A Nathalie Ostrowiak et sa maman Chantal (1944-2025), née Liwer, pour m’avoir vivement encouragé à soumettre notre projet pédagogique au jury1 du Prix Corrin pour l’enseignement de la Shoah, cérémonie du 5 février 2026.
Il n’est pas de plus grande satisfaction pour des enseignants que de voir briller dans les yeux de leurs élèves le bonheur de vivre intensément une journée et une soirée pas comme les autres. De les voir s’émerveiller par tant de reconnaissance à travers de nombreuses sollicitations de personnalités, de rescapés de la Shoah et de médias pour leur magnifique travail accompli pendant deux années scolaires au lycée et sur les lieux de leur enquête historique : Paris, Soissons, Drancy, Auschwitz. Ce jour-là, jeudi 5 février 2026, et pour le reste de leur vie de femmes et d’hommes citoyen.n.e.s en devenir, ils ont définitivement saisi le sens du projet pédagogique Bella, Rosa, Gitla et Sophia, et son impact bienfaiteur pour les rescapés, leurs descendants et tous ceux qui s’engagent à lutter contre toutes les formes de discriminations.
La lumière des projecteurs dirigée sur nos 26 lycéen.n.e.s de Saint-Joseph à Château-Thierry en tant que lauréat du Prix Annie et Charles Corrin 2025, partagé avec le projet du lycée Fabert de Metz, illuminera leur avenir de souvenirs inoubliables et utiles. En témoigne, les mots prononcés le soir de la cérémonie par le président du Jury, le célèbre écrivain et neuropsychiatre, Boris Cyrulnik :
« Il ne s’agit pas seulement de se souvenir, mais de transmettre une réflexion critique, ancrée dans le présent. ».
Avant de raconter cette journée exceptionnelle pour nos élèves et nous, Freddy Dussart, Nathalie Dussart, Mélanie Laurent et moi-même, leurs professeurs, rappelons ce qu’est le Prix Annie et Charles Corrin (vidéo).
L’heureuse nouvelle commença par un coup de fil. Hasard ou coïncidence, je marchais dans Soissons après avoir rendu visite à Yolaine Huet, une petite-fille de Rosa Lewkowicz, l’une des quatre mamans de notre projet, lorsque que mon téléphone vibra dans la poche de mon pantalon : « Il y a plus difficile nouvelle à annoncer car j’ai la joie de vous apprendre que votre projet a reçu, à l’unanimité du jury, le Prix Corrin 2025. Nous vous recontacterons très vite pour l’organisation de la cérémonie qui se tiendra le 5 février 2026 au lycée Louis-le-Grand, Paris 5e« . Je rebroussais chemin pour annoncer à Yolaine cette merveilleuse délibération du jury. Je dois l’avouer, j’avais la voix en mode tremolo, tellement mes collègues et nos élèves avaient tant donné pour ce projet ! La confirmation tomba par un courrier officiel trois jours plus tard :

Et ce fut le branle-bas de combat… Préparer cette organisation. Et comme tout ce projet depuis le début, en septembre 2023, pas un grain de sable ne vint enrayer cette nouvelle sollicitation. C’était d’abord un rendez-vous au Sénat, avec l’accord d’un des sénateurs de l’Aisne, Antoine Lefèvre, de nous faire visiter le Palais du Luxembourg et nous accueillir dans son bureau de questeur, pour nous féliciter de ce Prix.
L’heure était venue de nous présenter au lycée Louis-le-Grand dans le 5e arrondissement où les élèves et les professeurs des quatre établissements scolaires primés pour cette édition étaient attendus pour un cocktail-buffet. C’était l’occasion pour tous ces lauréats d’échanger avec les membres du jury du prix Corrin, les membres organisateurs du Fond Social Juif Unifié (FSJU), des rescapés de la Shoah ou leurs descendants, et des médias présents. Dans un tourbillon de sollicitations, nos élèves ont su répondre avec justesse sur leurs ressentis de notre projet en offrant des exemplaires de notre livre Bella, Rosa, Gitla et Sophia. C’était aussi pour nous, l’occasion de retrouver les descendants de « nos » quatre mamans : Liliane et Jean-Claude Liwer, Nathalie Ostrowiak, Yolaine Huet, Viviane Harif et l’un de ses petit-fils, Elior. Vers 19h, l’appel retentit pour nous installer dans l’auditorium du lycée afin que la cérémonie puisse commencer.




Après plusieurs discours des organisateurs et des personnalités présentes comme la maire du 5e arrondissement, le proviseur du lycée Louis-le-Grand, un petit-fils d’Annie et Charles Corrin, la scène s’obscurcit pour projeter sur grand écran une vidéo de notre projet préparée par une des membres du jury, Christine Guimonnet.
Nous sommes invités à monter sur scène en commençant par prononcer mon discours, puis celui de nos élèves, avant que les membres nous remettent le prix et divers ouvrages à toute l’équipe.




C’est à minuit que nous fûmes de retour à Château-Thierry, des étoiles plein la tête, des échanges inoubliables, des souvenirs impérissables. Mais tout ne s’arrêta pas là. Dès le lendemain, un reportage de France 3 Picardie, puis un message de la ministre Aurore Bergé, chargée de l’égalité hommes-femmes et de la lutte contre les discriminations, et des articles dans la presse régionale couronnèrent l’aboutissement de ce projet pédagogique dont personne, au commencement de celui-ci en 2023, aurait pu soupçonner son retentissement pédagogique, historique et humain. Au nom de mes trois collègues du projet, Freddy, Nathalie et Mélanie, nous sommes sincèrement très fiers de nos élèves qui emporteront, nous en sommes persuadés, le souvenir d’une aventure bien singulière dans leurs parcours de lycéens.



- Quelques personnes illustres qui ont participé au jury du Prix Corrin depuis 1989 : des historiens comme Philippe Joutard, Annette Wieviorka ainsi que des figures emblématiques de l’histoire telles que Jacques Chirac et Simone Veil, qui fut présidente du jury pendant une dizaine d’années. Serge Klarsfeld, historien français qui a mené avec son épouse une action militante pour la reconnaissance de la Shoah, Claude Lanzmann, ancien résistant et réalisateur du film « Shoah », Elie Wiesel, écrivain et ancien déporté, André Frossard, journaliste de l’Académie française, et d’autres académiciens ont également eu l’honneur de contribuer et de parrainer ce prix. ↩︎



