre nuit du 19-20 juillet 1942. Il ne les revit jamais…

Voici quelques extraits des motivations et des questionnements exposés par mes élèves de seconde et première dans leurs lettres :

Motivations :

Antoine, 16 ans : Je souhaiterais participer à ce projet pour de nombreuses raisons : Tout d’abord, visiter de la camp d’Auschwitz est, je pense, une expérience à faire dans sa vie. Pour que le souvenir se perpétue, ne pas oublier ce qu’il s’est passé. J’ai conscience que ce projet et ce voyage risquent d’être fort en émotion. Mais au moins je pourrais dire : « j’y suis allé ». Pour appuyer mes motivations à participer à ce projet, je m’engage à prendre des notes, des photographies et à vous faire un résumé une fois revenu. J’espère être choisi parmi les postulants.

Joséphine, 16 ans : L’Histoire m’intéresse beaucoup, surtout les périodes étudiées en 3è et aujourd’hui en 1ère. En septembre, on nous a proposé de faire partie d’un projet pédagogique : « Nathan, un enfant dans la Nuit ». Ce projet a pour but de nous sensibiliser sur la Shoah, et peut-être de se rendre en Pologne pour visiter le le camp d’Auschwitz-Birkenau. J’aimerais participer à ce projet car c’est un bon moyen de rendre hommage et ne pas oublier tous les Juifs décédés. Participer à ce projet me permettrait aussi de rencontrer monsieur Nathan Lewkowicz et être à ses côtés lors de la visite du camp serait une expérience unique et émouvante.

Marine, 16 ans : Je me pose de nombreuses questions sur les nazis et la Shoah. Des lectures comme celle de « Inconnu à cette adresse », de Kressman Taylor, la « Réparation » de Colombe Schneck ou « Après la rafle » de Joseph Weismann, ou des films et des séries « Elle s’appelait Sarah, La rafle », Apocalypse » ou encore « Un village français » m’ont marquée et m’invitent à faire des recherches et à participer à ce projet.

Mathilde, 15 ans : Je trouve que l’on aborde pas assez ce sujet en cours. Je veux vraiment apprendre et en savoir plus.

Louise, 16 ans : Ce projet me permettrait d’en apprendre davantage sur la déportation des Juifs, notamment à Soissons. Nathan est un des rares à pouvoir en témoigner. Le rencontrer pourrait être très enrichissant et il a certainement des souvenirs à partager avec nous. J’ai conscience que ce projet est une chance, qu’il est unique et sera inoubliable.  C’est pour cela que je souhaiterai vraiment faire partie de ce projet. J’espère que ma lettre retiendra votre attention.

Solène, 16 ans : Rencontrer des personnes et entendre ce à quoi ils ont été destiné me fait toujours pleurer, et j’ai toujours souhaité en rencontrer. Ainsi, ce projet serait l’aboutissement d’un souhait pour mieux connaître l’histoire des Juifs pendant la Shoah.

Charlotte, 16 ans : Mon grand-père maternel est né en 1925. Son frère aîné, soldat, est mort le le 2 févrirer 1945 à la frontière allemande. Depuis que je suis petite, j’entends beaucoup parlé de ce grand-oncle et du coup je me suis fortement intéressée à cette période dramatique de notre histoire. Depuis 1945, le monde entier a été ému et plus encore avec la découverte des camps. Je souhaite voir, réaliser et comprendre.

Cleveland, 16 ans ;  Je souhaite faire ce projet pour me rendre compte comment les Juifs et les Tsiganes ont été victime de la haine raciale qu’éprouvaient les nazis. Je souhaite faire ce projet pour rendre hommage à toutes ces personnes, les garder dans nos mémoires, ne pas oublier et perdurer leurs souvenirs pour nos enfants et nos petits-enfants.

Solène, 16 ans : Je me porte volontaire afin de participer au projet. Je suis motivée pour découvrir le camp d’Auschwitz-Birkenau et de rencontrer Nathan. J’espère apprendre et voir comment on peut écrire un livre.

Manon, 16 ans : Monsieur Amélineau, je suis actuellement en 1ère ES. Étant fortement intéressée par le projet « Nathan », je me permets de vous proposer ma candidature. En effet, je m’intéresse à l’histoire des Juifs victimes de la Shoah. Je souhaiterai connaître comment s’organisaient les rafles. De plus, j’aimerais voir dans quelles conditions vivaient les déportés mais surtout apprendre l’histoire de Nathan. Créative et rigoureuse, je pense pouvoir apporter une certaine originalité ainsi que des connaissances utiles au groupe pour la préparation de ce projet. Intégrer ce projet, représente pour moi une réelle attente d’enrichissement personnelle.

Élodie, 16 ans : Le projet Nathan me tiens à cœur. J’ai des origines polonaises du côté paternel et il s’agit de l’une des raisons pour laquelle je veux y participer. De plus, je trouve l’histoire de Nathan extraordinaire. J’aimerais en découvrir plus sur l’histoire de la Pologne et celle de mes origines.

Camille, 16 ans : Jennifer m’a parlée du projet qu’elle a fait avec vous en 2012-2013. Elle m’a motivée à vivre à mon tour cette expérience unique.

Louise, 16 ans : Ma grand-mère m’a souvent parlé de vos projets et m’a toujours encouragée à y participer.

Bérénice, 15 ans : Ce projet sera une expérience inoubliable. Je m’intéresse beaucoup à cette période, ma grand-mère me racontait avec beaucoup de tristesse cette période d’enfer où ils ne mangeaient quasiment plus rien. Mon arrière-grand-mère a caché des Juifs. Je crois d’ailleurs qu’elle a écrit un « journal intime ». Du coté de la famille de mon père, il y a eut des déportés car ils étaient juifs mais je ne sais pas trop l’histoire. Je voudrais vraiment participer à ce projet. Toute ma famille, dont mon frère qui est parti avec vous en 2012-2013, dit que c’est une chance exceptionnelle de faire un pareil voyage.

Lucie, 15 ans : Grâce à ma sœur Claire qui m’avait racontée ce qu’elle avait fait avec vous en 2012-2013, j’ai beaucoup appris sur la souffrance et les persécutions des Juifs à Soissons, c’est pour cela que je souhaiterais y participer à mon tour.

Raphaël, 16 ans : Je pense que si j’ai la chance de partir avec vous en Pologne et visiter Auschwitz, j’en rentrerais changé.

Questionnements :

Antoine, 16 ans : Pourquoi Hitler haïssait-il les Juifs ? Pourquoi les Allemands l’ont-ils suivi ?

Marine, 16 ans : Que se passait-il quand les déportés arrivaient dans les camps ? Comment se déroulaient les trajets entre les ghettos et les camps ? Ce passé est-il toujours douloureux pour les survivants ?

Gwendoline, 16 ans : Combien de Juifs ont été tués pendant la Shoah ?

Mathilde, 15 ans : Peut-on imaginer une telle chose ?

Marie, 17 ans : Que sait-il vraiment passé lors des rafles à Soissons ?

Chloé, 17 ans : Comment vivre après ces persécutions ?

Solène, 16 ans : Pourquoi les Juifs et pas un autre peuple ? Comment des Juifs ont réussi à se cacher ?

Cleveland, 16 ans : Pourquoi les nazis avaient cette haine des Juifs ?

Mathilde, 15 ans : Pourquoi personne n’a réagi ?

Inès, 16 ans : Comment font les survivants pour ne pas vivre dans la haine ?

Solène, 16 ans : Comment fonctionnait le camp d’Auschwitz ?

Manon, 16 ans : Comment les nazis ont-ils pu autant exterminer de Juifs, de Tsiganes et d’handicapés ?

Lucie, 15 ans : Combien ont pu s’échapper des camps ?

Pauline, 17 ans : Pourquoi autant de gens concernés n’ont rien pu faire ? Qui a eu l’idée des chambres à gaz ?

Romain, 16 ans : Peut-on revivre normalement après avoir vécu de telles horreurs ?

Fabien, 16 ans : Sous quelles conditions les Juifs étaient-ils déportés ?

A propos Stéphane Amélineau

Professeur documentaliste au lycée de Saint-Rémy à Soissons (02- Aisne), depuis 2007.
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