itinéraires de Mémoire sur la Shoah

 Soissons-Auschwitz, un aller sans retour  : projet pédagogique 2012-2013

Un itinéraire de mémoire, mené telle une enquête policière par 36 lycéens et étudiants du Lycée Saint Rémy de Soissons. Réalisé à l’initiative du professeur documentaliste, sur des plages hors temps scolaire, le projet a fédéré des jeunes de filières et de niveaux différents. Il s’est fondé sur l’engagement des jeunes et des encadrants.

     Janvier 2012, marque le début d’un nouvel itinéraire de Mémoire sur la Shoah, le cinquième que j’entreprends en tant que professeur documentaliste depuis mes premiers pas à Auschwitz en février 2003. 36 lycéens de Saint-Rémy à Soissons, élèves de seconde, de première et de première année de BTS ont adhéré à ma proposition. Ils ont souhaité  participer et s’impliquer dans  la réalisation de ce projet. Mes objectifs sont toujours les mêmes. Sensibiliser les élèves à l’histoire de la Shoah en général et sur le destin de familles en particulier. Décrypter  des destins au travers de documents d’archives et de témoignages. Les éclairer sur  l’organisation de la déportation en France et la mécanique de déshumanisation et de destruction des juifs dans les camps d’extermination. Rechercher, sélectionner, analyser et traiter des sources historiques afin de confronter les élèves au travail de l’historien et d’aiguiser leur esprit critique. De manière cognitive, souligner l’importance de la solidarité et de la tolérance pour ne jamais laisser quelqu’un au bord de la route.

Après avoir travaillé, ici à Soissons, sur le convoi n°67 en 2009, les bourreaux et les victimes d’Auschwitz-Birkenau en 2011, j’ai choisi comme thème la déportation des juifs du Soissonnais. Que s’est-il passé dans cette ville de l’Aisne pendant les années noires ?

Le point de départ de nos recherches a pour origine les travaux des professeurs d’Histoire Robert ATTAL et  Dominique NATANSON effectués à la fin des années 80 et au début des années 90, rassemblés dans un livre La mémoire juive en Soissonnais édité par l’Association Mémoires en 1992. Bien que les noms des juifs déportés y soient mentionnés avec quelques anecdotes, les auteurs proposaient un récit global des événements dans le Soissonnais, trois entretiens avec une des survivantes de la déportation, Rachel KATZ et des témoins directs qui ont connu les familles WAJSFELNER et CAHEN. Je souhaitais approfondir le véritable destin de l’ensemble de ces 31 Juifs déportés vers les camps de la mort (et non 27 dénombrés dans les recherches des années 80). D’où venaient-ils précisément, à quoi ressemblait leur vie avant 1939 ? De quelle manière et dans quelles conditions ont-ils subi l’enchaînement des mesures antisémites des autorités jusqu’à l’irréparable ? Des enfants, des descendants avaient-ils survécu ? Pouvions-nous les retrouver et bénéficier de leurs souvenirs malgré le traumatisme provoqué par les déflagrations de l’Histoire ? Que sont-ils devenus quand la vie a repris ses droits ?

Nous suivons la même démarche de recherche que nos prédécesseurs : en reprenant une à une les archives disponibles au niveau de la commune, du département, les fiches d’internement consultables au archives nationales ou au Centre de Documentation Juive Contemporaine du Mémorial de la Shoah à Paris. Nous contactons les services d’archives du musée d’Auschwitz et des camps de concentration où ces Juifs du Soissonnais ont pu être internés. Un travail de fourmi qui amène à constater que 31 Juifs furent déportés ; 4 purent revenir en 1945. Nous avons établi la liste des enfants ayant pu être cachés et sauvés en vérifiant s’ils ne se trouvaient pas sur les listes des convois recensés dans le Mémorial de la Déportation des Juifs de France publié par la FFDJF de Serge KLARSFELD. Ce dernier eut  la gentillesse de m’accueillir dans son bureau pendant l’été 2012 afin de répondre à mes questions. Grâce à des requêtes auprès des États Civils des communes concernées et des recherches sur les Pages Blanches en ligne, nous avons pu retrouver et nous entretenir avec 11 fils, filles ou descendants des familles sur lesquelles nous travaillions. Leurs témoignages donnaient cette dimension humaine que nous tenions à souligner.

 Ainsi, c’est plus de 300 documents d’archives, publiques ou privées, et des enregistrements d’entretiens que j’ai numérisés sur un serveur informatique du CDI.

Des ateliers de recherches se sont constitués dans mon Centre de Documentation et d’Information  en dehors du temps scolaire : sur l’heure du midi ou pendant les vacances scolaires, c’est dire si ces élèves étaient motivés ! De Soissons à Auschwitz, que nous avons visité le 25 février 2013, nous sommes passés par Paris pour visiter le Mémorial de la Shoah et rencontrer deux survivants grâce à l’Union des Déportés d’Auschwitz, boulevard Beaumarchais. Ainsi, sur deux années scolaires, de découvertes en découvertes, de rebondissements en rebondissements, de rencontres en rencontres nous avons tenté de redonner vie par le souvenir à ces noms au milieu de listes interminables.

 L’implication des élèves et leur persévérance nous ont permis d’aller jusqu’au bout de l’itinéraire que nous nous étions fixés. Nous avons découvert le tragique et irréversible parcours des juifs déportés de Soissons et des communes limitrophes : Villers-Cotterêts, Fère-en-Tardenois, Crouy, Tergnier et le petit village de Parcy-Tigny.

Nos pérégrinations à travers cette aventure historique, pédagogique et surtout humaine nous ont menées jusqu’au récit  relaté dans une première publication : Soissons-Auschwitz : un aller sans retour (auto édition) :

http://www.blurb.fr/b/4376828-soissons-auschwitz-un-aller-sans-retour

 En marge de ce projet pédagogique, je tiens un Journal de Bord d’un itinéraire de Mémoire dont les éditions Le Manuscrit/Fondation pour la Mémoire de la Shoah vont le publier en 2017. Ce récit relate à la fois cette déflagration de l’Histoire au niveau local mais aussi les coulisses d’une telle entreprise mémorielle.

Stéphane Amélineau

Professeur-documentaliste

Un commentaire pour itinéraires de Mémoire sur la Shoah

  1. KIEVITCH Alain dit :

    J’ai lu avec intérêt les enquêtes et documents que vous publiez. Vous faites référence à un « chapitre 12 » relatif à Charles et Hélène Knoll dont je suis un des neveux. Je n’ai pas bien compris: de quel ouvrage s’agit-il?
    Avec mes remerciements,
    A KIEVITCH

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