En septembre 2020, un collègue professeur d’histoire[1] de mon nouvel établissement à Château-Thierry[2] m’avait sollicité pour faire des recherches archivistiques sur l’histoire d’une lettre jetée d’un wagon le 19 juillet 1942 dans un champ d’un village tout proche, Fossoy. Il voulait illustrer, par cet acte, le thème Histoire et Mémoire pour ses lycéens de la spécialité HGGSP[3].
Maurice Zeliszewski, un jeune adolescent français juif arrêté lors de la rafle du Vel ’d’Hiv lança quelques mots destinés à son jeune frère Jacques par la petite lucarne grillagée ou bardée de barbelés de son wagon à bestiaux. Une jeune paysanne prit soin de faire parvenir cette lettre à son destinataire.
Cette histoire, parmi les milliers de tragédie de la Shoah en France, est bien connue depuis 1990 par quelques habitants et des élus de ce vallon de la vallée de la Marne. Publications et articles ne manquaient pas dans la presse locale ou spécialisée mais pour apporter un complément d’enquête historique, je décidais de rassembler toutes les archives accessibles aujourd’hui pour écrire un récit actualisé à partir d’un témoignage clé, pour ne pas dire fleuve : celui de Jacques Zeliszewski, devenu Jacques Céliset après la guerre.
Le 28 novembre 1996, il raconta l’histoire de sa famille pendant trois heures devant la caméra de Charlotte Rab[4]. Elle fourmille de détails qui ont marqué au fer rouge ce jeune garçon de 12 ans en 1942, l’année où son enfance s’écroulait et où sa survie ne dépendait que d’une main tendue.
En correspondant avec son fils, Didier Céliset, je compris vite que ce témoignage lui était inconnu, en tout cas dans son intégralité.
Ainsi, le 25 février 2021, dans la salle de lecture du Mémorial de la Shoah, muni de mon calepin, je retranscrivais pendant six heures ce témoignage. Je vérifiais et contextualisais chaque fait à partir d’archives que je compulsais. Je décidais d’adapter ce témoignage oral bouleversant en l’écrivant au présent afin de rapprocher les jeunes lecteurs d’aujourd’hui aux évènements subis par ces deux frères et leurs parents d’hier.
Ce texte était resté dans mes tiroirs jusqu’au 16 juillet 2023. Ce jour-là je me rendais pour la première fois à la digne commémoration de Fossoy où je rencontrais pour la première fois Didier Céliset, ainsi que son fils et son petit-fils. J’avais entre-temps pu repérer les archives du Musée d’État d’Auschwitz concernant le sort funeste de Maurice et de ses parents dans ce camp de concentration et de centre de mise à mort, consultables sur le site de l’International Tracing Service de Bad Alrosen[5]. Avis de décès rédigés par les médecins SS à prendre avec beaucoup de précautions mais qui prouvent indubitablement qu’ils ont survécu quelques jours ou quelques semaines après la sélection sur la maudite Judenrampe.
C’est ce récit à lire, annoté de mes dernières recherches en 2023. Il est publié avec l’accord de Didier Céliset : Je suis très ému de lire ce texte dont j’ignorais certains passages. Oui, j’accepte bien sûr la publication de ce texte.
Aux navigateurs du web, aux passeurs de mémoire, aux anonymes lecteurs, je vous remercie de faire escale, d’un clic, sur cette page sombre. En la lisant, vous redonnez vie et visages aux naufragés partis en fumée par les cheminées infernales de la barbarie des hommes.
[1] Gilles Brizard.
[2] Muté en tant que professeur documentaliste en septembre 2018.
[3] Histoire Géographie Géopolitique et Sciences Politiques.
[4] Réalisatrice dans le cadre d’une collecte de témoignages pour le Mémorial de la Shoah dans les années 1990 : Survivors of the Shoah.
[5] Centre international de documentation en Allemagne (ville de Bad Alrosen, Länder : Hesse) sur les persécutions nazies en Europe.
Bonjour,
Merci beaucoup pour votre envoi du texte intitulé « 16 JUILLET 1942 : MAINTENANT;, ENFUIE-TOI! »
J’ai également écrit les mémoires de ma famille, pas encore totalement corrigés et bien sûr pas publié.
Bonne lecture.
Amitiés.
ARMAND AJZENBERG